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IMPORTANCE DES EXERCICES CORPORELS

LA GYMNASTIQUE SUÉDOISE (P. -H. Ling).

« La conservation de la Santé est un de nos devoirs. »

Spencer.

Messieurs,

Les pages qui vont suivre ont pour but de vous résumer les grands principes de la gymnastique rationnelle du Suédois P. H. Ling. J’espère qu’elles vous feront réfléchir à cette grave question de l’Education physique, à ses méthodes et en particulier à celle de Ling. C’est à vous surtout, Messieurs, qui êtes Etudiants, que ce travail doit être dédié, car c’est vous qui formerez un jour la tète, le cerveau du Pays; vous êtes appelés par là à exercer une influence décisive sur le reste de la Nation.

L’éducation physique n’est autre chose que l’éducation, l’« harmonisation » des grandes fonctions de la vie. Elle cherche à maintenir en juste équilibre les forces du cerveau et celles du corps. C’est précisément ce qui lui donne une si grande importance : elle n’intéi resse pas seulement l’hygiène individuelle mais l’hygiène sdciale: la force d’une nation n’est-elle pas l’expression de celle de ses citoyens? Et cependant, Messieurs, voyez comme elle est négligée! Voyez comme elle est mal comprise encore aujourd’hui. Bien peu de personnes s’en occupent et même parmi celles-là, la plupart se laissent induire en erreur par des principes soi-disant scientifiques et qui en réalité sont radicalement contraires aux lois de la physiologie et de l’hygiène.

Notre vie se manifeste par un besoin de mouvement. Pour que nos organes puissent vivre normalement, il faut qu’ils fonctionnent: c’est une vérité fondamentale en physiologie. Mais en général peut-on se donner ou se donne-t-on assez de mouvement? Quels sont les exercices les plus salutaires? Où faut-il s’arrêter.

pour ne pas troubler notre organisme par un excès de travail physique ?

La première question trouve facilement une réponse, et on peut dire qu’en général, ceux qui se donnent assez de mouvement sont rares. Bien que l’hygiène individuelle dépende de la nourriture, de l’air que l’on respire, il est certain que le mouvement y entre pour beaucoup. C’est lui qui produit les effets les plus manifestes sur le développement harmonieux de l’individu et aussi, par conséquent sur celui de la nation. La question est donc sérieuse; elle le devient encore davantage si nous songeons à la lutte pour l’existence, lutte si âpre aujourd’hui, et aux maladies qui en sont souvent une conséquence. N’oublions jamais que l’organisme humain a ses exigences morales et intellectuelles autant que physiques, et qu’il est un comptable minutieusement exact qui opère un perpétuel « balancement » : un surmenage quelconque entraîne souvent l’affaiblissement des parties du corps qui n’ont pas participé au travail, mais dont l’énergie est utilisée au profit des organes trop épuisés. 11 en résulte naturellement un trouble général dans l’économie.

La lutte pour l’existence, l’influence de la société dans laquelle nous vivons, produisent des désordres considérables dans l’organisme. Les causes principales résident toujours soit dans le manque d’exercices, soit dans la nature de ceux-ci (exercices défavorables à la santé ou mal exécutés), soit enfin dans l’excès d’exercices.

Le manque de mouvement, qui se manifeste le plus fréquemment à notre époque, ne tarde pas à produire des perturbations dans les fonctions essentielles de la vie, et contribue également à diminuer le type de la beauté corporelle inséparable de la santé générale, et entraîne un ç, faiblesse générale du corps, une incapacité de vouloir, qui se traduisent par un mauvais maintien, de la lenteur dans l’exécution des mouvements et une démarche mal assurée.

Pour ce qui concerne la conformation extérieure du corps, nous signalerons la poitrine aplatie, les dos ronds, les omoplates mal fixées au thorax et de la raideur dans un grand nombre d articulations : voilà le type de la beauté corporelle d’aujourd’hui. Ajoutons à cela nombre de maladies de la circulation, de la respiration et de la digestion, et, malheureusement, du système nerveux.

Pour lutter vigoureusement contre cet état de choses, il faut nécessairement régler la vie au point de vue de l’hygiène générale ; ne rien laisser au hasard, bref, il faut agir, mais agir en ayant un moyen ; ce moyen doit être l’éducation physique. Déplus, pour agir avec mesure, avec méthode, il faut bien connaître le but et les méthodes de

l’éducation physique, c’est à dire les lois sur lesquelles reposent notre santé, notre bonheur, notre indépendance dans la vie sociale. C’est justement ici que l'ignorance est manifeste et meme en connaissant ces lois, on néglige de les mettre en action? Pourquoi? parce qu’il n’est pas toujours facile de les suivre à cause des habitudes prises, ensuite parce qu’on manque souvent de volonté et de persévérance. En un mot parce qu’on craint Y Effort personnel.

Mais supposons qu’il y ait effort, que l’on veuille travailler à son développement physique. Alors nos deux autres questions se posent naturellement : « quels sont les exercices qui produisent l’effet le plus salutaire sur l’organisme. En faut-il beaucoup, peu?... »

C’est ici précisément que les avis diffèrent et cela, à cause de l’ignorance habituelle du public pour ce qui touche l’éducation physique. Premièrement, la quantité ne fait pas la qualité et comme le dit très bien le professeur Demeny : « c’est une grossière erreur de penser qu’en multipliant les heures d’activité, on augmentera en proportion le travail utile. »

« On ignore qu’il y a de bonnes et de mauvaises façons d’exécuter le même exercice, qu’il y a de bons et de mauvais exercices. »

Bien des personnes ignorent l’utilité des exercices basés sur la science, parce qu’elles ne connaissent pas les lois les plus simples de la biologie. Il y a aussi l’immense catégorie des indifférents qui cherchent à remplacer le besoin d’exercices par la création de conditions organiques nouvelles, appliquant ainsi la loi: « la fonction fait l’organe, la cessation de la fonction entraîne la dégénérescence de l’organe. » Nous parlerons encore des suites néfastes de cette indifférence pour les fonctions de la vie lorsque nous nous occuperons des conditions hygiéniques de l’exercice.

D’autres au contraire tombent dans un autre excès tout aussi déplorable. Dès leur jeunesse elles se spécialisent dans un groupe quelconque d’exercices. Elles font ce que l’on appelle du Sport. Les sportsmen usent leur santé en gaspillant leur force musculaire. Cette manière de voir est condamnable, car ces hommes demandent à leur organisme plus d’énergie et de travail qu’il ne peut en fournir. Ils semblent ignorer cette loi vraie entre toutes : « Si l’exercice fortifie, l’excès d’exercice tue. » Comme le dit le professeur Demeny: Tout le monde n’est pas apte à acquérir des talents athlétiques ou acrobatiques, il faut pour cela une constitution spéciale, y donner beaucoup de temps., pour en retirer peu d’avantages... La force s’acquiert dans le gymnase, mais l’application normale et utile de la force, n’est pas là, elle est dans la lutte de chaque jour. »

Je viens de dire que ces athlètes, ces sportsmen « usent» leur force musculaire, mais la médecine moderne nous en donne des preuves indéniables: la déformation des articulations, des os, et ce qui est plus grave, les troubles fonctionnels du cœur, des poumons, de

I appareil digestif: voilà les résultats de l’excès de travail musculaire.

II ne suffit pas d’avoir de beaux biceps, il faut aussi bien se porter et conserver l’harmonie des fonctions vitales.

11 est très important de connaître les symptômes caractéristiques de ce surmenage physique et leur origine. Je vais donc développer quelque peu ce point.

C’est l’appareil circulatoire qui est le plus souvent atteint: c’est un fait attesté par les autorités médicales de tous les pays. Tous les médecins vous diront que la gymnastique athlétique est un sport antihygiénique. Il y a déjà plus de ioo ans que l’on connaît les troubles provoqués dans le fonctionnement du cœur par le surmenage; malgré cela le public a l’air de ne pas en tenir compte ; pour ne citer qu’un exemple resté célèbre, Corvisart, médecin de Napoléon I, raconte qu’un courrier, qui avait dû fournir une étape de ioo lieues, était tombé subitement mort huit jours après son arrivée: il avait succombé à une maladie du cœur provoquée par cet excès de fatigue. Un des premiers qui aient étudié le surmenage, fut le médecin anglais Peacock, dont les observations portèrent sur les mineurs de Cornwallis en Angleterre. Il constata que, parmi eux, le rhumatisme, cause ordinaire des maladies de cœur n’intervenait pas, mais bien l’excès de travail corporel. De nos jours, le professeur Liebemeister a écrit, dansles « Vorlesungen über spec. Pathologie und Thérapie » (Leypzig 1891), les lignes suivantes: « les conséquences du surmenage ne se montrent pas seulement chez les ouvriers et chez ceux qui portent de lourds fardeaux, mais aussi après les longues marches, les courses, la gymnastique athlétique, les sports, etc... et si ces exercices sont constamment répétés, le cœur se dilate, s’hypertrophie, ses fibres musculaires s’usent et dégénèrent, ce qui diminue la résistance de l’organe. » Le professeur Demeny corrobore parfaitement ces conclusions et dit expressément: 0 les gymnastes de profession et les athlètes sont très fréquemment atteints d’hypertrophie cardiaque. » Et dès que le cœur ne fonctionne plus normalement l’homme est sujet à des troubles de nutrition pouvant devenir très graves. On dit communément : mens sana in corpore sano, on pourrait ajouter: cor sanum in corpore sano.

En dehors des troubles delà circulation, il faut signaler un épuisement nerveux caractéristique, car toute fatigue musculaire est

accompagnée de fatigue nerveuse, puisque le muscle reçoit son excitation des centres nerveux. Dans ses expériences, le professeur Demeny a constaté que ces centres deviennent quelquefois insuffisants pour produire la contraction du muscle, alors qu’une décharge électrique pouvait encore la provoquer. Un muscle fatigué ne travaille que si l’on augmente l’excitation nerveuse : la dépense nerveuse et l’épuisement augmentent en proportions égales.

Enfin, ce qui est plus grave, le docteur Tissié, dans son intéressant travail sur la fatigue et l’entraînement physique (Paris, Alcan) assure avoir été témoin de nombreux cas de folie passagère, dûs au surmenage, dans des concours athlétiques.

Je vous mets donc en garde, Messieurs, contre la pratique exagérée des sports ou des exercices athlétiques. Les sports ne doivent servir que de complément à l’éducation physique rationnelle et ne doivent pas en tenir lieu ; que voyons-nous en effet autour de nous : des enfants en état de croissance qui font des exercices violents ou des armes, qui en un mot développent (ou plus souvent fatiguent) une partie de leur corps : les parents ont le tort de croire que l’exercice ainsi compris est salutaire : que ces mêmes enfants soient soumis à un contrôle scientifique quelque peu sérieux, et l’on verra quel est en réalité le fonctionnement précaire de leurs organes. De plus, et c’est ce qui explique les résultats néfastes de ce genre d’exercices, dans votre pa3Ts, un autre but remplace bien souvent le désir de se développer : le plus petit sportsman, le plus infime escrimeur aspirent au record : voilà le grand mot ! On travaille pour battre les autres au lieu de travailler pour son hygiène personnelle ! et c’est ce qui explique ce surmenage ridicule que s’imposent les 99/100 des jeunes gens qui prétendent soigner leur éducation plrysique. « On admire le développement musculaire excessif, l’adresse et l’audace poussée jusqu’à la témérité. » Mais on oublie ce qu’il faut rechercher avant tout: la santé. Or, je vous demande à quoi sert d’être recordman si l’entraînement excessif que l’on a dû s’imposer a eu pour effet de ruiner cette santé qui est notre bien le plus précieux !

Un grand effort est à faire, Messieurs: il ne faut plus considérer 1 éducation physique comme une occasion de déployer de la force pour le plaisir de montrer que 1 on est fort, il faut vous convaincre que l’éducation physique a un but plus élevé, qu’elle ne doit pas être assujettie à des méthodes empiriques, mais à la science, et qu’elle embrasse l’hygiène de votre corps, votre santé en un mot.

Pour en revenir à ce que je disais tout à l’heure, les observations médicales sur le surmenage physique ont été assez nombreuses, assez

sérieuses pour nous donner le droit de formuler la loi suivante: chaque exercice corporel poussé à sa dernière limite devient inutile et même dangereux à cause des troubles graves qu’il produit dans le mécanisme cardiaque, troubles provoqués principalement par une auto-infection du sang.

Donc, si nous voulons que les exercices aient sur le corps un effet salutaire, il faut absolument qu’ils reposent sur des bases scientifiques et tpie les mouvements qu’ils comprennent soient en rapport avec l’anatomie qui explique la structure du corps humain, avec la physiologie qui explique comment il fonctionne et spécialement aussi avec la mécanique qui explique le jeu réciproque des pièces squelettiques dans leurs rapports avec les muscles.

Si je dis que cette culture doit nécessairement reposer sur des bases scientifiques, il n’est pas moins vrai qu’elle doit commencer dès l’enfance, c’est à dire dès l’école, car l’avenir d’un pays dépend, je lé répète, de l’éducation des enfants, éducation intellectuelle, morale et physique.

L’école doit former des hommes complets; je dis « complets » car la vie intellectuelle et la vie physique ont tant de connexions que l’on ne peut les séparer. Le philosophe anglais Spencer dit dans son remarquable ouvrage (Education intellectuelle, morale et physique) : « Ceux qui dans leur préoccupation exclusive de développer l’esprit négligent les intérêts du corps, ne se souviennent pas que le succès dans ce monde dépend plus de Y énergie que des connaissances acquises et que c’est aller au devant de sa propre défaite que de ruiner sa constitution par l’excès de travail intellectuel. » Les écoles suédoises sont fondées sur ces principes : elles assurent le développement complet de l’enfant; la gymnastique qu’on y enseigne depuis près d’un siècle est essentiellement méthodique. Tous ses mouvements sont combinés d’après des principes rigoureusement scientifiques, aussi ne va-t-elle pas au hasard comme le fait souvent la gymnastique d’engins. Cette gymnastique qui mérite bien le nom de rationnelle est l’oeuvre du suédois P. -H. Ling.

Vous donner une biographie détaillée de cet homme illustre serait trop long. Je crois cependant nécessaire de vous faiie connaître les grands traits de sa vie.

Per Henrik Ling naquit en 1767 et en 1793 se fit inscrire comme

étudiant à l’Université de Lund (ville méridionale delà Suède). 11

quitta Lund en 1799 pour Copenhague où il séjourna jusqu en 1804, époque où il fut nommé maître d’armes à l’Université de Lund. Les années que Ling passa au Danemark furent très importantes pour son

développement physique et intellectuel car c’est pendant cette période qu’il commença à s’occuper d’escrime, art qu’il apprit avec un maître d’armes français nommé Montrichard. Mais c est également à Copenhague qu’il prit goût à la gymnastique et qu’il vit notamment la méthode qu’employait dans son établissement le Danois Nachtigal. Ce Nachtigal était lui-même disciple de l’Allemand Gutsmuths, auteur du remarquable ouvrage « Gymnastik fur die Jugend. »

On sait que Ling fréquenta cet institut où il s’occupa très sérieusement de gymnastique scientifique et d’éducation physique en général .

C'e n’est cependant qu’après son retour en Suède etaprès qu’il eut été nommé maître d’armes à l’Université de Lund, que nous le voyons exposer ses théories personnelles sur l’enseignement de la gymnastique dans un article, « endurcissement du corps humain. » Il commença alors l’étude de l’anatomie, fit de la dissection, étudia avec grand soin le mécanisme des articulations et les lois de leurs mouvements. C’est ainsi qu’il posa les fondements de la « gymnastique Suédoise » qui aujourd’hui encore soulève tant de discussions.

On ne sait comment débuta l’application pratique de ce système. Tout ce que l’on est en droit d’affirmer, c’est que, dès son arrivée à l’Université de Lund, Ling introduisit et mit en honneur les exercices corporels parmi les étudiants. Ce fut d’ailleurs dans une des anciennes salles de conférences de l’université que le 1e1' appareil de la nouvelle gymnastique fut installé.

Grâce au labeur infatigable de Ling, sa gymnastique se répandit de Lund dans plusieurs villes de la Suède. Stockholm, (comme d’ailleurs quelques autres villes européennes) venait de commencer un mouvement assez intense en faveur d’une éducation plus saine et plus rationnelle.

En janvier i8i3 nous y rencontrons Ling et le 29 du même mois, il publia le projet de la création, à Stockholm, d’un établissement destiné à l’enseignement de la gymnastique et à la formation de professeurs de gymnastique pour les écoles du royaume, y compris les écoles de l’armée et de la marine. Le 5 Mai, le Roi sanctionna le projet et ainsi fut créé l’Institut Central R03M de Gymnastique. Devenu directeur du nouvel établissement, Ling continua ses études sur le corps humain. Guidé par ses connaissances anatomiques, il rechercha des mouvements mécaniquement bien déterminés et bien connus par leurs effets.

Gutsmuths et Nachtigal avaient tous deux compris et estimé l’influence dé la gymnastique au point de vue hygiénique. Leur travail

fut certainement très méritoire, mais il leur manquait la connaissance approfondie de la mécanique du squelette et des muscles ainsi que celle des effets des mouvements sur les organes internes.

Par exemple, dans son livre « Gymnastik für die Jugend » (p. 172), Gutsmuths décrit un mouvement connu sous le nom de « Rückenprobe » et qui est identique à ce que nous nommons en gymnastique suédoise « chute faciale. » Or, Gutsmuths dit que ce mouvement fait travailler les muscles dorsaux alors qu’en réalité ce sont les muscles abdominaux qui sont en jeu.

Ling introduisit une véritable renaissance dans la gymnastique, en l’élevant à la hauteur d’une science exacte et positive, par la création de nouveaux mouvements basés sur les lois de la mécanique et de la physiologie. Les engins ne sont pour lui qu’un moyen et il énonce cette idée dans l’aphorisme suivant : « Tout gymnaste qui ne voit pas dans les engins une chose de peu d’importance, n’a jamais compris ce que c’est que l’organisme vivant. »

Ling suivit toujours, en gymnastique, les principes hygiéniques et physiologiques, principes qui d'ailleurs furent développés encore davantage par ses successeurs, entre autres son fils, ce qui ne diminue en rien la valeur du maître. Certes, la physiologie expérimentale, même pendant les dernières années de la vie de Ling (-j-i83g), ne s’était que bien peu développée; mais grâce à sa grande faculté d’observation, grâce à son intuition géniale, Ling établit son système sur les lois physiologiques que la science d’aujourd’hui considère comme incontestables.

Il n’était pas seulement gymnaste, mais aussi pédagogue. Il estimait tous les moyens capables de développer l’enfant au point de vue physique, comme la nourriture, l’eau et l’air, et il disait d une façon imagée que « l’air est la source de tout être vivant. »

Grâce à ses études et à ses expériences, Ling fut persuadé que certains mouvements gymnastiques pouvaient avoir une influence salutaire non seulement sur l’organisme sain, bien conformé, mais aussi sur l’organisme malade ou déformé. C’est ainsi qu il créa la g} rnnastique Suédoise médicale, aujourd’hui connue et adoptée dans le monde entier, et qui, dès lors, fut introduite dans les programmes d’études de l’Institut Central de Stockholm, et s’est développée considérablement sous l’influence de Branting notamment, successeur de Ling, des médecins et médecins-gymnastes suédois, dans le monde entier.

Les dernières années de Ling furent troublées par des maladies et par les inquiétudes très vives que lui donnait l’avenir de l’Institut

Central. De son lit de mort, il adressa au Roi et au Parlement la requête suivante : « La mort va bientôt mettre fin à mon activité et tout ce que j’ai fait va disparaître à moins que votre Majesté et les Représentants de la Nation ne daignent écouter la prière d’un mouiant et ne soutiennent le développement de l’Institut, d’après le plan que j’ai tracé. »

Ling mourut le 3 mai 1839, près de Stockholm, à Annelund et il repose dans un des sites les plus ravissants des environs de la capitale.

Poète et gymnaste, philosophe et homme d’action, il fut l’un des hommes les plus remarquables du XIXe siècle. 11 lutta toute sa vie pour une des idées les plus nobles de l’humanité: l’éducation nationale et la régénération de son peuple.

La Suède fut reconnaissante et fidèle à la mémoire de son glorieux enfant: Le buste de Ling figure dans la grande coupole d’honneur du Musée National de Stockholm entre Linné, Ericsson et Berzélius, « bienfaiteurs de l’humanité. »

Deux monuments commémoratifs ont été élevés en son honneur: le premier, en 1848 sur sa tombe; le deuxième, par souscription nationale, à l’occasion du centenaire de sa naissance, dans son lieu natal. Ce monument se dresse sur une des collines qui dominent l’admirable lac Malar.

L’épitaphe de ce grand homme est simple. Mais cette simplicité a elle-même un caractère de grandeur. La voici :

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