Histoire de sa vie
répi-le avec le Psalmiste : « Mon unie a soif du Dieu vivant : quand viendra le jour de la claire vue et de la pleine jouissance? C'est pourquoi le jour et la nuit je me nouiTis de mes larmes * » . Mais cette tristesse même est une des béatitudes d ici-bas : « Bienheureux sont ceux <iui pleurent, parce qu'ils seront consolés- 3).
Quant à la considération de sa propre misère. 1 amc dévote en tire un sujet de tristesse sans doute, mais aussi un sujet de joie en pensant que la misère que nous sentons et dont nous faisons l'humble aveu attire infailliblement la miséricorde. Et cet élément de la joie est nécessaire à la béatitude de ceux qui pleurent, parce que, sans lui, la vue de notre misère ne produirait que l'abattement , avec une tristesse qui ne serait plus selon Dieu. De là vient que les anxiétés volontaires au service de Dieu ne sont pas de bons indices de la dévotion réelle , puisqu'on ne joint pas au sentiment de ses maux la conhance d'être secouru.
V. La dévotion substantielle , lorsqu'elle est en habitude dans une âme , est ce qu'il faut appeler proprement la ferveur de l'esprit ; elle procède de la charité et à son tour elle sert à l'alimenter , comme nous l'avons dit ; mais cette vraie ferveur est essentiellement , ainsi que la charité même , dans la volonté, et non dans les impressions sensibles.
1 . Sitivit anima mea ad Deum fortcm vivum. Quaudo veniam et apparebo ante faciem IJei? Fuerunt mihi lacrymae meae panes de ac nocte.... Ps. 41.
2. lîeati qui Jugent, quoniam ipsi consolabuntiir. Mattii. 5.
^ i. ^ De la (Icvolion ncci<h-)>l'H,\
î. Lr\ (It'votion qu'on nomme accidcntfUe est celle où l'âme ('prouve une certaine douceur qui soutient la promptitude de sa volonté dans ce qu'elle fait pour Dieu. Ce n'est qu'un arcidont surajouté à la dévotion, et non sa substance même : tellement ([ue la dévotion peut très-bien exister sans elle.
H. Cette suavité (fu'on ressent dans la dévotion peut être de deux sortes : ou bien elle charme seulement la volonté, ou bien c'est une douceur qui affecte la sensibilité de lûme et, comme Tondit, l'appétit intérieur.
La première espèce de suavité est une joie purement spirituelle. En général , il y a toujours pour l'hoiiime , même dans la peine du sacrifice , un contentement de l'esprit qui est comme une récompense naturellede la volonté, quand elle est prompte dans son acte vertueux. Mais souvent il arrive ((ue ce contentement reste pour ainsi dire latent au fond de l'àme , comme , par exemple , quand la volonté doit faire un effort contre la peine sensible ou contre la difficulté de l'œuvre Pour que la suavité devienne intense et perceptible , il faut que Dieu ajoute l'onction de sa grâce ; et telle est la première sorte de dévotion accidentelle , celle qui fait éprouver un joie intime à la volonté sans que la sensibilité inférieure y prenne part ; elle ressemble aux délectations qu'éprouvent les esprits angélicjues.
C'est cette suavité toute spirituelle que saint François de Sales semble avoir vuulu décrire dans
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ce irracioux pa>?age : < La dévotion est la doucour des douceurs et la reine des vertus : car c'est la perfection de la charité. Si la charité est un lait , la dévotion en est la crème ; si elle est une plante, la dévotion en est le fruit ; si elle est une pierre précieuse , la dévotion en est l'éclat : si elle est un baume , la dévotion en est l'odeur , l'odeur de suavité qui conforte les hommes et réjouit les anges. » Saint Bernard avait dit aussi , en moins de paroles , mais avec non moins de grâce , que la dévotion est une fleur du siècle futur : œvi futuri flos est di'votio.
Mais la suavité de la dévotion accidentelle peut aussi présenter un autre caractère : à savoir, lorsque certaines émotions douces se produisent dans la sensibilité , ou partie inférieure de l'âme ; et cest alors qu'il faut l'appeler proprement la dévotion sensible.
Si ces douces émotions du sentiment sont unies au dévouement réel de la volonté , la dévotion est véritable ; mais s'il n'y a que l'impression sensible sans le dévouement des œuvres , la dévotion n'est qu'apparente et illusoire. C'est donc par ses fruits et non par le sentiment qu'il faut juger de la dévotion sensible.
Elle peut être non-seulement une apparence vaine, mais encore une duperie de l'esprit mauvais ou de l'amour-propre, et par conséquent une ennemie de la vraie dévotion : d'où l'on voit combien il importe d'en examiner lorigiiie.
La douceur sensible de la dévotion peut avoir les quatre causes suivantes •
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1" L'intensité de l'acte de cliarité : car , dit saint Thomas * , lorsqu'un acte de la volonté est intense, il peut lui causer un tel contentement , que sa surabondance fasse déborder comme un excédant qui rejaillit sur la partie inférieure de l'âme. C'est surtout ce qui peut avoir lieu dans l'acte intense de la charité, quand Dieu y ajoute l'onction d'une grâce spéciale : alors il se produit des émotions sensibles, des larmes et autres effets plus ou moins véhéments, comme nous le lisons dans les Vies des saints : de sorte qu'on s'écrie avec le Psalmiste : « Mon cœur et ma chair ont tressailli de joie, lorsque je me portais vers le Dieu vivant- ».
2*^ L'action du bon ange. En effet , lorsque l'âme fait ou veut faire quelque cho^e pour le service du Seigneur, il arrive souvent que le bon esprit s'approche pour lui prêter son aide , et que, par une action qui est au pouvoir naturel de l'ange ^ . il excite dans la partie inférieure des émotions d'où naissent les douceurs sensibles de la dévotion. Son but est de seconder la volonté dans le bien, en lui fournissant ce secours agréable et ce rempart contre les répugnances de la chair.
3*^ Mais, de son coté, le mauvais ange poss''de aussi naturellement le pouvoir d'exciter en nous des émotions et des douceurs sensibles, que Ion peut prendre pour la dévotion , et il les excite, sans que nous opérions le bien , ou sans que nous
1. Propter intensionem appetitus snperioris, exquo fitredundantia in inferiorem partem la X'ae q. 30. art. .5.