DERNIER PRINTEMPS
0 disparu, voici le printemps noir...
Va-t-il fleurir le champ des asphodèles ? Dieu mêle-t-il aux rayons de ton soir L'àme morte des hirondelles ?
Te souvient-il du terrestre printemps, De la fontaine et des fleurs inquiètes ? Voici l'avril des nuages flottants Et le retour des alouettes.
La source en pleurs, des bras du vieil hiver. S'est échappée, une rose à la bouche ; Sur le bassin, dans l'ormeau déjà vert. Le soir, le ro ssignol se couche.
DERNIER PRINTEMPS i45
Notre verger, par l'Amour visité, Est bourdonnant de lueurs et d'abeilles, Sur les beaux pieds du dieu ressuscité Les prés dispersent leurs corbeilles.
L'espiègle Enfant secoue en se jouant Les cerisiers dont s'empourprent les branches Et dans le parc écarte en souriant Les lilas qui baisent ses hanches.
Mais toi qui dors dans ton printemps glacé, "Vas-tu revoir le jeune Roi de gloire ? L'Adolescent vient-il aussi chasser Dans les vergers du Purgatoire ?
Au bord penchant de quel tiède horizon Dont un beau soir vient dorer les tourelles Ecoutes-tu, du seuil de ta maison, ' Gémir l'âme des tourterelles ?
Me mêles-tu à tes songes flottants
Dans ton jardin réjoui d'un bruit d'ailes...
Ou te dis-tu qu'il ne faut qu'un printemps
Pour qu'oublient ceux qu'on crut fidèles I
lO
Debemur morti.
Derrière nous chaque soir creuse, Je le sais, une fosse heureuse.
Mes désirs, où vous dormirez.
Balancés au vent monotone, Oii sont mes rêves de l'automne ?
Vierges lilas, vous l'ignorez.
Vers quelle mer coule le monde ?
Sur les champs la lumière abonde, Tout murmure triste s'est tu.
Mais en moi le même deuil dure :
Toi qui dors sous la terre dure, 0 mon père, que me veux-tu ?