DIEU
R. Parce que le vœu est un acte du culte suprême qui n'est du qu'à Dieu. On ne fait point de vœu aux hommes ni même, pour parler exactement, à la sainte Vierge ou aux Saints, mais à Dieu seul : c'est un contrat que Ton passe avec la divine Majesté ellemême.
De là un religieux doit comprendre combien l'engagement de ses \œux est inviolable; combien cet engagement une fois contracté exige môme que l'on écarte toute pensée d'inconstance. Que si Dieu a mis dans son Eglise le pouvoir de remettre les vœux, ceux qui exercent ce pouvoir en son nom ont toujours aussi le devoir de sauvegarder ses droits ; ils ne peuvent pas ôter, selon leur bon plaisir, ni au gré des hommes, une obligation contractée envers le souverain Maître.
D. Quel est l'effet de cette promesse faite à Dieu ?
R. L'effet du vœu est que l'accomplissement de la
cliO.se promise, quelle qu'elle soit, devient un acte
de la VERTU de religion, la plus excellente de t(niles les vertus morales, et que son omission devient une violation coupable de celle même vertu.
D. Expliquez davantage l'obligalion du vœu.
R. Puisque c'est une obligation qu'on s'impose librement à soi-même, le vœu n'oblige qu'autant que l'on a voulu s'engager : ce qui doit s'entendie de la matière qui en est l'objet, du temps, du lieu, de la manière etautres circonstances semblables, et même de la nature du lien qaV>n s'est crée', lequel peut obliger selon qu'on l'a voulu, ou sous peine de péché mortel, ou seulement de péché véniel.
D. Chacun est-il libre de limiter ainsi, à son gré, les vœux qu'il fait en entrant dans un ordre religieux ?
R. Non : car le pouvoir spirituel possède, à l'égard des vœux, le même droit qu'a le pouvoir civil sur les contrats : il peut établir des conditions dont l'inobservation entraînerait la nullité d'un vœu • et telle est la condition imposée aux vœux de reli'^ion qu'il faut les faire dans le sens déterminé parTÉ^^lise et la Règle approuvée de Tordre où l'on s'engage. On n'est pas libre d'étendre ni de resteindre ces obligations, quoiqu'on soit libre de se les imposer ou non.
D. Quelle est la gravité de l'obligation qu'imposent les vœux de religion ?
R. En général, les vœux de religion obligent sous peine de péché mortel ; néanmoins lit légèreté de
Il matit're, ou le défaut de réflexion et de consentement peuvent rendre l'infraction seulement vénielle; Il faute serait même nulle, si l'advertance ou la volonté manquait entièrement.
D. Est-on toujours obligé d'accomplir un vœu ?
\\. Oui, à moins qu'il ne devienne impossible, ou qu'on ne soit dégagé légitimement de son obligation.
D. Quand est-ce qu'on est légitimement délié d'un vœu?
R. Le vœu et son obligation ne peuvent être validementùtés que par l'autorité compétente ; et encore il faut pour cela dejustesmotifs: car, puisqu'il s*agit d'un engagement pris avec Dieu, l'homme, son délégué, ne peut détruire cet engagement sans qu'une raison suffisante Vy autorise.
D. Que dire de celui qui, pour se faire délier d'un vœu, aurait recours à la fraude et à des motifs supposés ?
H. La remise de son vœu serait nulle et sans valeur.
D. Que dire encore du religieux qui obligerait l'autorité par sa mauvaise conduite à le délier de ses vœux ?
R. Il offenserait Dieu gravement ; mais la remise dos vœux serait valide, puisque, du cûléde l'ordre ou de la congrégation, il existerait un motif très
suffisant de le renvoyer.
Sans vouloir entrer ici dans do lon^s détails sur celle
matière de la dispense, de Vannulationci de la commutation des vœux, nous lerons seulement deux ol)servalions.
1*' Le pouvoir de ilisitenser proprement dt^s vœux n'appartient qu'à la juri'lictinn ecclésiaslique : au Pape pour les vœux solennels et le vœu [terpt^uel et absolu de chasteié; à l'Evéque, du moins ordinairement, pour les vœux simples. Touletois. dans un corps relisieux où la Règle approuvée l'établirait ainsi, les supérieurs même n'onl pas le pouvoir de dis}>enser des vœux ■'<imjjles de leligion, par le fait seul du légitime renvoi d'un sujet ; et, dans ce cas. le vœu de chasteté est également annulé, quand il a été fait, non d'une manière absolue^ mais aux mêmes conditions que les deux autres, en entrant en religion.
2° Dans quelque oidre ou congrégalion que ce soit, lo supérieur, comme chef de la fami le religieuse, a le pouvoir d'annuler, ou du moins de suspendre tout vœu particu'ier quo feraient ses inférieurs, au préjudice de la cotnmunaulé ou du propre droit qu'il a de commander.
Remarquez, du reste, quen général un vœu qui nuirait à l'observance religieuse seraii nul de fait, comme n'étant pas la promesse d'un acte meilleur.
D. Pourquoi avez-vous dit que le vœu est la promesse faite à Dieu d'un acte meilleur ?
R. Parce que le vœu devant avoir pour but de rendre à Dieu un culte spécial, ce but ne serait pas atteint, si la chose promise n'était en rien meilleure que la chose opposée.
D. Quels sont ces actes meilleurs que l'on peut vouera Dieu?
R. Les actes qui peuvent être mati^'-re de vœux reviennent tous à ces trois classes : 1° les actes déjà obligatoires ; 2'^ ceux qui ne sont que de conseil ; 3" les actes indifférents en eux-mêmes.
i" Dans un acte déjà commande, le vœu ajoute à l'obligation déjà existante du pré .epte. une seconde obligaii^ n qui est celle du vœu même : des lurs i'accomplissemeni de cet
acle renferme deux sortes de bonté morale et de mérite, comme son omission contient deux prévarications diverses el unedouble malice. Ainsi. que'<iu"un a fait vœu d'observer le sixième commandement de Dieu : lorsqu'il résiste à la lentalioiî de le violer, il ajoute au mérite de l'observation du précepte le mérite de la vertu de religion : son acle est •!onc devenu meilleur. Mais au»si quand il viole son vœu, il ajoute au péché contre le précepte un autre péché de sarrilège contre la vertu de reli^'ion.
2° Si l'acte n'est que de consed. par exemple, ne point se marier quand on est libre de le faire : alors le vœu ajoute une nouvelle excellence à une chose déjà meilleure en soi ; car faire ce qui est de conseil et de perfection, c'est faire un acle meilleur ; mais s'y obliger par vœu est plus parfait encore.
3* Quand un acte est ind^prent en lui-m:me, il y a, outre l'intention vertueuse qu on peut y mettre en le faisant, un moyen supérieur encore de le rendre formellement bon et méritoire : c'est de s'y engager par vœu, car il devient alors un acte de la vertu de religion. C'est ce qui arrive, par excmp'e, et d'une manière admirable, à ceux (^ui vivent dans l'état religieux : non-seulement les actes des vertus, objets des trois vœux, reçoivent tous de ces mêmes vœux une heureuse influence qui en élève le prix, mais encore les actions les plus indtlérentes, dès lors qu'on les fait eh bon religieux, forment au moyen de l'obéissance une source abondante et journalière de mérites.
Et voilà, dit saint Thomas, pourquoi les religieux sont ainsi nommés par excellnce. Tandis que les autres chrétiens ne pratiquent la vertu de religion que par intervalles, les religieux se trouvent en continuel exercice de cette grande vertu, el leur vie entière, pour peu qu'ils le veuillent, devient un holocauste, où tout sans exception est consacré au culte divin.