Les Principes de M. Fontaine, exprimés par lui-même [microforme]
Dans toute circonstance le choix d’un bon député est extrèmement important, et, dans Îles circonstances présentes surtout, les électeurs doivent apporter la plus grande attention aux paroles et aux antécédents de ceux qui briguent leurs snffrages.
Nous voulons aujourd’hui nous adresser spécialement aux intelligents électeurs du Comté de Bagot et exa.
miner avec eux 8i M. Raphael Fontaine qui oppose M. Dupont a des titres à leur confiince et mérite de les reprerenter en parlement,
Deux choses doivent attirer l’attention des electeurs ; ils doivent examiner soigneusement el consciencieusement les principes religieux et politiques de celui qui s'offre à eux comme candidat, car dans la réunion de ces principes consiste toute la force ou toute la faiblesse d’une cause.
Il no sera donc pas hors de propos de scruter les antécédents du candidat libéral et voir si les idées qu'il a émises, lorsqu'il était dans le journalisme, et la conduite politique qu’il a tenue sont de nature à le recommander auprès des électeurs et celles d’un homme à qui on peut confier sans crainte le mandat de député.
Une chose frappante d’abord est la rumeur qui circulait que M. Fontaine serait le candidat des libéraux, avant même quo les électeurs de Bagot connussent d’une manière certaine l'offre que devait recevoir M. Gendron d’une place de lrotonotaire. On disait dans la presse que M. Gendron serait nommé etc’est alors que le comité natio.
nal de Montréal résolut d’opposer quand même le candidat conservateur quel qu'il serait. On jeta donc les yeux sur M. Raphael Fontaine comme étant celui sans doute qui, d’après les
rouges de Montréal et de St. Hyacinthe, refléterait mieux les opinions du
parti. Cea étrangern au °omte de Bagot voulaient d'un réfor. ‘e ot d'un
réformiste à principes arancés, à opinions extrêmex.
Ils ne pouvaient mieux choisir que M. Fontaine qui a toujnurs professé les.
idées les plus sangrenues ot les plus exaltées en fait de zsouvernement.Journaliste à la brasse, écrivain de basétage, démazogue à l'esprit frondeur, mais au cœur de poule, il ne sut jamais commander Île respect politiques. Riant de tout, fesant de la grosse farce à propos même des choses les” plus sarrees, ses écarts de plumeet de jugement lui attirèrent la réprobution du clergé et de ses concitoyens. Mais ceVoltaire en petit n’en continua pas moins ses pérégrinations À travers le champ de la libre-pensée.
et en fosant rire pair ses mots im possibles et le ridicule de su phrase, il put croire qu’en politique il valait quelque chose.
Voilà done l'hommo que les rouges de Montréal choisirent et envoyèrent vendredi dernier à S'. Liboire pour poser sa candidature et réclamer l'appui des électeurs de Bagot.
M. Laflamme, le même qui a plaidé avec M. Joseph Doutre en faveur de Guibord et de l'institut canadien de Montréal, était venu à St. Hyacinthe, deux jours auparavant, ponr vaincre les dernières répugnances de son ami Fontaine, ou mieux pour lui promet.
tre, diton, pour plus tard la r6compense de son devouément à la sainte cause du rougisma, (Commé doux hommes possédant les mêmes opinions
religieuses et politiques s'entendent,
M. Fontaine reçut des mains de M.
Laflamme la candidature qu'on devait
des hommes.
ne faire connaître que le surledemain à St, Liboire, afin de sauver les apparences,
Le voilà donc lancé l’homme de M.
Laflamme et des rouges de Montreal, et, puisqu'il brigue les suffrages des électeurs, il ne trouvera pas mauvais qu’on dissèque ses opinions et que l’on examine ses tendances malsaines com:
me le fonds de sa pensée. Quoique n'ayant pas tous les documents qui pourraient compromettre M. Fontaine, nous en avons assez pour indiquer sa ligne de conduite et ses vues sur la marche des affaires.
Ce que des électeurs sont en droit d'attendre de celui qui se présente à eux comme candidat, c’est le respect de l'autorité et la loyauté au drapeau de la nation. Or M. Fontaine estun écrivain qui, par ses écrits, à cherché à fuire perdre au peuple le respect de l’autorite legitime et à l’indisposer contre l'Angleterre.
Nous nous rappeions le fait que M.
Fontaine félicita un jour, en 1867, les membres de la societe St. Patrice de Montréal d’avoir marilesie clairement ce qu’il appelait ‘ leur haine légitime contre l'Angleterre”, ajoutant, avec malice et déloyauté, qu'il était temps que notre mère patrie apprit que les canadiens français ne l'aimaient pas plus que les Irlandais.
Discutantla question de confédération, M. Fontaine s’écriait : ‘“ Nous ne ‘ferons à personne l'injure de dire qu'il “ peut se trouver un canadien français ‘“ assez intelligent pour croire que la 4 métropole peut rendre justice au Cana- “ da français,”
Les lecteurs se rappelleront qu’a lors le projet. de Québec était soumis à la considération du parlement anglais ; que Sir George Cartier était au guet, veillant avec intelligence et patriotisme aux droits de ses compatriotes, et c'est lorsqu'une parole im-
prudente pouvait compromettre notre.
avenir national que M. Fontaine tenait la conduite insensée d'insulter l’'An-
Gore qui avait dans ses mains le fil e nos destinées politiques.
Le 7 mars 1867, M. Fontaine parlant du projet de confédération qu'a doptait le parlement anglais, lança un de ces articles échevelés, bouffis de prétentions, acariatres, destinés à soulever le peuple contre l'Angleterre et à faire mépriser Los institutions. Ecoutons notre Don-Quichotte politique, frappant à grands coups contre des appréhensions imaginaires et chorchant à épouvanter ceux qui pouvaient ajouter quelque foi à ces diatribes dénuées de sens commun. Ce serait quelque chose de dramatique, si ce n’était stupidement ridicule.
“Chose étonnante, on dira't le diable aux trousses des delégues et de leurs compères anglo saxons, tant ils se hâtent de mettre la dernière main à l’œuvr> commune— la confedération—/’assassinat de la nationalité française, et le sacrifice de nos droits politiques les plus sacrés.
‘ S'attendant à des protestations 1ls8 s'empressent, {yranneaux metropolitains, marmitons coloniaux,de les prévenir en les rendant inutiles ; la confédé.
ration une fois adoptée, reclamez, criez, protestez, peu importe | Et puis si l'on s’agite trop, si l'on tient à affirmer ses droits, si l’on fait mine de vouloir s'attaquer à la charpente fédérale, oh !
alors, en avant les grands moyens anglo-saxons ! Arrestautions, cour martiale, procès à la mode britannique, et peudaison bel et bien exécutée toujours suivant le English fashion 1................
“Sa Majesté vous met la corde au cou:
Sa Majesté veut : tout est dit:
‘“Soumettez-vous, ou vous serez emprisonnés, jugés, condamnés, pendus haut et court à bonne potence anglaise !
“C'est net, clair, logique, irrésistible |
. “Allez donc répordre à des rrguments
de cette force,. arguments cuirassés, blindés, tranchant comme la hache du bourreau, assommante comme la morgue britannique !
“Et l'échafand à l'horison !
“Et la corde !
“Et l’oxécuteur des hautes œuvres !
“En trois points le resumé éloquent ‘de la logique de la Grande Bretagne quant elle régente ses colonies ?.........
‘“Acceptez-vous, oui ou non ?
«Si, oui ; l'Angleterre sera satisfaite :
“votre docilité lui arrachera des larmes d’attendrissement et vous vous ruirerez, à son grand bonheur, pour ses beaux yeux.
“Si, non : vous serez pendus l”
Tel estle style de M. Fontaine, Yelleest sa loyauté et c'est avec cette loyauté que l’on fait les révolutions et que l’on plonge un pays dans un abimo de misères. Heureusement que ceux à qui M. Fontaine s'adressait alors avaient plus de bon sens politique aue lui et n’écoutèrent point sos paroles déloyales. Elles n'étaient dignes que d’un exalté; voilà pourquoi elles ne firent aucun mal.
Le 1 juillet 1867, jour que la confedération passa dans le domaine du ‘ait accompli, M. Fontaine crut de voir faire paraître son journal en noir, en -signe de deuil: C'était un jour de calamité nationale à ses yeux. Son génie d'homme d’étât lui fesait entrevoir la ruine du pays ; nos recettes ne pourraient égaler nos dépenses, la ‘hideuse banqueroute frapperait à no- ‘tre porte ; te chemin de fer interco- Jonial appauvrirait la confedération et la taxe directe peserait lourdement sur ‘les campagnes. C'était les prévisions de ce journaliste perspicace,et nos lec… teurs savent si M. Fontaine a joué le zole de prophète ; si, sous le régime des conservateurs, de 1867 à 1873, le pays est tombe dans l’abime qu’entrevoyait eette imagination en délire.
éellement le candidat libéral de +Bagot devrait s'adresser à M. Letellier de St. Just pour obtenir un droit de «patento,—tant ila bien réussi à decouvrir quels seraient les résultats de ‘la confédération, et nous commençons
à comprendre pourquoi, à Montréal on désirerait voir M. Fontaine entrer en parlement. Il serait d'un secours puissant pour l'opposition qui compte dans son sein des hommes bien peu capables de prévoir l'avenir. Autant il y en a qui embêtent le ministère de Boucherville pur leur silence, autant M. Fontaine l’aiderait par son vérbiage et ses excentricités. Ce serait un contraste dont l'opposition à Québec a un besoin pressant. M. Laflamme a donc eu l’idee heureuse en désignant son ami de principes M. Fontaine comme député en perspective, mais en perspective seulement,
Ce manque de respect pour l'autorité qui, daus la vieille Europe, fait tant de mal à la société en sapant le pouvoir à sa bâse, M. Fontaine, avec un aveuglement obstiné, a donc cherché à l'infiltrer au sein de notre population si respectususe envers la hiérarchie civile et ecclesiastique.
Tous se rappellent l'insulte qu'il lança au Prince de Galles lors de sa visite à St. Hyacinthe. Il chercha à faire de l'héritier présomptif de la couronne d'Angleterre, dans le journal qu'il rédigeait alors, un portrait propre à le ridiculiser, poussé par cet instinct malheureux qu’il a toujours eu de jeter du discrédit sur ceux qui sont élevés endignité. L'insulte fut ressentie si vivement par les citoysns de St. Hyacinthe qu'ils l’obligèrent à se rétracter et à faire amende honorable pour la sottise qu'il avait faite. Son manque de loyauté fut la conséquence de son mépris de ceux qui président aux destinées de l'empire britanniqne.
Voici le portrait du Prince tracé par M. Fontaine :
‘ N'est pas, tant s’en faut, joli garcon dans l’acception ordinaire du mot.
Un nez trop long, légèrement courbé, des yeux d'un bleu biea pâle sans éclat, une apparence tout à fait juvénile, lui donne un caractère d'insignifiance assez prononcée, Sa démarche
est quélques peu gracieuse. Somme toute, nous nous attendions à quelque chose de mieux.”
Les termes dans lesquels il qualitiait son acte sont les suivants:
‘ Tout le monde nous a fait de sanglants reproches, pour la partie de notre article de vendredi, sur la réception du Prince de Galles à St, Hyacin the, dans laquelle nous avons parlé du Prince mème.
“Leo langage que nous avons tenu est regardé comme inconvenant et dé nature à faire accuser notre population de manque de savoir vivre. La population a fait voir par ses démonstrations de bienveillance et de respect, qu‘il est regrettable que le seul journal publié dans la localité se soit servi d'un tel langage.
“Nous avons depuis relu cette partie de l’article, et nous sommes des premiers à regretter que ees paroles si peu convenables aient été écrites et impri mées.
“Nous n’hésitons pas à admettre que notre population a raison de nous blâ mer et de rous césapprouver fortement. Cet incident, que nous regrettons autant que qui que ce soit, ne doit pas être imputé a nos concitoyens et nous espérons que la satisfaction générale qoand à la manière dont la démonstration à été conduite, tera oublier notre faute et notre seule faute.”
On a raison de se demander si M. Fontaine est bien disposé à faire fonctionner la confederation. IL n'y a pas plus que meuf aus il disait à propos de son opposition au nouveau régime :
“Supposons le cas Où une majorité par- ‘ Jementaire,sortie des prochaines elec “tions, protesterait dans la législature « locale du Bas-Canada contre l‘impogition de la nouvelle constitution, “ n’aurions nous pas lieu d'espérer soit ‘ de l'Angleterre elle-même, soit d'au- ‘tre part, une chance de salut, une issue ‘ favorabie de l'impasse Où nous som- ‘ mes acculés ? Cette perspective vaut ‘la peine d’être examinée.”
En fuce d'une telle déciaration, le:
électeurs de Bagot peuvent avoir raison de craindre les opinions de M. Fon taine et s’énquérir s'il attond encore le salut d'autre part que l'Angleterre.
Est-ce un aveu qu'il est annexioniste !
Nous lo croyons, et ses écrits nous au.
torisent à penser qu'en 1867, s'il fut survenu des complications entre l'Angleterre et les Etats-Unis,il aurait tourné le dos au drapeau britannique et fait causo commune avec les américains.
Nous ne voulons pas aller jusqu’à dire que nous aurions vû M. Fontaine, revêtu de la tunique, faire l'exercice, l'arme au bras, sous l'égide du drapeau étoilé. Nous connaissons assez la bravoure du candidut libéral de Bagot pour croire qu'il aurait su se mettre à l'abri ds la mitraille et se tapir dans un coin de son bureau. Mais M. Fontaine a donné lieu par ses écrits à bien des sup.
positions plausibles, et indépendamment des citations que nous avons faites, nos reproduisons son appréciation du réginre constitutionnel anglais ; dans laquelle il se montre grossier, mauvais écrivain et se fait l'insulteur d'une digne Reive, celle que tout le monde respecte des Indes à l'Australie et de l'Angleterre au Canada.
Mais pour qu’on ne nous taxe point d'exagérer les cho:es, citons, L'article est du 28 février 1867.
‘“ En outre des changementsque nous avons indiqués lundi,nousavons aujour.
d'hui l'indicible bonheur de signalet les suivants : l’uuion fédérale ne sera pas une simple confedération—oh! non!
Pardine ! La Grande Bretagne tient à nous faire le don pur, simple et irrévocable d’une misérable copie de sa constitution, d’un pitoyable fac sinile de son organisation politique, plagiat ridicule, absurde et dans la forme et dans le fonds. Elle—cette généreuse rmère-patrie,—tient parole—tandis que nos ministres font tout le contraire.
‘ La co1fédération ne sera plus colo-
nie—de nom—bien entendu, Dès aujourd'hui, ce sera ni plus ni moins— ne riez pas—npplaudissez, soyez contents, inclinez-vous, battez des mains,
à sujets américains de Sa Majesté, sim-
ples, loyaux, naifs, et bons—et cela ne vous en déplaiss ! à trop heureux ‘Canadiens, le A6, aume du Canada ! IL nous faut le Droit Divin ici sur cette libre terre d'Amérique, des scions de royauté, simulacre grimaçant, odieur, risible et coûteux du Mannequin séculaire appelé en Anglelerre Roi ou Reine, selon le cas. et dont whigs ou tories, à tour de role, tirent les ficelles antiques et usées, Il nous faut une mauvaise copie de l'admirable système angiais—trilogie gouvernementale unique dans l’histoire—possible seulement dansla Grande Bretagne,à savoir : peuple aveugle, stupide, égoiste, moutons tondus éterneldement, aristocratie âpre au gain,avide, sans scrupule, fesant curée et bombance perpétuelles’à même le peuple, un Roi ou une Reine de carton, fort bien ficelé, bien nourri, bien logé, cinquième roue d'une méchante charrette, que l’aristocratie traine, et que le peuple par les yeux intéressés de celle-ci adore et vénère béatement. Le peuple, comme ce doit être, paye et paye: toujours.
C'est la vache à lait: l'aristocratie tire par cette excellente institution appelée lo budget, toujours à vue sur le peuple, et co dernier solde sans murmurer,toujours enthousiaste, toujours loyal et bon débiteur et toujours hurlant à pleins poumons tantôt, vivat George d'aliéné, tantôt vivat Victoria, sa digne fille /”
Quedire de ce dévergondage de mots, sinon qu'il fait la honte de celui qui l’a écrit et publié. Est ce bien l'homme
. pour représenter un comté en Parle- , ment? Nous le demandons au Herald, . au National, au Wüitness, tous amis po- . litiques de M. Fontaine ; sont-ils prêts à sanctionner ces injures et soutenir de leur influence et de leurs écrits cet ; imsulieur public de notre souveraine, du
Srince de Galles, et de la royauté anglai:
se ?
Comment supposer qu’un comté serait jastitiable de confier des intérêts aussi graves que ceux de législateur à M. Fontaine qui méprise la Reine, méprise le gouvernement constitutionnel sous le quel il vit, méprise la confédération et méprise le (rouverneur-(réné.
ral, que,dans l’article que nous venons de citer, il appelle dérisoirement le ‘“ commis de Sa Majeste ?
Le peuple canadien n'a que faire de tels représentants en parlement. Ce qu'il lui faut ce sont des hommes sages, modérés, respectant la Reine et ses représentants, ayant confiance dans nos institutions politiques et étant disposés à travailler au bon fonctionnement de la chose publique; en un mot des hommes loyaux et de bons canadiens.