PUBUC ET DE SÛRETÉ GÉNÉRALE
n Le peu de surveillance qui avait précédemment été exercé de la part de Vadminislratioii de police sur les maisons d'arrêt avait laissé aux détenus la facilité d'y faire introduire des sommes considérables en assignats et numéraire métallique. 11 en était résollé le luxe le phis effiéoé dans les taUes, et font à la fois des moyens de corruption et de contre-révolution, dont ces hufieti étaient devenus les loyers.
N Pour en finir, le comité de sànlé ^érale a cm devoir diarger les administrateurs de police d'enlever le numéraire et les bijoux (cette mesore s'est étendue aux monitions, armes et instruments meurtriers). Le résultat* de cette op^tion, faite dans les vingt premières maisons de détention, présente une somme de 733,487 livres, qui, selon toutes les vraisemblonces, s'élèvera définitivement à plus de 1,200,000 livres , indépendamment des bijoux.
» Mais il restaità pourvoir à la table ou nourriture des détenus, et l'administration de police a cru que la dépense pourrait en être restreinte à 3 francs par jour, pour chacun d eux indistinctement. En conaéqnenoe, celfe administration propose aux comités de salut public et de silreté générale d'approuver :
» I* Que les sommes recndUîes dans les différentes maisons
d'arrOt seront versées à la trésorerie nationale;
»2*LanonrriturB sera égale pour toutes les maisons d'arrêt, el commune entre tous les détenus dans chacune de ces maisons;
» 3*> Elle sera payée sur une caisse désignée à cet eilet , à
LA GOHGIERGERIE.
laiflon de 3 limspar jour pour chaque détenu» etfovnnie par
un seul et même chef de cuisine dans chaque maison d'arrêt, fious la surveillance de radmimstratiou de police;
I» 4* Aussitôt qu'un détenu sera mis en liberté, la somme qui lui avait été ôlée lui sera remise, ainsi que tous ses effets, déduction faite de la cote-part, pour laquelle il aura été employé dans la dépense générale, depuis l'époque du mandat d'aiiét jusqu'à celle de sa mise en liberté.
j» Vu au comité de salut public.
M Signé : Gourami , Cauiot.
» Vu au comité de sûreté générale, le 27 floréal an u.
» Signé : ÉusIagotib, Sa6ot, Louis (du Eas-Bhin).
» Nota. Les comités de sûreté générale et de salut publie n'ayant pas entendu donner aux dispositions de cet artide d'el* iet rétroactif, le terme courra , pour ceui qui sont détenus en ce moment, de l'époque du i*' piaiiial (20 mai 17M), et pour les autres de celle du mandat d'arrêt. »
ji Les 3 livres attribuées par jour à chaque détenu, dit M. Barthélémy Maurice dans un remarquable travail sur les prisons, sont 3 livres èa assignats* qui représentent au S7 floréal (16 mai 1794), jour de l'arrêté, 1 franc 05 centimes; dans le mois de thermidor, 99 centimes; et enfin au 7 frimaire (S7 décembre) , dernier jour des registres dont nous nous oo> cupons, 90 cenlimes. Or, aujourd'hui la journée d'un détenu pour dettes est de i franc, et tout autre prisonnier coûte à la tille de Paris 8t centimes. Hais il y a cette difiéience qu'un sixième des 3 livres prélevé pour frais de garde et autres, il restait au prisonnier pour sa nourriture 87, 83 et 77 centi*
SIS us moMS oi LwionL .
mes, tandis <iu'ai^ouvd*hiii, mr les 81 oeDtimes qu'il coûte*
31 seulement sont alliiclés ea moyenne à son alimentation, et que les 50 autres sont absori>és par les autres frais. C'est que la Terreur no oonnaissatt pas les états- majors nombreux et splendidement rétribués; c'est que son administration n'était pas paperassière; c'est que Vinspection el le contrôle des pri* sons étaient faits gratuitement par les administrateurs de police, lequels ne recevaient pour toutes leurs autres fonctions que 2,400 livres en assignats» c'est-à-dire de 7 à 800 livres,
» Le système des cuisines communes admis, voici le menu du premier diner servi à Saint-Lazare, le 24 messidor an n (12 juillet 1774), par le chef Périnal. Chaque détenu, apportant au réfectoire sa serviette, son couvert, son assiette, le pain et le idn, qui loi avaient été distribués h l'avance, j reçut : un potage à la julienne, do bmf bouilK, du IMe de veau, des enift à loseille, des haricots blancs, et deux abricots. C'est un détenu tpà nous a conservé cette carte» qui lui fait Jeter les hauts erisi le crois que nos |Nrteofniien seraient kfti henvent d'être ainsi traités aujourd'hui» s'il n'était dans la nature des choses qu'un prisonnier se doit plaindre toi^ours. Il s'en faut de beaucoup que nos sous-ofûciers, qui apportent à la pension le pain, le sel, le bois et la chandelle, qui se passent de vin, en reçoivent autant pour leurs 55 on 65 centimes par jour. Et cependant la pension des soiis-officiers passe à bon droit pour un chef-d'œuvre d'économie culinaire. Voilà donc le r^me des prisons de la Terreur, au plus fort de la disette I Remarquez que le pain y a toujours été servi à raison d'une livre et demie par tête et par jour, alors qu'on ne pouvait souvent en assurer plus do qiiatre onces aux individus libres! »
ucoKrmwraiR. m»
La mesure frappa juste, et mkya dea okmeiin imiYménes dans les prisons. C'est que réellement les détenus riches perlaient sur em des Yaleurs eoniidérabtes, dont l'emploi ponrait être dangereux, laissé au libre arbitre de chacun. Les commissaires charfjés d'euleyer l'argent et le papier-monnaie furent généralement mal à Yêm, et eimat à supporler la timiifaiae humeur, très-facile k comprendre, de ceux qu'ils dépouillaient.
Le prisonnier Eiouile» qui noua a laissé sur la Coneiergerie un mémoire asMaintéreMant» sauf l'esagéralîoa do modérantisme, naturelle à tout détenu placé entre la vie et la mort, passe sous sQrace ces tisiles dooietlialieset cette contaributiQii iai^ cée frappée par l'arrêté des comités de salut public ou de sl^ reté générale. La Conciergerie aura peut-être été exceptée de la mesure, elle <iui était plutôt une maison de passags» m mtibale entre le tribunal et l'échaiaud , qu'une maison de détention proprement dite. Nous croyons expUquer le sens de cette mesure par le cbilfire des déteaus. Il j miA à cette époque trente-quatre prisons, sans comprendre les prisons particulièm de chaque section. Ces trenle-quatre prisons contenaient ; Le 13 fructidor an n. . • MO^pfisomiîew.
Le 24 prairial. . • • • • 7406 ji Le28prairiaL . • • • . 7i6ô »
La Condergerieseiile en renfermait, au 13 fructidor» 60$. Que pourrions-nous lyouter à ces faits, à ces dûfTres? L'e^ prit recule devant un examen approfondi» et eepssKlant cette histoire si sanglante, si merveîlleuBe, se déroule a^Fseime sua* plicité bien éloquente aux yeux du chroxuqueur «pu ouvre sans passion le livre des écKMie»
Chaque nom placé sur ce registre semble enfermé par In
M LES nUSOMS DE CBOHOPE.
Providence entre un passé qni l'entraîne, entre un aTenir qu'A
appelle. A quelques écrous de distance, Charlotte Corday suit Marat, puis vient la reine, puis Égalité, puis les Girondins, puis Danton... puis Robespierre, le seul qui ait résumé toute l'époque par un mot, comme il la résumait par le lait... Danton
m'etifrolM» avail-il dit en condamnant Danton.
Oui, jamais histoire n'a offert autant d'enseignements palpables perdus dans les conunentaires d'un écrivain, que ces simples siipiets placés au sommet du livre d'écroos, et qui tout en fecilitant la recherche du bibliothécaire, lui racontent la révo- Uition tout entière, au moment oh il secoue la poussière de
ces mémoires terribles et illustres qui resplendissent au milieu des écrous de criminels et de bandits.
Ce vQgistre est comme entouré d'une touge auréole.
Cétait vers quatre heures que partaient de la Condergeri e les charrettes chargées des condamnes faits par le tribunal révolu* tiomiaire. Geachaiiettes étaient ordinairement' suivies de femmes hurlantes et monotones en leurs imprécations ; on les appela les fwies de la guUlotine, Ces femmes assistaient après les efltécutions aux séances des jacobins» oh elles retrempaient leur fanatisme hébété dans la soif nouvelle d'une exéculiun prochaine. Les fouets et les cannes des muscadins les dissipèrent aptès le 9 thermidor, et peu à peu elles disparurent avant même que les exécutions eussent cessé.
Le Directoire eut aussi ses condamnations. U envoya beau* eoup de prisomiien à la Conciergerie. L'un des plus connus est le chevalier de Bastion, émigré, l'un des traîtres les plus danfereux et les plus heureux qui aient échappé aux Tigilantes BsptéiaillM de b répuUiqiie.
LA CONORUfiKIUR
Lediefilier de Bastion, éiiiigré,fut le premier blessé en 1792» tons les mnn de ThioDYÎDe, et {Mllé par les Plruniens pondant
la retraite ; retiré en Hollande, il fut vendu et livré à la compagnie des Indes. Embarqué pour Batavia, grAcc aux maladies eontagieases qn'il avait contractées à bord» on le débar<iim.
En 1794, il saura perses reasagnements ks années anf^isa et autrichienne , prêtes d'être enveloppées par la jonction de celles de Picbegni et Jourdan.
A Bruxelles, condamné à mort par nna commission miUtaira que commandait le général A..., il échappa à la fusillade, resta cacbé, puis vint à Paris en messidor an lu; dénoncé le 3 tber* midor, comme chef d^ rassemblement de trois cents jeunes gens à l'Opéra, qui devaient se porter à la Convention pour en poignarder les membres; conduit aux Quatre-Nations, puis sur le rapport de Delaunay d'Angers, du 5 on 6 thermidor/eonroyé à la Conciergerie , pour être traduit devant le tribunal criminel de la Seine, le décret qui le condamnait ayant été rapporté, il iat écrotté comme émigré rentré, et agent de Cobourg.
En eifet, on avait trouvé sur lui un passe^vant, signé Loui»* Cobourg , en allemand. — Quatre témoins furent mandés d'Amiens pour constater son identité, par suite de la loi du 25 brumaire .sur l'émigration.
Les témoins parurent le 12 fiructidor, une heure avant l'or.
dre donné pour l'exécution. Ses cheveux étaient déjà coupés;
heureusement Le£ort, accusateur public, qui s'était retiré la
veille exprès à la campagne, avait conseillé & sa mère et h son
épouse de demander à la Convention un sursis : obtenu à quatre
heures du matin, il ne fut signifié qu'à neuf heures et demie,
6'est4-dire une heure et demie avant l'eiécution.
LES nOMM DE L*fiUAOPS.
Reconduit en priion, ôi soupani ayoo les compagoûos , le danger qa'il mit ooum lui miiit en pmaiit b mun tiir m chetéiix ^Q'fl (Mmti coupés, au lieu de sa queue; il pâlit, la fièvre le saisit, il tomba saas connaissance , et fut transporté à l'infinnerie de la Goiiciergerie. Pendant qunlre moii et demi • il habita k éhambve de Mari»4ntoinette.
Plus tard, transféré au Plcssis, puis à la Force, puis à Sainte- Pélagie, puis remis à la Force, puis condamné à la déportation au 18 Ihictidor» Dent Ibla embarqué pour Cayenne, il resta
même une fois six semaine en rade a llochefort. — Par les soins de sa femme , il obtint d'être envoyé à Constance , en Suisse. Deux ans apiès il levenait eo France* et fiit aifété cumm prêtre.
Au Temple, il habita les appartements de Louis XV I. Enfin, sous le consulal, Ceracohi» Aréna» Topineau-Lebnm et€adouda1, accusés de eonspiration contre la Yie de Bona«» parle, passèrent le guichet fatal de la Conciergerie, pour aller . mourir en place de Grève. L'inforUmé Lesurques» accusé d'aa^ Bassinât, et reoonnn innoeent quelqties années après son eié»
cution, avait aussi habité un cachot de cette prison.
Kous n'avons pas besoin de protester encore une fois da rembarras que nous éprouYons en choisissant ainsi dans ces milliers de noms. Mais le temps est passé oli les innocents habitent la prison. De grands criminels vont reprendre la place tide de ces hommes éminents autquels nous atons dù jeter un soutenir ou un regret. En attendant les cours prét6tales de la restauration et son cortège de lugubres vengeances, nous n'aurions à oflrir au lecteur que des oauseê criminelles plus on moins dignes d'intérêt.
SOIIB DE Li TKMSIEÈIIE ÉPOQCIL
Met — iabétofiiB. Ld nvéehil IVey; — Le confa Ai h TUeitt Huvf pv m Inpt. — UaTCl.«»])éiiili Il Ti> è le Cwictorgwit, — HiHtift dp tmjomrj,
— Les sergents de la Rochelle* — Plan d'rnlèvement. — L'exécuUoo, — Ovmid.^ La Conciergerie actuelle. — Régime. — Détails topojïraphiquos et statistiqiui.M»lA
la 0n de l'empire vit s'Accomplir et réussir à moitié Vuni des tentalivei les plus hardies de l'imagUiatioii hiunaipe. Un
seul homme, détenu dans une maison de santé, une sorte de fou à qui nul ne songeait» MUt renverser en quelques heures ren^ire puissaQt que dix lais ooaliséi A'a?aieiit pu ébfeiiler depuis dix ans.
L'empereur ^tait parti pour la Russie. Le général Mallei sort de sa maison de santé le 23 octobre 1812, à huit heures 4» soir, fient à Fafis, et, revêtu d'un umlorme d*olGeier général, va dan^ plusieurs casernea annoncer que Napol^ viant d'être tué dans une bataille. On wii IMl^mentà uanMlkeur lofaqu*i1 met en question le sort de tout un pays. Mallet p^ofitede la rumeur et va délivrer à la Force les géuérauJ^ Guidai et Lar
StI lES PRISONS DE I;EUR0PE.
horie,qui, eux-mêmes, soit crédulité soit complicité, vont donner l'alanne et étendre la créance de ce bruit public. Mallet se trouvait déjà à la tète de plusieurs détachements qui devaient grossir, et l'abbé Lafond, agent secret du parti royaliste, avait &it prendre les armes à beaucoup de soldats, pour soutemr l'entreprise. Déjà la Préfecture était prise, plusieurs fonetionnaire« arrêtés ; personne n'avait fait résistance, tant la stupeur a?Bit été terrible.
Mallet se rend à Vétat-major pour arrêter le général Hullin, qui commandait la place. Cette opération devait assurer le suocès de la conspiration. Mallet raconte au général la fâcheuse nouvelle. lluHin y ajoute foi comme les autres. Alors Mallet lui déclare ipi'il a ordre de l'arrêter, lui demande son épée. Le brave Hullin, stupéfait de plus en plus, va se laisser arrêter sans résistance; mais tout à coup il résiste et demande à voir l'ordre. Mallet n'hésite pas : il tire un coup de pistolet qui atteint le général à la mAchoire; cette violence le perd, au lieu de le sauver. On accourt; Mallet est arrêté. On a eu le temps de réfléchir, de se concerter; on pense pour k première fois aux autorités constituées. La conspiration échoue.
Personne ne s'était souvenu que l'empereur avait un fils, un iuceesseur. Ce fut ce qui l'irrita le plus, lorsqu'à son retour il apprit cette échauflburée dont son tr6ne avait failli être renversé.
Mallet fut écroué à la Gmdergme aTee ses complices, volontaires ou non. Lahorie, Guidai, une quantité d'ofûcierjs, comparurent devant un conseil de guerre, qui les condamna k être fiisilMs. L'exécution eut lieu le i9 ootdire suivant, à h plaine de Grenelle.
iagongiërg:
Dès ce moment les cachots de la Conciergerie reçurent de nobles râtimes. La festamation ayait ramëiié les proscriptions et relevé l'échafimcl politique. Louis XVIII imagina d'appeler le retour de rUed'£lbeim olletitol comiriiijNir Bonaparte contre la famille royofe, et à l'aide de cette ingénieuse combinaison il put envelopper dans un même filet tous ceux qui avaient té» moigné leur dévouement à Vtmarpakur revenu au 20 mars.
Le général labédoyère, attiré è Paris par une trahison infâme, fut arrêté en août 1815. 11 était coupable d'avoir reconnu son emperenTt d'afoir salué Vaigle d<mt les ailes l'avaient mené tant de fois à la victoire. Beaucoup de ses amis l'avaient prévenu de la déloyauté de Louis XVIII, de sa haine profonde pour les partisans de Tempire; on l'avait mis en garde contre ce tyran, dont la longue fureur devait être irritée par la honte d'uD double exil. Ouvrard, l'ancien munitionnaire, lui consaillait de partir pour les États-Unis, et pour le décider à s'y établir, il lui offrait quinze cents louis en or et une lettre de change de 50,000 irancs. Mais rien n'arrête le cours de la destinée. Labédc^ère devait mourir. On l'écvoua dans une petite chambre de la Conciergerie, meublée d'une couchette grise, au dos de laquelle un de nos écrivains» emprisonné vers cette ' époque , M. Philarète Chasles, assure avoir retrouvé oes mots» tracés au crayon : M. de Labédoyère a couché ici le... : Condamné d'avance, le général Labédoyère fut fusillé à Gro« nelle le 4 août 1815. Sa mort parut un assassinat; elle eoînei* dait avec les massacres que commettaient dans le Midi ces ardents royalistes, toujours prêts à reprocher aui républicains de •8 leurs eiécutions sanglantes. Seulement nous trouvons une différence entre les deux époques ; en 93 les massacreurs
LES nOBONIJBt LTOQR.
étaîeaf ploofés dans Vanarcbie ; en lSt5 les égorgeurs aTaiant im roi. Il est vrai que les caUnoUquaa di» la Saiotrfiaribélemj avaient «mai un roi.
Bientôt après passa dans le même cachot Michel Ney , le br<m dei bravai, le héros de la MoakQwa, calui dont If apotéon avait dit : ir le donneraii cinquante milliûDs pour savoir que Ney vit encore. Ney, pair de France et marôchal*duc, fut condanmé par lea paire à être fusillé. On asaore que die gardes du oorpe et des royalistes empronlèrenl Vumlbrme des vétérens pour avoir la satisfaction de tuer le glorieux soldat de leœpire. n est bien flcheai que Vliistoire, oe graid enseignement des peuples et des loia, ne nous ait pas transmis le nom de qnel* ques-uns de ces assassins infâmes. Le peuple n'a pas de ces leeours contre rignominie... et les nobles gentilshommes qu'il a perséentés pendant la révolution, en représailles de tant d*î« niquitéa passées, ces nobles victimes, disons-nous» savent bien le nom des assassina de septembre. Miebel mourut sans jactance, sans frissoa; son regard et son SOttrire auront dù être un cruel remords pour ses meurtriers.
Le même sort était réservé k tous les amis fidiles de Napo> léon ou à tous ceux dont la gloire et la loyauté olTusquaient l'osil jaloux du roi 6is»«i»ié» traducteur d'Borece. Louis XYIU . savait qu'en 1S14 un message du oomte la Valette avait foilli sauver la France de l'invasion étrangère et amener à Paris Napoléon vabquenr. C'était apiis le4X>mbat ^orieux d'Arcisw> Aube. Les alliés marchaient siir la oapitaku Napoléon trouva i Doulevont un avis du comte» directeur des postes ; « 11 n'y a pas un momsnl k perdre» sire; Tenet sauvv Paris, qui pou^ ^ Mût eapiluler. » Napoléon, comptant que les P^visiens se dé^
Digitizod bv C
ffsndralèlli, tUtMlU quelqut tonpt. ii dtbiloD protli m
retard, et l'avis du comte la Valette fut perdu. Mais quoi qu'il 60 fût, ii fallait aeveoser d'un auMÎ bon Ftaaçaktl^^ fit accuser le comte d» complicité dans l'aHMiol mmit par Bo^ naparte contre la famille royale^ et au mépris de la foi jurée, malgré le bénédce de la couveutioa de Paris» doat la capitulse Ibnafiooidait amnistiai la comte fat anétéi comme Nay et Labédoyère ravalent été. Il se sentit perdu, et condamné» il répondit à son avocat* qui se lamentait :
^ Que vottle»-youSt mon cher? c'est un coup de canon qui m'arrive en pleine poitrine.
Louis XVill était pressé. L exécution fut ûiée au 21 octobre. Le condamné, seul» dans emi cachot de la Conciagerk» se préparait à la mort, quand il apprit que sa femme avait soUiciCé la faveur de le venir embrasser une dernière fois. Madame de la Valette était de la maison de Beaubarnais et nièce de l'impératrice Joséphine. Un sang généreux s*enflamme en présence des grands dangers. Madame de la Valette arri?a le 20 octobre au matin dans la prison; elle était accompagnée de sa Me, égéededouie ans, et d'une gooremanto* La comtesse, enveloppée d'un wilchoura ample et épais, suffoquée par la dou« leur, émulles gardiens, qui l'introduisirent près de son époux, n était neuf heures environ; on avait accordé un quart d'heure d'enirevue.
A peine furent-ils seuls, que la comtesse ordonne à lu gouvernante de iaire le guet. £lle explique en deux mots à son mari le résolution hardie et hizarre qu'elle a prise. Le comte, alïublé du wilchoura, enseveli sous la coiffe et le voile de sa iamme, un mouchoir sur la bouche et aHectani un, violent
désespoir, sort à l'heure prescrite, soutenu par sa ûlle et la gouTemante, égalemeai désolées. Les gaidietîen respectent cette affliction, et les suivent d'un regard empreint de pitié. Sur le quai des Orfèvres une chaise de poste attendait : la fille du comte y monte am sa gouTemanle, à la vae de quelques personnes. Quant à M. de la Valette, un cabriolet, conduit par le colonel Chatenay, son ami, l'aTait eatralné rapidement au détour de la me.
Les guichetiers rentrent bientôt dans le cachot, pour voir reffel qu'a produit sur le prisonnier cette dernière yisite. Ils aperçoivent quelqu'un blotti dans l'angle le plus obsetnr. Cest peut-être qu'il pleure... mais non... £st-il évanoui? llss'apnodieiit et reoomiaissent une iémme, dont le calme, en ce mo> ment tant redouté, ajoute à leur cruel désappointement. Bientôt l'alarme est donnée; on court dans toutes les directions; la chaise de poste est rattrapée, on 8*y précipite ; nu» le comte n'y est pas, on ne le retrouve point.
N'étant pas sorti de Paris, il devait tôt ou tard être repria, sans le généreux dévouement de trois Anglais qui s'offrirent à lui faire quitter la France. MM. Hulchiuson, Bruce et Wilson lui firent une escorte jusqu'à Mena, oii il arriva sain et sauf. Madame de la Valette, traduite en jugement avec sa gouvernante, se défendit avec noblesse et fut acquittée. Le concierge fût destitué avec une partie des employés de la Gondeiigerie. •qu'on accusa, sinon de s'être laissé corrompre, du moins d'avoir manqué de vigilance.
Les vengeances successives eiercées par Louis ivni, qui rentrait pacifîquemeni en France, firent naître en beaucoup d'esprits des idées de représailles. La police veillait activement sur
Là GONGIERG£EUE.
les conspirateurs, assez nombreux, mais inexpérimentés, decette époque. Elle déjoua ou prévînt successivement plusieurs comp plots tramés par les sociétés libérales; mais uUe ne put préserver l'héritier du trône d'un poignard isolé, «qu'aiguisait dans Fombre un deoes hommes résolus comme en font éclore presque toujours les grandes secousses révolutionnaires ou les graode^ iniquités des rois.
Le duc de Berry s'était fait haïr de l'armée par ses manières hautaines, son ignorance absolue et la brutalité dont il avait donné plusieurs preuves envers des officiers qui lui déplaisaient. On était en 1820. Ce qu'on appelait l'armée alors était le reste des soldats de l'empire. Ce reste composait une formidable armée, peu maniable aux mains d*un jeune homme dissolu et inexpérimenté, car elle se rappelait encore la main impériale dont un geste avait tant de valeur et tant d'autorité. Le duc de Berry semblait enclin k ressusciter les mœurs faciles de rOEil-de-bœuf, peu goûtées par les hommes sévères et laborieux de Ui république et de l'empire. Or, k haine s'adressait plus parliculièremeiit à lui qu'aux autres princes, car il était l'héritier de k couronne, et du plus jeune on avait droit d'attendre de plus grandes choses.
Voici donc ce qu'un soir le concierge de la Conciergerie écrivait sur son registre d'écrou, à k lueur d'une chandelle que
lui présentait un gendarme :
a Est entré céans...
K Louvel (Pierre-Louis), garçon selli», âgé de trente«ept ans, né à Versailles, demeurant, lors de son arrestation, à Paris, aux Ecuries du roi, prévenu d'avoir le Id février 1820» à ... *»
dévouement, il assista à la bataille de Waterloo , et n'ayant pu suivre Napoléon dans son nouvel exil, il avait dès lors conçu le dessein de son crime, et acheté à la Rochelle l'instrument k l'aide duquel il le commit.
Louvel était d'une économie qjdi louchait à l'avarice. On trouva dans sa chambre 165 francs, du linge, des habits bons et beaux. H ne gagnait cependant qu'environ 2 francs 50 centimes par jour et 4 francs au plus.
Les arrestations furent tellement rigoureuses et iniques, qu'on prit dans la rue des gens qui chantaient, d'autres qui riaient. Un commissaire-priseur faillit perdre sa charge pour avoir donné un concert le 14 février. On instruisit : il n'avait seulement &it qu'accorder le piano de sa fille.
Le cachot que, Louvel occupa à la Conciergerie n'existe plus; c'était une pièce dallée, presque de plain pied avec le sol, éclairée d'une fenêtre sur le préau, mais si haute que le prisonnier n'y pouvait regarder, et si insuffisante, qu'une lampe brûlait nuit et jour dans son cachot. Cotte pièce était séparée du corridor par une autre chambre dans laquelle était le baquet, n 7 avait sentinelle dans le corridor, sentinelle dans le préau, sous la fenêtre, et dans la chambre un oIQcier de paix et un brigadier de gendarmerie.
On conduisit Louvel au Louvre, pour le mettre en présence du cadavre. 11 ne manifesta pas la moindre émotion, et déclara qu'il n'avait pas de complices. A son retour il s'occupait beauooup de sa redingote verte, qu'il brossait et ployait avec soini
n se plaignait un jour du froid k la tète. Le gendarme lui répondit que lorsqu'on faisait des coups semblables, on devrait toujoun avobr son bonnet de nuit dans sa poche^ Louvel ré-
LA COKOERGEUB. SU
pondit qu'il l'aurait promené trop longtemps depuis le jour oà il avait arrêté son plan.
n parlait souYent de Charlotte Gorday, disant qu'elle ayait semblé une héroïne, tandis que lui semblait un monstre, et que cependant oe monstre et eette héroine avaient lait la même diose, taer un tyran, n tenail beanooup à une bonne novrri* ture, afin de ne pas perdre de forces en présence des juges. Comme on lui promettait la vie sauve s'il nommait ses com» pUces : Ce serait une lâcheté, dit41, si j'avais des complices; or, étant lâche, je n'aurais pas fait ce que j'ai fait. Il se plaignait, par k même raison, de la camisole qu'on lui avait mise pour Fempècher de se tuer, le n'en ai pas la mmndre envie» disaitFil ; je veux être jugé avec édat
On changea souvent le régime de Louvel; tantét le pain et l'eau rougie ou l'eau pore, tantôt quelques mets de son goût.
Le concierge le traitait, du reste, avec égards, et Louvel s'en montrait fort reconnaissant, U voulait lire; on lui donna let Sermmu de KatnXbn, qu'il rendit, parce que/disait^l, ils l'ennuyaient. D'ailleurs, la camisole le gênait trop pour tourner les pages.
Louvel était g»i; mais cependant il s'ennujait souvent n prenait à ses gardiens l'intérêt le plus vif. Sa conversation avee
eux roulait toujours sur la politique ou sur des sujets joyeux, n avait pris en affection les deux petits chiens du concierge» leur parlait, jouait avee eux des heures entières, et s'occupait
surtout de sa ^toilette, qu'il voulait rendre décente pour le jugement. .
Louvel quitta la|Concîergerie pour le Luxembourg le 5 juin» « et y rentra le 6, pour en sortir le 7 et se rendre à l'échaiaud.
LES P1USQN3 m t*£U»OPB»
A 1a cour 4» ién il ^>roaonia ua discoiura» doDt la commission défendît la publication dans les joumanx»
Il s'wim pendant la ddibératioo des juges k conire&ire la vjii; des ayocati et des jufBa. Puis on le fit passer au greffe» où son arrêt lui fut lu. H réeoata sans sourciller. Gomme on lui propoiiait un prêtre et qu'il refusait, le gréfUer lui ût un sennon fort touchant sur la néoessilé de la laligion en ane si* tualiou pareille.
•^i'irai an paradis, répli4iua4'il, ansri bien que œnx qd ont porté les armes contre la France el tué des Français.
Il reprit ensuite son dioer, que celte scène avait interrompu, endinni:
— Ils auraient bien dû venir avant ou après mon dtner.
n dut subir encore plusieurs interrogatoires, qui le fatiguèrent beaucoup, et dîna à deux heures. 11 but, contre sa coutume, son vin pur, puis demanda des détails sur la toilette des condamnés. On lui annonça que son col de cbemîse serait coupé. — C'est dommaget dit-il, elle est bien bonne; puis regardant sa redingote verte : — Quel malbeor, dilril, de la pe^ drci elle était encore si propre! c'est moi qui l'ai faite, ainsi que mon pantalon, mon gilet et mes souliers. — Us m'auraient duré longtemps mes souliers.
Vers cinq heures le temps lui parut long. A ce moment à peu près il était devenu pAle. On vint l'avertir à six heures moins un quart qu'il fallait partir. H pâlit encore plus.
— Nous y voilà, dit-iL
Ou le couduisil dans l'avant-grefTe, où l'exécuteur lui lia les niaina derrière le dos» la toilette Mte; puis on le fit monter sur
il»
b chamtte. n éiait impassible. Aziifé à r^chafrad» il lépoih
dit à l'abbé Montés, qui lui disait : •
— Mon lils» il est ieoips de désarmer le Seignyeur par un VBpeotir sinoàre.
—Mon père, j'en suisfâché; hâtons-nous: on m'attend là-haut.
IxwTel monta les degrés en ebaneelant. Les aides de rexécnteur durent le aootenir; mais pendant qu'on le liait sur la planche » il regarda froidement autour de la place l'énorme quantité de spectateurs. A six heures précisas sa tète tomlM^
Il ne restede iMvel ni portraits ressemblants ni lettvest car les d^ermères qu'il écrivit sont seukonent de son écriture* aoD de sa composition (17).
La Restauration, si violente» si haineuse, égalait les excès des plus fougueux ^^uvemements réactionnaires. U s'organisa esKitre elle une vaste association connue sous le nom de charhonnerie ou carhonarisme. Celte secte, émule de la Irauc-maçoonerie, empruntait ses allusions et ses qrad)oles au métier des duudionniers. Les cubonari s'occupaient myst^eusemeul de la régénération de l'Italie opprimée par T Autriche; et de lltalie, ses principes avaient défifé en France» à uneépocpio d'ivresse pour le gouvernement. Les ebarbomiers de Paris étaient divisés en petites réunions appelées e&reks ou veiiles. Il y avait des miei porfîmyneip desMlei esinraics^ des hmUm tsiitm» el enfin une «mie mprime, noyau du gouvernement des^ tiné à sortir de ceniystère régénérateur. On débutait dans l'as- ■ociatiim par la vente paitieulièie» à laquett» «m n'était admis que sur la présentation de plusieurs charbonniers , qui cautionnaient lenéopbyfte.llétaiidorigiMiy^le candidat Ht
pKrièsHMi d*uns haîM pmMéci esÉtes lo jaiwdmwnanl dsi^
us PRISONS DE LTOtOPB.
poHcpie. Quelques wciétés préparatoires senraieiit à Védocsition politique des candidats encore inexpérimentés, et sur lesquels on n'eût pu compter en cas de besoin.
Chaque vente particulière se composait d'un nomlwe de vingt carbanarit qui prenaient entre eux le nom de bons coumns. Sitôt qu'un» vente s'était complétée, l'excédant commen* çait à recruter pour la formation d'une autre vente , en sorte que les réunions étaient pennises, et qu'un seul corps s'oiliaii aux coups de la police.
Vingt ventes particulières, qui nommaient chacune un député, — c'était ordinairement leur président, — formaient une vente centrale. On comprend le commencement de la hiérarchie : chaque vente centrale nommait aussi un député près de la haute vente, qui, à son tour, avait un député ccMrrespondant avec la vente suprftme. La correspdndance était donc paiMtement réglée, et avec tout le secret désirable; car ces ventes ne se toiaioit entre elles que par un lien presque insaisissable, un seul homme liicile à éloigner ou à supprimer en cas de découverte. Il en résultait que chaque membre de l'association ne connaissait que les membres de sa vente, et que chaque député ne connaissait que deux ventes.
Des statuts rigoureux, l'assujettissement d'un serment terrible, garantissaient la sûreté de Iwsociation. L'un des articles de ces statuts piononçût la peine de mort contre tout parjors qui aurait révélé le secret de la charbonnerie.
Une simple indiscrétion amenait la réprimande de la haute vente, une récidive encourait la peine de mort.
Quelques signes particuliers de reconnaissance facilitaient les rapports des caibooari^itre eux. Ib avaient des mots d'c^
LA GONaERGEBIE. M
dre, des mois de passe, des formules consacrées. Us se saluaient
en relevant et inclinant l' avant-bras, le coude sur la hanche; parfois ils se touchaient le cœur avec l'index » tantôt se toa« chaîent dans la main, en formant avec le pouce et l'index un C ou un double Dans les foules ils pouvaient se reconnaître en prononçant les mots iperanxa , auxquels les intelligents répond au; nt ffde, c'est-à-dire foi et espérance; ou bien le mot corito, charité, dont les uns articulaient la première syllabe» les autres répondaient la seconde, les autres la troisième.
EnGn, les charbonniers devaient être munis chacun d'un fusil de munition avec la baïonnette, et de vingt-cinq cartouches de calibre. Us étaient tenus de s'instruire dans le manie ment de celte arme et les manœuvres militaires des fusiliers. En entrant dans la société, ils versaient cinq francs à la caisse générale, plus un franc par mois ; sommes qui devenaient immenses, par la iructificaiion déléguée aux membres de la vente suprême.
En 1821, le patriotisme échauffé par l'oppression, offensé par la longue présence des armées étrangères chez un peuple habitué k porter ses drapeaux au dehors, le patriotisme honnête et caudide, si Ton veut bien nous passer cette expression, se contentait de l'amusement d'une association sembkble, et ' de ces réunions où chaque homme pouvait soulager son cœur, en rêvant tout haut, devant des amis sûrs, la liberté, la gloire de la France. Les charbonniers devinrent si nombreux» que, sans cette honnêteté dont nous parlons, sans cette religion de l'humanité , qui leur rendait sacrée la vie de leurs adversaires les plus ardents, ils eussent pu certainement renverser Louis XVlll , et recommencer une nouvelle révolution, dont