VISITATION
Abandonnant des dieux les fêtes de lumière.
Elle s'est confiée aux nuages de l'air
Pour venir respirer la suave prière
Qui monte, dans le soir, du cœur pur de la mer.
Elle entend palpiter tout le rose silence Qui se brise au-dessus des vagues, et sa main Traînant dans la douceur de la nuit qui commence Met au bord de la nuit quelque chose d'humain.
Le bois laisse échapper son encens tiède, sombre Le front des monts s'endort sur l'épaule des nuits. Les anges de l'amour ouvrent leurs cœurs dans l'ombre Elle rêve, appuyée aux astres, loin des bruits...
VISITATIO^J 37
Pourtant, pour annoncer la divine présence, Pleure le rossignol sous les feuilles caché, Et sous les bois noyés d'une tendresse immense On dirait que quelqu'un d'invi&ible a marché.
C'est Elle... Elle sourit au-delà de nos âmes. Nous ne la verrons pas avec nos yeux de chair, Mais nous retrouverons dans le regard des femmes La trace de ses pas plus fluides que l'air.
Les poussières du ciel, les sables de la grève N'éveillent même pas leurs tourbillons amis, La suave splendeur de la nuit est un rêve Qui berce le sommeil des mondes endormis.
CONSOLATUI\
(( Je suis comme un matin éloigné, mais timide Je porte sur mes seins tous les oiseaux du soir... Viens jouer dans les plis de ma tunique humide. Tu verras les clartés que seule je puis voir.
« 0 sage adolescent, dont je suis amoureuse, Laisse flotter mes mains à travers tes cheveux. Sous ton souille je suis une rose frileuse, Tout mon parfum sera pour toi, si tu le veux.
(' Vois, le mystère ardent des choses ténébreuses Attache un bandeau d'or à mon paisible front. Je connais le secret des étoiles heureuses : Quant tu me parleras, les siècles répondront.
GO^SOLATRIX 89
(( Toutes tes passions s'abattront en tempête A mes pieds ruisselants de l'écume des Ilots, Mais mon pâle royaume est beau comme une fête Où sur des lits défaits s'étreindront tes sanglots.
<( La Vérité pensive, empourprant les nuages. Pour t'ouvrir mes clartés te prendra par la main. Devant toi coulera la suite des images Où tu reconnaîtras le triste fleuve humain.
<( Tu ne m 'écoutes pas... Le parfum de mes urnes Embaume en vain pour toi le lit sec du torrent. J'élève les cœurs purs, ardents et taciturnes. Reconnais-moi, mon fils, dans ce beau soir errant.
« C'est moi qui comme Ruth, glanant les moissons mûres. M'en vais avec lenteur par les champs moissonnés. C'est moi qui, de l'Amour dénouant les parures, Mets parfois un regret aux yeux des nouveaux-nés.
(( Pourquoi ne veux-tu pas, contre mes lèvres froides, Que tes sens éblouis boivent la vérité ? Pourquoi crains-tu de voir de tes pauvres bras roides S'envoler dans mes bras ton cœur ressuscité ?
4o PRINTEMPS MYSTIQUE
«Je viendrai par un soir de lumière furtive Te retrouver, mon fils, et te parler plus bas. Mais des pleurs couleront sur ta face plaintive, Et cette fois, mon fils, lu me reconnaîtras. »
Je la vis s'élever, dans mon intelligence, Grave et belle, au-dessus des grands champs recueiUis. Elle quittait la terre à l'heure où le silence Moissonne, dans le champ des étoiles, ses lys.
Tout n'entraîne-t-il pas vers toi et ma tète et mon cœur ? Et ce qui m'y attire, n'estrce pas un mystère éternel, visible ou invisible?... Si grand qu'il soit, remplis-en ton âme ; et si par ce sentiment tu es heureuse, nommele comme tu voudras, bonheur !
cœur ! amour I Dieu !