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ANTIGONE

Le soir religieux flottait sur la campagne.

Un berger en sifflant rassemblait son troupeau.

<( Que la douceur du ciel, ô vieillard, t'accompagne »,

Dit un enfant couché dans l'herbe d'un ruisseau.

Alors Œdipe vit briller sa vie entière Entre les mains des dieux, il sut la vérité : II tombait sous le poids de la fatalité, Et le bois de Colone était plein de lumière.

« 0 ma fille, j'entends la Déesse venir, Dit-il, elle a touché mes sanglantes paupières. Mon corps m'entraîne, hélas ! Que vais-je devenir ? Puisse mon sang maudit nourrir au moins les pierres.

« Oh! laisse encor mes mains une dernière fois Deviner la douceur de ton visage, laisse... iTu pleures... Dans mes bras tu riais autrefois.,. iQue tu dois être belle auprès de ma vieillesse !

« Malheureux, tu n'auras de moi qu'un souvenir. Tu m'as vu près de toi pleurer des nuits entières... Vois, mon corps moribond ne peut me soutenir. Je ne sentirai plus la fraîcheur des rivières.

(( Tu ne veilleras plus autour de mon sommeil. Car jamais plus mon front, dans ma nuit sans étoiles, ^'aura pour s'endormir la fraîcheur de tes voiles. Je ne verrai jamais la splendeur du soleil.

« Ma fille, nous voici sur le sol de Colone. J'entends la blanche mer où doit tomber le soir. Voici le temple... Viens... Au pied d'une colonne En attendant les dieux ton père veut s'asseoir.

« Ce jour mettra le terme à ma longue détresse. Ces mains, ces cheveux blancs, pour jamais tu les vois... De feuilles de lauriers je veux sacrer ta tresse. Chante... Je mêlerai ma prière à ta voix.

« Les dieux, voici les dieux... Sous ta verte couronne Ton front brille... n Et debout, fouetté par le vent noir. Il marchait. Il tomba dans les bras d'Antigone, Et de ses yeux ouverts il ne put plus rien voir.

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