DEFINITION DES JUGEMENTS ANALYTIQUES
disant qu'elle doit comprendre les jugements Je relation, puisque Kant l'appliquera plus lard à de tels jugements (par ex. ; 7 + 5 = 12)'; mais c'est là une inférence interprétative que rien dans le teste ne parait justifier. Tout au contraire, Kont, préoccupé d'établir la généralité de sa délinition, n'a pensé qu'à une chose : c'est qu'elle ne s'appliquait qu'aux jugements affirmatifs, et alors il a ajouté entre parenthèses qu'on peut aisément l'étendre n ensuite » aux jugements négatifs^. Il n'en est pas moins vrai qu'il a commencé pai" admettre que « tous les jugements » consistent ix « penser le rapport d'un sujet k un prédicat », et que ce rapport est toujours le rapport de prédication, exprimé par la copule est.
Cette interprétation est d'ailleurs confirmée par toutes les explications ultérieures de Kant. Les jugements analytiques « n'ajoutent rien au concept du sujet », ils ne font que » le décomposer par démembrement en ses concepts partiels »; tandis que les jugements synthétiques « ajoutent au concept du sujet un prédicat... qui n'aurait pu en être tiré par aucun démembrement » (B. 11). C'est ce que Kant montre (ou croit montrer) par les exemples suivants : Le jugement « Tous les corps sont étendus » est analytique, parce qu'il n'est pas besoin de " sortir » du concept de corps, il suffit de le décomposer pour y trouver l'attribut « étendu », Le jugement k Tous les corps sont lourds >i est synthétique, parce que « le prédicat
1, Commentar lu Kant's Krilik der le savant commentateur de Kant re que noua signalons.
2. Et en elTet, les jugeinenta négatit p ments arfirmalifs (de même quantité) f le prédicat (sui' lequel d'ailleurs elle p t devons dire que Kant n'admet pas o tt éd traire que la négation logique ne po te | le rapport de deux concepts, c'eat-à-d t cette conception, on doit considérer 1 p p comme la négation de la particulière m m t live comme la négation de l'univeraell fil n plus le droit de dire, comme Kant le f t p p jugement analytique (négatif) > on n t pa car si l'on interprète « Nid A n'est B r dans A (- Tout A est non-B »), mais mm i ne trouve pas dans A la raison de celt 1
est tout autre chose que ce que je pense dans le simple concept de corps en général » [B. 11). La pensée de Kant est cncoi-e précisée par un passage de la Logique (§ 36) : « K tout a: auquel convient le concept de corps (a -1-6), convient aussi l'étendue {b), c'est un exemple de jugement analytique. A tout X auquel convient le concept de corps (a + 6), convient aussi l'atiraction (c), c'est un exemple de jugement synthétique. ■> Les lettres par lesquelles Kant a cru devoir représenter les concepts élémentaires ' prouvent clairement qu'il considère un concept comme un assemblage de « concepts partiels » qui en sont les a caractères essentiels ». Or c'est là une conception unilatérale et simpliste de la Logique, qui remonte à Aristote, que Kant a vraisemblablement héritée de Leibniz, mais qui n'en est pas moins radicalement fausse. Par conséquent, la distinction des jugements analytiques et synthétiques, qui repose sur elle, n'a pas une valeur générale, et nous verrons tout à l'heure qu'elle ne s'applique même pas à tous les exemples que Kant a cités à l'appui. Nous serons donc obligés de lui substituer une autre définition qui ait une valeur universelle^.
Mais auparavant, il convient de se demander quel est le sens que Kant attribuait exactement â cette distinction. Elle peut recevoir, et elle a en effet reçu des interprètes deux sens bien différents : un sons psychologique et un sens logique. Au sens psychologique, elle porte sur ce que nous pensons, en fait, en formulant le jugement; au sens logique, elle porte sur le contenu intellectuel du jugement, contenu objectif et indépendant
1. Tant il est vrai que la Logique foi-mellc ne peut dévenir exacte et précise qu'en employant des symboles,
S. Nous nous abstenons h. dessein de discuter la définition > populaire >> des jugements analytiques (comme jugements eiyfica/i/'s) et des Jugements syulbétiques {comme jugements eaïensi/'s), car elle ne ferait qu'embrouiller la question au lieu de l'éclaircir. Nous voulons senlement remarquer qu'elle a été la source d'une foule de paralogismes, qui consistent en somme h dire que tout jugement qui étend la connaissance, et par suite tout jugement qui constitue vraiment une connaissance, est synthétique. Cette opinion concorde avec la conception qui, fondant toute la Logique sur le seul principe d'identité, la considère comme stérile, et comme ne pouvant engendrer que d'inuliles tautologies.