In his quae Patris mei sant, oportet me esse. Luc
3. Devotio nihil aliud est quam voluntasquaedam prompte se tradeadi ad ea quae sunt Dei famulatus.
Le mot dt'votion vient du mot latin derovere, et les Romains appelaient devoti ceux qui se dévouainet à leurs dieux et à la mort pour la patrie : comme tirent les deux Décius, au rapport de Ïite-Live. Être de rot , c'est donc livrer par une volonté prompte sa vie avec ses actes au culte et au service de Dieu ; et la dévotion n'est pas, ainsi que plusieurs se l'imaginent, une aflaire de sensibilité, mais de dévouement. Elle ne consiste pas précisément dans des pratiijues pieuses , mais dans l'empressement d'une volonté qui se met aux clioses que Dieu lui demande.
Saint François de Sales a parlé de la dévotion comme le Docteur angélique. « Elle n'est pas autre chose , dit-il, qu'une agilité et vivacité spirituelle qui nous lait opérer pour Dieu soigneusement , fréquemment , promptement. >
II. Leunemie propre et directe de la dévotion est la paresse spirituelle ou la tiédeur *.
En général, le vice de la paresse est une trisiesse qui pèse sur l'âme en présence d'un bien quil faut opérer . et qui abat tellement le courage de Ihomme, qu'il n'a plus de volonté à rien faire. La paresse est vicieuse par deux endroits : d' abord , elle l'est en elle-même , puisqu'elle traite comiiie un mal ce qui est bien : car la tristesse est ce sentiment de Tâme qui fait effort contre le mal pour le repousser. En second lieu, la paresse est mauvaise dans ses eilets, en ce quelle empêche d'opérer le bien. De plus , comme personne ne peut rester sous le poids de la
1. 2a 2®, q. Bô. a. 1 . Accdia est qunedam tristitia a.orgi-avaus. quae Rcilicot ita deprimit auimum hominis ut nihil agere libeat .
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tri-ttr->e, ni vivre sans quelque contentement . la paresse fait que l'âme se met à la recherche des satisfactions sensuelles. Enfin , aprcs avoir fui le bien qui l'attriste , la volonté se pervertit même jusqu'à le combattre . soit clans les choses par une aversion de malice, soit dans les personnes par la haine contre ceux dont les avis ou les exemples la rappellent au devoir.
Appliquez tout ceci à la paresse spirituelle qui est le dégoût volontaire de l'âme pour les œuvres du service de Dieu , et vous aurez bien caractérisé le terrible mal de la tiédeur avec ses effets. Mais remarquez aussi quil ne s'agit pas ici des dégoûts involontaires , lorsque malgré eux la volonté reste lidèie à la pratique de ses devoû-s.
III. Les cames de la dévotion montrent comment elle peut s'allumer dans un cœur. Sa cause prochaine est la charité , et sa cause éloignée, la contemplation^.
La charité est la cause prochaine de la dévotion, parce qu'il appartient à lamour de rendre un ami prompt à servir son ami. Or, c'est Dieu qui met et augmente en nous la charité : c'est donc à lui qu'il faut demander la cause, si l'on veut posséder l'effet. D'autre part néanmoins, la charité se nourrit elle-même i>ar la dévotion, comme toute amitié se conserve et s'accroît par l'exercice des œuvres qu'elle produit. Et voilà la part que nous devons mettre pour alimenter en nous le saint amour. Ecoutons aussi saint François de Sales : « Par le moyen de
cette agilité et vivacité spirituelle de notre volonté, la charité fait les actions en nous, ou nous par elle, promptement et afTectionnément. La charité est un feu spirituel, et la dévotion y ajoute la flamme qui rend la charité prompte, active et diligente. »
La cause éloignée de la dévotion est la contemplation, c'est-à-dire, en particulier, la médilali" n et les lectures spirituelles, parce que c'est ain^i qu'une âme conçoit la volonté de se livrer avec promptitude aux œuvres du service de Dieu. En efl'el tout acte de notre volonté procèdetoujours de quelque considération de notre entendement; et la dévotion naît en nous d'une double considération : l'une où nous contemplons la divine Bonté, l'autre qui nous fait voir notre propre misère. La considération de la bonté divine excite en nous son amour, lequel est, comme nous l'avons dit, la cause prochaine de la dévotion, selon cette parole du Psalmiste : « Pour moi c'est une bonne chose de m'attacher à Dieu, et de placer en lui mon espérance * ». Considérer en eux-mêmes les divins attributs, c'est ce qui de soi est plus propre à exciter la dévotion. Mais de notre côté el à raison delà faiblesse humaine, une considération plus efficace que tout autre à cet effet, est celle de Jésus-Christ Notre-Seigneur, Dieu fait homme comme nous et pour nous, de Jésus-Christ qui nous est apparu comme étant la grâce, la bénignité et l'humanité de noire Dieu Sauveur ^ Voilà
1. Mihi autcm adhœrere Deo bonum e3t, ponere ia Domir.o pem nicam. l's. 72.
2. Apparaît Dei gratia Salyatorisnostri. TiT. 2. Benigaitaset humauitas apparuit îralvc-itoris liCslii Dei.TiT. 3.
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lo livre écrit au deilans et au dehors * qu'il nous faut principalement lire et méditer , à l'exemple de saint Paul qui , même après avoir été ravi au troisième ciel , professait ne savoir que Jésus , et Jésus crucilié -.
L'autre source de la dévotion est la considération de notre misère. Car plus nous nous en pénétrerons , plus elle nous fera sentir le besoin de nous appuyer sur Dieu , et par conséquent plus nous tâcherons de mériter son secours par la fidélité de nos services , selon ces paroles de David : « J ai levé mo> veux vers les saintes montagnes , d'oîi me viendra le secours, le secours de Celui qui a fiut le ciel et la terre 3 ». De plus , cette vue de notre misère exclura la présomption, qui empêche l'homme de se sou mètre à Dieu parce quil compte sur sa propre vertu.
Tout ce qu'on vient de dire montre combien la méditation est nécessaire , et pourquoi elle est appelée un exercice de dévotion. Faite avec diligence, elle sert à l'enflammer ; mais il faut ajouter que, faite pour la forme et sans soin', elle la laisse misérablement s'éteindre.
IV. Les effets de la dévotion. Principalement et directement elle produit la joie ; mais indirectement elle produit aussi une certaine tristesse selon Dieu.
1. Vidi in dextc-ra sedentis supra thronum iibrum scriptura intus etforis. Apoc. 5.
2 Non enim judicavi me scire aliquid inter vos nisi Jesum Christum, et hune crucilixum. I. COB. 2.
?,. Levavi oculos meos in montes, unde veniet auxilium mjhi : auxiliura meum a Domino qui f**cit cœlum et terram. Ps l'^O.
En elTt't, la ronsidt'ialioii de la divine bont('' qui , coimiic on vient de le voir , est la cause de la dévotion, produit par elle-m«*me rallé{^resse de l'àme : « Je me suis souvenu de Dieu, dit le saint roi David, et j'en ai été l'éjoui * ». — Les mondains se ligu- KMit (jue la dévoti(ui est triste et sombre. Ah ! c'est (ju'ils iij:noront combien le contentement d'un conir (]ui est tout à Dieu surpasse les joies et 1 «s délectations terrestres. Ou bien ils ne regardent que ceux qui se traînent pénildement dans le service de Dieu, au lieu d'y mettre cette promptitude d'une volonté qui sait donner gaîment au Seigneur. Mais qu'ils jettent les yeuK sur ceux qui ont une dévotion véritable, et toujours ils trouveront des cœurs contents de Dieu, parce que ces cœurs s'appliquent en toutes choses à le contenter lui-même. C'est l'exemple qu'ont offert tous les saints : un .saint Romuald, (jui servit le divin Maître avec tant de ferveur pendant plus de cent ans, avait toujours le visage si joyeux , qu'il communiquait sa joie à ceux qui le regardaient - ; et telle était l'amabilité d'un saint François Xavier , qu'un roi pa'i'en du Japon en conçut le désir d'aller au ciel pour être en sa compagnie ^. Comme les saints, tout vrai serviteur de Dieu peut et doit donner au monde cette édification.
Toutefois cette même considération de la divine bonté fait naître indirectement dans l'âme dévote une certaine tristesse , la tristesse de lexilé qui