PRÉFACE
Ce petit livre s’adresse aux étudiants et spécialement aux membres du Ling Universitas. Il a pour but d’exposer les principes de l’éducation physique et d’inspirer à la jeunesse universitaire belge le goût des exercices corporels.
A ce double titre, il me paraît intéressant de montrer tout d’abord ce qui se fait dans quelques autres pays, notamment dans cette grande nation que tout le monde admire et qui se trouve à la tête de la civilisation moderne, je veux parler des Etats-Unis d’Amérique.
« Au point de vue de l’entraînement physique, on peut en général, grouper les étudiants d’une université américaine en trois catégories. La première est composée d’un petit nombre d’étudiants qui s’entraînent particulièrement pour représenter l’école dans les jeux athlétiques inter-universitaires. La seconde comprend les étudiants, déjà anciens à l’école, qui pratiquent l'athlétisme pour leur distraction et leur culture. Enfin la troisième catégorie est formée des étudiants de la première ou des deux premières années, qui sont obligés de suivre un entrainement physique méthodique et régulier.
« L’étudiant qui s’inscrit à l’école est envoyé au gymnase où il est l’objet, de la part du directeur et des assistants d’un examen minutieux; ses défauts physiques sont notés, sa force musculaire est mesurée, et c’est sur ces données qu’on lui donne un entraînement physique qui lui est personnel et dont il faut voir les effets au bout d’un an. Seuls en sont exemptés les infirmes, malades et contrefaits, retenus par l’impossibilité matérielle.
« Chaque université possède de vastes champs de jeux. Plusieurs ont des bassins de natation et des installations nautiques. Toutes, dès qu’elles le peuvent, bâtissent des gymnases. Celui de l’Université Washington, à Saint-Louis, est bâti pour contenir dix mille spectateurs. Celui de l’Université de Michigan a coûté i2 5,ooo dollars.
L’Université d’Indiana possède un vaste gymnase pour hommes ; elle en‘élève, en ce moment, un second pour les étudiants femmes, qui coûtera 100,000 dollars. Le gymnase de l’Université de Princeton, dans le New-Jersey, a coûté 280,000 dollars. C’est le plus vaste des bâtiments de cette université. Il est ouvert aux étudiants de dix heures du matin à dix heures du soir, et pendant ces douze heures, le directeur ou les assistants y sont en permanence pour diriger l’éducation physique des jeunes citoyens. ... Les cours finissent aux environs de quatre heures et, à partir de ce moment, aux gymnases et aux champs de jeux, les étudiants viennent en foule donner par le travail du corps le repos à l’esprit. Ces jeux font partie de l’organisation même des universités.
«Un comité composé la plupart du temps par des élus des professeurs, des anciens étudiants et des étudiants, en nombres égaux, les gouverne. Ils ne sont pas une incidente dans les études, ni un simple amusement, pas davantage le travail de parade d'une petite minorité; ils sont l’ardente, vivante et féconde distraction de l’immense majorité des étudiants; ils sont une des disciplines par lesquelles se forme le meilleur de la race, et les jeunes gens s’y attachent avec tant de cœur, que la plus efficace pénitence qui puisse être imposée aux paresseux dans les études, est la privation des sports. Oui, l’athlétique est une partie intime de la vie universitaire américaine et lui tient au cœur; elle préserve et forme aux futurs citoyens un esprit sain dans un corps non souillé. »
Telle est la méthode employée par les Américains pour obtenir cette race d’hommes bien trempés, actifs et entreprenants, qui non seulement se distinguent, mais sont en passe d'occuper le premiei rang, dans tous les domaines, aussi bien dans le domaine scientifique que dans ceux du commerce et de l’industrie.
En Angleterre, tous les sports sont extrêmement répandus parmi la jeunesse universitaire, et l’on y attache une importance considérable à l’énergie physique qui procure et développe 1 énergie morale.
En Suède, l’Université de Lund possède depuis 25 ans une grande salle de gymnastique, avec tous les conforts modernes, située
près de l’université; les cours y sont obligatoires pour les étudiants.
A l’Université d’Upsala, la principale du pays, on construit en ce moment un bâtiment considérable contenant une magnifique salle de gymnastique, un bassin de natation, etc; à cette installation
modèle sont annexés des terrains de sport et de jeux. Enfin, à chaque université suédoise est attaché un professeur attitré, chargé de la direction des exercices de gymnastique et des jeux.
En Belgique, on n’a rien fait jusqu'ici, dans ce sens; et pourtant toutes les observations recueillies depuis de nombreuses années, tant par les conseils de milice que pai les médecins et les sociologues, démontrent que notre race est en pleine vo.e de dégénérescence. Je n’ignore pas que les facteurs de celle-ci sont à la fois d’ordre moral, d’ordre économique et d’ordre physique ; mais j’ai l’intime conviction que le moyen le plus efficace à opposer immédiatement à cette déchéance, c’est la culture physique ; car elle exerce une influence au moins aussi grande sur l’éducation morale que sur le développement corporel, et ces deux facteurs réunis sont de nature à améliorer la situation économique d’un grand nombre d’hommes.
Si nous abandonnons le terrain des généralités, et si nous examinons, au point de vue purement médical, les tares anatomiques et les altérations fonctionnelles auxquelles sont plus spécialement exposés les étudiants, par suite de la nature de leurs travaux, nous observons les faits suivants :
1. Système osseux; du côté du squelette : déviations vertébrales fréquentes amenant les dos voûtés, les reins trop cambrés, les diverses scolioses; épaules tombantes, détachées ou ailées; enfin déformations thoraciques consécutives (poitrine étroite, écrasée, sans mobilité).
2. Cœur et poumons; les difformités osseuses ci-dessus indiquées entraînent, indépendamment d’une infériorité physique manifeste, des troubles profonds dans l’appareil cardio-pulmonaire si essentiel à la vie, et une prédisposition marquée aux maladies chroniques du poumon, notamment à la tuberculose.
3. Tube digestif; le défaut de mouvement et la position assise trop prolongée, amenant la faiblesse et le relâchement des muscles abdominaux, sont la cause de nombreux troubles des fonctions digestives.
4- Nutrition générale; les troubles digestifs, ajoutés aux troubles circulatoires et à l’insuffisance de la ventilation pulmonaire, aboutissent à l’intoxication de l’organisme et à un ralentissement de la nutrition, se traduisant : par la faiblesse musculaire, par diverses formes d’anémie et, plus tard, par d’autres accidents pathologiques plus ou moins graves, tels que la goutte, le diabète, etc.
5. Système nerveux; enfin toutes les causes débilitantes que nous venons d’énumérer agissent sur le système nerveux et principalement sur le cerveau ; car cet organe, étant celui qui travaille le plus chez les étudiants, est aussi le plus exposé au surmenage notamment à la période des examens, et c’est celui qui offre, par conséquent, le moins de résistance aux causes morbifiques.
C’est pour ces motifs que l’on constate, de plus en plus fréquemment, chez ceux qui se livrent aux études supérieures, ces symptômes nerveux, si nombreux et parfois si inquiétants, parmi lesquels je citerai : la céphalée, la perte de mémoire, l’incapacité de fixer l’attention, l’absence de courage et d’énergie, l'impotence musculaire, l’aboulie, l’inaptitude au travail, la mélancolie, l’instabilité de caractère, l’irritabilité, le nervosisme, la pusillanimité, l’impressionnabilité, les palpitations nerveuses, les angoisses, les anxiétés, les phobies, etc.
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Quels sont les moyens, pratiques et compatibles avec nos mœurs, capables d’enrayer les phénomènes alarmants que je n’ai fait qu’effleurer dans cette préface ?
Le premier moyen consiste, à mon avis, à répandre parmi les étudiants l’usage d’une gymnastique rationnelle, ayant pour but, non pas de faire de l’acrobatie ou de développer des biceps et des muscles pectoraux, qui n’ont rien à voir dans les fonctions vitales, mais bien :
i° de redresser le squelette et de combattre les difformités de .croissance ;
2° d’assurer une fonction cardio-pulmonaire maxima ;
3° de donner une bonne sangle abdominale;
4U d’activer la nutrition ;
5° d’augmenter l’activité psychique et la capacité de travail, et d’affermir la volonté.
La seule gymnastique qui remplisse ces diverses conditions, est la gymnastique suédoise, de Ling, basée sur l’anatomie et sut la
physiologie, et dont le but est précisément d’assurer le développement normal de toutes les fonctions de V organisme.
Le second moyen, que je considère comme le complément nécessaire du premier, est constitué par les jeux en plein air, organisés par équipes; ils ajoutent un élément récréatif à la culture physique ; ils ont, de plus, l’avantage de se faire dans des conditions d’hygiène éminemment favorables ; enfin, ils développent certaines qualités qui ne doivent pas être négligées, telles que l’endurance, l’énergie, l’esprit de discipline et de solidarité.
Ce programme est celui que le Ling Universitas réalise depuis deux ans, grâce au zèle et au dévouement éclairé de son Directeur, Monsieur Lars Sandberg : je le remercie pour les grands services qu’il rend à la jeunesse belge, et j’ai le ferme espoir que ses efforts seront couronnés de succès !
Bruxelles, le S Octobre içoô.
D< E. SPEHL,
Professeur à l’Université de Bruxelles.