de respiration
A. Exercices préliminaires ou préparatoires.
Ce sont les exercices assez faciles que l’on fait au commencement de la leçon ; ils consistent en exercices de plancher comme flexion de la tête en arrière, élévation sur la pointe des pieds, exercices pour les jambes, les bras, le tronc; en un mot ils doivent préparer les élèves aux exercices plus difficiles en activant la circulation, en augmentant la mobilité des articulations. Grâce à leur simplicité, ils peuvent être exécutés correctement par tous les élèves.
Pour donner aux élèves une attitude correcte, on leur commande souvent, dès le début, des exercices de la tête : la flexion en arrière suitout, car la manière de porter la tête influe sur la bonne tenue générale , une tete penchée en avant porte les épaules en avant et comprime la poitrine, tandis qu’une tête fièrement portée, cou tendu et menton rentré sont inséparables d une bonne attitude, les épaules s’effaçant et la poitrine se dilatant librement.
Voilà en quelques mots l’importance des exercices préliminaires, à l’exécution desquels il faut apporter beaucoup d’attention.
B. Mouvements fondamentaux. Ils se divisent comme suit :
1) Mouvements des jambes. But: attirer le courant sanguin vers les jambes et par conséquent décongestionner la tête et la partie supérieure du tronc, principalement la cage thoracique. Par voie réflexe, ils calment les battements du cœur (même effet que la marche exécutée après une course rapide); c’est là le but des flexions lentes des jambes exécutées après une extension dorsale.
2) Extension dorsale: exercice très important pour développer la cage thoracique et pour redresser la colonne vertébrale surtout dans sa partie dorsale. Les muscles qui entrent enjeu sont les muscles des gouttières vertébrales, les muscles larges du dos qui fixent l’omoplate en arrière, et aussi les muscles abdominaux dont l’activité doit empêcher les hanches d’être portées en avant. Pour bien exécuter cet exercice, il faut étendre les bras en haut et en arrière, rejeter la tête en arrière, rentrer les hanches et tendre les jambes.
3) Suspensions. Comme type nous prendrons la suspension en avant et la suspension en arrière. Elles font agir puissamment les fléchisseurs du bras et les muscles de la poitrine, du dos, de l’épaule. Le grand dorsal, le trapèze, le rhomboïde, par exemple, en se contractant, dilatent la cage thoracique et contribuent à augmenter la capacité pulmonaire. Mais l’exécution de ces exercices de suspension est assez difficile. Il faut avant tout reculer les épaules et porter les coudes en arrière, sinon les pectoraux l’emportent et affaissent la poitrine. Les exercices dont je parle ici sont les plus faciles de ce groupe. Car dans les suspensions proprement dites par exemple, le corps est entièrement suspendu par les bras, sans appui sur le plancher (suspension à la bomme). Nous avons un grand nombre d’exercices appartenant à cette famille. Dans la suspension dorsale, par exemple, exécutée à l’espalier, nous mettons enjeu les muscles abdominaux.
4) Exercices d’ équilibre . Ce sont des exercices où l’on réduit la base de sustentation, (marche en équilibre sur la bomme, le banc
renversé, ou bien exercices exécutés sur une jambe). L’axe du corps, tendant constamment à s’écarter de cette base, de légers mouvements sont nécessaires pour contrebalancer les oscillations qui nous feraient tomber: ces mouvements correctifs deviennent réflexes et constituent un moyen d’éducation des centres nerveux. Ils nous apprennent à coordonner nos mouvements volontaires. Cette éducation très lente nous amène petit à petit à économiser notre force. En plus de cet effet éducatif, ces exercices agissent comme calmants après des exercices violents.
5) Exercices pour les épaules, la nuque et le dos. Type: chute faciale avec appui. L’effet général est le redressement du dos et l’amplification de la cage thoracique par le travail des extenseurs et des muscles larges du dos. Cet exercice est très facile et exige en même temps un grand travail musculaire. Comme toujours, c’est la partie dorsale de la colonne vertébrale qui doit être redressée. La bonne tenue de l’homme, la beauté corporelle elle-même dépendent jusqu’à un certain point de la force de ces muscles. Je ne puis d’ailleurs assez recommander cet excellent exercice.
6) Exercices pour l'abdomen , effet général : fortifier les muscles abdominaux et surtout agir sur les viscères, (car, je le rappelle encore, le développement des muscles doit être un moyen, non un but). Ces muscles s’étendent de la base du thorax à la partie antérieure, latérale et même postérieure du bassin; en se contractant, ils compriment l’abdomen, aident à la progression du bol alimentaire dans le tube intestinal et leur développement peut ainsi faire disparaître des troubles digestifs dûs à la faiblesse de la paroi musculaire abdominale, et aussi empêcher la production des hernies.
D’un autre côté, leur contraction en augmentant la pression du sang dans les vaisseaux de l’abdomen, facilite la circulation de cette région et augmente la sécrétion des glandes digestives en leur amenant un sang plus oxygéné. Les mouvements péristaltiques se produisent avec plus d’énergie.
Ces exercices contribuent aussi à maintenir un équilibre entre les fléchisseurs et les extenseurs de la colonne vertébrale. Les muscles abdominaux proprement dits sont aidés dans ce but par les fléchisseurs de la cuisse et du tronc tels que le psoas iliaque qui s étend de la partie supérieure du fémur au bassin et aux vertèbres lombaires. En se raccourcissant, ce muscle redresse la colonne vertébrale et corrige la lordose.
7) Exercices latéraux du tronc, très importants pour le développement intégral des deux parties du corps. Ces exercices ont d’ailleurs
des rapports assez étroits avec les exercices abdominaux proprement dits. Comme type nous pouvons prendre la station écartée avec bras levés pendant laquelle on exécute la rotation ou la flexion du tronc à gauche et à droite. Ces exercices intéressent surtout les muscles obliques de l’abdomen qui à leur tour, comme je l’ai déjà dit, influent sur la circulation notamment celle du système porte. Les mouvements que nous faisons journellement, dans la vie courante, offrent peu d’exercices faisant travailler les deux parties du corps et tous d’ailleurs, nous exerçons depuis l’enfance un côté du corps au détriment de l’autre. Ce travail « unilatéral » influence naturellement l’axe du corps, la colonne vertébrale. De plus, un grand nombre d’exercices aux anneaux et au trapèze par exemple, produisent des déformations, entre autres, le dos rond (exagération de la courbure de la colonne vertébrale). Il y a aussi des métiers qui entraînent une véritable déviation delà colonne, une scoliose. L’escrime par exemple peut produire des déformations si elle n’est pas faite avec les deux mains alternativement, seule manière pour qu’elle soit conforme aux principes de l’hygiène et de la beauté corporelle. Les rotations du tronc ainsi que les flexions latérales exercent évidemment une bonne influence sur la direction de la colonne. Il est d’une grande importance de bien surveiller ces exercices: il faut surtout faire attention à ce que la flexion latérale ait lieu dans la partie dorsale et non dans la partie lombaire qui est la plus souple.
C. Exercices d’application: par exemple les sauts. Les sauts sont des exercices d’application et ne doivent jamais être négligés dans une gymnastique rationnelle. Tous les exercices qui appartiennent aux familles citées plus haut, ont le même but : donner la santé et la beauté, faire disparaître les difformités du corps, activer les grandes fonctions de la vie. Mais il ne suffit pas de développer les parties spéciales de la machine humaine, il faut aussi apprendre, au corps, à travailler en entier, à s’équilibrer, à gaspiller le moins de force. Le saut est précisément un des exercices qui tendent à ce but. Le saut n’est pas facile à réussir pour un débutant : mais par des efforts persévérants, on arrive de jour en jour à l’exécuter avec plus d’aisance, avec une forme plus correcte. Vous êtes devenus maîtres de vos muscles, vous ne dépensez votre force qu’utilement. Vous êtes parvenus à mieux vous observer, à mieux calculer, à oser. Vous acquérez ainsi le courage, l’énergie, la confiance en vous-même, en un mot, à la fois des qualités physiques et morales. Ce sont justement ces qualités: énergie, vouloir, domination de soi, que la gymnastique veut développer. Ce sont elles qui font un homme complet.
D. Exercices de respiration. Exemple : station debout, avec élévation desbras en avant et en haut ou latéralement etenhaut; mains aux clavicules avec lancement des bras. Le rôle de la respiration est, je le rappelle, d’oxygéner le sang en le mettant au contact de 1 air atmosphérique et d’éliminer en même temps 1 acide carbonique accumulé pendant le travail musculaire et l’assimilation.
De plus, la dilatation complète du thorax par de profondes aspirations a une grande influence sur la circulation. Elle provoque une pression négative dans le thorax, facilite le cours du sang veineux dans la grande et la petite circulation. Je regrette de ne pouvoir m’étendre davantage sur cette question si intéressante de la respiration. Je rappellerai cependant que la fonction fait l’organe; par conséquent de profondes inspirations donneront aux poumons une structure qui facilite grandement leur fonction. Il faut, en effet, respirer profondément pour mettre en action tous les alvéoles pulmonaires dont une partie ne fonctionne pas suffisamment au cours de la respiration ordinaire. Aussi commençonsmous et terminons-nous une leçon de gymnastique par des exercices de respiration tels que l’élévation latérale ou verticale des bras, le lancement des bras dans le plan horizontal, et cela dans diverses attitudes. Ces exercices doivent être accompagnés de profondes inspirations quand la dilatation thoracique est portée au maximum et de profondes expirations quand les bras reviennent à leur position de départ et que le thorax s’affaisse. Ces mouvements sont effectués grâce aux muscles insérés au thorax et aux bras, mais on peut inversement fixer ces muscles dans une suspension par les bras et ne faire agir que les muscles du tronc.
En résumé, il faut donc s’attacher à respirer profondément mais à respirer par le nez ; les expirations peuvent être effectuées par la bouche; c’est le meilleur moyen de combattre les maladies pulmonaires. Mais il ne faut pas oublier non plus que la respiration ellemême dépend de l’activité des muscles respiratoires et de la forme de la cage thoracique.
La Marche. Bien que pratiquée dès l’enfance, elle constitue un exercice assez compliqué, que peu d’hommes en général parviennent à bien exécuter. Plus que tout autre exercice, elle nous montre le degré de développement physique du corps et l’harmonie de ses mouvements. En effet, une marche bien équilibrée exige une grande souplesse dans la musculature des jambes, une grande liberté dans les articulations. Pour avoir une marche esthétique et demandant le minimum de travail musculaire, il faut commencer par s’exercer aux
marches décomposées, marches avec élévation sur la pointe des pieds, marches avec flexion et extension de la jambe, etc...
La Course. Très importante pour le développement de la capacité pulmonaire, en produisant dans le sang un surcroît d’acide caibonique qui, pour être éliminé, exige une respiration très énergique. La course ne doit donc jamais être poussée à la dernière limite, car la respiration devient alors irrégulière et la fonction de l’hématose est entravée par une accumulation dans le sang d’acide carbonique qui ne peut être éliminé à mesure qu’il se forme. L’essoufflement se déclare et il faut toujours l’éviter.
Les jeux en plein air et les sports.
La gymnastique éducative, les jeux en plein air et les sports proprement dits tiennent, les uns et les autres, une place importante au point de vue du développement des forces vitales de l’homme, comme aussi de la santé morale. Le but poursuivi est toujours le même : il s’agit, en effet, de créer et de conserver la santé, au sens strict du mot, de contribuer à faire naître des habitudes nobles et viriles chez ceux qui s’adonnent aux exercices corporels, pour les faire entrer ensuite dans l’éducation nationale en améliorant le caractère du peuple et en provoquant l'éclosion du sentiment d’une vie plus utile par l’effort continu vers l’amélioration de la race.
Les trois moyens contribuant ainsi à l’éducation de l’individu et de la société, il est non seulement impossible de les séparer, mais il serait même imprudent de le tenter. Quelque opinion qu’on ait de l’éducation physique au point de vue sociologique, on doit toujours considérer la gymnastique éducative comme la base, la préparation aux jeux sportifs, ainsi que le seul moyen de corriger les attitudes vicieuses pendant le travail ordinaire.
La vie sportive était très répandue chez les anciens, notamment chez les Grecs, mais ils ne perdaient cependant jamais de vue la beauté corporelle qu’ils cherchaient à développer par des exercices gymnastiques, trouvant ainsi instinctivement le rapport intime entre elle et la santé.
Après avoir insisté ainsi, en raison de la fermeté de ma conviction, sur la supériorité de la gymnastique éducative, je ne puis que citer à l’appui l’opinion de deux pédagogues et éducateurs qui ont fait d’intéressantes études en Angleterre, la principale nation sportive. L’un d’eux, le professeur Torngren, actuellement directeur de l’Institut central de Stockholm, dit par exemple : « L adolescent anglais est généralement grand et fort, et meme dans le cas contraire, on constate souvent une certaine vigueur dans ses mouvements. En ce qui concerne la structure du squelette, on observe facilement que la cage thoracique n’est pas très développée. A notre avis, le jeûné homme anglais et l’écolier n’ont pas, en général, une bonne attitude, et se distinguent très souvent par une certaine raideur dans leurs mouvements. Tout cela changerait si on leur donnait une bonne gymnastique scolaire. »
Notre estimé ami, M. K. A. Knudsen, inspecteur général de l’enseignement de la gymnastique en Danemark, s’exprime ainsi : « Ce qui pour moi était le plus intéressant à étudier, c’était l’attitude des rameurs avant et après la course, et je fus surpris de voir combien cette attitude était défectueuse. Leur dos était voûté comme un arc, sans jamais se redresser, et il s’agissait précisément de la partie dorsale de la colonne vertébrale, c’est-à-dire de celle qui a le plus d’importance pour une respiration ample et profonde. Lorsque, ensuite, la course finie, les rameurs arrivaient essoufflés et épuisés, je constatai qu’aucun d’entre eux ne faisait l’effort de se redresser pour respirer profondément. Au contraire, j’en remarquai un qui se tint pendant plusieurs minutes si courbé que sa tête touchait ses genoux. Je fus fort étonné d’observer, en assistant à différents sports, que partout en Angleterre régnait la même ignorance de l’importance énorme que joue la cage thoracique au point de vue de la respiration. »
Cependant, si l’on doit reconnaître la supériorité du sport tel qu’il est pratiqué et mis en honneur par le peuple anglo-saxon, c’est parce qu’il place l’homme en face de la nature et qu’il est en même temps récréatif, amusant et social. « La méthode anglaise, comme le dit le docteur Tissié dans son livre sur La Fatigue et l’Entraînement physique, n’est ni particulièrement combative comme la gymnastique allemande, ni particulièrement esthétique comme la gymnastique suédoise; elle agit par des moyens différents. La méthode sportive, avant tout respiratoire, agit sur la poitrine au détriment du développement musculaire abdominal et dorso-lombaire que provoque la méthode suédoise. » Un peu plus loin, je lis les lignes suivantes qui
confirment l’observation reproduite ci-dessus concernant l’attitude générale des sportsmen anglais : « Les lignes générales sont moins pures, surtout chez les professionnels qui se spécialisent dans un sport. Le gymnaste suédois peut facilement se spécialiser dans un sport quelconque, car sa machine humaine est toute prête à entrer en fonction. »
Les jeux d’un caractère pédagogique pour les enfants et les exercices sportifs pour les jeunes gens, en général, doivent en résumé être un divertissement, une distraction d’amateur, tout en étant fortifiants, de nature à endurcir le corps et à tremper le caractère. Ils doivent développer l’indépendance et le courage, tout en apprenant à la jeunesse le respect des règles du jeu, d'où sortira plus tard le respect des lois sociales. Ce qui au point de vue physique donne une très grande valeur aux jeux et aux exercices sportifs, c’est qu’ils comportent, en général, des courses qui mettent en fonction active l’appareil cardio-pulmonaire. Aussi, poussée à l’excès, cette suractivité des poumons et du cœur peut, par un mécanisme spécial, produire de grands troubles circulatoires, et l’abus de l’exercice provoque également une diminution de la force nerveuse de l’individu, contribuant ainsi au développement des maladies du système nerveux, notamment la neurasthénie. Voilà le grand danger qui menace aujourd’hui ceux qui négligent les lois les plus simples de l’hygiène.
Je ne saurais trop insister sur ce fait que tous ces recordmen qui font du sport pour leur propre vanité, pour gagner des médailles et pour être acclamés par un public qui n’y voit que du feu, n’ont rien de commun avec l’éducation physique. Ce n’est pas l’effort qu’on cherche, mais bien le travail, et l’effort par lui-même n’est que la manifestation d’une force motrice que le jugement doit diriger, ou, comme le dit Demeny : « L’exercice n’a d influence que par l’idée dominante et l’élévation d’esprit qui le dirige. » Le sport doit avant tout, comme la gymnastique, être pratiqué par un nombre de personnes aussi grand que possible, afin d’assurer à tous la santé et la joie de vivre, sinon il se fait que le plus grand nombre est composé de spectateurs au lieu de joueurs, comme dans l’ancienne Grèce. Nous pouvons, à ce point de vue, tirer une bonne leçon de l’opinion élevée du docteur Ph. Tissié, notre distingué membre d’honneur, qui s’exprime ainsi : « L’éducation physique ne s adresse pas tant aux forts qu’aux faibles; c’est la grande régénératrice. Les forts seront toujours les forts, ils ont bonne jambe, bon œil, bon cœur et bon poumon. Mais les autres, les fatigués, les faibles, la
majorité pour tout dire, faut-il la délaisser ? Et puis, qu’appelle-t-on fort? L’enfance, la jeunesse et l’adolescence même sont en puissance pathologique par le fait même de leur évolution. Les vraiment forts sont très rares, et alors, que devient la moyenne sous le coup de fouet d’une éducation mal réglée ? Nous ne devons pas nous désintéresser des vaincus héréditaires ou autres : nous devons les soutenir et les fortifier. C’est là notre rôle social et pathologique, assurément le plus noble parce qu’il est le plus humain. N’avoir souci que des forts, c’est faire de l’élevage et non pas de l’éducation. »
L’hygiène corporelle, au point de vue du développement du caractère, et son rôle social.
Le problème le plus intéressant de l’éducation, c’est celui qui consiste à développer l’homme entier et par conséquent également le caractère, et à augmenter son endurance au travail, car il faut bien se rappeler que « l’homme ne vaut que par l’homme » et il faut toujours l’observer dans le milieu social où il doit vivre et lutter, et non pas isolément. Je dis lutter, car l’homme, en effet, n’est pas fait pour se reposer, mais bien pour lutter : c’est une loi de la vie. Si nous nous demandons quelle est l’influence la plus salutaire de l’exercice au point de vue psychique sur l’organisme, nous disons que c’est celle de donner au sujet un système nerveux qui subit l’influence du dehors, mais qui sait réprimer les sensations douloureuses grâce à une bonne nutrition des centres nerveux sensitivo-moteurs. Nous pouvons, relativement à cet effet hygiénique de l’exercice au point de vue de l’amélioration de la fonction de l’encéphale, formuler la loi thérapeutique : qu’un système nerveux vraiment sain ne peut exister que conjointement avec de bonnes conditions hygiéniques de l’individu, c’est-à-dire un fonctionnement régulier des organes essentiels de la vie, un système musculaire bien développé et une quantité suffisante de sang de bonne qualité.
En effet, la dualité qui existe entre les fonctions physiologiques de la vie organique et celles de l’âme nous oblige souvent à étudier le sujet sain et malade parallèlement sous le rapport de l’activité
cérébrale. Notre activité et notre bonheur dépendent en résumé des centres cérébraux et de leurs cellules; ce sont eux qui, sous l’influence d une pauvreté du sang ou d’un sang impur, ou encore d’un travail intellectuel et physique trop prolongé, produisent des troubles graves du système nerveux, qui nous éloignent de l’harmonie et du bien-être au point de vue subjectif et objectif.
Si les organes de notre corps, y compris les muscles et les tissus, sont subordonnés à une bonne nutrition, le cerveau l’est davantage, par le fait même que la relation entre leurs fonctions respectives est très intime. Les produits chimiques tels que toxines et ptomaïnes, qui s’accumulent dans le torrent sanguin, agissent également sur le cerveau en paralysant les centres nerveux. Suivant les lois hygiéniques, l'exercice agit toujours favorablement sur les centres nerveux en les plaçant dans de bonnes conditions de fonctionnement, et l’effet en est une activité plus régulière et surtout plus calme. En ce qui concerne l’effet hygiénique de l’exercice et son rapport avec la fonction normale du cerveau, nous pouvons en déduire cette conclusion pratique que l’épuisement nerveux peut se produire soit chez l’homme d’étude qui mène une vie sédentaire, qui se fatigue trop le cerveau et chez qui la circulation cérébrale se fait d’une manière lente et irrégulière, soit chez ceux qui se livrent à des occupations où les facultés psychiques s’associent au travail musculaire. Dans ce dernier cas, non seulement le cerveau, mais aussi le cervelet et les nerfs sensitifs doivent prêter leur concours. (Lagrange).
Il est d’ailleurs démontré par l’expérience — et la science s’efforce d’en donner la preuve, bien que pas encore positivement — que la fonction du cerveau se modifie d’après la loi établie en physiologie, que « la fonction crée l’organe ». Quant à la modification de la cellule cérébrale motrice, située dans la substance grise du cerveau, elle suit le développement du muscle, puisqu’elle est indispensable à l’exécution des mouvements volontaires.
Il faut en résumé éviter tout travail, d’ordre physique ou intellectuel, qui peut produire le surmenage cérébral, objet actuel des études des médecins et hygiénistes. Concernant la relation intime entre la fatigue intellectuelle et physique, nous signalons les beaux travaux du physiologiste italien Mosso, dont les recherches scientifiques sur la circulation cérébrale ont éclairé la théorie d’après laquelle les phénomènes physiques sont intimement liés aux qualités morales du sujet, opinion déjà signalée et précisée par Bichot et Cabanis (Relations entre le physique et le moral).
Mais les recherches scientifiques effectuées dans les laboratoires
ne servent à rien si elles ne sont pas à même d’expliquer le facteur que j’estime essentiel de l’éducation bien comprise, la formation du caractère et le développement par des exercices corporels des qualités les plus nécessaires pour réussir dans la vie : la volonté et l’énergie, purement actives, l’endurance et l’abnégation, d’un caractère passif. L’éducation devient dans ce cas un appel à la virilité, n’étant ni de la pathologie, ni de la thérapeutique (Demeny). Devenir un homme d’action, apprenant chaque jour à la rude école de la vie l’art extrêmement difficile et pénible qui s’appelle la maîtrise de soi-même, la ferme volonté qui ne recule pas devant 1 obstacle, mais marche en avant en pleine conscience de soi-même et de sa force, l’habitude de se mettre au travail avec un sentiment du devoir qui va cueillir ses fruits dans l’avenir, tel doit être l’objectif idéal pour l’homme et spécialement pour l’étudiant.
« Dans l’Université se trouve, comme le dit Mosso, la richesse nationale; il faut infuser en elle une vie plus active, une vie supérieure, la moderniser et la faire marcher sur la voie triomphale où les nations se disputent aujourd’hui la souveraineté du monde. »
Un des plus grands amis de la jeunesse estudiantine, Jules Payot, recteur de l’Université de Chambéry, dit dans son ouvrage l'Education de la Volonté : « Vous tous qui, au sortir de l’enseignement secondaire, êtes devenus étudiants en droit, en sciences, en lettres, en médecine, vous avez le devoir d’être les plus actifs, les plus persévérants bienfaiteurs de ceux qui sont astreints à gagner durement leur vie, sans pouvoir jeter un regard par delà l’heure présente. Les étudiants formeront nécessairement la classe dirigeante dans tous les pays. » De cette noble pensée, qui mériterait d’être inscrite en lettres d’or sur les murs de chaque Université ou Ecole supérieure, déroule cette conclusion, la seule vraie, qu’un des problèmes sociaux les plus importants pour la jeunesse estudiantine est basé sur l’effort individuel, mais avec un but utile vers lequel il sera conduit par la volonté personnelle et la raison éclairée. Or, l’effort considéré comme force motrice est inséparable d’une santé parfaite, ou, comme le dit Bossuet : « Si une âme est maîtresse du corps qu’elle anime, elle ne le demeure pas longtemps si le corps est affaibli, ruiné. »
Conclusions.
Un auteur américain, dans un ouvrage consacré à l’éducation moderne, déclare qu’un homme qui veut arriver doit considérer trois choses : i« où il est; 20 où il veut aller; 3° quel est le meilleur parti à prendre dans les circonstances où il se trouve. Cette règle est applicable au « Ling Universitas » et au but qu’il s’est proposé. Où sommes-nous ? Nous sommes au début d’une réforme qui, espérons-le, s’accomplira en ce qui concerne l’éducation physique dans les Universités, car pourquoi doit-on confondre l’éducation avec l’instruction? Où voulons-nous aller? Suivre notre chemin tout droit, sans hésiter devant les difficultés, guidés seulement par notre conviction, notre jugement et les cerveaux éclairés, contribuant ainsi dans une modeste mesure à la marche de la vérité. Ouelles sont les circonstances où nous nous trouvons en ce moment? Il s’agit d’une réforme de l’éducation physique, basée comme cette science doit l’être sur la gymnastique, et une gymnastique en conformité avec les lois de l’hygiène, de la pédagogie et de la biologie. Nous avons voulu fonder notre « Ling Universitas » en dehors de tout nationalisme enfantin, et nous avons avant tout voulu montrer pratiquement la méthode de la gymnastique pédagogique de Ling dans toute sa pureté. Ce n’est pas à moi à vanter les avantages de cette méthode; les personnes compétentes dans la science de la gymnastique sont unanimes, dans tous les pays du monde, à reconnaître sa supériorité et son esprit scientifique en adoptant sa branche pédagogique dans l’éducation physique de la jeunesse, et sa branche médicale par l’utilisation de l’exercice comme moyen thérapeutique.
La machine humaine est soumise à des lois qui sont d’ordre -mécanique, physiologique et psychique (Tissié), et la gymnastique doit avant tout être respiratoire. Elle doit être capable de faire l’éducation fonctionnelle des organes essentiels à la vie par des exercices méthodiques, redressant les parties cervicales, dorsales et lombaires, développant ainsi la cage thoracique, et donnant de la solidité aux muscles abdominaux, fortifiant, en un mot, toutes les parties faibles de l’organisme. La gymnastique doit être physiologique, et cette condition n’est obtenue que par des attitudes correctes, dont le mécanisme au point de vue du travail musculaire et l’influence sur la circulation veineuse sont connus à l’avance.
Si, en résumé, nous voulons caractériser le but final de la gjminastique suédoise au point de vue de l’éducation du mouvement,
nous disons qu’elle veut transformer l’homme du type abdominal en homme du. type thoracique; le premier est caractérisé par 1 attitude générale de l’homme au « dos rond », la tête penchée en avant, les hanches avancées sous l’influence d’une action fléchissante de la pesanteur, le tout annonçant une faiblesse des muscles extenseurs de la colonne vertébrale et des muscles de l’abdomen. Le « type thoracique », le but du perfectionnement de la machine humaine par l’exercice utile, nous montre, au contraire, une belle structure du corps, les épaules bien fixées au thorax, grâce à une contraction énergique des muscles fixateurs de l’omoplate, l’abdomen effacé par une tonicité très forte des muscles abdominaux, bref un corps en conformité de la beauté, de la santé et de la force.
Me voici à la fin d’un travail que j’ai voulu dédier aux étudiants de l’Université de Bruxelles, et notamment à ceux qui sont membres du « Ling-Universitas ». C’est un devoir pour la nation de s’intéresser à l’éducation intégrale de tous ses citoyens, car « le progrès général chez un peuple n’est que la somme des progrès particuliers qui s’accomplissent moralement et physiquement dans chacun de ses citoyens » (Mosso). Ce devoir, qui s’impose à toutes les nations, est plus impérieux encore dans un petit pays où la population est dense, où la lutte pour l’existence devient de plus en plus acharnée, et où d’autres causes tendent à faire de l’homme sain un être pathologique. Pour réaliser des réformes, il faut commencer par changer les idées, et, en ce qui concerne spécialement les réformes dont nous avons parlé, il faut tâcher de gagner la famille et surtout la mère, « le premier professeur d’énergie », car, comme le dit Tissié, « la première force d’un pays réside dans le respect et dans la protection de la femme ».
Le but de la gymnastique et de toute éducation physique doit être d’étqblir un strict équilibre entre les facultés intellectuelles, morales et physiques. Rousseau a dit : « Plus le corps est faible, plus il commande ; plus il est fort, plus il obéit; » et l’expérience nous montre aussi que, dans le combat de la vie, c’est celui qui a le corps le plus résistant et le plus sain qui est le moins disposé à enfreindre les lois de la morale et les commandements du devoir: la Force et la Santé maintiennent l’esprit normal et le conduisent au Bien. Propagez donc l’éducation physique qui aide si puissamment à la Santé de 1 esprit ! C’est à vous qu’incombe cette initiative, car, pour
rappeler ce que disait récemment aux jeunes Français M. Doumer, ancien président de la Chambre des Députés de la République Française : « La supériorité de l’intelligence et du savoir impose à qui en bénéficie des devoirs plus élevés et plus nombreux qu’aux autres hommes. »
L’Etat d’une nation reflète celui de la Famille. Plus la Famille est unie, forte et saine, plus la Nation sera prospère. Et cette prospérité qui est l’expression de celle des citoyens de la Nation est l’expression de quatre facteurs d’hygiène générale: le mouvement, la nourriture, l’air et l’eau. Ce sont là les bases fondamentales de toute vie, ce sont elles qui permettent en dernière analyse le développement physique comme le développement moral et intellectuel. Aussi, Messieurs, ne pourrai-je que vous répéter, en vous engageant à y réfléchir, cette parole profonde de l’illustre Spencer: « La conservation de la santé est un de nos Devoirs. »
Etudiants! Je ne veux pas vous quitter sans vous exprimer publiquement mes plus sincères remerciements et ma profonde gratitude pour les marques de sympathie et de dévouement que vous m’avez témoignées en maintes occasions, et qui ont été pour moi la meilleure récompense de mon travail. Je m’adresse particulièrement aux membres fondateurs du Cercle pour les remercier des efforts persévérants et infatigables qu’ils ont prodigués pour son développement et sa prospérité.
Vous savez, Messieurs, que j’ai toujours tâché de vous pénétrer de l’esprit élevé de notre œuvre, en vous répétant que vous devez avoir un idéal, car « l’homme sans idéal est hors de l’humanité ».
Mon ferme désir sera toujours d’être utile à la jeunesse estudiantine belge qui, j’en suis certain, aura à cœur de s’intéresser à 1 avenir du Cercle, et de travailler avec enthousiasme et conviction à son développement, sur une base solide et honorable. Nous désirons tous que les branches qui seront greffées sur l’arbre soient fraîches et fortes, c’est-à-dire que tous les nouveaux .membres partageront nos idées, nos espérances et l’idée supérieure de notre œuvre.
Travaillons donc ensemble avec ardeur, conviction et amour, par nos paroles, nos exemples et nos actes, de façon a rendre notie tâche facile et agréable à accomplir. Enfin, suivant les nobles paroles de Jules Payot : « Soyons donc bien portants pour fournir à notre volonté les provisions d’énergie physique sans lesquelles tout effort, de quelque ordre qu’il soit, demeure caduc et infécond. »