‹ Les printempsChapitre 10 sur 40 · JOUR DE VIE · texte numérisé non relu

JOUR DE VIE

Le monde aima. Ce fut un beau jour entre mille.

Le matin nous suivait derrière les cyprès.

La respiration de la plaine tranquille

Gonflait d'un vert soupir le sein fuyant des prés.

« Je veux que vous soyez semblable à la nature, ^le dit-elle, comme elle ayez ce calme heureux. Vous voyez dans mes yeux monter une âme obscure. Murmurez-moi le mot du mystère amoureux.

« Un mystique printemps comme une fiancée Me lie au charme errant de tous ces horizons. Quand j'ai sur votre cœur ma tête reposée, Regardez s'empourprer le front jaloux des monts.

(( Ce n'est pas le couchant pourtant, Midi ruisselle, L'Eté voluptueux halète, je l'entends.

Tous ces champs en sueur vous crient que je suis belle. Prenez dans votre sang tous ces pollens flottants.

« Ah ! venez. Dans mes bras sentez germer le monde . Quand je les fermerai, puisque nous nous aimons, Descendez jusqu'au fond de la terre profonde, Montez jusqu'à la cime éclatante des monts. »

Néant ! fécond néant ! nature souveraine ! Je t'appartins. Je fus un instant de l'Amour. Dans mes lombes roula toute l'immense plaine. Dans ma sève jaillit toute l'ardeur du jour.

Et ce fut du fond noir de cette ardeur sacrée Que je me sentis fils prodigué du soleil Et sentis tout l'élan de ma chair altérée Se fondre en un baiser à l'univers pareil.

Page 1