Suaiez, Dr Ucl'ifj'wnc
rarement il manquera à quelqu'une de ses règles sans qu'il y ail par le fait quelque olTense de Dieu.
D. Pourquoi et comment cela?
R. Parce que c'est presque toujours l'orgueil, ou la vanité, ou la sensualité, ou la paresse, ou le respect humain, etc., qui le portera à désobéir; et chaque fois ^ue le religieux enfreint ainsi une règle par quelque motif vicieux, évidemment il y a faute.
Il pèche encore toutes les fois que la violation de la règle est un sujet de mauvaise éditication, ou qu'il en peut résulter quelque autre dommage.
Il faut remarquer que les règles ne sont pas de simples conseils, mai-s de vérilnbles lois, et qu'ét;.blies dans le corps religieux pour y donner la direction des actes, selon l'inslilut, elles imposent une crrt .ine obligation à ch?cu:j des membres : car, d'après laxiome du'droit, la partie devient digne de blâme lorsque sans juste ynotif elle manque de se conformer au tout. De là vient que le religieux, en cas d'infraolion même non coupiible de la règle, esi tenu d'accepter et de s-ibir la pénitence, si le supérieur la lui impose.
D. Que dire de la transgression habituelle des règles?
R. La transgression habituelle des saintes règles devient beaucoup plus coupable, tant à cause du mépris qu'elle engendre facilement, qu'à raison du tort qu'elle fait à la discipline religieuse.
D. Qu'est-ce que la discipline religieuse?
R. Selon l'étymologie du mot, discipline veut dire enseignement, apprentissage.
Considérée dans l'autorité qui dirige, la discipline
RELIGIEUSE EST l'eNSEMULE DES RÈGLES AVEC LlîLR SANC- TiON.
Pai- les règles, les supérieurs ensci(/nent le rlirniin qu'il faut suivre; par les pénitences en cas fl'infraclion, ils y ramènent ceux qui s'en écartent et réparent le scandale donné.
Considérée dans les inférieurs, la discipline s'appelle aussi l'observance régulière, et c'est la pratique FIDÈLE DES RÈGLES, A LAQUELLE CONCOURENT DANS UNE SAINTE HARMONIE TOUS LES MEMBRES DE LA COMMU- NAUTÉ.
D. De quelle importance est la discipline dans l'état religieux ?
R. Telle est l'importance de la discipline régulière, qu'on doit la juger moralement nécessaire à la conservation de l'ordre en général, à celle de la vie religieuse dans une communauté, et à celle de la vie spirituelle dans chaque individu.
D. Quelle est l'obligation des supérieurs par rapport à la discipline religieuse?
R. D'après ce que nous venons de dire, il est facile de voir que les supérieurs sont gravement obligés de la maintenir dans la communauté ; et leur connivence fà cet égard peut aisément devenir une faute considérable.
D. Est-on tenu d'obéir également aux officiers inférieurs qui ont reçu du supérieur quelque portion d'autorité ?
R. Oui, sans doute : puisque c'est la même auto-
rit*', on est obligé de leur obéir avec la même exaclituile et la même soumission, quand ce qu'ils commandent est de leur ressort. Il est vrai de dire que l'on doit au supérieur plus de déférence et de respect ; mais on doit une égale obéissance à quiconque est muni de l'autorité.
ARTICLE m.
DrS DIÎFAUTS ôU ATTAQUENT l'OBÉISSANCE RF.LIGIELSE.
D. Outre les fautes directes contre l'obéissance, n'y a-t-il pas certains défauts qui la blessent indirectement et en préparent la violation formelle?
R. Oui, il y a plusieurs défauts de ce genre, dont les religieux ne sauraient trop se garder , s'ils veulent éviter une multitude de fautes, et même ne point s'exposer à la violation du vœu.
D. Quels sont ces défauts ?
R. Ce sont les préventions, les antipathies contre le supérieur ou contre ce qu'il connnande, et les jugements contraires aux siens ;
Les murmures et les criti(]ue5 , les tristesses et les d 'pits volontaires ;
Les excuses, les prétextes et les déguisements pour échappera une injonction ;
Les lenteurs et les nonchalances à obéir, suitoui celles qui pourraient compromettre le succès de l'exécution.
D. Indiquez encore (iiu'hjues défauts (\m utent à robéissaiici luut sou mérite et tout son prix.
H. ()l)»'ir sans soumission de volonté, mais seulemont iï l'extérieur et par manii're d'acquit ;
Obéir par crainte, comme L^s esclaves, et uniquement parce qu'on est vu ;
Obéir par poliliijue , par amour-propre , pour s'attirer les bonnes grâces du supérieur ;
Ce n'est point là, dit saint Bernard, un exercice de vertu, mais un voile dont ou couvre sa propre malice.
D. Lors(|u'un supérieur a refusé queLfue chose à un religieux, celui-ci peut-il s'adresser pour la même chose à un autre supérieur ?
R. Une le peut qu'en lui déclarant ce que le premier lui a répondu et quels ont été les motifs de son refus : la subordination et l'ordre le veulent ainsi.
D. Est-il défendu de faire à son supérieur des représentations que Ion croit légitimes ?
R. Non; les supérieurs sont même bien aise.qu'on les éclaire ; mais : 1^ avant de parler , il faui qu'un religieux y ait pensé devant Dieu , et qu'il slsoit mis dans la disposition d'adhérer pleinement à la décision du supérieur : 2'^ il faut que la représentation soit pleine de modestie et de respect.
— Cl) —
AiniCLE IV.
DcS DEGRÉS ET DE LA PEltFECTiON DE l'OBÉISSANCE RELIGIEUSE.
D. Ouels sont les degrés par où Ion sélève à la parfaite obéissance?
R. Il y en a trois : l'obéissance d'exécution, l'obéissance de volonté et l'obéissance de jugement.
D. En quoi consiste le premier degré de l'obéissance ?
R. Le premier degré de l'obéissance consiste à exécuter lidèlement les choses que Ion commande.
D. Quelles qualités sont név.essaires à ce premiei" degré ?
R. L'obéissance d'exécution doit être promplr cl entière.
Elle sera prompte, si vous faites sans délai ce ([ui est prescrit, comme si Dieu même vous parlait par la bouche du supérieur, ou vous appelait au premier signal de la cloche.
Elle sera entière, si vous exécutez tout ce qui est prescrit comme le demande le supérieur, avec l'exaclitude. le soin et la diligence convenables.
D. Quest-ce que le second degréj ou l'obéissance de volonté ?
R. Cest cette obéissance intérieure qui unit notre
voloch' il vclïv (lu >ujn'rieiir, on nous tai>aiit vouloir ce «ju'il veut et ce qu'il |)rescrit.
D. L'obûissance intérieure est-elle bien nécessaire ?
R. Elle est tellement nécessaire, que sans elle l'obéissance d'exécution serait indii^iie du nom de cette vertu, tant elle serait basse et défectueuse.
Au contraire, l'obéissance intérieure est pleine de mérite et de grandeur : pleine de mérite , parce qu'elle nous fait obéir à Ihomme par un motif surnaturel, qui est celui d'obéir à Dieu même, manifestant par l'homme sa volonté ; pleine de grandeur, parce que c'est à Dieu que nous nous soumettons, et non pas à Tliomme considéré en lui-même.
D. Quelle doit être l'obéissance de volonté ?
U. Elle doit être accompagnée de joie et de courarje.
10 II faut obéir avec joie , parce que Dieu , dit l'Apôtre, aime ce qui donne avec joie, et que d'ailleurs cette joie facilite singulièrement l'obéissance ; mais il s'agit ici bien moins de la joie humaine et sensible, que de ce contentement spirituel de la volonté qui est toujours en notre pouvoir, malgré même les répugnances de la nature.
2"^ Il faut obéir avec courage , pour surmonter les diliicultés qui peuvent se présenter , et pour faire généreusement les sacrifices que Dieu demande.
Ainsi, un des grands mérites de l'obéissance est de laisser pleine liberté aux supérieurs de di.=^poser
dr ui\n< jHuir ifv ciiijtlois et les lieux. >aiis écoutor nos dégoûts et nos appréhensions naturels.
D. Ouest-ce que le troisiîme degré , ou l'obéissance de jugement ?
R. L'obéissance de jugement ou d'entendement existe lorsque la volonté déjà soumise oblige aussi l'entendement à se soumettre au jugement du supérieur.
D. Ce troisième degré d'obéissance est-il toujours possible ?
R. Excepté dans les cas extrêmement rares d'une évidence opposéç^Je religieux peut et doit toujours se persuader que la chose qu'on lui commande est meilleure, en soi ou du moins pour lui, que la chose cuntraire.
D. Pourquoi faut-il s'élever à ce troisième degré deTobéissance *?
R. Pour deux raisons : la première , pour aider et as.^urer l'obéissance d'exécution et celle de volonté, qui sans cela peuvent aisûment défaillir ; la seconde, pour ollVir à Dieu . par l'obéissance, Thommage de son âme tout entière, et ne point commettre de rapine dans l'holocauste , en soustrayant ce qu'il y a de meilleur en nous, je veux dire notre esprit et notre rais<m.
D. Quels sont les moyens qu'il faut emplojer pour acquérir une parfaite obéissance ?
U. Le moyen général, c'est l'humilité ei la douceur.
// n'y n, dit saint Li'm^h, rien de di/firtlr aur humbles, ni ricnilcdnr aa.r esprits flnii.r et tniituhles.
Vax outre, voici trois moyens paiticiiliers que saint I-j^nace nous présente :
Le premier moifn est de prendre riial>itude de voir toujours Dieu même dans le supérieur (|ui commande.
Le second moyen est de s'appliquer à justifier toujours en soi-même le commandement et le sentiment du supérieur, et de ne se permettre jamais de le désapprouver : par là on se tiendra toujours affectionné à ce qu'il commande.
Le troisième moyen, le plus facile et le plus sûr de tous, et aussi le plus en usai:^£ parmi les Saints : c'est que dès que le supérieur a ])rescrit quelque chose, le religieux: se persuade aussitôt que c'est le commandement de Dieu même, et qu'ainsi , avec l'impétuosité d'une volonté qui ne tend qu'à obéir . il se porte , sans examiner, sans rien voir , à l'exécution de la chose commandée.
Suivant le langage des maîtres de la vie spirituelle, l'obéissance est en quelque sorte un mystère de foi , comme l'Eucharistie où les espèces sacramentelles cachent Jésus- Christ présent. En obéissant, je respecte l'autorité de Dieu même qui est là dans celle de mon supérieur, selon ce qu'il a dit: Quiconque vous écoute m" écoute. En obéissant, je me confie à la sagesse, à la bonlé, à la fidélité de Dieu qui veut (lue je sois soumis à son représentant. Si le supérieur a des défauts, Dieu n'en a point, et c'est lui que je sers. Si le supérieur commande mal, pourvu que cène soit pas le péché, moi, je fais toujours bien en obéissant, et Dieu saura bien en tirer définitivement sa gloire et mon avantage.
FIN DU CATLtlJUSME DES VOEUX.
\A:> PP.INi'.IIMlS
DE
Of LEXF'Lir.VTION