G CE THE
NATIVITE
Je ne sanglote pas, je ne meurs pas, je t'aime ! Prends-moi contre ton cœur et je te redirai De quelle heure d'amour j'ai reçu le baptême : Tu m'aimas, et je sus que le monde était vrai.
Toute la nuit, penché sur les Bibles passées, Je m'étais enfiévré du désir de savoir. Et maintenant, fuyant toutes sombres pensées. Sur l'arche d'un vieux pont j'étais venu m'asseoir.
L'aube sculptait déjà la frise des montagnes. Et m'épanouissant comme elles dans l'air pur Partout je retrouvais dans la paix des campagnes Cette éparse amitié de l'homme et de l'azur.
Santé de ce matin, après cette veillée !
Courbés, dans les blés frais, déjà les moissonneurs
Bousculaient, en riant, la terre ensommeillée,
Et la prairie ouvrait ses grands yeux pleins de pleurs.
Sur les coteaux fuyait un virginal nuage, Avec lui s'en alla l'angoisse de mon cœur. Et dans le cœur ému de tout ce paysage, ?se te connaissant pas, je te sentis, ma sœur.
Dans les frissons de l'eau, les parfums de l'aurore. L'horizon plus fluide et l'air plus transparent, Mystérieusement je te voyais éclore, Et dans mon sang grondait tout l'antique torrent.
Je sentais battre en moi la vie universelle, Le vent de l'infini passa dans mes cheveux, Et dans l'humanité de ma chair immortelle Je fus un des moments de l'univers heureux.
C'est alors qu'à tes pieds s'inclinant la colline
Tu vins, et les grands pins tremblaient. Tu m'apparus,
Et le cœur du soleil bondit dans ma poitrine.
Et déjà s'étreignaient nos rêves accourus.