IV
t LES PRISONS DE L^EUROPB.
époque, en s'élendanl sur quelques prisons. Les écrivains attaquaient violemment les lettres de cachet, leur origine, leur arbitraire. Da voulaient les saper dans leur base, et les faire abolir. Ils se plaignaient ensuite du traitement qu'éprouvaient les prisonniers, de l'incommodité de leurs prisons, de k barbarie et de l'abus du régimç. La couronne ne Youlut ni se dépooiDer du droit arbitraire des lettres de eachet, ni permettre qu'on pût sonder les mystères des prisons d'État. Pourtant devant cette réprobation générale, devant ces voix nombreuses qui avalait un écbo dans toute la France, il ftllait faire une concession. Cette concession Hit fran hement et noblement fiiite, mais elle ne s'étendit qu'aux prisonniers civils, en lais-
MBi leutafeis raspénnce ^ far la mile qUh pourrait a'^tauto
aux autres.
Le ministre Necker fît adopter à Louis XVI ce principe déjà 9t qui jusqu'alors n'avait jamais été mis en pratique : Cflfwr ademtmmiiêê, mm êd fmiaido$ kmmm, ktàm Met,
La prison doit être rajardcc comme un lieu propre à renfermer les honmeip et mm à ks punir. Ce principe, le seul vrai, le seul équitable, et vers lequel on semble revenir de nos jours, était écrit tout entier dans le rapport de Necker au roi Louis XVI. Toutefois, il n'en proposait pas l'application d'une manière géoMe, et le raslNiguait, wm que nous T^v^Pl» 4i|» m pn* ionnîm cmb. C'était ékidw la question tout en la décidaut. (Mi qu'il en soit, ce rapport obliui dkis résultats saluti^i^^. iespnsoBiûeisoifilaétaiaiiipour la plupart au For-l'^iôque, au Pstk Oilleiet, «t quelques-uns k la Goncieqserie. Ces dei|x premières prisons étaient incomuKxies, malsaines, aflfeu^; OB en anMa la déonlitioa ; mais avant de ïof^omi^ u^
d'abord se pourvoir du lieu qui devait les remplacer, kptt^ une enquête mînulîeuso, après des rapports, des projets d'apraDgements, Louis \V1 termina, le 23 aoiU 1780, l'acquisition complète de fhôUl de la Foree^ pour y établir ce qiii àllait de* venir lu prison modèle.
C'était la seconde fois que cet hôtel allait appartenir à un roi de t^ance; mais la première tùïs ce iUt un don gratuit d'un suj^t k son mattre.
Ëli'vé dans la rue qui tira son nom du premier proprié- . taire, ce palais lut d'abord possédé en 1265 par le frère de saint Louis» Charles d'Anjou, qui devint voi de Naplés ét def Sicile. !1 passa en 1292 à Charles de Valois et Atuc comtes d'A» lençou. Pierre d'Alençou en était possesseur en 1390. A cette époque, ce palais n'était séparé de la culture Sainte^theritie que par l'enceinte de Phîlippé-ÂUgUste. Charles Vf, qui, âVànt sa démence, passait son leinps dans leS tournois el carrousels, regarda d'un œil d'envie cette habitation, qu'il trouva trùs-com' mode par sa situation, pour Se préparer aux et^ces de ehe< valerle, et se reposer après les combats. Sott désir fut exprimé à Pierre d'Alençon, qui s'empressa d'olîrir au roi son palais et sds dépendances. Charles VI daigna tout accepter, par letlrel patentes du 26 mai 1390. Après sa mort, le tout passa aiit maiiil des rois de Navàfre, el plus laril à C(Ml(»s des comtes de TaucaPville. Le cardinal de Meudon en étant devenu propriétaire, fit irebAlir entièrement cet édifice en 15&3>, mais la reconsfaCuolion n'en lui terminée que par le chancelier de Birague. A Sà mort, arrivt^e en 1583, Antoine de Uo(iuelaure acheta cet hôtel, et le vendit à François d'Orléans de Longueville, «iomtèdè Saint-t^auU qui fit Inscrire SUT la poMd des mots Uid S&mt'
Paul. Chavigny Tacheta plus tard et le doima en dot à sa fiUe» qui époiua le duc de Canmont la Force. Dès ce jour il diangea de nom pour s'appeler hôtel de la Force (1). Il fut divisé en deux parties sous la iiii du règne de Louis XIY. Ce qui iiit connu pli» tard sous le nom de h PêHte Force M alors appelé l'hôtel de Brienne. L'entrée en était rue Pavée. L'autre partie, plus considérable, conserva son nom et son entrée rue du Roi de Sicile. Elle Ait acquise en 1715 par les ftères Paris» qui l'embellirent de tout le luxe de l'époque, et la vendirent à une demoiselle loupel. Le 12 septembre 1754, M. d'Argenson Tadieta au nom du gouvernement pour y établir l'École militaire; mais ce projet ne reçut aucune exécution, et le 23 août 1780 Louis XV] acquit l'hâld de Brimme, qu'il réunit à l'autre partie qui lui appartenait déjà.
Telle est l'histoire de ce palais, avant de devenir une prison que nous voyons encore s'élever dans Paris» et à laquelle la bizarrerie du nom de la Force attache une autre origine dans la croyance populaire. Pour quiconque médite, il y a certes lieu à des réflexions profondes» en pensant que œ palais, deux fois édifié à grands frais pour les plaisirs et le luxe des grands, est aiyourd'hui devenu l'asile des malfaiteurs. Du reste, nous ne devons voir pour l'instant que le motif d'humanité et de ju»> lice qui présida à cette transformation» et dont nous allons rendre compte en détail
Ce ftit par ordonnance royale, en date du 80 août 1780» comme nous l'avons déjà dit, enregistrée en parlement le 5 septemhre suivant, que l'hôtel de la Force fut érigé en prison. Les considérations de cette ordonnance portent
M Après beaucoup d examen et diverses autres ciioses, nous
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LA FORGE. 8
ayons fhit choix de VMtddela Fome; sa position, son étendu o, sa dislribulion , et la modicité des fonds demandés povir le mettre en état de remplir nos vues, tout nous a déterminé à en faire l'acquisition. »
L'article premier dispose que : « L'hôtel de la Forc^ et ses dépendances demeurent destinés à servir de prison pour renfermer spécialement les prisonniers arrêtés pour dettes civiles; que la distribution du local sera £aite de manière qu'il y soit formé des logements et des infirmeries particulières, ainsi que des préaux séparés pour les hommes et pour les fennues. »
L'article 2 porte : « Lorsque les lieux seront disposés, il sera, par des commissaires de notre parlement qui seront nom* més à cet effet, dressé procès-verbal de l'état des lieux, et procédé à la translation dans ladite prison des personnes de l'un et l'aotre sexe qui se trouveraient détenues pour les causes ci-dessus exprimées dans les prisons de la Conciergerie, de notre Palais, à Paris, et dans celles dites des Grand et Petit- (Siâtélet, et du Fo^l'Évéque. »
La mission des commissaires du [<arlement ne devait pas se borner là ; ils devaient iaire un règlement de ta prison.
Toutes ces prescriptions s'accomplirent fidèlement; mais il s'écoula plus d'une année avant que l'bôtel de la Force lût en élat de recevoir les prisonniers. Ce ne fut que le 10 janvier 1782, un jeudi, qu'on commença la translation des prisonniers civils, confondus jusque-là avec les accusés et les cmidamnés. EOe fut terminée le 19 du même mois. Or voici comment, à cette époque, était organisée la prison, quid^à dépassait les restrictiims de l'ordomiance royale.
Elle se divisait en huit cours et six déparlem^fs.
LES nUSONS Dl VWSBXHn.
Lb premier élait destiné «u logeinenl des empioyési aux prj»miengoichete, et k tout ee que ponvrâiit exiger la sûreté et k salubrité du service.
Le second aux prisonniers détenus pour mois de nourrioe» C'étaient les personnes qui n'avaient pas payé les moia de nourrice dê leurs enfants» dette très-commune dans ces tempfr-là» dont on ayait justement lait une oatégorie partiouliére» Les aièleurs qui ont écrit sur la matière que nous traitons remarquent que ce nombre était oonsidérablement diminué à l'épo^ que de la liinslatîoa des prisonniers, parce qu'à l'oceasion de la naissance du dauphin Louis XYl et Marie-Antoinette en aTaient délivré la plus grande partie.
Letroisièltaed^MtttaaiailtdofailieBléraier les détenus cîfib de toute espèce.
Ls quatrième, les prisonnierB de poliee; le einquiéinei 1m imiilesi et lesixième servaitde dépi^aux mendiants»
Chaq^te département avait ses guichets» ayeo des commmu* nications entre eux, qui, sans nuire è la sûreté» aceélMeat le asrrieei Dans chaque chambre on comptait quatre litsi et dans le département de la dette plusieurs chambres aYuient des ékeminées; mais ces ehambrea n'étaient habitées que par les débiteurs tjui atiieni tes moyens de les payer» car on n'afait pas aboli. la pistole. Cependant pour ceux qui étaient hors d'état de iaire eette dépense, on avait établi de fastes dorlsirs oh se trouvaient des lits à bascule qu'on relevait pendant le jour. Ces lits étaient garais d'un matelas de laine et de criu, d'un traversin et d'une couverthre.
Chaque département avait sa cour, sa galerie couverte, pour servir de promenades pendant les mauvais tm[s et sii ion-
taillé li^ ^y^il outre ua cbaufîoir commun pour les détenui plunrat fi' ^^VI chapelle Qii ch|M{ue catégorie de prisoa* nîçrâ pppTait assister offices, sans communiquer l'ane av^ r^utr^t d^Ul iofif laeri^, U^e pour le^ hommes et une
Les détenus qui payaient leurs chambres pouvaient aussi st nouff û* k kufs tirais» aU^i ^u'il^ reotendaleDt. Quant aux autrçSi il> leomiapt ohaque jour une livre et demie de bon pain, et UQfi pprtipa de viande oi| de légumes; on leur fournissait ^tenien^ dm T^tementa quand Oa en man<{uaient» et du lin^ blapç une foi$ par semaine.
complégmit d^ tous ces arrangements fut le règlement de pçlicn ÎAt^ure que lea (H^moiissaires du parlement formulèrent. Cette compagnie l'adopta, par arrêt du 19 février i7St.
yègte'iïPrn^ I QUÇare empreint des préjugés de ce régna» étail powtant le plna sage qui eût été fait jusqu'à ce jour, et présentait cet avantage qu'à quelques exceptions près, il établûiiiaît l'ordre et i'^aUté dana l'^istence des prisonniers. Ainsi tons les détepua, excepté ceux qui payaient leurs chambres et acquéraient Ig di^pit d'j rester heure de plus, devaient se laîar h aept bem^ du matin, depuis la Toussaint jusqu'à Pâques, et à six depuis Pâques jusqu'à la Toussaint. Ils étaient obligés d'wti^ndre tous les jours la messe, d'assister aux autres aSS^ las jpun d« liftte at l'es dimanches, et de se livrer à des pratiques de religion désignées, sous des peines plus ou moins ^vèrc'S. Les bomm^ et les femuies étaient séparés, et l'on veil lait daoa las dortpin au maintien dea mœurs. Les mères, femmes, filles ou sœurs, étaient seules admises dans l'intérieur de Iftilfi^Mi^ b^HMneç; les étrangers ne pouvaient puneirer
qa'ao parbir, où le prisonnier ne devait, sous aucun piéleile, prolonger sa présence au delà de deux heares. Enfin, il éteil
défendu uu concierge et aux geôliers de rien exiger en entrant des détenus; et le droit de bienvenue, contribution forcée pour le nouvel aimantde la part de ses compagnons» était supprimé aussi.
Les principales dispositions de ce règlement, réunies aux dispositions matérielles intérieures, devinrent l'objet de tous les éloges, et firent désigner la Force comme une prison modèle. C'était en eilet un grand pas pour cette époque, et qui devait amener .par la suite une notable amélioration dans le système pénitentiaire, en s'étendant sur toutes les catégories de prisonniers. C'est le premier et à peu près le seul essai bien marqué qu'on ait £ait jusqu'à ce jour en leur laveur.
Nous dirons immédiatement, pour donner à celte prison sa physionomie tout entière, que par lettres patentes délivrées à Versailles, au mois d'avril 1785, enregistrées au parlement le 10 mai suivant, la prison Saint-Martin, destinée aux filles publiques en contravention avec les règlements de police, fut suppriuiée, coumie l'avaient été le For-l'Évéque et le Petit-Châtelet, et par les mêmes motifs, et réunie à la Force. On utilisa et on disposa pour cela l'ancien hôtel de Brienne, auquel on donna le nom de Petite-Force, et qui était, comme on le sait, une dépendance de la grande. La translation de ces prisonnières eut lieu au mois de juin 1785.
Telle lut la prison de la Force jusqu'à l'époque révolutionnaire» ohf cooune toutes les prisons de la France, elle changea son régime» et reçut d'autres prisonniers. Après ces temps de trouble, elle reprit une nouvelle allure, différente des dau»
LA mcE
autres, et la maintiiit jusqu'à nos jours. Cest Thistoire de ces trois périodes bien distinctes que nous allons esquisser.
Les registres d'écrou de la première période manquent dans les archives» ils ne eommeneentqu'À l'époque révolutionnaire. Nous y avons suppléé . comme pour le For-l'Évêque , par les ordres du roi. Nous devons rendre ici cette justice au gouvernemeni d'alors» que, s'il ne se resfareigpit pas légalement dans les limites de l'ordonnance royale, l'arbitraire ne fut pas aussi révoltant qu'au For-rÉvè(iue. L'institution récente de cette prison sembla la protéger contre les envahissements du despotisme, et sauf les cas de pure police qui avaient pris quelque^ eitension, et un prisonnier dont nous parlerons plus tard, cette prison devint la spécialité des détenus pour dettes et des comédiens réfiraUaint ou nuwik. Lorsque Howard la visita en 17^, il y avait soixante et dix-buit détenus pour dettes, et onze femmes. Au mois de mai de la même année, on comptait en tout deux cent soixante et onze prisonniers de tout genre. Dans ce nombre étaient des déserteurs et des fils de fiimille, emprisonnés sur la sollicitation de leurs parents. Le peu de lignes que nous venons de tracer donne une idée suliisante de la population de k Force dans sa première période. Nous en allons citer les prisonniers les plus intéressants.
Le premier en date qui se présente est un comédieu du Théâtre-Français, nommé Grammont Ce jeune acteur, amoureux fou de mademoiselle Thénard, sa camarade, était le rival heureux du duc de Duras, gentilhomme de la chambre. Cette actrice s'en allait donner des représentations en province. Grammont, voulant l'y suivre, demanda un congé à cet effet;
mais M. de Duras le lui refusa obstinément. Grammont était IV. S
LES PRISONS Ùt L'EUROPE.
011 homme d'un cnr^cl^r(' ardent et fi^rmc Hopiiis lonîïtfîmps il senlait en lui l'instinct de ce qu'il devait être un jour, et no supportait qu'arec impatience Thumiliante tyrannie des gentilshommes. Le duc de Duras lui reftisa m demande dans des termes secs et huutains. Grummonl saisit celte occasion pour Fattaqucr sur les véritables motiiîi du refus; mais le due éluda de répondre, et le ooinédieii sortit Airienx et déeidé à fout. Mademoiselle Thénard partit le lendemain; le surlendemain Grammont sortit clandestinement de Paris, et alla la rejoindre à franc-étrier. A cette nouvelle, tous les gentilshommes forent irrités au dernier point de voir ainsi leur aulorit(^ méconnue et bravée, ils coururent ches les ministres et chez le lieutenant de polioe, M. Lenoir, et firent envoyer apfèi Grammont des escouades de maréchaussée. Il fut bientôt arrêté, et conduit à la Force, qu'il inaugura en sa qualité de comédien. Mais cette punition ne suffisait pas aui gentilshommes, et surtout au duc de Duras; il voulait que Grammont fti conduit aux Ihmtières par la force armée, et banni du royaume. M. Lenoir eut beaucoup de peine k persuader au noble duc que son ordre ne s'étendait pas jusque4à, et que la punition était trop ibrlé. M. de Duras trouvait le moyen si simple de se débarrasser ainsi d'un rival, qu'il y tint autant qu'il le put. Cependant il n'en vint pas à bout. Grammont essuya une captivité asset longue à k Force» au bout de laquelle il aurait quitté tout à fait le Théâlre-Fran- 5ais, s'il n avait dùy retrouver l'actrice, cause de la sévère punition qu'il avait encourue. L'amour lui donna le courage As supporter encore les nouvelles humiliations auxquelles fl Ibt en proie; mais haine pour les gentilshommes et pour ce régime d'oppression et de despotisme auquel sa clane se trou-
fait totunise ne fit que s'accrott» de jour en jour. Lat pre» mim «on» du pwiu rév<4uUoiuuure le trouvàT^nt àim cet état, n embrassa aiac aideur et oonniga les noufeaui prineipes , si précieux pour lui et les siens. Fougueux révolutionaairit U.quiUa le théâtre» et peu de temps après servit dans nos Muées, oilt par sas tatenis et sou inirépidité, il obtiut le grade de général, qu'il justifia par ses faits d'armes. C'est ainsi q/xe «ha<{ue olasse* ebaque citoyen oppressé par l'ancien ordre de eboses, secoua ses ehalnes, et Tiiii apporter iee monument
qu'on élevait à la liberté française une pierre pour lui servir de londement; mais le ciment de ces pierres devait être du aang, pour les rendre indestructibles. Plus d'un défenseur de 4 patrie vit le sien couler, mêlé à celui des ennetnis de h ftamce* C'était le martyre dont pu les bonorait. Tel fui le sori deGrammont; en 1794, il périt sur récbafimd ré?olutionnaira, avec son fils, âgé de dix-neuf ans, qui était son aide de vamp- Al'acteur £rammoni «neoéda, la même a^née. an mois de juillet, une danseuse de l'Opéra, mademoiselle Théodore. Jeune, joUe, aimable et sage» elle avait résisté k toutes les se* dttctions des aeisueurs, el mime mm àmt$ de$ gmUbh$mme$. Élève du sieur Laury, elle embrassa malgré elle la carrière du tbéàtra. £lley fiU contuaînle par la nécessité de trouver dans son état diPS ressources pour elle et pour sa liuniUe; elle avait reçu une brillante éducation, dont elle avait su profiter plus (juc le.^ femmes de ees temps<là; avait essayé d'éorue, et s'occupait ù lire des oum^s^f et toujours des ouvrages sérieux. Son auteur favori était Jlcan-Jacques Rousseau. Pleine d'admiration et de oonfiance pour cet écrivain pbilosophe, dont elle appfouvjatt les dodriues^ elle mil l'idée da lui écrve pour lui demander
des conseils sur la oonduife qu'elle aurait a tenir à TOpéra.
Celui-ci lui répondit la lettre suivante, qui n'a été publiée que dans une brochure fort rare aujourd'hui (2).
«r On ne peut être plus surpris que je ne le suis, mademoiselle . de recevoir une lettre datée de l'Académie royale de Musique, par laquelle on rédame des conseils de ma part pour y bien vivre. Vos expressions peignent rhonnôteté avec tant de j franchise et de candeur, que je ne vous renverrai pas pour en ^ recevoir à ceux qui ont coutume d'en donner à celles qui s'y pr« st. iilciil. Je ne puis cependant pas vous fournir les préceptes que vous me demandez. Ne doutez nullement de ma bonne volonté à vous satisfaire; mais je suis moi-même fort embarrassé pour mou propre compte, quoique je ne sois pas dans une carrière aussi glissante. Je suis donc hors d'état de vous diriger dans celle où vous êtes entrée. Je n'ai à vous conseiller qu ' (le vous arrêter à deux principes généraux qui me paraissent être la base de toutes nos actions dans tel état que le destin nous ait placé; le premier est de ne jamais vous écarter du respect que vous paraissez avoir pour les bonnes mœurs ; et» pour y réussir, évitez l'impulsion du cœur et des sens» et qu'une extrême prudence en soit le correctif.
» Le second, dont vous devez sentir toute la nécessité, c'est de fuir autant que vous le pourrez la société de tos compa- {;nes et de leurs adulateurs; rien ne perd aussi facilement que le poison de la louange et l'air contagieux de cet endroit. Jetez les yeux autour de vous, et vous remarquerez que ceux ou celles ([ui le respirent, sans être en garde contre son effet, ont le teint flétri et l'extérieur de machines détraquées;
N Voilà, mademoiselle, les seules réflexions que je vous en-
LA loncB. li /f
gage à iSure; quant «u nsie» tovb me panunet étie douée de toute la péDétration nécessaire pour parer aux moonTénienla
qui renaissent à chaque moment dans ce séjour.
M Acc^teiy je vous prie» la considération qu'a pour ?0U8, etc. »
Mademoiselle Théodore eut l'imprudence de montrer cette lettre, et de déclarer qu'elle ferait la base de sa conduite. Dès ton une réprobation générale Facoueillit au théétre. KîUe tracasseries lui furent suscitéee, mille injustices la frappèrent. Elle ne se départit pas de sa résolution, et répondait en vraie philosophe à ceux qui lui démontraient le danger de sa conduito, qu'elle trouvait plus original de rester honnête fille au milieu de l'atmosphère de vices qu'elle respirait ; mais cet exemple pouvait à la longue devenir contagieux, et dans ce cas les plaîsirs des grands seigneurs et les droits d'aubame des gentilshommes étaient perdus. On résolut de punir la sagesse indécente de l'actrice , et on en chercha minutieusement le prétexte; mais l'actrice était sur ses gardes, et, assidueà tous ses devoirs, elle ne donnait pas prise sur elle par sa conduite, et souffrait sans murmurer les affronts et les passe-droits. C'était à décourager te rice et U méchanceté. Aussi, vcfyant qu'on ne poufait l'attehidre comme actrice, on l'atteignit comme journaliste , et ce n'est pas la lettre de cachet la moins bizarre de
mi
Kademoiselle Théodore étaitpartie pour Londres afinde don-
ner quelques représentations. Elle fit le voyage avec Vestris fils et un autre de ses camarades qu'on appelait le beau Nivelon. Ce danseur, fort à la mode, iaisait le caprice des grandes dames de l'époque, et, capricieux lui-même, passait volontiers de la
il LES PRISONS DE L'EUROPE.
duooeue à la grisette pour varier ses plaisirs. H avait attaché M nom à tottitt les âventuieâ teandaleuses qui couraient le monde et les salons. Qianné de flaire le toyage avec celle dont ta vertu avait été inébranlable jusqu'à ce jour» il jura de la faire succomber. En effet* il employa tous les moyens de sédttolîoB {MMsiblos ttne ^ lénsrfr. te beau Hhélon échoua pour k première fois de sa vie. C'est qu'en outre de sa résoluiioii» mademois^ VuMom «fait acquit le ftréservatif le plus puissant, die aimait^ elle aimait Dauberval le danseur, qui, amoureux alors de mademoiselle Guimard, ne s'était pas aperçu ds.rinoiinalio& qu'il ufaH inspirée. Kivrion pomiast la devina, tiaus savoir à qui rfle s'adressait. Mademoiselle Théodore avait i«sque«ià dansé avec méthode, ^rèce et légèreté, mais n'avait mis 4Mm m danos ni cette poésie ni celle volupté que l'amour
seul peut inspirer. Sur la rive anglaise, ces qualités lui vinrent levtA coup, Diivelon, «uscMtir d'un pas qu*!! venait de danser am eHe, i^nt MWfqué eediangemenlà renflumsiasme du priblif , hii dit en rentrant dans la coulisse :
*^lfadsmoiseUe» vous aimes quelqu'un. ?oos peosiek à bit endansasta^iee wd. Or, celui que tous aimes n'était pas dans la aaUo, w vous ne m'aves pas perdu de vue. Si vous ne m*ai- DMi fm, «'est un dansai» comme moi que tons aimec, car vonsaipsiora le voir «n moi, j'en suis sAr, à la manière dont voire corps airémi quand je vous ai soulevée par la taille.
A ûstie tPÉBfpeyntion, andemoÉseye îliéodore restn muette et
troublée» et Nîveion, continuant, se mil à dire les noms de loas les danseurs de l'Opéra. Quand celui de Dauberval fut pro^ nonflé«iMdsMisiUolbiodflio rougit ms]^ elle, elIHYeloo
U FORCB,
— Cest lui ! c'est Daubemll.*. i'eii suis sûr.,. Daubaml est mon ami, ajoata-Ml sérieusement, et je me ferais conscienoe
de lui enlever celle qui l'aime et qu'il aimera à sou tour» malgré la Guimard. Mademoîselle, dès oe jour, vous èles saorée pour moi eomme la femme d'un frère.
Et Nivelon, heureux d'avoir trouvé ce prétexte qui lui eultj- ▼ait l'humiliation d'une défaite, la traita dès lors ma le plus grand respect; il ibtmèmeun de ceux qui la poussèrent le plus k écrire. Mademoiselle Théodore avait essayé de tracer quelques petites anecdotes (qu'elle avait confiées à ses amis. Ils l'engpi* gèrent à les publier dans les journaux de Londres; elle y consentit. Une d'elles, relative à l'Opéra, contenait une critique fine et modérée de ce qui s'y passait. Les gentilshommes trou^ yèrent dans cette bluette le prétexte qu'ils cherchaient depuis si longtemps, et à son retour à Paris mademoiselle Théodore lut envoyée à la IPorce comme joumalistOt ainsi que nous Ta* vons dit. Rien ne put la sauver de la captivité qu'on lui imposa, privée qu'elle était d'un protecteur dont elle ne voulait pas acheter le crédit au prix oh il avait cours. Elle était donc solitaire et abandonnée dans sa prison, lorsqu'un jour elle vit accourir Dauherval. Émue et heureuse, eUe ne savait à quoi attribuer cette visite; mais celui-ci se hâta de l'instruire de tout, riivelon, à son retour de Londres, n'avait eu rien de plus pressé ^e de lui faire part de la découverte qu'il avait faite, pour mieux masquer, sous les dehors de la générosité, l'échec qu'il avait éprouvé. Dauberval, déjà las de l'existence de débauche qu'il menait avec la Guimard, accourait aux pieds de celle qu'il aimait autant qu'il en était aimé. Pour compléter l'aventure, le beau Nivelon lui-même fut mis peu de temps ^rès 4 la
M US PRISONS OE L*Einum. ... >
Fom. Son erime sopposé était de s*è(re abseolé sans oongé; mais cette fois cette absence sans coogé était une espèce d'en- « lèvemeot opéré sur sa personne par une dame q[ui louchait de près à un gentilhomme de la chambre. Celui-d s'en Tengea par une lettre de cachet. On vit donc ces deux personnes prisonnières ensemble dans le même lieu et punies de la même peine : l'une pour sa galanterie, l'autre pour sa vertu. C'était la justice Aistributive d'alors. Nivelon reçut dans sa prison toutes les marques de tendresse de ses nombreuses conquêtes» tous les soins, toutes les prévenances, toutes les surprises qu'on peut imaf^r» et sortit au bout de huit jours. Mademoiselle Théodore, seule, abandonnée de tous, ne ?it yenir auprès d'elle» dans sa disgrâce, qu'un seul homme, le dauseur Dauberval» et resta deux moisà la Force. En sortant de sa prison, elle trouva en lui un mari» et yécut aussi honnête femme qu'elle avait vécu honnête fille. £n sortant de la Force, Nivelon trouva de nouvelles intrigues» de nouvelles aventures» et continua son eiî^ tence galante. H vivait encore il y a quelques années, et se 1 plaisait à raconter sa vie passée à tous les jeunes gens.
€'est oette même année, vers la fin de novembre, qu'il se passa, au département de la dette, le trait suivant d'une bonne action, que nous sommes beureui d'enregistrer.
Le lieutenant dvil Augrand d'Allery avait signé l'ordre d'ar* i restation pour dettes d'un père de famille, que le besoin, et
(non l'inconduite, avait forcé d'emprunter, et que le malheur avait empêché de rendre. Sur les renseignements qui lui avaient été donnés, il avait longtemps hésité à signer le mandat d'arrêt; mais les droits du créancier étaient incontestables et la loi était formelle. Le magistrat lut f(mé de remplir son devoir. Il exigea
loiilefois que llraîflsier Hoi lai rendre compte de l'arrestation.
Celui-ci accomplit ses ordres et vint le même soir, à neuf heures, lui faire le rapport qu'il avait demandé. Au tableau que lui traça rhoiasier, encore ému de la scène qu'il venait de ▼oir, chose rare pour tous les temps, qu'un huissier éprouvant le l'émotion, le lieutenant civil se reprocha presque sa cond uite; mais lorsqu'il apprit le désespoir et la misère de l'épouse et des enfants dont le prisonnier était le seul soutien, il n'y tint pas davantage. Il se transporta sur l'heure, à pied, enveloppé d'un large manteau, malgré la neige qui tombait à flocons, à l'hôtel de la Force, ne voulant pas être reoomuî. 11 paya sur-le-champ la dette du père de fimllle, le fit mettre en liberté sur l'heure, et se garda de dire son nom. Cette double action du magistrat et de l'homme bienfaisant honore la mémoire de M. Augrand d'All^, que le tourbillon révolutioih naire entraîna sur l'échafaud en 1794.
Mous constaterons du reste, une fois pour toutes, la rigueur avec laquelle s'eiécutait la. loi de k contrainte- par corps à cette époque ; rigueur que M. Augrand d'Allery déployait dans un but de justice; car on vit, au grand scandale des tètes à peiruques du parlement, l'un des présidents du grand conseil. Basset de la Maralle, écroué è la Force pour dettes. Le système était changé depuis l'uLolition du For-rÉvôque, et dans ce temps-là on n'aurait plus osé ce qu'on osait alors, tant on sentait les besoins et les approches d'une révolution.
On vit aussi à la Force plusieurs libraires, pour avoir édité
ou colporté des livres défendus. Le plus important de tous ces
prisoimiers fut Prudhomme, devenu célèbre depuis par soo
Journal des BMulioru de Pnm. ^1 fiii mis plusiem lois è la Vf 3
Force, pour avoir fait imprimer des livres obscènes» entre au- . ties la CorrapwiianBe de madame Gaurâm.
C'est au mois de juillet qu'arriva l aÛUire du fils de Veslris. Son père, U diou dé la dante, l'avait lancé de bonne heure au théftlre, pour le rendre digne de porter son nom • en contînuao^ sa répulaliou, secoudé en cela par le désir de sa mère, qui lui disait vers la fin de sa grossesse : Jesmuvolre fik riflète mpoi de baUeil Cependant , malgré le talent que le fils avait acquis» le père n'avait pas voulu lui faire la concession entière de son nom; il ne lui en avait accordé que la noitié» ei lui en avait composé un seul avec celui de sa uière, qui était une demoiselle Alkrd. U l'avait appelé VetùraUwrd, nom qu'il portail sur l'affiche et dans le monde; mais son père le nommait tout bonnement Auguste . de son nom de baptême. Du lesle* il ^ était arrivé à lui donner un talent tel sur la danse , que tout le monde disait qu'il le surpassait déjà. « Zé ié croM bim, disait k père Yestris, zé n'ai pa9 au oua si bon md-
nom avons déjà vu pourquoi le père fiit mis an Por-l'Évéque; le ^Is^ voulant l'imiter sans doute en tout, lut envoyé à la Fbfoe pour la nitma caive.
Le vendredi 16 juillet 1784, U comte de Haga (le roi de Suède} assistait pour la dernière lois à l'Opéra. La reine, qui y éiaîl mm* voulut qu'avant sou départ il pût voir danser Vestrallard, qui revenait d'Angleterre. Ce dernier était luimême aa spectacle dans une loge. La reiiie lui envoya dira de danser. Vestralkid lépondit qu'il ne le pouvait pas» Ls reine Oivoya une seconde lois, avec prière de lui accorder ce plaisir, lui £ÛMmt yiit d^ son motif. Vestrallard s'obsti^ au ieCuS| en
U FOECB.
déclarant q;u'il avait mal au pied, ce qui n'était qu'un prétexte, la reine laecmta tout oela «a roi» qui , dans le premier moment» ^roulul Renvoyer à Bicêtre. Mais revenu de sa colère, Louis XVI remit l'affaire entre les mains du baron de Breteuil , qui condamna Vestrallard à ni mob de prison à la F<»oe. Le lendemain il y ftit écroué. Le père Vestris, furieux, accourut à cette prison, et interpellant son fils, lui dit : « Comment ! la reyna dé France ftit son doayoir, ellé té prie dé danser, et tu né Dus pae lé tien. Je t'outerai la nioilié de moun noum. »
A ces paroles, Vestrailard, qui croyait ayoir fait une action merfetlleuse, demeura interdit. Pourtant, rappelant à son pèie m conduite passée, il lui dit :
— le n'ai fait que suim votre exemple; la même chose vous ist arrivée avec Vautre reine.
— Quellé différence 1 répondit Vestris. Moi je souis, looi, le diou de la danse, et toi tou es, toi, moun fils par lé sang, rndis pas encore par lé talent. D'ailleurs z'avais tuai à la tète, et tu n'avais mal qu'aux zambes.
La discrnssion contisua sur ce (on, mais le père Vestris de put pas la soutenir longtemps. Vestrailard prit le grand moyen quand il voulait obtenir quelque chose de son père , il le menaça de tenoacer à mm état. Cette idée, que sa famille renoncerait à la danse, désespérait Vestris au point de lui arracher toutes let concessions. Il courut aussitôt ches M. de Breteuil, et lui dédara que si on ne lui rendait pas Auguite^ il en mourrait de chagrin, et que la danse était à jamais perdue en Eufope. H. de Breteuil, après avoir fait ressortir l'indéoeni^e de la conduite d^Âuguste, consentit à adoudf la sentence s'U lu était prouvé que réellement ce jour-là il avait mal au pied, et
so LES PRISONS DE L'EUHOPB.
si le public, qui avait déjà pris parti dans cette affaire, l'ae* cueillait fii?orableinent quand il serait extrait de sa prison pour aller dansor. Le père se procura un certificat de deux médecins; mais l'affaire du public n'était pas si facile à arranger. D en vint à bout cependant en remplissant k peu près la salle de ses partisans, le 17 août suivant, jour ob son fils devait danser dans le ballet d'ÀUs. Aussitôt qu'il parut, une partie du public s'écria avec force : « À genoux t à genoux I » Mais l'autre partie, beaucoup plus nombreuse, cria : « Bravo! bravissimol » le mot du père Yestris. Or comme Yestrallard n'avait pas à parler, il ne se déconcerta pas, et dansa. mieux que jamais il ne l'avait fait. Le public, se laissant aller à celte impression, finit par l'applaudir unanimement. Le père Vestris, les larmes aux yeux, s'élança au cou de son fils, et lui dit :
— Tou es bien moun digne sangl tou es plus 1 too es moun digne élèvel
Cependant, on réintégra Yestrallard à la Force. On dut l'en
extraire de nouveau le 21 , pour danser à une représentation à laquelle assistait le prince Henri, irèw du roi de Prusse. Celui^ Alt si charmé de la grâce et de la vivacité de Yestrallard, qu'il demanda son pardon et l'obtint. Ainsi, au lieu de six mois, Yestrallard ne passa pas plus d'un mois à la Force» à la grande satisfaction du grand homme, son père.
Au mois de mars de l'année suivante » une vei^ipance de camarade y envoya mademoiselle Rosalie, actrice de TOpérar
Comique.
Comme mademoiselle Théodore , cette jeune personne était sage, mais sans doute par d'autres motîfe. Elle voulait bien
choisir, et attendait. Clairval, son camarade, l'obsédait de
ses penécDtioiis» qai étaieot quelquefois indéoenles, et donl
elle s'était fâchée souvent. Mademoiselle Rosalie ne comptait pour ainsi dire pas dans la troupe, par le minime emploi qu'elle remplissait, et alors comme aujourd'hui, du reste, l'aristocratie régnait dans les coulisses pour les emplois. Elle dut pourtant jouer Anlomo, de Richard Cœur-de-lion; c'était son premier rMe important. Elle s'y appliquait de toutes ses foroes» et Clairval voulant se venger de ses dédains , refusa de rien répéter avec elle, et lorsqu'on joua la tourmenta en scène, moyen dont la tradition n'est pas perdue non plus. Mademoiaelle Rosalie résolut de ne pas supporter plus longtemps tout oela, et de se venger h son tour. Clairval jouait Blondel; au premier acte il fait l'aveugle, comme on sait, et se laisse conduire par Antonio , auquel il donne la main. Dans les niches qu'il faisait à Rosalie, il avait inmité celle de lui serrer la main dans ce momenl-là à la faire crier. Rosalie arrangea au bout de son bras une pelote garnie d'aiguilles ayant la forme d'une main. Clairval entre en scène , et veut serrer comme à l'ordinaire; mais il se pique cruellement les doigts, se déchire, et oette fois pousse à mk tour un cri involontaire. Rentré dans le foyer, il se fâche, il tempête, montre sa main sanglante, et interpelle vivement Rosalie, en lui adressant les plus vils reproches. Celle-ci, sans se déconcerter, lui répond :
— En effet, ce n'est pas aussi doux qu'un peigne.
Clairval avant d'être acteur avait été coiffeur, et craignait pai^essus tout qa'oa lui pailàt de son furemier état. Cette mjure était donc la plus grave pour lui. Les aiguilles ne l'avaient piqué qu'à la main, le mot le piquait dans son amour-propre, n se plaignit aux gentilshommes de la chambre, et Rosalie Ait
Digitiz
us PRISONS DE L*EUROPB,
envoyée A la Force. Ainsi que mademoiselle Théodore eooore» elle j fiii tolitaire dam 1m premie» join; mail eomiM U m lui ▼enait fMi de Davberval, et qu'elle airait moiai de fkatime
que sa camarade, elle acheta sa sortie du duc de Fronsac, qui la ût payer le prix con?eiiu. Que ne iiaiUm paa pour la libertél...
Dès ce jour mademoiselle Rosalie domia dans la galanterie Id plus effrénée, et compta bientôt dans les premiers rangs des impumê; o'eit linei qvLk oeite époque on appelail lea fiUea d*Opéra ; meli eeUi ne pat k sauver d'une seconde réelusîoa k la Force. Elle y fut emprisonnée deux ans pluâ tard» le tO avril 17S7. Voiei à quelle ooeasion :
Lee mee de Longehampe avaieiit élé plue Inrillaiiles qu'à l'ordinaire; cette année là on avait substitué à la promenade habituelle des voitures l'allée du bois de Boulogne qui va de la Muette à Madrid, tauûs tanl de luxe d'équipegei n'avait élé déployé. Les duchesses et les impures luttaient ens^nble. Ha- ,demoiselle Rosalie s'y présenta les trois jours ayee trois voitures et trois livrées différentes.
Le ttoisiéme équipage eansa sa prisoB. Blé avait Mnservé au théAtre le nom de Rosalie, et avait pris à la ville celui de madame de Bonnœil; o'est sons ee nom surtout qu'elle s'éUit mise à la mode. Hmï les roués de Tépoque étût M. de Si»^ tinos fils, qui la poursuivait. Elle ne se rendit à lui qu'après qu'il eut définitivement quitté mademoiselle Renard, Demrne galante qu'A entrelenait splendideminl. Madame de Bon* nœil exigea que pour sa bienvenue il lui fît cadeau d'un superbe carrosse qu'il destinait à celle qui l'avait précédée^ et qu'elle voulait se Ukê dOouar en vue de Longoiiamps. Ce
UIOMGR.
carxom lui lut aussitôt envoyé* Madame de Bonaœil JOi peindre sur les panneanz des amies parlantes, qui représen^
taîeut un renard écarlelé, surmonté d'un œil resplendissant dans ime (Iniie. Ce lut le troisième canrasse dont elle se servit pour aller ë Longchamps, et qui excita l'hilarité et le scandale de tout le monde. Rosalie ne s'était pas contentée de cela , et ce jour-là elle avait un attelage de six chevaux, et avait pris la file du milieu, réservée aux duchesses | aux pairesses et aux ambassadrices.
Rien ne ressemble plus à un honnête homme qu'un fripon, dit le proverbe. H parait qu'à celte époque rien ne ressemblait plus à une grande dame qu'une impure. La police, trompée par ses airs et par ses brillantes armes parlantes, laissa prendre à sou équipage la place d'honneur. Mais les grandes dames reconnurent l'actrice^ portèrent plainte, et demandèrent qu'elle fût punie de son insolence. Le lieutODant de poHee et le maréchal de Richelieu la condamnèrent à la prison. Rosalie appela de cette sentence, et demanda de payer à k place une amende dont éDe laissait la somme h Tarbitraire de ses juges. Mais le Tieux maréchal s'opposa à cet arrangemeut, eu faisant observer qu'avec le commerce lucratif de Rosalie il kn était trop iaeile de gagner l'argent néosmiie , et que c'était un impôt dont oft grevait la bourse des jeimcs seigneurs et non la sienne. Rosalie fut donc écroaée à la Force; mai» cette Isis» au Iten de la solilude, elle y trouva une nouibrcuse cour; elle y donna des fêtes et des soupers. Bien plus, ne voulant pas runua cr à son amende, et ayant entendu citer l'exemple de mademoiselle Clairon pendant sa captivité au For-lÉvêque, elle fil comme elle une <iuète jMvmi ses convives, et l'eniypkyfa à délivrer des
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prisonniers pour dettes. Cette quête produisit une somme de 1625 Hyres, et servit à rendre' la liberté à plusieurs pères de
famille. Le Journal de Pari$ célébra cette bonne action; les nombreux amis de Tactrice s'en emparèrent , et l'on obtint sa sortie beaucoup plus tôt qu'on ne Tavait espéré.
Voici deux anecdotes qui se rattachent h la Force , et qui font connaître de quelle manière les gentilshommes de la chambre usaient de leur autorité, et jusqu'à quel point ils en étaient jaloux. La première s'est passée à l'Opéra, la seconde à la Comédie-Italienne.
Moreau, chanteur de l'Opéra, peu aimé du public, malgré
le soin qu'il mettait à lui plaire, fui forcé de doubler Chéron dans le rôle d'Isménor, magicien et personnage important de Yopétà de Dariamu. Dès qu'il parut, le public l'accueilUt par des murmures, et dès qu'il chanta on se mit à le siffler. L'acteur poursuivit néanmoins son rôle ; mais le tumulte devint tel que» perdant la tôle et a'avançant Ters la lampe, il dit au public d'une voix émue et des larmes dans les yeux :
— IngratsI ingratsl ingratsi... J'irai en prison; mais vous m'anaches ce reproche.
A ces mots la duchesse de Bourbon, qui assistait au spectacle, se penehiDt hors de sa loge, dit tout haut :
— Non, vous n'irez pas en prison.
Le public, ému de son côté de l'état dans lequel il ^cipii l'acteur, et approuvant le mouvement de la duchesse, se mit à
applaudir, encouragea le chanteur, et le couvrit de bravos jusqu'à la lin de la pièce. Moreau se retira heureux de son succès; mais à la porte de sa loge il trouva un exempt, qui )e
prévint qu'il allait le conduire à la Force. Etonné de cette rigueur, quand le public et une princesse du sang avaient pardonné* il s'adressa à M. de Richeliea, qui était au théâtre» et oelvra lui répondit :
— Les gentilshommes sont seuls juges de votre conduite. L& public et madame de Bourbon peuvent vous condamner ou fous absoudre à leur aise, sans que oda doive influer sur notre décision. Nous avons jugé que vous méritiez la prison; vous irez à la Force.
Moreau en effet j passa huit jours.
La seconde anecdote eut lieu le 27 décembre 1787, h la Comédie-Italienne. On donnait la première représentation des JPrtmnMrt oii^lBÎt, paroles de Desfontaines, musique de Grétiy. La pièce avait été sifflée jusqu'au milieu du troisième acte, malgré une belle musique, lorsque arrivés à ce point les spectateurs refusèrent d'en entendre davantage. Ils se levèrent en masse de toutes paris, tournant le dos au théâtre, et demandant une autre pièce à la place de celle qu'ils venaient d'enterrer. Force fut de baisser le rideau. Au bout de vingt minutes on le releva, et un acteur nommé Thomassin vint proposer de jouer Is ¥orl tufpoti. On repoussa cette pièce; mais le duc de Fronsac, et M. des Entelles, commissaire royal de ce théâtre, présents dans les coulisses, imposèrent aux comédiens de jouer eette pièce, disant que ce n'était pas au public, mais k eux à diriger le spectacle. Un acteur, nommé Raymond, qui avait un rôle dans la pièce, s'enfuit aussitôt en disant quil tw voulait poi Ititter aoec le taimaul c'est ainsi qu'il appelait le parterre. Plusieurs autres acteurs manquèrent aussi. On ne put donner la pièce, et on vint proposer à la pkce kSéfvanU maUrme. Le
Ul PAnONS DE LWUM.
public la ifÊaUi encore; mais le duc de Fronsac l'Ayant impo* •ée, les aeliiifs a'hdiUlèniit el œlièreat en scène.
A peine mtdemeiselle Renaid et Ghé&ard, aetenn de la pièce, eurent-ils paru, que le plus grand vacarme se fit entendre. parterre outré l'était lefé en masse et ne cessait de vociférer. AusBÎtM on fit entrer dans oet endroit cinquante gardes, la baïonnette au bout du fusil. L'exaspération redoubla à cette fue, el mademoiselle Renard efirayée se trouva mal ; Chénard, an contraire, narguant le parterre, s'avança vers loi, dit quel» ques mots grossiers, lui fit les cornes, et se retira. A ces paroles , à ce geste insolent , les cris éclatèrent de toutes parts. On appelait Chénaid aveo ftirenr: on voulait qu'il parût. Dans M moment l'ordre parvint aui soldats de fiiire évacuer le parterre , ce qui s'exécuta brusquement à Tinstant; mais tout le reste do public avait pris parti pour lui, et les cris et le tumulte continuaient. Madame Gontier, doyenne des actrices, s'élança alors sur le théâtre, se mit II genoux, les mains jointes, en demandant grAce. On lui cria que ce n'était pas à elle qu'on en voulait, mais à Chénard, qu'on continua d'appeler à grands ans* Chénard avait disparu. Un de ses camarades. Rosière, vint l'annoncer. Aussitôt de tous les coins de la salle ou e'éoria : « A genoux! » Hais Rosière, se redressant à ce mot, se borna à due que la comédie était désolée d'avoir déplu au public, et qu'elle était disposée k faire tout ce qui lui serait agréable. Un des spectateurs lui dit alors :
««- Nous voulons bien vous &ire gréce persounellement; mais pour mémoire de votre offense envers le public, et pour expiation, on vous ordonne de donner aux pauvres tout l'ap gent de cette représentation.
U FOflCR.
. Aussitôt un «pplaudissement uaÎYersel couronjoa cette propQfîtîoii. Aofièie te retira pour part ces paroles à camarades, tt, ayant reparu, il vint témoigner de la soumission de la Comédie; mais il ajouta que les acteurs n'étaut pas les maltm, il iaUait qu'ils fussent antorisés par leurs supérieurs. Cette réponse ayait été dictée par MM. de Fronsac et des £utdtes; le même spectateur lui répondit alors ;
Le public est votre mettre suprême, et vous deres vous soumettre k son arrêt, qui est irrévocable.
Aosiiie se retira de nouveau, et cette fois il ne reparut plus. Les spectateurs, après avoir attendu quoique temps, demandèrent la réponse. La toile ne se releva pas. Ils redoublèrent te tumulte; personne ne parut. Dès lors les jeunes gens de Fordiestre escaladèrent le théâtre, mirent l'épée k la main, déchirèrent le rideau, et envahirent la scène; mais ils trouvèrent sur os lieu les soldats rangés en baie, qui les empêchèrent de pénétrer plus avant. Ik demandèrent Chénard, et Vun des tapageurs le croyant à la force, parla des frmnnien [rangaUt pnr allusion aux Mmmm miglaii qu'on venait d'essayer de représenter. Le sergent assura qu'aucun comédien n'avait été arrêté. Le feàt était vrai. Le duc de Fronsac ayant entendu les paroles du spectateur qui méprisait l'autorité des gentilshommes, voulut prouver au public que, loin d'être le mettre suprême, il n'était le maître qu'après euj(. £n conséquence, comme on menaçait d'un nouveau tumulte pour la prochaine représentation, il autorisa la Comédie-Italienne à ne distribuer aux bureaux que trois cents bitiets, et k donner tous les autres à ses partÎMns: il fit tripler la garde de la salle, et jouer une pièce dans laquelle Chénard avait un rôle, aûn que sa présence
témoignât qu'il n'avait pas été mis en prison. Cette représentation eut lieu le 29 déeembre. Malgré les piécauticxi» prises» dès que le parterre vit paraître Chénard, il exigea des excuses. Celui-ci dit qu'il n'en devait pas, et nia avoir manqué au public. Plusieurs voix crièrent avec colère : « k genoux! » liais Chénard, loin d'obéir, continua son rôle comme si de rien n'était; et comme les mêmes individus poussaient enc<Nre le même cri, des soldats s'élancèrent et arrêtèrent un jeune homme qui paraissait diriger ce groupe. On le mit aussitôt dans un fiacre qui stationnait à la petite porte des acteurs. À peine y élait-îl, qu'il vit monter à côté de lui Facteur Raymond, et tous deux furent conduits à la Force.
Conséquents dans leur système, les gmtilshommes de la chambre avalât puni Moreau que le public avait pardimné; pardonné et soutenu Chénard, qui avait offensé le public; emprisonné un spectateur qui usait du droit reconnu à cette époque, et l'acteur Raymond, qui, refusant de jouer une pièce malgré le public, s'était enfui du théâtre en témoignant sa crainte du parterre. Cest ainsi que les théâtres royaux étaient dirigés dans ces temps-là, et que ces autocrates coulissiers imposaient leur volonté, quelle qu'elle fût, à quiconque se trouvait sur leur chemin.
iSous avons annoncé un prisonnier extraordinaire dont la place ne devait pas être dans cette prison. Ce prisonnier était l'abbé de Bardy.
Cet abbé, originaire de Montpellier, vivait dans cette der- . nière ville, avec sa mère et son frève, auditeur à k cour des * comptes. Ses penchants au libertinage l'avaient déjà rendu le héros de plusieurs aventures scandaleuses. £n vain sa
U lORCB. S»
Hière, donee et bonne créature, ayait-eUe tenté de ramener
son fils par tous les moyens qui étaient en son pouvoir, elle ayait échoué, ainsi que l'auditeur, indulgent et bon pour lui. L'ahbé de Buàj se Umit sans réserye à tous ses vices. Les grisettes de cette TÎlIe étaient k cette époque une réputation de beauté et de coquetterie qui n'a pas dégénéré. L'abbé de Bardy les poursuivait iiabituellement, non de son amour, mais de ses pièges. Une d'eUes pourtant avait résisté h tous ses manèges, et l'avait éconduit honteusement, pour un jeune étudiant en médecine qu'elle lui préférait. L'abbé, furieux , avait juré de se venger sor son rival. L'occasion ne se fit pas attendre. Dans ce pays tout poétique, où les nuits d'été sont si belles, l'usage était établi par les amoureux de donner des sérénades à leurs maîtresses. Une nuit l'étudiant était à faire de la musiqpie avec quelques amis sous les croisées de la grisette, lorsque l'abbé de Bardy, qui était aux aguets, s'élança au milieu du groupe, frappa l'étudiant d'un coup de poignard, et s'enfuit. La nouvdle de cet assassinat se répandit dans la ville, et Tabbé filt obligé de se cacher; mais grâce aux prières de son Irère et de sa mère , et à l'influence que lui donnait sa parenté avec les Ségoier. on parvint à assoupir l'affiiire. Pourtant l'abbé fut obligé de quitter Montpellier, et il partit pour Paris. Ce n'était encore que le prélude de sa vie. En passant à Lyon, oii il s'arrêta quelques jouis» il enleva la fenmie d'un procureur, avec laquelle il vint vim à Paris. Dès ce jour l'inconduite de l'abbé ne connut plus de bornes ; et il prit de la double passion des femmes et du jeu ce qu'il y avait de pire . c'est-à-dire la débaucheet la friponnerie. Alarmés de cet état de choses, sa mère et son frère firent laire toutes les démarches auprès de
uBfmmmvwoBOHL
lui pour l'engager à changer, et lui offrirent dan» œ cai payer ses dettes et de lui assurer une eiigtwc^
L'ahbé accepta, et m frère Teoditeur pwlil auaaitèi pour Tenir h Paris arranger ses affaires. Là il vit l'abbé, qui feignit d'être entièrement converti, et promit à «on frère de lui frûre un avea complet, et de le suivre ensiiile à Montpellier tupièi de leur mère; mais à la ûn de cette entrevue il lui déclara qu'il avait un besoin ur|;ent de mille éoos pour acquitter une dette oompromettanle; le frère oonsentît è le« lui donner, al s'engagea à les lui appcffter le soir même, dans une maison que l'abbé lui indiqua, et qui était celle qu'il habitait aiio sa maîtresse. En effet, l'auditeur heureiaparla pemiéedelaeonvmieD de son frère, se rendit le soir même au lieu indiqué. C'était le 15 janvier 1787, Le IS, l'auditeur n'avait pasrepamàsonbùteU et l'abbé, ainsi que sa maltresse, n'étaient plus dans leur a|^ parlement. Les voisins, inquiets, allèrent prévenir la police; ou ouvrit, et l'on trouva le cadavre de l'auditeun il avait la 4Ma coupée, et son corps, horriblement mutilé, était à moitié dans une malle où l'on avait fait de vains eôbrts pour le ûuie conte' nir. Le bruit de ce crime horriUe sa répandit dana tais» et souleva d'horreur tout le monde. On demandait vengeance de cet atroce fratricide» et la police «e mit en efiet à la peuT'* suite des coupables. Hais on disait tout haut que l'abbé de Bardy, proche paient des Séguier, serait soustrait au sup-
plice, et niis4ana une maison de oeneetion (9) • lin affiat» anM peu de temps après, l'abbé, conduil à la Forée au Uea d'èire
mis à la Conciergerie, n'essuya que la douce captivité des pri« sonniers civils» et ne sa ni condamné k Atie pendu que b 10 janvier i79i. On avait commencé par éteindre son aflwe»
UlOiCL H
qui» idhiiiiée pli» ivd» tiom de la eomplaisanee daot ses
juges, qui admettaient tous les incidents, toutes les chicanes que Tabbé de Bardy se plaisait à soulever. Aussi il était encore à la Force lors des massacres de septembre, sous le bénéfice
d'un appd de sa sentence. Nous le retrouTerons à cette époque.
Le 13 juillet 1789, le peuple s'étant porté anx prisons, déli*
m plusieurs prisonniers, parmi lesquels étaient quelques-uns qfi 'û ne désirait pas rendre à la liberté , et qui profitèrent de cette ciroonstaniD^ pour sortir. Le 14, jour delà prise de la Battille, le peuple revint aux prisons, et surtout à la Force, voisine du lieu du combat, et qvi d'ailleurs renfermait les dattiers» gens purs de crime, et dont on fit des combattants. A l'abri de leur délivrance, plusieurs autres prisonniers se sauvèrent encore, mais ils furent réintégrés peu de jours après. A la suite de l'Immense événement de la prise de la Bastille , qui inauguranotre révolution, les comédiens, rentrés dans le droit commun, montèrent au rang de citoyens, et échappèrent à cette juridiction arbitraire et capricieuse des gentilshommes de la chambre. On ne les emprisonna plus. Dès lors un département entier derint libre à la Force. On y mit les prisonniers de toutes sortes. La liberté individuelle commençait à poser ses racines; la prison de la Force s'en ressentit, jusqu'au moment oh, comme toutes les autres, elle derint une prison rérolutionnaire.
Nous avons en sous les yeui, à la place des registres d'écrou de ces temps-là, les registres sur lesquels sont consignés les
rapports de police. Ils sont écrits avec beaucoup de soin , contiennent la mention de l'autorité qui a donné les ordres, les
ai' PRISONS DE L*EURO». '«éîi.^-l*^
inotîfb et la suite de remprisonncment. Us sont au nombre de trois. Us commencent à la date du l*' noTembre 1790, et mit jusqu'en 1792. les motife prineipatn eiprimés sur les registres sont le vol, les querelles, le tapage nocturne, le vagabondage, la mendicité, et l'infiraetion aox r^lements de police par les filles publiques. H y a aussi quelques soldats réfifaetaires qui figurent sur les écrous et quelques personnes enfermées sur la demande des parents; le plus grand nombre, après les voleurs, sont les indifidntqai ont insulté la garde nationale, on tenu des jeux clandestins sur les places publiques. Chaque personne arrêtée est renvoyée devant un tribunal ou mise en liberté dès le lendemain. La légalité est scrupuleusemeiit observée, et ces registres constatent déjà les pas de géant qu'avait flûts le grand peuple. Nous avons aussi cette fois relevé quelques écrous qui
nous ont para saillants, ou viwient à l'appui de oe qoe nous
avançons.
« Section de Montreuil. — 2 novembre 1790. — Le nommé Louis Marchai, ci-devant postillon de M. le duc de Biron, a été * anétérnedeCliaronne,pouravoir jetéeipièsderaigentdans la rue, et avoir dit que c'était pour les âmes du purgatoire; qu'il avait trois livres à dépenser par jour. U a été conduit à la Force, d'après ces propos qui l'ont rendu suspect. — Le 6, liberté sur réclamation. »
« Section Saint- Eustache. — 7 novembre 1790. — Le nommé Eustache Ëmery a été déposé à la Force; s'étant présenté au comité pour solliciter du travail, étant sans domicQe et sans ressources, et ne demandant pas mieux que de travailler. ~ Le 8 en liberté, sous condition de retourner chez lui avee un passe-port »
LA FOaCB. SI
▼oici récrou assez Msarre d'un mendiant.
« 2 juillet 1791. — Louis Phellipeaux, mendiant sur les mains. Cet homme insulte les femmes, auxquelles il demande l'aumône, ameute tout le monde, n y a quelque temps, demandant la charité à on garde national qui passait au Luxemliouig» il lui prit la jambe qu'il a motdue. — Le 4 juillel envoyé au tribunal de polke. ji
£n Toici quelques-uns pour délits de simple police :
« 13 novembre 1790. — Charles-Henri, demeurant sous les pilien des halles, a été airôléel envoyé à la Force, pour avour été tmuTé oflhmt et exposant les Inres les plus obscènes dans la cour du Palais-Royal. — Le 15 renvoyé au tribunal. »
« i6 décembre 1790. — Pierre Guerrou, terrassier; pour «voir par méchanceté jeté un pot d'urine sur une patrouille» — 27, liberté en apportant les excuses de la garde, et payant trois francs d'amende. »
«r 17 novembfe 1790. — Les nommées Thérèse» couturière sans ouvrage, Thérèse Dubois, blanchisseuse, Marie-Madeleine» couturière, ont été arrêtées et conduites à la Force, pour avoir été trouvées srrwifsi sur la place du marché des Innocents. •
Cest le seul écrou de cette nature que, par rapport aux expressions, nous puissions consigner dans nos pages.
Après les délits de simple police, nous croyons devoir don» ner ici le rapport de l'arrestation pour vol.
« 7 novembre 1790. — Rapport du nomm(^ Jean-Baptiste Godard, servant les maçons dans ki rue de Grenelle Saint-Ho- MHé, chei le sieur Boulange, logeur. A été arrêté pour avoir voulu voler le mouchoir du sieur Ferrand, ditRoMiud, carrier; que ledit Godard a déclaré foxrt U métier de voUwr depuis quel- -
Vf. ^ »
M LES PRISONS DK I/BimOPB.
que temps, et être associé avec une troupe de pareils Tolem qu'il m QQundi que do vue; mais qui sftrastwblept tous les miltttBiirlMgaioiisduLwmpopra^fiar^^ hsYolsdeia
veille; que d'upris celte dénonciation et un ordre du départemflBt de k poUce, l«s ooiiunié»* âW» (jftu amobce de Tiniftt-fiafttpeliMliélé ané(és8iirl«0u»ii dmlMuet «I ûoiidiits i la
Force, etc. »
En marge ert metitt<Mmée leig ociirtaiBiKrtian
Le rapport suivant est remarquable par sa date, et prouve que k justice était égale.
« 27 juiu 1791. — Jean-Claude Dellot, marchand tailleur, arrêté rue SaintrMartin, à côté du corps de garde, ett face de k rue Maubuée, pour avoir causé du scandale pendant que k procession de Saint-Leu passait, ayant refusé d'ôter son cba-' peau de dessus sa téte, quoiqu'il y ait été invité par k garde à trois reprises différentes, et ayant d'aiUears bit lésiskttDS h la garde» — Liberté le 30. i»
En voici un autre non moins remarquàbk :
« i** juillet J791« — Bernard Xictor» arrêté pour avoir dit» ainsi que des particuliers l'ont déposé, et crié dans les rues* la
trahison de M. de Lalo^etle, ce qu'il a crié. — Liberlc, » Skjwlkl»!»
Ce rapport est du petit nombre de eaux qui touchent à la poiitiqfii jNgus avomi réuni tous «eux qua nous avons trouvé» damiss trois rufistces. On va voir combien ik sont peu nonip, lireiu :
K novasibra 1790. ^ Jaan-Baptista Sniesl Gauthier a êà^nHà «l envoyé à k Force pour avoir l^n.do^ fto/fos aé*
dîtioui et Iriîîj-malhonnôtes contre le roi, l'Assemblée nalio*' nale, dans un ca£è de k .rue Moutoa^ et pom ^6Éréi^|Myiiditeii.iiiTeeyMe flontit k gttide Mtionale. »
If 16 déQômbre 1790. — Michel Jielaume et lean-Baptisle Imirait^eoiiijfMigDOE olootiep» smowtige, et Jeaii*^!»^ de le Maison, oui été enétés peur 9*étre'rép«idiift en liiYfte^' Uvefi tâot fioaUe la municipalité que contre M. {)elafout, corwmil du IniiMa des |iaese^;>offts« à caine do leur ett délitrer, pour avoir trois sous par lieue, attendu leur début de domicile dopuis six mois; que ledit Delaume a été eB¥ojé à k Force, attendu .k dépositicm de k vedre BirrOt», leifoeUe a déclaré qu'il lui avait fait part d'un projet df contré" lévotution, et qu'il avait reçu de l'argent de l'abbé Maury; ledit Uttireat aétérekié, jet kdit de k Maison déposée» tlelon, jusqu'à ce qu'on ait pris des renseigneaicnts, — ^ 18 décembre^ liberté. »
« 97 juin 1791. * François Dubois, compagnon menuisier, François Bayard, dit Capucin, arrêtés pour avoir, étant sur le quai des Tuileries, cherché à ameuter le peuple pour forcer les sentinelles, pour pouvoir pénétrer dans le jardin des Tuileries, oii, disaient-ils, on trouvera de l'aigent. ^ 28 juin, envoyé au tribunal de police. »
•f Î8 juin 1791. — Charles Latour, domestique, arrêté à la ckmeur publique (il y avait un grand attroupement), pour avoir, éknt dans k place du Carrousel, méprisé k cocarde nationale, et en ayant une à la main , s'être permis d'eu frotter son derrière; l'a jetée par terre et marché dessus, en disant qu'il marchait sur la nation, qu'il crachait sur sa cocarde. Cette inconduite a déterminé le peuple à vouloir le pendre, ce
m LES PBBOM DB URlMn. -
qui amît été aécoté, sans le neoan de la ^ude aatioMle.
— 1" juillet, renvoyé au tribunal de police, w
Tels sont les seuls vestiges qui annAp^i^nt ]a prison politiqae à la Fora. C'est une choae à ramaniuer que la modéra- . toi du parti rérolutioiiiiaire, qui pouvait tout alors, en Mt d'emprisonnement. Le 20 juin ne laisse aucune trace sur les ngisirai de la prison de la Foroe; il n'y a pae un seul prisonnier politique. Ce n'est qu'après le 10 août » qu'apiès la déchéance de Louis XVI, quand l'Assemblée nationale et la Commune furent revêtues d'un pouvoir légal et ionées de goufetnei par elles-mêmes, qu'elles firent emprisonner à la Force les ennemis de la cause révolutionnaire. On a vu, du reste, par les pièces inédites que nous venons de citer, qu^ était à cette époque la physionomie de cette prison. Ifoos dkmi k foir changer tout à coup.
Prisoooiers k 10 août. — Quarante voleuiet. — Webcr, frère .de lait de Marie- AaltlMllt.^LeboMi MalkM dtUvnwnMtt Cndlle DewnoMMni.— Kégt— dttepriiMi.— G«WB«ibMMdaM II mur î lniiwwr nt !■ fnwniii îrangMi —
Écroa de la princesse de Lamballe M d*ialNi dîmes de la cour. — IMoonciation dt Nicolas Bien-Aimé. — Préludes des massacres. — Oronds juges du peuple. — Vinglquatre femmes mises en liberté-. — Jugement et massacre de l'abbé de Bardj. — Rulbières, la Chesnaye et autres. — Interrogatoire et acquittement de Weber. — Sennent qu'on loi lait prUer tur les cadavres. — MatboD de la Vareoues acquitté. ^ lii fÊlmum ét LwibiHti — iWÊUiftkm imimiiiifcft. — QiMiMtal*ap«vdiM. ->flft iMt it MU «Mv. — lUdaiM d« Lowaidal. — L» pcmiquier de U ptace Saint-Antoioe. — Tlifl* m Temple et aa PaUf-Royal. — Pin de la pramenade. Mort des principaux massacreurs de la princesse. — Procès-verbal concemnit In t^^tc^ » Lm abbés de Botheux et Plaust acquittés tous deux. — Fin des massacrei. « BHHBilé de H. Iripicf . — Le peintre David. — Nombre de» priMnoien.
QudqiMS Joon après le 10 août, les priaonnien politiques abondèmt à la Force. Ce fàrent poor la plupart desnoUes ou
des hommes qui par leur position ou leurs opinions devaient être suspects au nouveau gouvernement, des gens qui avaient combattu aux Tùileriea avec les Suisses; enfin, des voleurs qui avaient fait main basse dans les appartements. Dans cette dernière catégorie, il y avait surtout des femmes. Le registre d'écroa de la petite Force en signale quarante.
us
LBS mSONS DE VBOMB.
Parmi les prisonniers les plus importants étaient Webcr, MalhoD de la Varennes, le chevalier de RhulUères, frère de récrÎTam mort un an anfMraYani, de la Chesnaye, un des oom* mandants de la garde nationale parisienne, qui s'était trouvé aux Tuileries au 10 août; de Saint-Brice; Ghamilly, yalet de chambre de Louis XVI; l'abbé Bertrand, frère de l'anden mlnislre Bertrand de Molleville; le Barbier de Blignères, vicaire apostolique; Flaust, curé de Maisons; Lagardelte, chapelain, au Marais; Étard, curé de Cbaronne; Bottes, CQié dt Lyon; d l'abbé Bardy, dont nous avons déjà prié.
Weber était Autrichien, et frère de lait de Marie-Antoinette, n étatf ^nu s'établir en France d^îs le mariage de cette princesse, et, par dévouement pour elle, s'était fait grenadier dans la ^ude nationale» Aoélé apiè» la 10 aoùi, il fiiioondnit u la Force, et mis dans Ta chaimbre dite de Coùdé. Il nous a laissé des mémoires sur tous ces événements (4)«.
Mathon de la Varennes élût un avocat assez célèbre, b<^a et
jronlrefail. Il a laissé aussi des mémoires sur sa captivité. Écroué le 19 août à la Force, il fut mis sur sa demande avec tes prisonniers de la dette, où il présumàît qulTSer&ftiâfeat'.
Mais déjà à celte époque tous les prisonniers étaient confon-
dos. Mathon . de la Vareon^ ne ù^mk d'écrire et de dbecciier des protecteiim qui le fissent interfog^t «I âeigir. Parmi toutes
les personnes auxquelles il s'adrei»sa, et dont la plupart avaient
été m (M^U et ses obligé w w ainis» seule s'occupa de lui, ce fut Camille Dennoulîas. Or voici comment ils avoicnt
fait connaissance, En t790, .CaipUle De:>mouUos avait signiUé Siwaon, raséauteuTt cmme temoit. eh^ tni un c^ide d'aria» torrates. Sanson prit la (ibfm au^rie^j^, et^^oAt ré^lu de
faijr^ ua procès k Douttoulios» choisit Matbon de la Vareimes pour ayooat €ékiMtt« eo eff^U plaida pour lui« ai obtint coatra Degmaolg» une condamiatian awei aéfèra. €e foi précisément à cause de celle circooMauce, qui lui avait peraiis d'apprécier le MUa maolèie da aoft advarsaîre» qu'il aa craint pa» de lui écrire pour réclamer son influence et sa protectiou. Camille Dc&moulios était à celte époque secrétaire du sceau* et d^ aaû ialime 4a Xtauloo. alors minislia de la justica. Voici oa que dit Malhoa de la Varexmes, à cet é^d, dans ses mématf€s ;
a La MBiibla tamaiiliiii» aonlie lequel j'avaiaiiûtproiUHDh
cof eû 1790 des condamnations fort désagréables, et que je devais mira moa aauettit s'éleva au-dessus da tout ressentimsntill oaffteDmoiqu'uahomma ^ biso persécuté, et fit tous ses eflorls» etc» »
Osa eft>rts tosat vains, at Matbou de la Varaimes resta au piisoB jusqu'aux massacras, oh nous le retrouverons*
Dans ce leraps-là Tordre et le régime de la prison étaient entiènoaut ahaagés « et laissés aux soins et à l'arbitraire du coucierge, nommé Badt. A eept heures du matin les portes des cbainbras étaient ouvertes. Les prisonniers descendaient d#BS lescouiik et passaient la journée à aansor, kjouar« ouàiece-^ voir des visites, ce qui leur était facilement permis. Ceux qui le voulsient remontaient dans leurs chambres» et pouvaient éciîiisaiii'oQCuperà autiacbose. Seulement toutes les letires qu'ils envoyaient ou qu'ils recevaient du dehors devaient être déoncbatées pour qu'on an prit connaissance. La fourniture. éUt asses négligée» mab la pistole était en grande vigueur, et . \(m^ le nouv^ imdQ qu'uvoieiil trouvé leb prisonniers de la ,
Force. Il y «Tait panni les àëéaoÈ pour dettes deux cnisiiiien,
dont un nommé Magnen ; le nom de l'autre ne nous a pas été conservé. Ces deux hommes obtinrent du concierge l'aulolisation de préparer les aliments poor les prisonniers. A l'aide de pierres provenant de démolition, ils élevèrent dans les cours deseqpècesde cuisines, se procurèrent, par leurs femmes» qu'on laissait entrer et sortir librement, les vivres et ustensiles néceasaires, et alimentèrent la table de tous moyennant trois francs par jour. U y avait en outre un noouné Constant, ancien ooif> feur, qui avait quitté son état pour exercer celui d'homme tath vage avalant des cailloux et dévorant de la chair crue. Il avait commis une indécence telle sur ses tréteaux, avee une femme qui voulait aussi passer pour sauvage, que traduit avec elle en police correctionnelle , il avait été condanmé à deux ans de prison. Il lui restait encore deux mois à fiure. Le concierge, dont il s'élait fait aimer, lavait mis à la prison de la dette avec tous les prisonniers que nous mentionnons. Là il avait repris son ancien état et levé boutique, pour accommoder la tête et le menton des prisonniers, qui songeaient à leur toilette comme s'ils eussent vécu dans le monde.
Le régime de la petite Force était moins changé. Une concierge dirigeait toujours cette prison. C'était dans ce temps-là madame Héandre. Comme nous l'avons dit, le personnel ee* composait d'une quarantaine de femmes détenues poor vol commis après le 10 août dans les appartements des Tuileries, et d' une vingtaine de filles publiques emprisonnées par mesure de police. Il y avait en outre neuf prisonnières politiques. Ces dernières étaient soumises à un régime particulier, ainsi qu'il résulte de leur écrou que nous allons transcrire. Quant aux
LA FORCE. êl
autres, ellesélaient en commun, etvivaient, comme por le passé, dans la priscm de police, qui était restée la même pour elles.
Voici la copie matérielle du curieux éerou des prisonniers politiques. 11 est à la date du 19 août 1792 pour les sept premières.
CI Madame DmoMm, première femme de chambre de madame Élisabeth. Sortie le 3 septembre 1792.
i> Madame Bazire, femme de chambre de madame Royale. Sortie le 3 septembre i79à.
n Madame Thibaut, première femme de diambre de la reine. Sortie le 3 sombre 1792.
» Madame Saini-Brice» femme de chambre du prince royal, mise en liberté le 2 septembre 1792, par ordre de MM. TnichoD et Dttval Destaines.
» Madame de Tounel, gouvernante des enfants do roi. Sortie le 3 septembre 1792.
» Mademoiselle Pauline Tourzel, goufemante des enfants du roi. En liberté le 2 septembre 1792, par ordre de MM. Tmchon et Duval Destaines.
» Marie-Thérèse-Looise de Satos de B<mrbon'LambaUe. Gon* duite le 3 septembre 1792 au grand hôtel de la Force.
» De l'ordre de M. Pétion, maire, et de MM. les commissaires des quarante-huit sections.
» Toutes sept conduites dans cotte prison par arrêté du conseil général de MM. les commissaires des quaraute-lmit sections: ordonné en outre qu'elles seront en état d'arrestation et renfermées séparément. »
Nous reriendions sur la date des mises en liberté quand il en sera temps.
Le second éo^ est à la date du 30 août.
us PRilOW DB t*EUROPB.
u Angelique-Euphrasie Peignon , ôpougo de M. de Sepieuit. Sûitie la 8 Mplambre 1708. Nativ» da Paiis; èféa vifl0t el un ans et demi; anvoyée dans cette pii&oQ pogr y étfe déteaua jusqu'à Jiouvai grdra.
i> DeVovdieda MM, toi aiiniiiîrtrttoiiia 4o dépaftamot da police. »
troiaiÀma ast plus laiMcquabla pai sft data; il ai4 du ft aepiembre, époque à laquaUe las massams atatoal 44^ tmoÊ&Êsé dans la prison de la Force.
M Madame Mackau. Sortie avec aa tama da ahambia la i «aptembro 1708.
9 Envoyée dans cette prison avea la demoiselle Adélaïde Robin, sa femme de chambre» prisonnièaa foiontaiw anprèa da sa maîtresse.
M De l'ordre de HM. les administrateius de police, mombM da la aommissioB da mmillanaa et de salut puUie. n
Tel était l'état de la grande et da la petite Force lorsque les journées de septembre arrivèrent.
H DUS avcms d^k dit las aaosas gfoMlas ameuàMiil les massacros; mais il en est une qui se ratlache spécialement h la FofM, et qui mûtiwa aaos doute dans cette prisou leur piok>n« galion jusqu'au 6.
Ifi 'à septembre, alors que les massacres avaient déjà commapoé» un aarlain Nicolas Biau-Aimé, du départeaunit 4a to Meuse, détenu depuis dii mois à l^ Posée , fit une MslaFaliMi de laquelle il résultait que, depuis le tO août, un juge de paii, «enbinié pendant deux jounafae lui» était seveiiu le lendemain de son élargissement voir deux de ses confrèros, el avait distribué en entrant et en soldant aux paUku» des billets
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de cÎDq livrer. Il ajoutait que les vendridi et samo/ii pn^cédents j131 août et i*' septembre) le bruit courait que les prisonmers de?«ieiil être délivrés et armés. Cette déclaration , signée de son auteur, avait été contresignée par Heigner el Jaucourti ei /certiâée yéritablepar Boursault, électeur (5);
Depuis quelques jours aucune nouvelle certaine ne parvenait plus aux prisonniers, soit qu'on ei^t interdit l'entrée de la prisoii ma visiteuni, soit que les visiteurs n'osassent pas jr pénétrer. Cependant une rameur sourde de oe qui s» passait leur était parvenue. Ils avaient appris que les Prussiens étaient en France f et tout oe qpi'il y avait de détenus pouv dette» ou de condamnés correctionnellement avait demandé à être enrôlé dans les armées. Ils avaient chargé dès le 2 septembre au matin Mathon de la Yarennes de rédiger une pétition dans ce sens k l'Assemblée nationale. Celui-ci l'avait faite et l'avait envoyée. Vers les trois heures de ce iour, un bomme^d'une haute taille se présenta au guiahet de \& grande Force, et s'adressont à Si* mon Depinon, dit Joinville, le geôlier qui éUiit de gard dans ce moment» lui dit quelques paroles à voix basse. Celui-ci, sur^ pris d'a&ofd de la nouvelle qu'on lui donnait» répondit au bout d'un moment de silence :
— Qu'ilsviennent s'ils le veulent; pat ma foi, je ne serai pa» aSBSB béC»q|ie d'aller me faire tuer pour quelques prisonniers.
Ce mot« rapporté par plusieurs détenus, alla répandre l'épouvante ches quelifues-nns , mais la plupart ignoraient ce qui se passait. Aussi lorsque vers les çiatre heures les geôliers, courant çÀ et là» appelaient à baute voix les détenus, qui, une fois scfftîs, ne reparaissaient plus, on ne douta pks que cela n'eût lieu par suite de la pétition à l'Assemblée nationale, et
LES PRISONS D£ UEUBOPE.
que ce ne fût pour des enrôlements. Cela paraissait d'autant plus probable, qu'on n'appela pendant le reste du jour que des détenus pour dettes ou des condamnés correctionnels.
Ceux qui restaient se trouvaient seuls à plaindre, et par le dit ils avaient raison, car presque tous forent mis en liberté sur l'heure ou conduits à l'église de la Culture Sainte-Calherine, oii ils évitèrent la mort. Cependant au milieu de ce tumulte inaccoutumé, les prisonniers manquaient de nvres, et, lorsque huit heures sonnèrent, ils furent renfermés dans leurs chambres sans avoir soupé. Ce fut peu avant qu'arrivèient à la petite Force Duval Destaines et Germain 'Rruchon, dit l'homme à la longue barbe. Ils y venaient pour exécuter un arrêté de la Commune*
w A la séance de la Commune du 2 septembre, vers quatre heures du soir, dit l'histoire parlementaire, au moment oii l'on apprend que le peuple conunence à pénétrer dans les prisons, l'Assemblée nomme des commissaires pris dans son sein pour se rendre aux différentes prisons, et protéger les prisonniers détenus pour dettes ou pour mois de nourrice, ainsi que pour des causes civiles. »
Les commissaires nommés furent Danger, Marino» Xames» Hichonts, Leguillon et Houneuse.
La mission de Duval Destaines et de Truchon était d'installer À la Force ceux qui étaient désignés pour cette prison; mais avant de le faire, ils donnèrent à cette mnsion une extension salutaire, en mettant en liberté sur l'heure vingt-quatre femmes détenues à la petite Force. Parmi elles figuraient mademoiselle Pauline de Tourzel et madame de Saint-Brice, ainsi que nous l'avoDs vu sur leur écrou. Cette mesure, dont ils rendirent
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LA FOACE. 45
compte le soir même à la Coi mune, fut pleinement approuvée. Ensuite ils se lendîrentriians le logement du concierge Baolt, et y installèrent, comme grands juges du peuple, Danger, Michonis, Mouneuse et LeguiUon; Pierre Char Ireau, ancien derc d'huissi^, serrait d'accusateur public; et Fieffé, greffier de la prison, siégeait aussi pour désigner les écrous et donner des renseignements. Tous les juges étaient revêtus de l'écharpe tricolore; autour d'eux se pressaient en silence les huissiers des massacreurs chargés de conduire au dehors ceux qui avaient élé jugés, et d'annoncer à TaTanoe la sentence du tribunal. Ce tribunal diasgea plusieurs fns de membres, ainsi que nous le ▼errons.
Jusqu'à l'arrivée des commissaires, les gens qui les avaient précédés s'étaient bornés à prononcer des mises en liberté, n'ajant appelé devant eux que des détenus pour dettes ou des condamnés eorrectiomiels qu'ils n'avaient pas jugés mériter la mort. Mais dès que les commissaires de la Commune eurent pris séance , une espèce de régularité s'établit dans ces sortes de jugements. Le président consulta le greffier, et lui demanda le nom du plus ancien prisonnier de la Force.
— L'abbé de Bardy, répondit Fieffé.
— Qu'on le fuse descendre, dit le président.
Aussitôt quatre hommes armés de piques entrèrent dans la prison, et les noirs corridors retentirent du nom de celui qu'on allait cherdier. Pendant ce temps le président lisait tout haut à ses confrères les motifs de l'écrou de ce prisonnier On n'a pas oublié qu'ilavaitéiéoondamnépour avoir, aidé de sa concubine,, assassiné son frère, dont il avait voulu fidre entrer le cadavre dans une malle. Il avait fait de la sentence un dernier appel
m PRISONS 0£ L'fUROPB.
sur lequel on n a?ait statué encoro. i la lecture de cet écroii, les juges el le» ^edateois duneuièrool ioii^assibki. Rien ne fit connattre sur leur physionomie kw opinion intime» et ils atteodireDt dans un morne silence la «omparutiou du inrisonnier* Unevinlpasde8ttile»poiiiafoirletem|)aésdâi^ ner quelques soins à sa toihtte. L'abbé de Bardj était fort bel homme; instruit des divers hruits qui circulaient dans la pnson, il foulait farattre a?es tousses «lantafea pour en imp»ssTt soit qu'il comparât défaut die ^eos qpi reuTencaient aux armées, soit qu'il se trouyàt en présence d'hommes qui en Tondraient à sa vie. Minuit sonnait qjoaad il eotca dans la chambre où était le tribunal. Le silence de mort qui l'accueillit» la physionomie morne des juges et des assistants, la elarté vaciUante des chandelles posées sur la table et qui brillaient dans l'ombse; les spectateur» qui se tmient debout demèie les sièges du tribunal» fiieni sut lui une impression dont it ne put se rendre maître^ Il s'arrêta et pâlit; sa belle téte perdit de la majesté étudiée fu'il avait «vdinairement; la sueur du lÂche inonda soii ?isa0e# Il releva pourtant la télé par un deniet effort, et voyant tous les regards fixés sur lui comme autant de charbons ardents, il rougit tout à coup, et fit macLinalement deux pas à la voix d» président» q^ lui dit :
— Approchez.
— Comment vous appelei-vous? continua le président. -Bardy.
— Depuis quand étea-vouB à la Feroet
— Depuis 1787.
» Poui qioel motiil
— On m'a faussement accusé d'avoir assassinèmoaiièn».
^ Ttlmmu mn4w^ irow fois k mon?
— Toi^Qm fQMT te mfime mm im\ on m'tmm îijusbN''
ment; j'ai fait appel; deu^ fpig j'ai fait çm^j Jes ftnréte,
=r lise 4« torm» dit (s^Uh ftis^^t feniilipM
— Sf^i? ces arrtHs repdqs par les juges dq despollspe , 4it
fi¥ W «fibiuMl do^imt leqiua je gpw^ Iiiiril>im9)
du peuple, $! je pe pae trQTnp9, YettiUe Iqs pQnflrmer, Victime 4e la tyr^ifi €|( 4ô l'Arbitraire, j'fti.droil il 1» «fmpilto (te U
iI9})9b: fimm ^n^^ i^ur* poisf^e j^ ne b pwvdM
faire autreigept, ^ sop wouyeraeot sublime, et je suis prêU mettre c)^ )es rangs du ppyple pQi^ »«flhw W fe»YV«t
natiai) n'a de sympathie que pour le?l citoyens hoft=; néte^, peuple m XfiJ^ m frahri^i4%| r^^ppodil U
^ Hais j9 ne }ç IRlis pas, je foqi 1^ prQt^; »tlQi|d«» ip'0Q
jl^ge p^on appel, et là je prouverai fpon inpocence.
cqsatenr.
-ï- le ne les ai p^s ici,
— Dit^lçs.
h ni^ garnis 1^ eispii^çT' Q h^im\ vm ^ tmt los
pîècçs sous ]es yeux, çoinrnent^r la procédure; fUmxi^mf te t€imps néce^airg^ ^t je ^ taUi çela.
^ Je i^efs mmmt tpU çpwlwt k l'Abbof q . d tt
l'aQCUsateur public.
. h Çep mqts prési^çnt ge Ioujfm Y§r5 lê^ jug^x TPH§ J»?
h$ LES PRISONS DE L*EUROPB.
chèrent la téte en signe d'adhésion, et il dit d une voix forte, en disant signe aux hommes qni ayaient amené Bardy :
— Conduisez monsieur à l'Abbaye.
Aussitôt les quatre hommes s'emparèrent de lui, et le soulevant presque de terre, l'emmenèrent rapidement, et le conduisirent au guichet extérieur. Ce guichet donnait dans l'impasse des Prêtres, aujourd'hui la partie de la rue des Ballets qui sépare la Force de la rue Saint-Antoine. lA, à la lueur des torches clouées contre les volets des maisons, des morceaux de chanddles disséminés à terre on sur des tas de pierres, étaient rangés sur deux files les massacreurs. Toutes armes étaient bonnes pour eux. On y voyait à côté des bûches et des barreaux de chaises, briller la pique, lafoux, la hache, le sabre et le poignard. Les femmes, en nombre presque égal aux hommes, paraissaient plus furieuses et plus animées. L'une d'elles, Angélique Toyer, qui semblait commander aux autres, brandissait d'une main on sabre de cavalerie, tandis que de l'autre elle agitait une torche dont elle se plaisait à voir les reflets dans son arme encore vierge de sçmg. Jusque-là, en effet, des mises en liberté seules avaient été prononcées, et pourtant ou avait dit à ce peuple qu'on le conduisait aux prisons pour tuer ses ennemis les plus adiamés, ceux qui, conspirant avec l'étranger, devaient égorger ses enfants et ses femmes, tandis qu'il irait défendre le territoire aux frontières: et ce peuple, se levant dans sa terrible colère, s'était armé, avide du sang des traîtres, et n'avait vu dans le massacre que le salut de la famille. Aussi, depuis quelques heures qu'il était là, haletant de vengeance, frémissait-Il de rage en ne voyant passer au travers de ses rangs que des hommes dont l'innocence était proclamée, et dont on lui or^
domiail de respecter la vie. Mais le guichet s'ouvrit cette fois tout à coup , sans que l'inuoceuce du prisonnier eût éié proclamée. Alors un seul cri poussé dans les airs se fit entendre, aussi éclatant qu'un tonnerre. Les massacreurs s'élancèrent péle-môle sur l'abbé de Bardy, qui tomba mort sous leurs coups avant même qu'on eût refermé la porte du guichet. Puis de la foule sortit une voix qui s'écria :
— Il avait coupé en morceaux le corps de son frère, après l'avoir assassiné. Faisons de même.
Aussitôt on se précipite sur lui, on le dépouille de ses vêtements, on fouille dans ses poches, pour en retirer tous les objets qu'on apporte sur k bureau du président, comme à Bicétre, pour que le greffier de la maison l'inventorie, et l'on déchire en morceaux ce corps, dont on porte les débris au bout de la rue des Ballets, pour fbrmer Ui base de la montagne humaine sur laquelle on reçut plus tard le serment des prisonniers absous.
Telle fiit la mort de l'abbé de Bardy ; telle fut Teiécation
qui inaugura les massacres de la Force.
Que si la justice ordinaire edtt été égale pour tous et eût eomgé, par sa fermeté et l'accomplissement de tous ses devoirs, ce qu'il y avait d'arbitraire et d'inique dans nos gouvernants; si nos prisons n'avaient pas caché dans leurs flancs, quand ils n'avaient pas l'impudeur de se montrer libres et an grand jour, tant d'hommes de la trempe de l'abbé de Bardy, les événements et les choses n'auraient pas amené les massacies de septembre.
Les sentences et les exécutions continuèrent. Vers une heure dn malin, six hommes* armés de piques, entraient dans la