‹ Les prisons de l'EuropeChapitre 12 sur 32 · UI · texte numérisé non relu

UI

. m us FRISONS DE UEUROPB.

les dernières bases pour eux s'arrêtaient à la belle conslilUi tion de 91. On trouye^dans leur défoite, si bciiemeut obtenue parla Restauration, la preuve même de cette hésitation qai constitue la charité dont ils faisaient profession. Mais ils eussent dû réfléchir qu'en matière de conspiration les jeux d'enfanis aboutissent à l'échafaud véritable, et que s'ils se servaient, eux, de poignards de bois et d'armes courtoises, leurs adversaires combattaient avec des fiisik bien chargés, et un couperet bien aiguisé, sur les champs de bataille de Grenelle et de la Grève. C'est à quoi doivent s'attendre tous ceux qui conspirent hors du collège.

Plusieurs complots , auxquels la Restauration s'eUorçait de prêter dès proportions gigantesques, venaient d'éclater» grÂoe è quelques agents provocateurs, tant à Belfort qu'à llarseille et Toulon. Le ministère s'empressa de proûter de l'occasioii pour écraser k charbonnerie, dont il tenait depuis longtemps les registres à compte ouvert. Nantes, Saumur, et le général Berton, sont des noms célèbres dans les lastes de la police de cette époque. £Ue ne s'occupait guère que de cela*

Le 18 avril 1821, le 45«' régiment de ligne vint à Paris. C'était un régiment tout royaliste. Plusieurs sous-ofûciers furent néanmoins afiQliés à la secte des charbonniers. Us s'appelaient Bories, Pommier, Goubin et liaoulx. A leur exemple, d'autres sous-oi£ciers et des soldats entrèrent dans la composition d'une «ente, et reçurent les poignards de rigueur. Innocents poignards, symboles dont la puérilité môme eût dù prouver aux juges que les conspirateurs se contentaient d'emblèmes et d'ombres. La conspiration dangereuse est celle qui se passe de fmtasmagorie. Mais la poétique restauration évoquiu

U CONOSRGEaiB. M

à ces poignards, tout l'attirail des terreurs mystérieuses pour faire dresser les cheveux sur la tête des jurés; ces poignards auseilèreiit des fintômes» des ombres sanglantes; un avocat général, pittoresque jusqu'au fiuiatisme, développa une théorie du contact de ces poignards avec la main du conspirateur, et prouva qu'un homme doit détenir assassin à la simple vue, «u mavfi^ toucher du poignard. Ce que c'est que la peuri Cependant, n'était-il pas bien risible ce petit poignard au pouvoir d'un soldat, armé déjà d'un fiisil avec iMUOuneUe» et d'un sahre bien affilé I

Si nous nous étendons sur la découverte de ces poignards, c'est qu'évidemment ils furent le plus solide pivot sur lequel ioornait te sanglante oomation portée œniie les seig^ * k Rochelle.

Ces quatre sergents, devenus charbonniers et armés de poignards» s'en Tont avec le régiment à la Rochelle. vous lemble-t-il pas que depuis qu'ils ont en leur possession ce poignard, la France est perdue? Ils ont beau les cacher dans leur paiUasse, les enfouir dans leur sao, ces poignards damnés les gênent Imiblenient. Bories était un jeune homme exalté, dangereux même pour le gouvernement de la Heslauriition; mais enfin il conspirait en écolier de rhétorique. Avec un bon signe de ralltement, un toast bruyant» l'échange d'une vigou-

reuse poignée de main, il était satisfait, et trouvait les aÛ'dires de la charbonnerie en fort bon train.

Une réunion de la fente de Bories avait eu tteu à Fans» scton le dire d'un témoin, dans le cabaret de ce même témoin, au Roi Clom , montagne Sainte-Geneviève. Il y eut discours patriotique» «ommémoratimi des hauts Inti févolutionnaiiis.

LES nOBONB DB LISDEOPB.

enthonstasme smitenu par quelques bouteilles de vin vidées à

la gloire des armées françaises. Déjà la vente de Bories était sigoalée à la police, et peoda&t le trajet de Paris k la Rochelle, toutes les démarches du jeune sergent-major fiirent si bien éclairées, le colonel de son régiment fut si h'nm avorli, qu'en arrivant à la Rochelle Bories fut envoyé à la prison militaire. Dès ce moment tout parut complot au surveillant des quatre sergents du 45*. Leurs efforts pour voir Bories annonçaient le besoin de communiquer pour les affiaires du complot; leur entrevue avec un individu que l'on n'a pu reooonaitre était un conseil tenu pour l'eiéeution du complot; la sortie illicite de Pommier, par un beau soir, était une désertion méditée pour porter quelque dépèche utile an succès du complot. Enfin, de ce moment, les quatre malheureux étaient perdus aux yeux de l'autorité , sans savoir eux-mêmes qu'ils courussent d'autre danger que celui d'une condamnation à la salle de police.

Mais un des initiés, Goupillon, bourrelé de remordi, va tout avouer au colonel. Tout! on n'a jamais pu dire ce qu'était ce tout, à moins qu'on n'ait voulu parler des statuts et des symboles de la charbonnerie. Goupillon révèle un projet d'arborer la cocarde tricolore, il avoue posséder aussi un poignard, il avoue avoir fait un serment d'être discret, et cependant il avoue. Cen était trop pour des gens déjà si bien instruits. Le colonel, après le contre-appel du soir, fait habiller et armer en silence la première compagnie de grenadiers. On anéte les conjurés, on . fouille leunlits et leurs sacs, oik l'on trouve les ftmeox poi- - gnards; on y trouve aussi des cartes de reconnaissance usitées entre earbmurif Voilà le complot produit à la lumière. A pro*

lA GONCmGBBlE.

poB de ces poignards on va invoquer Texemple du poinçon de Lonvel.

Chaque preuve c[ui surgit présente les mêmes détails. C'est toujours un cart)onaro que l'on a reçu dans la vente, en lui faisant prêter serment sur un sabre ou sur un poignard. Personne parmi les plus zélés dénonciateurs ne sait ce que i on voulait iiBâre: les uns eroient servir la république» les autres Nopoléon II, d'autres ne croient rien. Quelle conspiration! Tous répètent des on dù, et TaGCUsation est réduite à chercher un chef à ces conjurés. Elle désigne Bories, qui a fourni les poignards, reçu les néophytes, et donné L'impulsion à la charhoimerie militaire.

Four trouver une ombre de vraisemblance, un commencement d'exécution à ce complot, pour qu'il ne soit pas dit que l'an défère à un jury des hommes prévenus d'avoir chanté des chansons patriotiques, bu à la liberté, paradé les uns vis-à-vis des autres avec des poignards de comédie, on joint l'affaire de la Rochelle à la révolte méditée par Bertcm à Saumur, et l'on forçe de l'un des délits une arme capable de faire tomber des tètes à Paris et à Saumur, à Nantes et à Marseille; partout enfin* Tuer tout, mais régner, c'est l'esprit de la Resteuration, fort peu différente en cela des plus radicales théories révolu liou'> naires.

L'avocatrgénéral, dans la narration , osa représenter Bo* ries comme l'âme de la conspiration, comme un homme né pour eompînr. U osa reprocher à l'accusé d'avoir une apinUm peu mwréel La bi des mspM, contre laquelle on a tant réclamé, ne disait pas si audacieusement les choses.

La sévérité la plus impitoyable loi réclamée du jury, dans

Mi

LES PRimn DI L'EUROPE.

no plaidoyer d'un volume où Ton retrouve tous let argumeuti

employés dans tous les temps par l'esprit de parti et de ven* g^noe. La réplicjue des aocusés à ce réquisitoire fournit à Boites, accusé d'avoir de l'exaltation et d'éire le cbt^ du oomplot» UD de ces mouvements oratoires qui peignent en traits de feu la noblesse de l'Ame et le courage d'une généreuse indignation»

On veut que je Sois le chef du complot, s*écrîa4-îl «n se levant; un veut que j'en sois l'instigateur; on veut que je bois le oomplot incamé ; eli bieni j'accepte les accusations» j'accepte toute la responsabilité. Oui! je suis tout ce qu'on a dit; mais par conséquent mes co-accusés ne sont pas coupablos» et ic sa^* orifice de ma vie suiBra pour sauver la leur.

Cet élan ne produisit aucun effet sur des Ames qu'on avait babilemeat glacées par la terreur. Bories» Pommieri Goubin et Aaouli forent condamnés par le jury à la peine de mort*

Celte catastrophe porta l'épouvanlc et l horreur dans les rangs de la société dont ils faisaient partie. Les ventes s'assem-* blèrent« Beaucoup proposèrent un soulèvement, qui, on^sé avec courage, eût peutrétre obtenu du succès. Quelques mem* 'bres, mieux inspirés, se contentèrent de méditer un enlèvement qui sauvât les prisonniers. Un de cea plans nous a été transmb indirectement par l'un des menibre^ d'une vente parisienne* Le voici en substance, tel qu'il nous a été expliqué.

« Les députés de plusieurs ventes dsvalent se réunir au nombre de cinquante, faire porter isolément hors de Paris leurs fiisik, avec baioonettes, et, munis de aartoiMsiiii» sertir de la ville par dififérentes barrières , pour se trouver au malin sur la route de Oicètrc , car les sergents avaient été écrouéi dans cette prison» é'o4 ib deviieQt» selon l'usage, éliu tnlis*

férés h la Conciergerie la matin de l'exécution. Les conjurée» réunis sur un poiat 4e routOt ^ cachés dm les currièr^i Toisiiies, auraient tout h eoup &ît feu sur l'escorte. Tirailleurs babiles, '\U en eussent facilement abattu la moitié» eût-ellq été nombreuse comme on s'y attendait, Ensuite m oombat k l'arme blanehe entre des gens aussi résolus et des hommes troublés par une attaque imprévue ne pouvait offrir de désa- Yantage vraisemblable pour les premiers. Les prisonniers délir vrés étaient dirigés aussitôt yers des retraites sûres, et, en cas de recherches trop actives, le mouvement général dçs carbo^nart parisiens se fût exécuté,

Peut-être les martyrs de cette société avaient-ils droit d'at*tendre une tentative de la part de leurs frères; mais la vente suprême refusa son assentiment, et l'enlèvement ne s'exécuta point. Un autre proj'^t, subordonné h Uii-lù, manqua aussi par la tiédeur ou la circonspection das châ£s suprêmes de la diarbonnerie. Cependant beaucoup de membres affiliés se portirent à deux heures vers la place de Grève, pour obéir au premier signal. 14e régiment qui montait la g^rde autour de la place et de l'échafaud était composé en partie de bont ecmim. Rien n'était encore perdu.

Le 20 septembre t829| les oondemnés sortirent de la Gon* clergerie è cinq heures moins un quart. Us étaient calmes, souriants; leur contenance n'annonçait gi l'orgueil ni la bravade. Ils jetèrent un r^ard profond sur cette foule toute frémissante parmi laquelle un souille eiU suffi à allumer l'încendie. Mais le soulûe généreux n'arriva pas. Les quatre amis parvenus au pied de Véchafaud s'embrassèrent avec une touchante solennité , et crièrent : Vive la liberté ! Ce cri sublime.

mmamvmvÉïmn.

le plus glorieux soupir d'un mourant, ne trouva pas d'écho. \ La terreur et la honte élreiguaient toutes les poitrines. Bories, le dernier, courba la téie sous le couteau sanglant, et murmura encore : Vîto la liberté f en regardant au fond du panier fatal la té le de ses compagnons d'infortune.

La foule s'écoula dans un lugubre silence; la nuit comment çait à tomber sur Paris, et déjà s'alhimaient les fenêtres dorées du Louvre ; tandis que les lourdes charrettes voituraient à Clamarl les cadavres mutilés de ces jeunes victimes, Louis XVIll se faisait habiller pour une ftte qu'il donnait aux Tuileries. Cette féte fut d'une magnificence scandaleuse, et la circonstance en ilt une hideuse insulte aux sympathies qu'avaient excitées les condamnés. Le soir même on affichait sur les grilles du Loum ces Ters devenus célèbres :

Pour LouU quel beau joort

Ob égorge i It Gfèlt «I rM dHM A !■ «vt

Il nous reste à compléter l'histoire de la Conciergerie à cette époque par l'écrou du munitionnaiie Ouvrard, doublement célèbre par sa fortune prodigieuse et sa captivité. On voit encore aujourd'hui dans celle prison le jardin qu'il avait obtenu d»î se faire planter sous ses fenêtres, et qu'il faisait cultiver à ses irais par des détenus.

Gabriel-Julien Ouvrard, né en 1T70, près de Clisson, en .Bretagne . avait eu des commencements peu prospères. Pré- . voyant en 1788 le règne de la liberté, et douze mois après la prise de la Bastille montra qu'il avait deviné juste, le jeune homme avait acheté en Poitou et en Saintonge toute la fabrication pour deux ans des papiers destinés à l'imprimerie. Ou-

U CONOERGEaiE. W

nttd trait compté sur la liberté de la presse. Lorsqu'elle aima, il réalisa pour sa part une somme de trois cent mille livres; ses associés araient fait fortune. Dès lors Ouvrard fit la banque, et mania des millions. Le premier million, disait-il, est le i^us difficile à faire arriver; quantaùx autres» ilsuilit de ne pas les empêcher de venir.

Ouvrard ne prévit pas aussi juste la fortune de Bonaparte, et lut refosa un prêt de douie millions sous le Consulat. De là naquirent entre le roi de la finance et le roi du génie des dissentiments dont Ouvrard eut plus d'une fois à souflrir. Cepen dant il traversa l'empire assez paisiblement; mais sous la Restauration, chargé des fournitures de l'armée expéditionnaire que Louis XVUl envoyait en Espagne, il éprouva dans le ser- ^ce des retards et des pertes qui indisposèrent l'armée contre lui. On lui reprocha des infidélités, et il fut traduit devant les tribunaux « pour acqpiitter une somme de cinq millions , solde de tout son compte avec l'État. Ouvrard refusa de payer, et fat emprisonné pour cinq ans.

M. de Villèle lui ayant Mi des propositions de nouvelles fournitures, et lui ayant représenté qu'il était honteux pour lui de demeurer solvable et emprisonné, Ouvrard répondit, assure* t^m, au ministre :

— Je suis ici pour cinq ans, et pour cinq millions... donc . c'est un million par an que je gagne. Foumissea-moi» monsieur, une spéculation qui me rapporte l'équivalent de cette somme, et j'aviserai à sortir de prison; sinon laissez-moi gagner en paix mes cinq millions.

Ouvrard avait tout, sauf la liberté. Sainte-Pélagie telentit encore de ses diuers somptueux, de ses dépenses scandaleuses.

LES PfiffiOMB DB LliliAOPB

On se rappelle q[u'il acheta dûHBepl mille kmos la liteti d'un tailleur, son voisin» dont il eoDYoitait la oellole pour s'agrandir, et dont il voulait s'épargner la musique perpéluflle. Cet Atomme jouait de la flûte, et désespérait Ouvrard, habitué k de plus suaves concerts.

A la Conciergerie, Ouvrardfail pendant au fameux Anglais qui dépensait cent mille lims par an dans sa prison. Paris «occupa longtemps de ce détenu volontaire, de ses dépenses, de ses manies. Le pouvoir de l'argetti est tel qu'il avait réussi à ùire flédiir en sa laveur la temble disaipline de la vieille prison. Il dissimulait ses barreaux de fer sous les fleurs et les feuillages^ et quant aux fantaisies, il las faisait venir à lui au lieu d'aUer à ellas. 11 n> eiift de lééilemflHt k plaindre en cette ailaire que ses créanciers.

On ne s'attend pai sans doute à uni oomplète éannératiini des erimÎBéls plus ou moins célèbres qui se sont pressés dans les cachots de la Condergerie depuis 1815. Répétons-le encore une fois, ce n'est pas une nécessité de laire vivre dans le souvenir des hommes la mémoire des crimes dont beaucoup de coupables se sont fait des trophées. Le nombre même de ces Bcélétals nous imfnie k réserfe, et quant aux condamnés à mort, leur retranchant cette hideuse part de gloire que plusieurs ont cherché à élai^, dédarona-les égaux devant le botnrean qm les a ftrappés de mort.

Ce que nos lecteurs ont le droit de nous demander, c'est le relief ét cette Goncieii^ moderne dont le profil s'est peu éclairci, malgré la fuite des ombres que cinq cents ans avaient accumulées sur ses tours. Comme la Conciergerie signifie à l'oliitte fl'w fmm le cachot du condanMié. l'arrêt fslal qui

OONGUSRGEIUB.

M fnÎMÈùB à qnclqoei {neds mi^dessus de sa Cète, le bruit MMnd de la ehamtte qoi vient le prendre sons les gofchel»,

comme il y a dans la Conciergerie un funèbre cayeau tout hunide des iannes et des soenrs mortellee de mille condamnée qui s'y sont sueeédé , eomme éHe conserve l'empreinte des pas du bourreau, voilà le tableau qui nous reste à esquisser, tableau dont les eoukurs seront drématiqiies, parce qu'elles seront vraies, et non parce qu'elles seront romanesques.

Poinr nous placer au point de vue historique, remontons à ^kpies aiméii; oar aiqoufd'bai les oondamnéB è noH ne sortonl plus de la Conciergerie pour aller au supplice. Lorsque rinstrument de mort se dressait au milieu de Paria» et que le condamné était offert en speetade avec une aorte de aoleÉwlé» la Conciergerie semblait devoir ofïrir au patient celte avantdernière étape entre la terre et réteroité. £Ue aussi» l'antique prison , ouvrait avec solennité ses guichets sur des quais encombrés de monde; elle aussi vibrait jusqu'en ses racines profondes, au centre de Pans ému par cette cérémonie.

Mais maintenant Véehafaud est allé se blottir liontimY et taciturne en un coin éloigné de la ville. Le condamné ne 4oit plus avoir la pompe du cOrtége et l'espèce d'ivresse que communiquent les grandes rumeurs de la foule. 11 sort à petit bruit de la Roqueite, et par la porte entrebâillée lait un bond rapide ducacbotàlamort

Voici le texte d'un état de la Conciergerie, publié par l'administration même, en 1829. Datons de cette époque tous les documents que nous allons produire.

Celle maison renferme les individus qui, après l'entitre instruction de leur ptosédure, doivent bientôt comparaître devant

Uê us nom Di LTOOfs.

le Inhoiiil .|Nmr étoe jugés. Apite

envoyés dans la prison, oii ils doivent subir leur peine, aussitôt qu'ils se sont pouirus en appel ou que le délai pour le pourvoi est eipiré. Lorsque le jugent est confirmé, ils sont liiueDés pour subir leur eiposition, après laquelle ils relouruent à leur prison. Les condamnés à mort dont le pourvoi en cassation est rejeté y sout ramenés le ndatiii du jour de leur eKè< eution.

H j auu côté pour les hommes et un pour les femmes, a?ee un i»éau pour chacun, sans communication entre eu. Chaque côté à son infirmerie particulière.

Les chambres des détenus sont des cellules garnies chacune d^unlit» aifec paillasse, matelas, traTernnset eouyertures.

H y a aussi quelques chambres à plusieurs lits. Les détenus « peuvent y prendre aussi des chambres de pistoles.

La nourriture de chaque détenu est d'une ration de pain bis blanc de vingt-quatre onces ; soupe maigre et légumes iricassés cinq jours de la semaine: soupe grasse et quatre onces de viande désossée les dimanches et jeudis.

Point d'ateliers, mais le directeur procure de la couture aux femmes qui en veulent

Population en août 1829 : 89 prisonniers, l directeur, 1 aumônier, 1 médecin, 1 médecin-adjoint, i pharmacien, 1 greffier, 1 commis-greffier» 1 brigadier, 1 sous4)rigadi6r, 7 survenants, 3 garçons de service, i baiiner, 1 Ihuilleuse» 1 oom* missionnaire.

Ce roulement de la prison étant admis, on voit que le personnel doit se renouveler chd(^ue mois à peu près , grâce aux

LA GÛNGŒRGEiUE. W

imfOtMxm périodiques de la Force et aut exportaUcms égale* ment périodiques sur Sainte-Pélagie et Bicèlre.

Un grand silence règne dans cette sombre maison, qui n'est édaiiée à l'intérieur que par des réferbères. L'infirmerie en est sombre comme le reste de l'édifice, et l'air y pénètre rare \ et déjà décomposé. Aussi les malades préf^renUls, sitôt qu'ils ; ont repris assez de force, le séjour des dortoirs ordinaires» on même du préau et des chauflbirs.

La chapelle est nue» sévère, et meublée de bancs de chêne sur hsqueb mnnmt s'asseoir les prisonniers chaque dimanche. Autour du préau sont les çhambres des prisonniers du dépôt. Une cellule sert à deux, et le lit se dédouble en des jours d'encombrement. Ces cellules du rez-dMiianssée sont généralement humides, bien qu'on ait la précaution de les laisser ouvertes une partie de la Journée.

Les Mtes habituels de la Conciergerie, criminels dangereux ' pour la plupart, en ont rendu nécessairement le régime rigoureux. Les visiteurs de l'un et de l'autre sexe admis aux par> kirs sont fouillés avec exactitude; toutes les lettres qui entrent et qui sortent sont soumises au visa du greile. Le parloir est une vaste salle coupée dans sa longueur par deux grilles de bois parallèles et garnies d'un treillis de fil d'archal, qui rend diûicijes les communications; déplus, ces deux grilles sont séparées l'une de l'autre par un espace de trois pieds, dans le» quel, au besoin, se promène un guichetier de garde.

Les prisonniers de la Concierg^e ne peuvent disposer d'au eun instrument susceptible de devenir une arme on un outil les couteaux, ciseaux, rasoirs, fourchettes. Le métal en généra y est prohibé

Diyilizea by

En été, Ters sept heures du matin, s'ouvrent les chambres,

(i'cii le prisonnier doit sortir pour n'y rentrer qu'il sept lieures |du i^oir. Quelques détenus à la pistole obtiennent de demeurer chez eux à loisir, La distribution du pain se fait à huit heures; le parloir est ouvert jusqu'à quatre heures. Chaque soir a lieu la prière en commun à la chapelle, et n'en sont dispensés que les sectateurs d'une religion étrangère au catholicisme.

On vuîl travailler quelques détejius dans une sorte d'atelier placé k gauchç après les greffes. Là demeurent des prisonniers à qui l'on a permis de faire leur temps à ta Conciergerie plutôt que dans le^ autres prisons où ils redouteraient les vengeances de leurs confrères, auxquels ils ont pu rendre de mauYaiç offices par une rtîvélalion quelconque. La mesure de coercition usitée à la Conciergerie est le cachot sombre et humide. C'est le concierge qui mflige cette punition; il est tenu d'en adresser communication à la Préfecture de police.

Comme cette prison n'est pas une maison de correction, mais de prévention, les détenus ne sont obligés à aucun travail, et passerai leur temps dans une lente et dangereuse oisive* C'est un spectacle à la fois sinistre et rebutant que celui du chauSbfr en hi^er. Sous cette cloche de pierre, qui M le cachot de Kavaillac, s'entassent des centaines d'hommes vêtus de haillons, qui rient, bourdonnent ou soupirent, comme une i'ninense nichée d'oiseaux malfaisants, sous l'inspection d'un seul brigadier» dont la voix suffît à réprimer tout bruit exagéré, tout désordre né des querdles ou des jeux de ces hôtes au front pàl(.'. ï.a tour de Borabec ou de Ravaillac sert de chauffoir aux prisonniers hommes» Cette tour est contiguë au quai môme.

Cliaque matin, après Ui distribution du pain, les oorridois

U GDNQEBGEBIE.

n^fentisseDt de la voix lagubre des geôliers, qui appellent par leurs noms ceux des détenus que va juger la cour d'assises. On les Yoit alors passer en sUence derrière le gardien, et franchir la porte de ier qui eommunique de la prison au Palais. Le soir, après l'audience, les mêmes échos r<^pèlent les génaissemenls et les malédictions des condamnés dont le juge à prononcé l'infamie et fixé le châtiment. Ces plaintes s'éteignent peu à peu sous les voûtes, et la nuit vient jeter son lourd manteau sur de nouvelles douleim.

Parfois on voit passer un homme pâle» obancelant; les gardiens semblent le regarder avec compassion, et le soutirent sans oser lui parler. Quelle différence de ces égards avec la rudesse qu'ils témoignaient le matin au uiôme piisonnieri L'homme s'avance Internent, toutes te télés des détenus se collent avidement aux vitres, aux barreaux-, un silence effrayant retient sur les bouches le cri de la curiosité prêt à réchapper... Mais ils ont deviné... le prisonnier vient d'être condamné à mort.

Tout à l'heure encore ou l'avait vu causer, rire... U parlait de son défenseur plein d'espoir, il demandait si le soleil est doux encore à Brest sous la casaque du forçat, son plus sombre avenir était le bagne... le voilà retranché du nombre des vivants; un gardien qui le précède l'entretne par un chemin nouveau et le conduit dans la chambre des condamnés à mort. C'est un cachot de pieire dont la voûte est haute. Une lucarne grillée Véclaîre à gauche. Cette chambre est matelassée jusqu'S une certaine hauteur, et d'ailleurs le condamné va être revêtu de la camisole qui entrave ses mouvements. Un igendaraie et un gardien ne le perdront plus de vue; s'il se pourroit eif

sation, on le transfère à Bicélre pendant les quarante jours de h iMnon du procès ; s'il néglige d'accomplir cette formalité» il ne sort plus du cachot que pour aller à la mort. '

Mais rarement un condamné se prive du bénéfice d'un délai. Virn est si doux, et tant de choses peuvent arriver en quarante jours! n n'y a peut-être pas un seul condamné qui n'ait rèfé dans cet avenir de six semaines ouvert devant lui une révolution, un tremblement de terre, une inondation, un incendie. L'homme ne veut jamais croire que l'anéantissement de son être puisse s'accomplir sans de grands déchirements de la nature.

Cependant les jours s'écoulent, le prisonnier les a comptés. Un matin la porte de sa chambre s'ouvre. Un guichetier, suivi du directeur de la prison , vient annoncer au détenu que le greffier de la cour d'assises demande à lui parler. Voyez le condamné pâlit. De ce moment qui va suivre dépend sa vie. H épie sur les visages le moindre symptôme qui puisse lui révéler son sort; mais les visages sont impassibles.

Le greffier entre. U lit une longue formule, de laquelle un seul mot enveloppé dans vingt phrases frappe comme un coup de foudre le condamné qui l'attendait au passage, — le pourvoi est rejeté. — Après ce mot tmible, le couteau ne devrait plus paraître cruel. Mais déjà il n'est plus temps de réfléchir. Les gardiens s'emparent du malheureux effaré, le poussent dans une voiture qui prend au grand trot le chemin de Paris, et vers dix heures entre dans la cour de la Conciergerie.

Le condamné reyoit son cachot, les murs lui semblent plus sombres; chaque mouvement des gens empressés autour de lui lui retentit au cœur et dans la téte.

U CONCIERGERIE. M

^ Aves-Tous eofie de déjeuner? lui dil-on, et la table est senrie. Quelquefois il mange. Bientôt sa mémoire lui revient; il s'attend à voir entrer le prêtre, à voir venir quelqu'un de sa ikmille ou de ses amis* dont il a voulu serrer la main une dernière fois. En effet, le prêtre vient , puis la famille du condamné, puis des étrangers ; on chuchotle, on regarde ; le malheureux objet de cette curiosité se promène avec une sombre activité ; il a mille choses à dire .- d'un côté la religion le sollicite; de l'autre, les dernières espérances. La grâce peut toujours arriver... elle est venue parfois sauver des patients inclinés sur l'échafaud.

Cependant les heures passent; on les entend sonner à l'horloge du Palais; quelquefois même d'atrooes indiscrets regardent à leur montre.

Le prêtre accomplit avec une onction monotone son terrible devoir. Le condamné, distrait, l'écoute avec ses oreilles, mais son àme est autre part; elle écoute aussi : un p&s redouté, un pas qui â>fan]e toute une prison, se ûâtril déjà entendre? ce pas du bourreau qui arrive avec sa mine polie et affectueuse» suivi de ses acolytes, plus polis encore, mais dont les mains travaillent pendant que leurs yeux s'attendrissent. . . mains toujours occupées à pousser la victime de degrés en dtigrés vers la mort qui l'attend.

Le directeur de la Conciergerie, le chef des gardiens s'approchent... 11 est trois heures, disent-ils; voulez-vous dîner? que désiress-vous qu'on vous serve?

Le misérable n'a pas achevé d'exprimer son désir, que déjà

il est exaucé. Terrible allusion à la valeur du temps qui lui reste

à vivre : on n'en saurait perdre une minute. Le condamné a m» a

soif, î! boit pour détacher sa langue de son gosier aride; il boit

encore, parce qu'il a lou uurs soil, et qu'il .se souvient que celte liqueur amère dont il s' abreuve, et que ron appelle du vin, peut parfois foireoublier; mais une autre ivresse domine en lui, c'est celle du désespoir et de la terreur. Une rougeur fugitive monte à ses joues, la Ibrce redescend dans sa poitrine. Soudain le pas lugubre retentit au dehors et la porte s'ouvre encore... Le condamné repousse son verre, il laisse tomber le gâteau de sa' main, ses ciieveux se hérissent à la vue de col homme qui entra en saluant, chapeau bas.

— Le bourreau ! murmnr^il.

Nouveau salut de la part de l'homme poli.

^ Si vous voulez accomplir à la chapelle quelque acte de piété; monsieur, dit la voix caressante de cet koinme, nous aurons r honneur de vous attendre.

Ces mob signiiient : Dépèohe^vou:» de faire une prière; nous sommes pressés.

Oh! la religion!... une prière. Oui, une prière encore, car Vesl un délai, c'est quelque moyen de laisser au salut le temps d*arriver... Malheureux! il ne sait pas que Dieu ne peut plus

rien lui accorder que le pardon dans le ciel Cependant sa

défiance est éveillée et il préfère rester duiis âuii cachot.

A peine a-Uil répondu, qu'on l'avertit qu'il est demandé au greffe. 11 y trouve d'autres visages, des gendarmes» des fbnotionnaires, des journalistes, la plupart des etnployés de la prison; on lui ôte en même temps la camisole de force qu'il porte depuis sa condamnation; puis on le mène au greffe par des corridors remplis de gardes et de guichetiers, on le fait asseoiif au nuiiuii de celle hdie siieuciuuse, et les cisuaui de reiécuteur

coupent la partie de chemise qui couvre le cou; ses cheveux IHDubent aussi sous les ciseaux. Il veut feire un mouvemeat tt s'aperçoit alors que stii> moiiis sont hées derrière son dos par une corde fine et lorle qui va rejoindre ses pieds, liés de la môme façon, avec assez de jeu cependant pour qu'il puisse marcher. Jout est fini. L'œil égaré, la bouche convulsive, il se recommande aux cbe£», il articule h l'aventure quelques mois em« preints de son délire ; mots qui circuleront le lendemain, répétés dans les joum^uii. Un aide de l'exécuteur jette sur ses épaules la veile iet œndamnésy dont les manches pendent, et qui s'atlacfai avec le dernier bouton seulement sous le menton du patient

Un silence général suit ce moment si court. Tout à coup ui^ roulement sinistre ébranle les voûtes du greffe : c'est la char> rettequi vient prendre position <iaus la cour; les pieds des che- ^ux dç la gendarmerie résonnent plus clairem^t sur le pavé; le commandement militaire retentit à son tour avec un diquelis d^ fourreaux de sabres.

»ÀveK-vou9 eneors besoin de quelque chose? dit le directeur de la prison au condamné. Voulez-vous boire? voulez- vous parler k quelqu'un?...

— Avez-vous quelque révélation à fiure? dit un i^effier ou le conunissaire de rexécution.

. Pensez è*Dieu... murmure le prêtre.

— Monsieur, nous allons partir, s'il vous platt, dit le bourreau; car l'heure est arrivée.

C'est le seul bruit que perçoive distinctement le condamné, n se lève: de chaque côté un homme s'offre à le soutenir; le plus souvent il s'appuie sur le bras du prêtre, dont la voix l'encourage. La porte s'ouvre, l'airfrappe le malheureux au visage;

LES PRISOCiS DE L*EUROPB.

il moDte, étoiir li, dans la charnilte, par un marchepied qui dispaiait aussitôt. La charrette s'ébianle, le sabre des j^endannes brille» les chevaux piaffent, la foule murmure comme un océan. Déjà la Conciergerie a fui loin des regards du patient, qui la regarde encore. Ainsi fait sa m.

On traverse le quai aux Fleurs, le pont Notre-Dame. Partout la loule noire, épaisse, immobile, les écriteaux des boutiques, les enseignes, passent en s'envolant devant le condamné. Tout è coup les maisons manquent, une îaunenae mmeor envahit Vespace ; la charrette oscille et s' arrête- Le condamné est descendu ; le prêtre l'embrasse en pleurant. Il se trouve au pied d'un escalier de bois peint en rouge ; audessus de sa tète s'clève, sur dos tréteaux, un plancher peint en rouge également. Tandis qu'il regarde, il est monté; les aides du bourreau Font soulevé en route. Il voit alors deux longues poutres perpendiculaires, au bout desquelles il cherche machinalement le couteau. Pendant cette seconde, ce siècle 1 il n'a pas remarqué une planche rouge dressée à la hauteur de sa poitrine. Les aides du bourreau l'ont bouclé sur cette planche par des courroies qui y sont adaptées. Soudain la planche s'incline par un rapide mouvement de bascule ; avant qa'il ait pu crier : Mon Dieu, ayez pitié de mon âme, une demi-lunette est retombée sur sa téte. qu'elle comprime» et du même temps le Goutean, obéissant au ressort que presse Texécateur» glisse avec la rapidité de l'éclair entre les rainures de cuivie.

Le malheureux a vécu.

Cependant par-desaus les ponts, par-dessus les quais, pardessus la louie, U suLubic luur de Muul^ommcr^ re^de avec

LA CONCIERGERIE

sa Doire fenêtre, œil luguble, les dernières convulsions du patienl que la Conciergerie a nourri pour l'échafaud.

Telle est, sauf d'insignifiantes Tariantes, l'histoire de ton les suppliciés, dont nous avons voulu et dù taire les noms.

Telle était, naguère encore» la Conciergerie, leur dernière hôtellerie. Aujourd'hui » tombée au rôle de pourvoyeuse des autres prisons, la vieille prison de saint Louis a perdu le plus saillant caractère de sa physionomie ; mais il lui reste son nom» ses tours noires et la magie saisissante des souvenirs, qui font que, la nuit, sur la rive opposée, le passant regarde avec un effroi involontaire ses pignons aigus dont la lune vient argenter la cime, alors que les ténèbres baignent ses hautes murailles et qu'un réverbère rougeâtre, se balançant sous sa voûte principale , indique le fatal chemin qui mena tant de malheureux k l'éternité au travers de rinfainie et des supplices.

i» no TROisiiiiB vounii.

Page 1