‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 134 sur 154 · Homil. 31 in Evaugel · texte numérisé non relu

Homil. 31 in Evaugel

gcnt sert à tout obtenir en ce monde, plaisirs, hon neurs, bien-être de la vie. Or^ par la pauvreté religieuse, nous 1 avons déjà dit, la cupidité se trouve bannie des cœurs avec la richesse; impossible que la pauvreté restant intacte, non-seulement chaque religieux individuellement, mais aussi la communauté, puisse même avoir le dessein de thésauriser; les pauvres sont là pour recevoir le superflu, selon la volonté de Dieu. Ainsi, par la pauvreté religieuse, les plaisirs et les jouissances de la vie sont écartés dans la nourriture, le vêtement, l'ameublement, etc. ; reste seulement le nécessaire convenable, que l'obéissance règle et sanctifie, mais dont le fond est une vie de pénitence et de sacrifice où la sainte pauvreté tient toujours en bride la sensualité. De même aussi, lorgueil de la vie est fort mal à l'aise avec la pauvreté: car ce n'est pas elle qui procure les hommages du monde ni ce qui flatte la vanité humaine : et elle aide encore naturellement le cœur à se maintenir dans l'humilité intérieure et dans la modestie

lY. Il est donc vrai que la pauvreté est un rempart derrière lequel chaque religieux et le corps entier de la religion se trouvent à l'abri de tous les ennemis. Aussi, tant que ce mur est resté solide et intact, les ordres religieux ont traversé les siècles sans éprouver d'atteinte; au contraire, dans ceux qu'on a vus dégénérer, toujours le mal s'est introduit par les ouvertures faites à ce rempart. Et voilà pourquoi tous les saints fondateurs l'ont élevé autour de leur édifice, pourquoi tous leurs successeurs

dignes d'eux et tous U's vrais rdi-ieux n out rien omis pour le maintenir et le défendre , poun[uoi tous les saints réforniati-urs ont commencé par en réparer les brèches. Mais vuilà aussi pourquoi, de son côté, « l'ennemi de la nature humaine, comme dit encore saint Ignace *, ne manque jamais de s'attaquer à ce boulevard et à ce reluge pour tâcher de l'allaiblir ; changeant ce que les premiers fondateurs avaient sagement réglé, et introduisant des innovations qui ne sont plus en rien selon leur esprit ». Ces mots, appliqués au passé, rappellent, hélas! les causes d'une longue et déplorable histoire. Des maisons religieuses et des ordres entiers où s'étaient formés tant de saints, furent jetés, par l'oubli de la sainte pauvreté, dans un relâchement qui alla pour quelques-uns jusqu'à la dépravation. Enfin ces corps usés tombaient en pourriture, quand la violence vint les faire disparaître, et jeter en pâture aux méchants leurs richesses pernicieuses.

Résumons: la pauvreté est le mur de la religion pour le corps et les membres : soutien et défense de l'esprit religieux, de toute vocation religieuse, de toute vertu religieuse et de toute maison religieuse. Avec la sainte pauvreté, les religieux seront toujours facilement des hommes humbles, chastes, obéissants, mortifiés, doux, unis par la charité fraternelle, attachés à leur vocation; de même que les communautés religieuses solidement assises sur ce fondement offriront toujours le spectacle de la régularité et de l'édihcation. Sans la sainte pauvreté au

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