LIVRE PREMIER
Du pouvoir de l'Église considéré en lui-même.
4. Nous avons insinué tout à l'heure, en passant, et nous le démontrerons plus loin : que clans toute société lu pouvoir doit être proportionné à la fin que la société se propose d'atteindre. Or, la Un dernière de l'Église est la vie éternelle. Elle y tend à l'aide de sa fin prochaine qui est la sanctification des âmes \ Mais celle-ci, à son tour, ne saurait être réalisée sans l'action simultanée de deux forces dont l'une vient du ciel et l'autre appartient a l'homme lui-même. La première est la grâce sanctifiante, que Jésus-Christ a voulu nous conférer par le canal des Sacrements, la seconde est la coopération de V homme par la profession de la vraie foi et par une vie conforme à la loi de Dieu. Il résulte de là : que l'Église doit avoir reçu de son divin fondateur un double pouvoir : le pouvoir de faire les Sacrements qui porte, dans le langage théologique, le nom de pouvoir de Vordre; et le pouvoir de diriger et de stimuler efficacement, dans la mesure possible, la coopération des fidèles, qui s'appelle pouvoir de juridiction 2. Nous n'avons pas à nous occuper ici du pouvoir de l'ordre. Les théologiens en parlent avec toute l'étendue désirable et cette étude d'ailleurs fait partie du droit canon qui traite en détail de l'administration des Sacrements.
1 Épître aux Romains, VI, Ù2U2.
- C'est à tort que M. Philips (Ouv. cité, § 32, etc.) a imaginé un troisième pouvoir, auquel il donne le nom de pouvoir d'enseignement. S'il s'agit en effet d'un simple enseignement, il n'y a pas là de pouvoir Si au contraire ce droit d'enseigner implique celui de soumettre les fidèles au joug de la foi et de commander leur assentiment, il n'y a plus qu'un élément du pouvoir de juridiction. Pourquoi donc s'éloigner pour d'aussi faibles motifs de la doctrine communément reçue dans les écoles catholiques ?
Autre tâche se réduira donc à étudier le pouvoir de juridiction, à fixer ses limites d'après les sources les plus certaines. Or ces sources sont au nombre de trois. Les deux premières appartiennent à toutes les sociétés quelles qu'elles soient, et la troisième appartient en propre à l'Église seule. Cette source d'autorité que l'Église possède à l'exclusion de toute notre société, c'est la volonté de son divin fondateur. Quant aux deux autres qui lui sont communes avec toutes les sociétés humaines la première est intrinsèque, c'est-à-dire jaillit de sa nature elle-même, et la seconde qui est extrinsèque est le résultat de certaines conventions.