In 4. sent. Dist. i. q. 3. a
jj^ratuite comme dans le baptême ; mais qu'cllo est le fruit (le la plus grande satisfaction que l'homme puisse offrir à Dieu, puisqu'en ce moment il lui sacritie tout, et se sacrilie lui-mOme *.
Saint Anselme cite le fait d'un religieux qui apparut à ses frères, et leur raconta la lutte qu'il avait eu à soutenir contre le dt-mon au moment de >a mort. Il lui semblait être déjà au tribunal de Dieu, et l'ennemi du salut s'était présenté pour l'accuser ; mais il lui survint aussi du ciel quelqu'un pour le défendre. Satan lui ayant donc objecté des fautes qu'il avait commises avant son baptême (car il ne l'avait reçu qu'à l'âge des adultes), l'accusé répliqua que l'eau sainte les avait effacés : ce qui fut conlirmé par le défenseur céleste. L'ennemi se rabattit sur d'autres péchés commis encore depuis le baptême ; mais le religieux crut lui fermer la bouche en répétant ce qu'on lui avait dit, qu'il n'en restait plus rien depuis le jour de sa profession, et en effet le défenseur l'appuya par une démonstration sans réplique. Enfin le démon ayant voulu faire valoir les fautes qu'il lui avait fait commettre dans le cours de sa vie religieuse, le mourant eut encore sa réponse, toujours soutenue par le céleste avocat, qu'il les avait couvertes au moyen de ses confessions diligentes et les œuvres de la vie religieuse ellemême. Saint Athanase raconte un trait presque semblable dans la Vie de saint Antoine.
1. 11 semble qu'une fervente rénovation des vœux doit aussi participer proportionnellement à ce mérite de leur première émission, et que chacun peut l'espérer selon la mesure des dis- IK^sitiotis qu'il y apporte.
II. La profession religieuse, comme le baptême, (ioiiiio la mort au vieil homme. En elïet : !« le relii^ieux alors meurt au monde et à tout ce qui est du monde. Le triple renoncement à Satan, à ses pompes et à ses œuvres est mOme beaucoup plus énergi(|ue et plus complet dans la profession des vœux que dans les promesses baptismales, et la triple concupiscence, qui est le fond du vieil homme, y revoit un coup bien plus vigoureux.
io Par l'engagement de ses vœux, le religieux cesse d'être ce qu'il était vis-à-vis des hommes, à tel point que jadis la loi le déclarait mort civilement. De ce jour donc il n'est plus du monde, ni le monde ne le connaît plus ; et s'il voulait y reparaître, il serait regardé et traité comme un étranger qui n'est point à sa place, comme un mort revenu parmi les vivants.
3° Mais Dieu surtout ne tient plus compte du passé pour un homme qui s'est dévoué à lui de la sorte. A ses yeux, le religieux, non moins que le nouveau baptisé, est enseveli dans la tombe avec Jésus-Christ; et, en cet état où il le voit, comme son Fils bien-aimé, dégagé des anciennes dépouilles, il ne trouve plus en lui rien de ce qui avait blessé jadis ses divins regards , malgré ces restes de la concupiscence qu'il sent encore, et qui lui sont laissés pour le combat et pour le mérite ^
1. In renatis nihil odit Deus; quia nihil damnationis est iis qui vereconsepultisuntcum Christoperbaptisma in mortem... Manere autem concupiscentiam vel fomitem hœc sancta Synodus fatetur et sentit, quae eum ad agoncm relicta sit, noeeie non conseutientibus, sed vii-iliter per Cbristi Jesu gi-atiam repu-
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111. La profession des vœux fait passer le religieux à une vie nouvelle, comme l'Apôtre le dit encore du saint baptême *. Après avoir été trop souvent par sa vie mondaine semblable au premier Adam et terrestre comme lui. le religieux, au jour de ses vœux, prend la ressemblance du second Adam, et, à son exemple, il se voit, il se sent lui-même par sa grâce comme transformé en un homme céleste 2. Alors tout en lui devient nouveau : ce sont nouvelles pensées et nouveaux sentiments, nouvelles appréciations et nouvelles tendances, nouveaux goûts et nouvelles jouissances, nouvelles œuvres et nouvelle manière de les faire : de sorte qu'il faut lui appliquer encore ce que le concile de Trente dit du nouveau baptisé, <r qu'il ne marche plus selon la chair, mais que. dépouillé du vieil homme, il est devenu par sa profession innocent, immaculé, pur, sans souillure, et chéri de Dieu, dans tous les détails de sa nouvelle vie 3 ».
Un passage de saint Bernard nous résumera toutes ces considérations : « Vous voulez apprendre de moi pour quelles raisons, entre tous les autres moyens de faire pénitence, la profession religieuse a mérité cette prérogative d'être appelée un second baptême?
çrnantibus non valet ; quinimo qui légitime certaverit corona- Litur. Conc. Trid. sess. V. De Pecc. orig. 5.
1. Ut quemadmodum Christus surrexit a mortuis, ita et nos in novitate ritse ambulemus. Rom. 6.
2. Primus home de terra terrenus ; secundus homo de cœlo cœlestis. Qualis terrenus, taies et terreni ; et qualis cœlestis, taies et cœlestes. 1. Cor, lô.
3. Qui non iecundum carnem ambulant, sed veterem hominera exuentes, innocentes, immarnlati, puri,iniioxii ac Deo dilecti efEecti sunt. Conc. Trid. ibid.
C'est jKirco (juVlle est un puiliiit lï'iioiicenK'iit au monde, et (jiîe rexccllence singulière (le la vie spirituelle (juon y mène, l'élève au-dessus de tous les autres ç^enres de vie qui sont sur la terre: de sorte <|ue les reli|4;ieux. quittant la ressemblanco des hommes, prennent celle des An-^^es, et même rétablissent en eux limage de Dieu, en se configurant à Jésus-Christ, comme il arrive dans le baptême. Mais. de même que ce sacrement nous arrache à la puissance des ténèbres pour nous transtérer dans le royaume de la clarté éternelle, ainsi par cette seconde régénération que produit un si saint engagenjent, nous échappons aux ténèbres, non du seul péché d'origine, mais de plusieurs péchés actuels, \ our entrer dans la lumière des vertus, nms faisant à nous-mêmes une nouvelle application de ces mots de l'Apotre : la nuit a passé, et le jour s'est approché de nous * ».
SECTIOy lY. — LA PROFESSION RELIGIEUSE COMPARÉE AU MARTYRE.
I. Saint Jérôme, parlant du dévouement religieux, s'exprime ainsi, dans l'épitaphe de sainte Faule :
1. Audire rultis a me undo, inter cœtera pœnitent ne instituta, monnsterialis disciplina mcnicrit hanc pnerogativani. ut sccuudum baptisma nuncupetur I Arbitrer, ob perfectam miindi abrenuntiationem, et singularem excellentiara vitas spiritualis, qua prseeminens universis vitse humanœ generibus hujusmodi conversatio professores suos angelis similes facit ; imnio divinam in îiomine reformât imàginem, configurans nos Christo instar baptismi. Sedet quomodo in baptismo eruimiir de i>otestate tenebrarum et transferimur in regniim claritatis îeternre ; ira et in sanctissimi hujus secunda quadam rogeneratione })ropositi, de tenebris œque non unius originalis sed multoinam ac-
€ i.o n't'St pas seulement leffusion du sang qui (•«»ni|)le pour le martyre, mais il faut dire que ce service partait d'une âme ([ui dévoue sa vie au Sei- ^'ueur est aussi un martyre de tous les jours : le premier tresse sa couronne de roses et de violettes, le second compose la sienne de lis * ». En effet, si le martyre du sani,' est le plus grand acte de charité que riiomme puisse produire avec l'aide de la grâce, le sacrifice religieux, par son dévouement quotidien, multiplie tellement les actes de la charité, qu'ils sont peut-être capables d'égaler ou même de surpasser quelquefois le mérite de l'effusion du sang.
Le martyre du sang ne dure que peu de temps, et un grand effort peut suffire pour s'en assurer le prix; celui de la profession religieuse est d'ordinaire beaucoup plus long, et il rachète ainsi par la durée ce qui lui manque du côté de la violence et de l'intensité. Il faut y mourir chaque jour, selon l'expression de saint Paul -, c'est-à-dire qu'il faut y donner à la nature corrompue des coups sans cesse ledjublés. par la mortification, qui, d'après la force du mot, doit opérer la mort ^.
Martyr signifie témoin ; or, quel beau témoignage on rend par la profession religieuse, et combien il est tout ensemble glorieux à Dieu et salutaire aux
tualium delictorum, in lumen virtutum evadimus.redaptantes nobis illud Apostoli : Nox praecessit, dies autem appropinquavit. S. Bem. de Praecepto et Disciplina.
1. Non solum efEusio sanguinis martyrium reputatur, sed devotae quoque mentis servitus immaculata quotidianum martyrium est : illa corona de ro is et violis texitur, istu deliliis.