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« Depuis longtemps j'entends la Déesse venir. Depuis que ce soleil a chauffé mes paupières, Je la sens palpiter dans l'air et dans les pierres. Elle approche... Grands dieux, que vais-je devenir? »
— « 0 mon père, ce sont les dieux, Zeus vous appelle t Que leur visage est pur ! ils descendent des monts. Les voici... L'air est beau, la montagne ruisselle,
0 mon père, ce sont les dieux que nous aimons. »
— (( Je n'entends que le soir qui tombe sur la plaine. Zeus ouvrirait mes yeux sanglants, ce n'est pas lui. De sanglots étouffés j'ai la poitrine pleine...
Sans qu'Œdipe l'ait vu, hélas ! un jour a lui.
« Mais je sens près de moi ta présence immortelle, 0 vierge. Ton sourire éloigne les daimons. Et sur mon front tes mains ont une douceur telle Que mes yeux déchirés s'emplissent de rayons. »
Sur la route les chars qui pliaient sous les gerbes Passaient avec lenteur au milieu des chansons. De grands chiens aboyaient et couraient dans les herbes. Le soir tranquille et bleu tombait sur les moissons.
Et le vieillard sacré, que soutenait sa fille. Respirait les parfums et touchait le blé mùr. <( Déméter... » Il voulut baiser une faucille, Et le croissant déjà blanchissait dans l'azur.
Ils marchaient lentement, l'ombre était embaumée, Un moissonneur offrit à la vierge des fleurs. Mais elle, qui songeait à son toit sans fumée, Sous ses cheveux défaits laissa couler ses pleurs.
Plus loin, au bord d'un puits un homme la fit boire. Un dernier char passa, dans l'ombre, rude et lourd. Un rossignol chantait, l'Acropole était noire. Et le vieillard pleurait en approchant du bourg.
Autour de lui, pourtant, sans qu'il vît leur cortège. Pareilles à sa fille, et soutenant son front, Passant leurs doigts brillants dans ses cheveux de neige. Les Grâces invoquaient les heures qui viendront.