De Eeligionc. I.ib. 1. c
lies conseils seulement : par excnjple, aimer nos ennemis et faire du bien à ceux qui nous persécutent est un commandement en certaines choses, et seulement un conseil dans certaines autres; tandis que les trois conseils dont nous parlons maintenant se trouvent tout à fait en dehors des préceptes. Les premiers, explique encore saint Thomas *, appartiennent à la perfection déjà acquise, et leur observation procède de la surabondance de la charité : au lieu que les seconds sont des moyens généraux qui servent à acquérir la perfection, en fournissant des instruments propres à toutes les vertus, et surtout à la charité. De là vient que Jésus-Christ Notre-Seigneur a choisi ces derniers pour les opposer aux trois concupiscences, qui sont les trois grands obstacles à la perfection. Voilà aussi pourquoi on les appelle proprement et spécialement les conseils évangéliques, et c'est la pratique de cette portion subUm(i de l'Évangile qui fait appeler ceux qui s'y engagent par état dans l'Église, « la portion choisie du trou peau de Jésus-Christ ».
m. Ne peut-on pas, sans être religieux, vouer à Dieu la pauvreté, la chasteté et l'obéissance?
lo II est facile de voir que l'observation des trois conseils évangéliques ne peut être que partielle hors de l'état religieux, que nécessairement elle restera toujours incomplète, et qu'elle n'aura point ce caractère d'universalité qui embrasse la vie entière avec tous ses actes. Celui qui vit au milieu du siècle
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ii't'^t pas dans une jtositidii où ni la pauvrrtt* ni l'obûissance puissent se pratiquer, et par constMjuent se vouer d'une manière absolue; et, vu les i;é<:essités de la vie, l'exercice qu'il en voudra taire ne sera encore qu'une prati([ue particulière des conseils évangéli(}ues. Pour avoir toute leur perfection et la plénitude tle leur exécution, il faut faire ce que dit Notre-Seigneur lui-même : Si vous voulez être parfait, allez, c'est-à-dire quittez le monde: vendez tout ce que vous avez, c'est-à-dire dépouillez-vous de toute propriété, et venez dans un lieu et dans un état où, sans rien avoir, sans jamais cesser d'être totalement pauvre, vous trouverez cependant toujours le nécessaire à votre vie, grâce aux attentions de ma Providence ; et là, il vous sera enraiement bien plus facile de me suivre dans la perfection de la chasteté ; mais, surtout, vous aurez le moyen de devenir comme moi obéissant jusqu'à la mort, et de me consacrer votre vie entière par l'assujettissement le plus universel de la volonté *.
2o On peut, sans être religieux, se dévouer, dans une certaine mesure plus ou moins large , à la pratique des trois conseils évangéliques ; et Dieu y appelle quelquefois certaines âmes, sans les appeler pour cela à la vie religieuse. Mais alors il faut beaucoup de lumière et d'attention pour découvrir nettement sa sainte volonté, et beaucoup de discrétion pour ILxer les justes limites qu'on devra s'imposer : de sorte que, dans des choses si délicates, un direc-
1. Si vis perfectus esse, vade, vende omnia quae babes, et da pauperibus, et veni, sequere me . Matth. 19.
i.'iir sage sc'on Dieu est presque toujours indispensable.
Ainsi, pour la pauvreté évangélique m<*nie hors «le létat religieux, Dieu a suscité dans son Église d'admirables exemples, soit que le vœu particulier l'ait consacrée, soit qu'une ardente charité ait tonu lieu d'engagement. Qui ne connaît un saint Alexis, ci ce bienheureux Benoît-Joseph Labre, dont le Saint-Siège vient de glorifier l'héroïque mendicité *?
La chasteté peut être vouée hors de l'état religieux, comme le prouve la constante pratique de lÉglise ; et c'est une vie à laquelle plusieurs personnes séculières peuvent être appelées de Dieu. Cependant ce vœu perpétuel ne doit se faire dans le monde qu'avec une grande circonspection, et après avoir bien considéré toutes les circonstances pour le présent et l'avenir. Un vœu temporaire est de nature à être plus facilement admis en cette mati^re, et même on ne voit pas pourquoi cette consolation, ce mérite ou ce secours, serait refusé à une ame de bonne volonté que la gi'âce semble y incliner. Tout inconvénient disparaîtra, si Ton n'embrasse à la fois qu'une courte durée, aprts laquelle on pourra toujours voir s'il convient de renouveler l'engagement.
Enfin, on peut, sans être religieux, à'jt Suarez *, vouer l'obéissance à un autre, par exemple à un confesseur : soit à la condition que cet autre voudra l'accepter, soit même sans que cette acr-eptation soit une condition nécessaire. Il .sera tr's-convenablc cependant (jue celui à qui l'on a voué l'obéissance