Cf. Vaihinder, Commentai; I, 30i
4. Prolégomènes, §28;" Quelle que soit Yorigiiie des jugements ou mémo leur forme logique, il y a entre eux une différence quant au contenu, suivant laquelle ils sont ou simplement explicatifs... ou extensifs... »
CoDTUBikT. — Les priocipes dos matlièmiitiques. 16
logique, et ne porte pas sur lu contenu » (B. 61). Il est évident qu'il entend ici par logique ce que nous entendons par psychologique. Il oppose nettement ce que nous pensons plus ou moins implicitement dans un concept, et la manière dont nous !e pensons, à ce qui y est contenu logiquement, que nous le pensions ou non acluellement '. Or c'est la définition du concept qui seule détermine son contenu logique. C'est ce qui ressort avec évidence de ces passages : « Je ne dois pas regarder ce que je pense réellement dans mon concept du triangle (celui-ci n'est rien de plus gue la simple définilion)... » (B. 746}; et plus loin : « C'est donc en vain que je philosopherais sur le triangle, e'est-à-dire que je le penserais d'une manière discursive, je ne pourrais dépasser si peu que ce soil la simple définition... » (B. 747). C'est donc la définition qui sert de critérium aux attributs analytiques, et par suite aux jugements analytiques^. Pourquoi le jugement « Tous les corps sont étendus » est-il analytique? C'est que la notion de l'étendue est contenue dans celle de corps, et fait partie de sa définition. Pourquoi le jugement : « Tous les corps sont pesants » est-il synthétique? C'est qu'on n'a pas besoin du caractère pesant pour définir le corps ; il est complètement défini par d'autres caractères, et par suite celui-là ne peut lui être attribué qu'après coup, synthétiquement (B. 12). On le voit : ce qui distingue les attributs analytiques et synthétiques d'un concept, c'est le fait, purement logique, qu'ils font ou ne font pas partie de sa définition '.
1. D'ailleui-3, on sait avec quelle rigueur Kaiit affirme que la logique est séparée et indépendante de la psycliologie (B. 7S, et Logique, § I; Hai-tenstein, VllJ, 14).
2. Cette interprétation est aussi celle de Koppelmahn et de Sëtdiîl (opp. HtL).
3. On peut s'étonner dès lors que Kant considère comme analytique le jugement : o L'or est jaune », et comme synthétique le jugement : - L'or a ta densité 19,5 >. En effet, des deuï caraetferes ainsi attribués Ji l'or, e'est le second qui est le plus essentiel, et qui fait partie de sa définition chimique. Tbkndelenbiiro avait déjà remarqué que ie poids est un attribut aussi essentiel des corps, pour le physicien, que l'étendue peut l'être pour le géomètre {Jliiwz, Die Grundlagen der Kani'schen Erkenninisstkeorie. Halle a. S. 1882).
PIiraCIPE DES JUGEMEiXTS ANALYTIQUES 243
PllINGIPE nES JUGEMENTS ANALYTIQUES.
D'autre part, quel est, selon Kant, le fondement des jugements analytiques? C'est tantôt le principe d'identité, tantôt le principe de contradiction, qu'il a tour à tour distingués et confondus '. Dans la Princîpiorum primorum cognitionis metaphysicx nova dilucidalio (1755), Kant considérait le principe d'identité, et non pas le principe de contradiction, comme le fondement de toutes les vérités, tant négatives qu'affirmatives, sous cette double forme : Ce qui est, est; ce qui n'esl pas, n'est pas. Dans V Untersuckung ûber die Deutlichkeit der Grundsàtze der natûrlichen 2'keologie und der Moral, III, § 3 (1764), Kant considérait le principe d'idenlité comme le fondement des jugements afflrmatifs, et !e principe de contradiction comme le fondement des jugements négatifs, et taxait même d'erreur ceux qui considèrent îe second comme le principe unique de toutes les vérités. Dans la Critique, il n'admet plus qu'un i< principe suprême de tous les jugements analytiques », c'est le principe de contradiction, qu'il formule comme suit : « A aucune chose ne convient un prédicat qui lui contredit » ', et il déclare expressément que, « quand un jugement est analytique, qu'il soit négatif ou a ffirmalif, sa vérité doit toujours pouvoir être sufEisamment reconnue d'après le principe de contradiction » (B. 190), A vrai dire, on ne voit pas bien comment ce principe tout négatif peut servir de fondement à tous les jugements analytiques, « tant afiîrmatifs que négatifs ». Le type du jugement analytique affîrmatiC est, nous l'avons vu : » ab est a ». Or le principe de contradiction, tel que Kant le formule, nous interdit d'attribuer au sujet ab !e prédicat non-a, ou le prédicat non-6 ; mais il ne nous dit nullement quel prédicat nous pouvons ou devons lui attribuer.
1. Cl. Stkckelmacher, Die formate Logik Kanl's in ihren Beziehungen ^ui- tramcendeatalen (Breslau, 1S79).
2. Cette formule n'est pas la plus simple possible. De ab o-i on déduit ! ab 3 ^, par exemple en multipliant les deux membres par b : le premier reste ab, le second devient ; 6-i = ^. C'est celte dernière formule qui est le véritable principe de contradiction, dont cells de Kant n'est, on le
Dans !es Prolégomènes (§ 2, b), liant explique sa pensée : 11 Comme le prédicat d'un jugement analytique afiîrmalif est déjà pensÉ auparavant dans le concept du sujet, il ne peut être nié de ce sujet sans contradiction '... » Qu'est-ce à dire? II ne s'agit pas de le nier, mais de raffirmer; or ai le principe de contradiction nous interdit de le nier, il ne nous commande pas de l'affirmer, à moins que « ne pas nier » ne soit synonyme d' Il affirmer » ^. liant continue : « de même son contraire est nécessairement nié da sujet dans un jugement analytique mais négatif, et cela encore en conséquence du principe de contradiction ». Ceci est juste, mais cela prouve seulement que le principe de contradiction est le fondement des jugements analytiques négatifs. II faut chercher ailleurs celui des jugements analytiques affirmalifs, probablement dans le principe d'identité. Enfin, dans s3.Logiqm, Introduction, § VII (1800), Kant admet trois principes logiques : le principe d'identité ou de contradiction f fondement des jugements problématiques; le principe de raison suffisante, fondement des jugements assertorîques; et le principe du tiers exclu, fondement des jugements apodictiques. Ainsi il considérait alors le principe de raison comme analytique, tandis que dans les Prolégomènes, g 4 (^1783), il le qualifie de synthétique. 11 est difficile, il faut l'avouer, de varier plus souvent et plus complètement sur une question aussi fondamentale.
Il est probable que dans la Critique Kant identifiait le principe d'identité au principe de contradiction : d'ailleurs, il confond assez souvent les jugements analytiques avec les jugements identiques, et les appelle du même nom '. Les
i. Cf. Critique de la Raison pure, B. 190.
2. Kant dit, de même, dans la Critique (B. 190-191) : « Le concept [contenu dans le sujet] doit nécessairement en être affirmé, pour celte raison que le contraire serait contradictoire au sujet. • Cela suppose que l'oa doit nécessairement affii-mer d'un sujet quelconque l'un ou l'autre des deux concepts contradictoires, c'està-dire cela supposa le principe du milieu eiclu : • x pjA a ou non-a ■. Or c'est là un troisième principe logique indépendant des deux autres.
3. Dans la Logique, gg 36, 37, il appelle les uns et les autres des jugements analytiques : les uns implicilenient, les autres explicitement [dans ce dernier cas, ils sont dits laiitologiques). Dans la Critique (A. 59i), il