QUE COMMANDERONT LES SUPÉRIEURS
R. Pour bien comprendre les devoirs de l'obéis saiîce religieuse en général , il faut distinguer dans les supérieurs un triple pouvoir de commander.
D. Quel est le premier pouvoir qui se trouve dans un corps religieux ?
R. Le premier pouvoir est celui que l'Église , c'est-à-dire le Pape ou du moins l'Évéque, a conféré au fondateur de l'ordre ou de la congrégation, d'imposer la règle et les constitutions ; et aux supérieurs du même corps, d'y ajouter des statuts et des règles. C'est en vertu de ce pouvoir que l'obéissance est due aux constitutions, aux statuts et aux règles.
D. Quel est dans les supérieurs le second pouvoir de commander ?
R. Le second pouvoir, également consacré par lÉ-
pli>o. ressemble au pouvoir paternel dans la famille : c est celui qu'ont les supérieurs , comme chefs de la famille religieuse, de commander à leurs inférieurs tout ce qui est dans les limites de la règle , et de disposer ainsi de leurs actes pour le service de Dieii et le bien de la communauté.
Ce second pouvoir peut être communiqué même à des subalternes : et alors on doit obéira ces officiers inférieurs , comme aux supérieurs eux-mêmes , i:>ur la portion d'autorité qui leur est confiée.
De plus, ce second pouvoir établit l'obligation de fuivre les prescriptions des supérieurs . de même <}ue le premier pouvoir établit l'obligation de garder les statuts et les règles, indépendamment même du rœu d'obéissance : et c'est pourquoi les novices sont eux-mêmes soumis à l'un et à l'autre de ces deux pouvoirs, comme nous l'avons déjà déclaré.
D. Quel est le troisième pouvoir que possèdent les supérieurs ?
R. Le troisième pouvoir , toujours sanctionné par IKglise , mais plus spécial et plus sacré , est celui qui résulte du vœu d'obéissance. Quand un religieux lait à Dieu ce vœu, il s'impose une obligation beaucoup plus stricte et plus grave d'obéir au supérieur , cliaque fois que celui-ci commandera en vertu de ce même vœu , de sorte que , s'il désobéit alors , il f ommet un péché qui est la violation même du V eu (ju'il a fait.
I). Oiie signifient ces autres paroles : stLON la ni:c.Lt ■/
R. EII»^s signifient quft les supérieurs ont le droit (le commander non-seulement ce qui se trouve expressi-ment dans la rôgle , mais encore ce qui peut y être nnplicitement renfermé : telles sont les pénitences contre ceux qui la trans^^ressent , les moyens propres à en procurer l'observation , la r.'ianit're tle bien remplir les emplois , et tout ce qui lient à une bonne et ilruite administration.
Mais les supérieurs ne peuvent point commander, je ne dis pas seulement ce qui serait péché même véniel, mais encore ce qui est évidemment contraire à l'institut , ou en dehors des devoirs qu'il impose. Dans le doute cependant , l'inférieur est obligé d'obén', sauf le recours aune autorité supérieure.
D. Dites-moi maintenant quelle est la matière précise du vœu d'obéissance.
R. La matière précise du vœu d'obéissance est uniquement celle où le supérieur déclare, en commandant . vouloir obliger le religieux, en vertu de son vœu. Toute autre injonction du supérieur tire son obligation du second pouvoir expliqué plus haut, et fait l'objet, non du vœu, mais de la vertu d'obéissance^ comme nous l'expliquerons bientôt.
D. Comment le supérieur déclare-t-il sa volonté d'obliger en vertu dn vœu ?
R. Par ces formules : En vertu de la sainte obéissance, ou bien .Au nwi de Xotre-Seifjneur Jésus- Christ, et autres semblables.
— oO —
D. Oii^^Jï'l est-ce queluii i)Lclie moi tellement contre le vœu d'obéissance ?
R. On pèche mortellement contre le vœu d'obéissance chaque fois que Ton désobéit , dans uro matière suflisamment grave , à un commandement du supérieur imposé de la sorte en particulier ou en général, de vive voix ou par écrit, immédiatemeiit par lui-mémeou par l'entremise dun autre.
En matière légère, le supérieur ne pourrait pas obliger FOUS peine de péché mortel, même en \ertu du vœu ; mais il faut remarquer que, dans les communautés religieuses, une matière qui semble légère en soi peut facilement, ii raison de l'intérél commun, devenir grave par la fin ou les circonstances.
IJ. Tout supérieur , dans un corps religieux , a-t-ii le droit de commander en vertu du vœu d'obéissance ?
R. Cela dépend des constitutions : ordinairement ce pouvoir n'est confié qu'aux supérieurs majeurs et au premier supérieur de la maison. Il y a des congrégations où celui-ci même ne Ta point , ou ne l'a qu'avec de sages restrictions.
I). Comment un supérieur doit-il user du droit de commander en vertu du vœu d'obéissance?
R. Il ne doit y recourir qu'avec une grande discrétion, bien rarement et pour des motifs vraiment
D. Mais de là ne s'ensuivrait-il pas que le religieux aurait bien rarement aussi le mérite du vœ'U d'obéissance ■/
R. Non, parce que le vœu dcjuiine toujours réellement tous les actes de l'obi-issance relijjieuse , nirme lorscju'il ne s'agit pas actuellement tle sa viohiiion. Et il en est de niriue des deux, autres vœux.
Olle vérilc se prouve par plusieurs raisons: 1" Le relii,Meux s'étant mis par son \œu sous la d4pen dance universelle du supérieur, il sent bien, en obéissant, que celui-ci pourrait toujours user de son droit d'obliger en conscience, et ainsi il observe le \œu en prévenant pour ainsi dire son obligation.
2° Chaque fois qu'il se soumet à la volonté du supérieur, il le fait en vue de son vœu, pour le respectet l'amour qu'il en a, et pour éloigner tout péril d'y manquer, quand le su[)érieur voudra recourir au droit qu'il lui donne.
30 La praliijue des vœux peut se comparer à celle des commandements de Dieu : en faisant dans la môme matière au delà de ce qu ils prescris ent sous peine de péché, nous les observons avec plus de perfection et de mérite.
J'ajoute que cette obéissance plus [tarfaite devient plus riBéritoire aussi par deux autres endroits: \> parce que la volonté s'y montre plus dévouée, plus prompte et plus libérale envers Dieu, que dans le précepte ; 2o parce que l'acte d'obéissance y reçoit un surcroit d'influence de plusieurs autres excellentes vertus, telles que la charité, l'humilité, etc.
D. Le vœu simple d'obéissance produit-il le mrii.e effet que le vœu solennel sur la volonté du religieux ?
R. Non ; le vœu simple rend bien illicite pour le religieux toute obligation contractée par lui sans le consentement du supérieur ; mais il ne la rend point de lui-même invalide, bien que le supérieur ait le droit de l'annuler ; le vœu solennel , au contraire , renferme une telle abdication de la volonté , (jue le religieux ne peut plus coiihactcr, m«*me validenieuty
aucune obligation naturelle ou civile, sinon comm ^ instrument ou mandataire du supérieur.
D. En quoi le vœu d'obéissance du religieux dif- Pre-t-il de la promesse d'obéissance que fait le nouveau prêtre entre les mains de son Évèque dans l'ordination ?
R. 11 diiï. re en deux choses considérables : 1'' La promesse cléricale n'est point un vœu fait à Dieu, mais une simple projiiesse, dans laquelle le nonvenu ministre du sanctuaire reconnaît en face de l'Église et accepte le droit que l'Évêque vient d'acquérir sur lui par l'ordination.
2° Le vœu d'obéissance soumet au supérieur toute la vie et tous les actes du religieux, selon la règle et sans autre limite que celle du péché ; la promesse cléricale est loin d'imposer une obligation aussi universelle : car elle ne soumet le nuuveau prêtre à son Évéque que dans les choses qui sont du ressort de la juridiction ecclé-iaslique, telles que la distribution canonique des fonctions, la manière de les exercer et les devoirs de la vie cléricale.
ARTICL1-: II.
DE LA VERTU d'OBÉISSAN'CE.
D. Qu'est-ce que la vertu d'obéissance V.
R. C'est une vertu qui, comme l'enseigne saint Thomas, fait partie de la justice, et qui incline la volonté a se soumettre aux supérieurs légitimes.
cnnimo aiiK rop^('^elltaIlt^; de l'autorité fie Dion.
D. La vertu d'obéissance est-elle bien nécessaire à un religieux ?
R. Une raison qui démontre sa grande nécessité est que tout ce que t'ait un religieux, même le bien . devient mal ou du moins perd son mérite, dès lors qu'il agit contre l'obéissance.
D. La vertu d'obéissance s'étend-elle au delà du vœu ?
K. Oui, elle peut produire un bien plus grand nombre d'actes, surtout les actes intérieurs, qu'il n'en a été promis par le vœu.
D. Sur quelle matière s'exerce la vertu d'obéissance dans l'état religieux ?
R. La vertu d'obéissance, dans l'état religieux, s'exerce sur toutes les prescriptions, générales ou particulières, que font les supérieurs selon la Règle: ce qui embrasse d'un coté les constitutions , les statuts et les règles, et de l'autre côté les injonctions, désirs, prières ou conseils de ceux qui ont l'autorité.
Le supérieur étant le représentant de Dieu , sa volonté, mènrie quand elle n'oblige pas en conscience, a une efficacité mora'e plus gran le et d'un autre genre que ne serait, par exemple, celle d'un auii ; de même, comme il est le cher du corps relisipux, il a un certain droit naturel, que les meml>res conforment leurs volontés à la tienne; et cet acqu;es(!emenl des inférieurs en vue de Dieu est toujours l'obéissance religieuse.
D. Un religieux peut-il pécher contre la vertu d'obéissance, sans uécher contre le vœu?
R. En soi, et à parler rigoiireu>oniont, la vertu dobéissaiice, dans l'état religieux, n'oblige sous peine de péché que dans les cas où le supérieur veut commander en vertu du vœu. L'Eglise et les fondateurs des instituts lont ainsi établi pour rendre le joug de la religion plus suave, et l'obéissance ellemême plus digne de l'état de perfection.
D. Que dire coj)en(lant dune désobéissance qui serait accompagnée d'un mépris de lautorité . ou suivie d'un dommage considérable ?
R. 1<> Il y a toujours péché grave à mépriser formellement l'autorité dans le sup 'rieur. Je dis Vautorité, et non le défaut qu'un religieux croirait voir dans la personne ou dans l'injonction du supérieur. C'est à raison de ce mépris formel de l'autorité . qu'il y a péché mortel lorsqu'au sujet d'une chose prescrite le religieux ose dire à son supérieur : Je ne veux pas obéir, on je ne veurpas le faire.
2*^ Le péché est encore grave lorsque d'une désobéissance quelconque il doit résulter un dommage considérable , soit spirituel, soit temporel, pour soimême, ou pour la communauté, ou pour le prochain, quel qu'il soit.
D. Les simples injonctions des supérieurs n'ubligent donc pas sous peine de péclié?
R. Non : l'usage commun . qui est le meilleur interprète du droit et du devoir, veut que les s'miples injonctions des supérieurs réguliers n'obligent point par elles-mêmes sous peine de péché : car autre chose est que le supérieur dise : .Va volonté est que
vous fassiez ccci^ et autre chose qu'il dise en recourant à l'obli^uMlion du vieu : Je veux vous oblitjer ni rouscience à le faire. Si donc la désobéissance à une -impie injonction renlerme queUiue faute, elle lui vient d'ailleurs, ce qui du reste arrive presque toujours : elle lui vient ou d'une autre obi i^^ation violée, ou d'un scandale donné, ou d'une intention vicieuse, dune affection déréglée, d'un défaut -de prudence dans la manière d'agir * , etc.
D. Mais n'avez- vous pas quelque chose à remarquer ici ?
R. Une remarque sérieuse à faire, c'est que le religieux qui s'accoutumerait à désobéir ainsi, par suite de ses affections déréglées, perdrait bientôt l'esprit même d'obéissance, et par conséquent , entre les autres torts spirituels qu'il se ferait à lui-même, et trop souvent à ses frères, il affaiblirait en lui le principe même du vœu et le mettrait en péril.
D. Les règles imposent-elles leur obligation sous peine de péché ?
R. Il faut distinguer les règles qui traitent de la matière des vœux, ou de quelque vertu d'ailleurs obligatoire, et celles où il ne s'agit que de la discipline. Les premières imposent sans doute une obligation de conscience : toutes les autres règles disciplinaires, du moins dans la plupart des corps religieux , n'obligent point par elles-mêmes sous peine de péclié. Un religieux doit cependant savoir que