l'ropter te moitificamur tota die, liOM
hommes ! Gl()iieu\ à Dit'u dont il proclame à cliaque instant les droits à tous jios services; salutaire aux. hommes, soit à nos tVcres mêmes par l'encouragement journalier du bon exemple, soit aux personnes du siocle, ([ui y trouvent une prc'dication éloquente de la vérité chrétienne. Et que de fois, en effet, cet aspect de la vertu, reconnue et appréciée par l'impie, n'a-t-il pas fait rentrer la toi dans son âme et sollicité de saintes résolutions dans sa volonté!
II. Mais la profession religieuse n'est pas un seul martyre, elle en renferme plusieurs à la fois.
1^ Il y a le martyre de la pauvreté volontaire. Ecoutons saint Bernard : a Pourquoi la même promesse, dans le discours sur la montagne, est-elle faite aux pauvres et aux martyrs, sinon parce que la ]>auvreté volontaire est un ger ^e de martyre * ? jEI il décrit ainsi ce martyre de la pauvreté religieuse avec autant de vérité que d'énergie. On avait des l)iens temporels , avec l'assurance des avantages cjuils procurent, et l'on s'est mis par le di-pouillement dans la gêne de la pauvreté et 1 incertitude de lavenir. On pouvait du moins acquérir quelque chose, et l'on s'est ôté le droit de recevoir même ce que voudrait offrir le monde. En vain Satan essaie de tenter la cupidité: on a renoncé à toute espérance, et l'on se rit de ses tentations. Mais, surtout, il y a toujours au fond du cœur humain cet amour des aises si subtil et si vivace, cette propension à
1. Quid sibi vult quod eadcm promissio facta est pauperibus et martyribus, nisi quia vere martyrii genus est panpertas Toluntaria 2
^^ créer des nécessités imaginaires, ce désir des l»etit> adoucissements de la vie. qui sont comme des démangeaisons continuelles ; et Ion sait triompher constamment de soi-même ; et Ton résiste chariue i.»ur. pour l'amour du Seigneur, à tous ces picotements de la nature. Que de couronnes! Quels droits aux richesses et aux jouissances du paradis * î
2" La chasteté religieuse est un martyre plus glorieux et plus méritoire encore que la pauvreté. Car la vie de l'homme, dit le Saint-Esprit, e>t un combat sur la terre ; mais quel est l'objet principal de celte lutte incessante, sinon la sensualité? Guerre intestine et domestique oii Tennemi est au dedans, toujours en armes, et jamais terrassé ; où. même après qu'on a fui généreusement les occasions et les séductions extérieures, la chair est encore là sans cesse harcelant l'esprit. Quel noble térnoiiinage donc lame parfaitement chaste ne rend-elle point à Dieu, quand elle conserve ainsi son trésor dans un vase fragile? Hélas! dit saint Isidore, « c'est par le vice impur, plus que par tout autre, que le (h-mon s'assujettit le genre humain > ; et saint Augustin obser' e € qu'entre tous les combats des chrétiens, les plus durs sont les combats de la chasteté, où la lutte e5t quotidienne, et rare est la victoire » -. Et pourtant que d'âmes pures dans les maisons religieuses/
1. Panpertate premi inter divitias quas affert mundus, qua^ o-tcntat diaVjolus, quas desiderat noster iste appetitus : an non mérite coronabitnr qui sic certaverit, mundura abjiciens promittentem, irridens inimicuni tentantem, et quod gloriceius est, de seipso triumphans, et crucifigens concupiscentiam prurientem ? Bern. Serm. 1 omnium sanct.
2. Inter omnia christianorum certamina, duriora sunt praelia castitatis ub' quotidiana est pugna et rara Victoria.
Ouelle vi-^ilance à repousser les moindres attaques ! Quelle lidélité à se garder des taches les ])lusléj,'ères ! Eu un mot, (juelle iiloire rendue à celte j^'ràcc divine (|ui tiioniphe <lan> rinlirniitél
S'» L'obéissance, troisième martyre de la vie religieuse, et c'est le plus méritoire de tous, puisqu'il immole ce ([ue riiomme a de meilleur et de plus cher, sa propre volonté ; c'est le plus étendu et le plus continuel, puisqu'il embrasse tous les actes et toute l'existence du religieux.
m. Une dernière et frappante considération à présenter sur le martyre de la vie religieuse, est qu'il ressemble au crucifiement. Les religieux sont, comme Jésus-Chri>t. des hommes crucifies; et c'est par les vœux que sexécute ce martyre. Après que. durant leur noviciat, on les a pour ainsi dire mesurés à leur croix future, vient le moment de les étendre dessus : c'est celui de leur profession, et on les y attache par trois clous ; en sorte qu'ils peuvent dire avec l'Apôtre : « Le vieil homme en nous est cloué à la croix * » par les clous des trois vœux. Et voici comment de pieux auteurs ont expliqué les effets de ce crucitiement spirituel.
Premièrement, un clou, quand on l'enfonce, commence par pousser dehors l'obstacle qu'il rencontre. Ainsi font les clous des saints vœux dans Tàme du religieux : ils poussent dehors les affections déréglées, de manière à détruire d'abord en lui le corps du péché, comme parle saint Paul -.
1, Vêtus homo noster crucifixus est. Rom, 6.
2. Vêtus homo noster crucifixus est, ut dêstruatur corpus peccati. Kom. G. ^
Ensuite,, les clous, pur un second effet, percent et déchirent les membres du crucilit' : tellement que, par suite de cette violente suspension de tout le corps sur trois points douloureux, sa vie n'est plus qu'une souflrance continue et universelle. Et c'est ce qui a lieu en quelque manière dans la \[^ religieuse, où les trois clous des vœux sont toujours là pour se faire sentir. On y est donc, comme ceux qui sont sur la croix, dans un état de vie et de mort, et le religieux, ainsi que le crucitié. est, suivant l'expression de l'Apôtre, un homme qui vit et meurt tout à la fuis ^
Le troisième effet des clous pour le patient est de
le serrer si fortement à sa croix, qu'il n'y a plus
moyen pour lui de s'en détacher, surtout si la pointe
en a été recourbée. Et n'est-ce pas ce que font aussi
les vœux de religion, principalement les vœux per-
p.'tuels, les vœux solennels, où l'on recourbe pour
ainsi dire leurs pointes ! Alors et désormais, il n'est
plus possible de quitter la croix, à moins d'en venir
à l'horrible déchirure de l'apostasie. De plus, le
crucifié, retenu si étroitement à la croix, n'a plus
la liberté de ses actes, ni même de ses moinrlres
mouvements : et il en est ainsi du religieux attaché
par les saints vœux. Enfm, quand un homme est
élevé en croix, il se trouve suspendu entre le ciel et
la terre; et telle est la situation du religieux en ce
monde, à partir du jour de sa profession : par ses
pieds et ses sens il est encore proche de la terre
mais sa tête et son efTprit sont rapprochés du ciel