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L'AME

Etouffant dans mon cœur toute peur égoïste, Tu m'as pris par la main,

J'ai repoussé la porte, et dans le matin triste, Par le pâle chemin,

Sous le morne soleil de la plaine glacée Où s'attardait l'hiver,

Père, tu m'as mené retremper ma pensée Dans le sel de la mer.

i48 PRINTEMPS FUM-BRE

Nous nous sommes assis tous les deux sur le sable,

Mais ce n'était plus toi, Ton regard, ni tes yeux, ni ton cœur périssable

Que j'avais près de moi.

Pourtant devant mon cœur cette paisible flamme,

Ces regards abaissés, Ces yeux que je sentais contre mes yeux, cette âme,

Je les reconnaissais.

Et tandis que mêlée à l'écume indécise

Ma douleur déferlait, La pensive lueur à mes côtés assise,

La clarté me parlait.

(( Ne pleure plus, mon fds, conseillait le murmure Qui m'oppressait le cœur.

Ne pleure pas, mon fils, la souffrance est impure, Murmurait la lueur.

(( Reconnais-moi. Je suis ton vieil ami, ton père...

Si tu veux, désormais Tu me confesseras ce qui te désespère.

Pauvre enfant que j'aimais...

L'AME i49

a Sois ferme. Car le monde est fils de la Discorde.

Mais dans tes jours heureux Que le désir de vaincre et la miséricorde

S'équilibrent entre eux.

« Rien ne meurt... Vois, mon fils, moi qui, froid, lourd et blême.

Dormais du noir sommeil.

Je suis redevenu dans l'éternel poème

Un rayon de soleil. »

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