‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 133 sur 154 · Fallacia divitiarom. Matth. c. v · texte numérisé non relu

Fallacia divitiarom. Matth. c. v

A plus forte rai<;on la pauvret»' est-elle le fondement sur lequel doit s'élever la charité, comme nous venons de le dire en parlant de la cupidité, son ennemie.

II. La pauvreté est encore le mur de cnnstniction (\e tout cet édilice , que la chasteté et l'obéissance doivent ensuite meubler et embellir ; de cet édilice spirituel qui s'appelle soit un ordre religieux, soit une maison religieuse, soit la vie religieuse dans chaque individu.

En effet, voyez la différence radicale qu'il y a entre ce qui se passe ici et dans le sircle. Là, si l'on veut fonder une société de commerce, les associés commencent par voir quels fonds ils peuvent fournir au capital social. De même, quand il s'agit de s'établir et, comme on dit, de former maison, on examine d'abord quelles sont les ressources des deux parties. Entin, pour bâtir un édifice matériel, il faut de l'argent: « Qui de vous, dit Notre-Seigneur, voulant élever une tour, ne s'assied d'abord pour calculer la dépense à faire, et voir s'il aura de quoi achever la construction ^ ? »

Mais, au contraire, est-il question de fonder une société, une maison religieuse: l'argent et les fonds qui sont indispensables, c'est la sainte pauvreté, sans laquelle Dieu et son Église n'en reconnaissent point. Quelqu'un veut-il s établir dans la religion: il lui faut avant tout se dépouiller de ses biens ; et pour

1. Quis ex vobis, volens turrira asdificare, non prias sedena computat P'iTnptus qui necessarii suut, si habeat ad perficiendum ? Luc. li.

élever en lui-nit-me lédifice de la vie spirituelle, il doit encore et toujours rester pauvre. < Ainsi, ajoute le Sei^nieur au même endroit, quiconque ne renonce pas ù tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple » dans l'état religieux *.

Cependant, dira-t-on, ne faut-il pas aussi des ressources temporelles aux sociétés religieuses ? Ne faut-il pas que chacun vive dans la religion? Oui. sans doute, il faut y avoir du moins le nécessaire à la vie du corps; et cest pour cela même que l'on dit encore aux religieux : Soyez de vrais pauvres volontaires, gardez lidèlement la sainte pauvreté, et Dieu vous nourrira ; sa parole y est engagée : f Cherchez dabord, a-t-il dit, le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera ajouté par surcroît - » : autrement la divine promesse ne s'adressa point à vous. Voilà pourquoi, lorsque la pauvret» évangélique vint à manquer aux maisons religieuses, elles s'écroulèrent, Dieu et les hommes s'unissant pour les détruire; Dieu faisant servir l'injustice des hommes à l'accomplissement de ses justes conseils. Que si des édiiices matériels continuèrent encore à subsister çà et là, ce n'étaient plus des maisons religieuses: ils n'abritaient plus des religieux véritables; au lieu de ces vocations réelles, si nombreuses aux époques de la ferveur, on n'y voyait plus entrer que des esprits et des cœurs mondains, q li venaient là pour faire curée des biens de la reli-

' 1. Si ergo omnis ex vobi? qui non renunciat omnibus quae possidet, non potest meus esse discipulus. Luc. 14.

2. Quaerite ergo primum regnum Dei et justitiam ejus ; ethaec omnia adjicientur vobis. Matth, 6.

'j:\ou, et (jui achevaient d'en i>ré|»arer la ruine entière.

111. La sainte pauvreté est le tnur de défense de la religion : « rempart solide et retni^e. dit saint Ignace, ([ue Dieu inspira aux. ordres religieux d'établir contre l'ennemi de la nature humaine et contre les autres adversairesde la perfection religieuse; boulevard à l'abri dufjuel ils se maintiennent dans leur état, conservent la vigueur de la discipline, et résistent à une multitude d'agressions : ce qui fiiit comprendre aussi pour([uoi le démon fait tant d'elForts et met en jeu tant de moyens pour renverser ce mur de défense * ».

C'est un rempart contre le inonde dont * les erreurs, les amours et les terreurs » , comme parle saint Augustin, n'atteignent plus le pauvre volontaire, parce qu'en etlet, en se dépouillant des biens de ce monde, il s'est par là soustrait à ses séductions, à ses entraînements, à ses distractions, à ses soucis et à tous ses embarras.

C'est un rempart contre le démon: car, dit saint Grégoire, « avec des pauvres volontaires, Satan engage vainement le combat ; il lutte contre des athlètes qui se sont débarrassés de leurs vêtements » - et ne lui laissent plus de prise pour les saisir.

C'est un rempart contre la chair elle-même, malgré l'avantage ([u'a cet ennemi de rester au dedans de nous. Car, où la triple concupiscence trouveiV t-elle son aliment ? Dans les richesses, puisque 1 ar-

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