SECTION I'^ — A QUOI LA VERTU DE PAUVBETÉ OBLIGE LES RELIGIEUX
D. Qu'est-ce que la vertu de pauvreté?
U. C'est une vertu évangélique qui incline le cœur
du clirt'lien à se détacher de l'aiïeclion aux Liens temporels.
D. Cette vertu est-elle obligatoire pour un religieux?
R. Oui, sa profession lui en fait un devoir, et il peut pécher contre la vertu de pauvreté, même sans qu'il viole son vœu.
D. Quand est-ce qu'un religieux pèche contre la vertu de pauvreté?
R Un religieux peut pécher de trois manières contre la vertu de pauvreté, même sans que le vœa soit violé :
i« Par des regrets ou des désirs contraires à celle vertu; 2' par un attachement déréglé pour quelque objet; 3^ par l'usage des superfluités.
D. Expliquez davantage la premi»jre manière de pécher contre la vertu de pauvreté.
R. Pour un religieux, la première manière de pécher contre la vertu de pauvreté serait de reporter ses aflections et ses regrets sur ce qu'il a sacrifié, ou de nourrirvolontairement des désirs pour des choses qu'on ne lui donne pas et qui ne conviennent point à sa profession.
Remarquez cependant qu'un péché formel contre le dixième commandement de Dieu serait encore une vioi.ilio) du vœu lui-même, parce que l'acte intérieur du désir coupable revêt la malice et l'espèce de l'acte extérieur.
D. Expliquez laseconde manière de blesser la vertu de pauvreté.
R. La seconde manière de pécher contre la vertu
de pauvreté serait de s'attacher avec de're'glement, même à un objet livré à son usage. Le peu de valeur de l'objet n'est pas une excuse : car c'est l'affection qui faitle désordre, et cette affection est d"'aulant plus pitoyable que l'objet en est plus petit et plus mince.
Voilà aussi pourquoi, dans les communautés bien réglées. on no permet guère à un religieux de garder entre ses main? les objets dont il serait enc^ re propriétaire, surtout s'il est question d'une somme d'argent.
D. Expliquez la troisième manière de pécher contre la vertu de pauvreté.
R. La troisième manière de manquer à la vertu de pauvreté est d'avoir à son usage des choses superflues ou trop précieuses pour son état. Et ce n'est point aux particuliers à en juger d'après leur appréciation propre; mais ces points sont ordinairement définis par les règles et par les déclarations des chefs de l'institut.
D. Signalez-nous le principal devoir qu'impose aux religieux la vertu de pauvreté.
U. Le principal devoir que la vertu de pauvreté impose aux religieux, c'est la vie commune, qui devient aussi pour chacun d'eux la source de bien des mérites.
D. Qu'entendez-vous par la vie commune?
îrl. La VIE COMMUNE, dans une maison religieuse, consiste en ce que chacun, sans en excepter les supérieurs, doive se contenter de ce qu'on donne à tous pour la nourriture, l'entretien, etc., sans le moindre privilège en faveur de personne, et sans aucune dispense qui ne soit vraiment nécessaire.
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Li vie commune est un point cajiitnl po'ir la conservation de l'eipril religieux. Au^si les su[iérieur.> sonl-ils obligés de la maintenir avec sollicitude et lerm»'lé, et les inférieurs ne sauraient montrer trop d empiessemcnt et trop de délicatesse à la garder.
Il (aul néanmoins observer deux choses : la première, que les supérieurs ne peuvent exiger la vie commune qu'autant qu'ils pourvoient eux-mômos convenablement aux n^ce?silés dech.icun; — la seconde, qu'une exception commandée par dt' justes motif>, mais dont le supérieur est le juge légitime, n'est pas contraire à la vie commune.
D. Indiquez ce qui pourrait être le plus nuisible à la vie commune.
R. La brèche la plus fatale à la vie commune, ou pour mieux dire au mur de la pauvreté religieuse, serait l'usage des pécules. On entend par là une somme d'argent provenant ou des biens propres du religieux, ou de dons reçus d'ailleurs, par exemple de ses parents, et dont le supérieur consentirait à lui laisser le libre emploi. Cet abus, qui ne va i ien moins qu'à la ruine de l'esprit de pauvreté, est encore fort nuisible à l'union fraternelle et à l'édification. Il serait même contre le vœu, si le supérieur renonçait au droit de révoquer la permission, ou s'il donnait une permission invalide et contraire au.\ constitutions.
STCTION II. — DE LA DISTRIBUTION QU'UN RELIGIEUX FAIT DE SES BIENS PROPRES.
D. De quelle manière un religieu.x doit-il disposer de ses propres biens dans le dépouillement évangélique?
R. Pour suivre le conseil de Jésus-Christ, il doit
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tes donner aux pauvres, c'est-à-dire les appliquer à des œuvres pies et agréables à Dieu. C'est pinir- (juni, après avoir satisfait aux obligations que peuvent lui imposer la justice, la piété filiale, la reconnaissance et l'édilication publique, il dispose du reste de ses biens, selon sa propice dévotion, avec \a permission toutefois du supérieur, qui doit veiller à ce qu'il agisse sur ce point en bon religieux, mais sans gêner l'exercice vertueux de sa liberté. Dans les questions douteuses ou d'un intérêt délicat, il est sage de consulter quelque personne désintéressée, éclairée et vertueuse.
SECTION III. — DES AVANTAGES ET DE LA PRATIQUE DE LA PAUVRETÉ RELIGIEUSE.
D. Quels sont les avantages et le prix de la pauvreté religieuse?
R. Deux choses en font bien ressortir l'excellence:
La première est que c'est elle qui est appelée le viur de la religion, c'est-à-dire qu'elle en est le fondement et le reinpnrt, tant pour le corps entier que pour chacun des membres.
La seconde, que la pauvreté religieuse est une riche et précieuse matière de mérites, quand on en prend bien l'esprit et qu'<»n en observe fidèlement les saintes délicatesses. Aussi Notre-Seigneur lui a-t il promis, avec le centuple dès celte vie, nonseulement Vhéritarje de la vie éternelle, mais encore tin trésor dans le ciel.
l). lii(ii(iiu'z-t'ii SDiuiiiaiit'iiK'iil l;i nuiKjiK. et les OKciiKS lie porrecliuM.
H. lN)ur la i-umiuli-: extéiueliœ de la i»auvrelé icii^Meuse :
Uji premier degré est de renoncer réellement aux !)iens temporels, et de ne disposer de rien cju'avi-c dépendance du supérieur : c'est la matière même du vœu.
Un second degré est de se contenter du nécessaire, d'écarter toute affection déréglée, ainsi (pie toute superlluité pour les choses de son entretien : c'est la matière obligatoire de la vertu.
Un troisième, de se porter à ce qu'il y a de moin- <lre dans la communauté, et détre content que ce soit là notre part, pour l'habitation, les vêtements, etc
Un quatrième, d'aimer à manquer même quelque^ fois du nécessaire, avec discrétion cependant et sans préjudice pour la santé, et de nuus réjouir quand Jésus-Christ Notre-Seigneur nous tait part de sa pauvreté.
Pour la PRATIQUE INTÉRIEURE :
Un religieux qui a l'esprit de pauvreté s'accoutumera à regarder comme consacré à Dieu tout ce qui est à la communauté et même à son usage.
Il ne tiendra à rien et sera toujours prêt à se laisser dépouiller de tout.
Il aimera à se considérer comme un pauvre, qui reçoit tout par aumône et qui est reconnaissant de tout ce qu'on lui donne, bien loin de croire qu'on lui tasse tort quand on lui retu>e quelque chose.
Enfin, il pratiquera le dépouillement de tous les biens temporels et des aises quils procurent :
Par principe de mortification et de pénitence, en expiation de ses péchés ;
Par mépris des biens de la terre, et pour s'assurer les biens du ciel ;
Par amour pour Jésus-Christ, son divin Roi, et par le désir de lui ressembler dans sa pauvreté, et afin que toutes ses affections soient àlui sans partage.