‹ Les prisons de l'EuropeChapitre 32 sur 32 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

Oiaal ai» Hiflîlaires en acti?ité » on ost depuis longtemps

dans l'usage de veuir à leur i»eoours, mais pour cela il faut q/OLÛ y àil cMrtaines conditions; que la deite ne soit pas forte# que le prisonnier ne soit pas connn pour un dissipateur, et qu'il soit aimé de ses camarades. Si c'est réellement le ma^ lieur qui «si cause de sa captivité, les oiiiciers payent la dette par les Mains du quarlier-mattre. Si c'est le contraire, Tofficier abaudonné usl obligé de donner ou d'accepter sa démission, éar il est déCandu k tous les militaires de faire môme des dettes eriardeSi

La société générale dont nous parlons fut fondée au commencement du dix«eptième siècle. £lle portait pour titre : So^ mM powr k ÊinMigm$iU el la dédioraaee des àiimm pour dUUi. £lle fui fondée par une dame de Lamoignon, qui obtint pour Cetl0 société d'importants privilèges. Outre son entrée dans toutes les prisons» la société avait le droit de quêter pour sou œuvre dans toutes les églises. Elle tenait des assemblées publiques dans la chapelle du Chàtelet pendant la semaine sainte, et délivrait un prisonnier tous les ans au vendredi sainl.

L'abolition de la contrainte par corps, pendant la révolutien, détruisit cette Société; mais elle fut réor^janisée en 1809, enoore par les soins d'une femme» madame la comtesse de GerVille, à laqu»3lle se joignirent madame Gibon et l'abbé d'Avaux* Depuis elle n'a pas cessé d'eiister^ et de fiiire en sibnee du bien aux prisonniers pour dettes. En communication avec les employés supérieurs de Clichy, elle s'informe des det- • tiers qui sont le plus dignes d'intérêt» et parvient à leur procurer la liberté. C'est de cette manière que vient de l'acquérir, le jour même oii nous écrivons ces pages (17 mai 18^5), un

homme dont la position était digne de fiier son «ttenlioii.

Agé de trenle-deux ans seulement, cel homme, marinier de la Seine, a déjà sauYé plus de soixante penomnes. Une foule de médailles attestent ses tiaits de courage. Sa conduite et la tfoh pathie qu'il a inspirée à ses camarades l'ont fait plusieurs fois choisir pour svndic H est en outre père de neuf pfff^Rn^- Ecroué à Clichy pour une dette , considérahle pour lui, mais minime en réalité, neuf cents francs, il s'est attiré l'intérêt de l'administration supérieure, qui l'a recommandé à la Société. Son oéancier lui-même s'est piété à cet acte de hienfiisanoe, et, persuadé par le greffier, a consenti à réduire sa créance, qui lui a été pa>ée des deniers de la Société.

Beaucoup de personnes font des dons à cette Société. I^uis XVni a constamment envoyé quatorze mille francs tous les ans, et Charles X a continué cette ollrande. La famille régnante actuelle n'a pas sui^ les mêmes enements. Elle n'a pas voulu prendre pour intermédiaire cette Sodété, longtemps présidée par M. de Quélen, à cause de lui, assure-tron. Elle envoie directement au greffe de Clichy ce dont elle veut disposer en veur des prisonnien. On se loue surtout de la hienfiiisance de la Reine. Toutefois nous devons ajouter que M. de Quélen n'a jamais manqué d'adresser à la Société la somme nécessaire pour délivrer un prisonnier tous les yendredis saints, la SoMé pour le soularjenient et la libératim^ des détenus pour dettes poursuit sa i)oxme œuvre en silence» et lait le bien, comme on doit le faire, sans chercher l'éclat et le bruit

Comme nous l'avons dit, il y a dix gardes du commerce à Paris, chargés d'exécuter les prises de corps sur ceux qui ont le malheur de les encourir. En général, les arrestations ne sont

CUCHY.

pas faciles, ot les représcnlanis des créanciers luttent sans cesse de ruses avec les débiteurs. Il n'est pas de moyens qu'ils n'emploient, les uns pour échapper, les autres pour arrêter* Les gardes du commerce sont souvent fort gênés. Us ne peuvent s'introduire dans les maisoos que précèdes des juges de paix, qui n'aiment pas ces sortes d'expéditions. Autrefois mtoe, les débiteurs aTaientdes espèces de lieux d'asile, tels que le Palais- Royal, le Luxembourg et les Tuileries. Aujourd'hui ces endroits ont cessé d'être sacrés. La jurisprudence a été fixée il y aquél^ ques années sur ce point, et rad à quelle occasion :

Un particulier qui pwrle un nom très-connu était sous le poids d'une prise de corps. 11 demeurait rue de Rivoli, descendait tous les matins avant le jour, se fusait introduire par un garçon au petit Café des Tuileries, y prenait ses repas, y lisait ses journaux, y fumait son cigare, y faisait sa partie, y donnait ses rendei-vons, et n'en sortait que torsqae le soleil était couché. Lassés d'attendre qu'il mit le pied hors du jardin aux heures oh ils pouvaient l'arrêter, les gardes du commerce, ne voyant dans la loi aucune prohibition formelle, résolurent d'aller lui mettre la main sur le collet pendant qu'il ferait sa digestion dans le jardin. C'est ce qu'ils exécutèrent ponctuellemenl. Mais le particulier, et surtout un de ses amis qui étaient avec lui, firent résistance, el en Tinrent aux coups. La foule s'aoïassa, les gardiens accoururent; les gardes du commerce n'en lâchèrent pas pour cela leur prisonnier, et on les amena devant le commandant des Tuileries. Celuî-d ordonna de relâcher le prisonnier pour celte fois, et déclara qu'on pourrait à l'avenir opérer une arrestation dans le jardin, en étant venu au préalable lui demander son agrément. Depuis ce temps, les gens poursuivis

par eorps, craignant que cette permMon ne aoit Mlemeot donnée, ne considèrent plus ces endroits comme des lieux où leur personne puisse 6tre en sùre|é.

Un garde du commerce étail une Ibis cliargé d'anrèter un ^ marchand de vins. C'était dans le commencement de la création de ces officiers; ails étaiei|l plus timides et moins habiles, les débiteurs étaient auiai moins tm lenis gardes , de sorte qu'il arriva qu'après d'immenses préparatifs de la part de l'officier ministériel, le débiteur se laissa prendre tout bonnement dans son lit, chose «pi'il aurait pu £aaileB|ent ésiter. La gasdp du commerce, une ibis saisi légalement du cqrps du marphand de vin, voulut l'emmener à Sainte-Pélagiq; mais oelu|-ei lui dit:

n m-est impossible de rien faire avant d'aioir lu U klqnc, et je ne saurais même vqus suivre en pri^n sans avoir rempli cette Ibnnalité. Si vous êtes qn bravc) homme, vous bm permettres de boire un verie de Chabljs» et vou^ trinquerei

avec moi.

— Volontiers, dit le garde du oommerce. le senti tièSfheB'! reuz de ibire quelque ciMsa pouK sous.

— Eh bien , descendons à la cave.

— À hi cave? répéta l'ol&àer ministériel d'un air de dé: fiance.

» Oiil ne craignes rien. ÏÏ^abosd, pour la forée pbjrsique, je ne voudrais pas jouer avec vous. Ensuite ypilà los oleft, ai TOUS daignes que je vous enferme. Enfin, ¥Qus ponms plscfir Tos estafiers oh vous voudres*

Ils descendirent à la cave. Le garde oi|vrit la porte, et mit les cle& dans sa poche. Le marchapd de rins s'appcooha d'im^

GUGiiY. 107

bâfiiqQe, eo tira déni yerreà de vin blaiîb» eitiiiiquaàtoodlài qui allait l'îiicahsére^.

— (Comment trouvez-vous ce vio-là?

— Délieieu]^!

— Eh bieii t iïè n'ait Hëii ëiicoré, et piiis^ùe Jé tais allëJr ëii

prison, malheureusement peut-être pour longtemps, Je veux déguster une bérri(ttie de mubcat de Luiièl que J'ai léç/aiàt et qtii n'est fias éftibdh» i^liuiiëe. Tous allëi toi^.

S'approchant alors d'un large tonneau , il planta dedans son foret, et aussitôt après i'avoilr retiré» j posa le pouce en s'écriant :

^ khi iilon Dièii! je n'ai pas fté tampon pour fioiidièr le trou, et si j'ôte le doigt le vin va se répandi'e.

— Où y en a-t41 un? dit lé g^ttdè en legstdAnl aulëilr deliii.

Là... là.... cherchez bien... car ai ce fin se ):épand» Jé suis ruiné.

Le garde avait bëitt diiBKte; iî në ttoiHUt rien.

— Attendez, s'écria tout à coup le marchand de vins; Je sais oii il y en a un dans cette cave; mais vous ne pourriez le trouver. Tenëc, VonléMOdà Inettte le doi^ au trou dii toniiedlù?

— Vôlohtiers.

— Prenez garde qu il n'en tombe.

— Ohl n*àfeà {ias t)eur... J'dpt»uië t^fort.

— • A la bonne hetirë. Jé vais t)rendre le tampon... Ahl mdii Dieu! il n'y en a pas... Ahl je me Rappelle; je les ai montés dans le panier près du comptoir.. • jé vais les chercher.

— Mais dites doue! s'éeHâ le garde du oôhîmeiéé hâ fitisUit mine de le suivre.

— Oh! mon vin! cria h son tour le marchand... tous allez répandre la barrique entière. Au nom du ciel, ne lâchez pas s c'est du muscat première qualité. Je reviens à l'instant.

Et il partit comme un trait. Le garde du commerce, n'osant lever le doigt qu'il avait posé sur le trou, resta presque malgré lui, et attendit le marchand. Quelques minutes se passèrent sans qu'il le vit revenir. Alors, impatient et n'y tenant plus :

— Ma foi, dit-il, tant pis pour son muscat; je ne puis m'exposer davantage à voir échapper mon homme.

Et il leva le doigt de dessus le trou, regrettant cependant de voir la cave inondée de cet excellent vin. Mais rien ne coula de la barrique... elle était vide. £t le marchand, pendant que le complaisant garde du commerce veillait à ce quo son vin ne se répandit pas, s'était sauvé en toute h;\tc.

Voici un trait qu'on attribue à un mousquetaire, dans le peu de temps que ce corps a existé sous la Restauration.

Ce militaire , avec le courage et la mauvaise tête de l'état, avait voulu prendre aussi les autres qualités privilégiées de ses anciens camarades, les dettes. Il en avait de nombreuses. Mais le temps où les gentilshommes payaient ft coups de bâton était passé, et ses créanciers eurent l'insolence d'obtenir sentence et contrainte par corps contre le noble jeune homme; force fut au beau mousquetaire de se cacher. l\ était heureiisoiiient en congé et pouvait arpenter Paris, ce qu'il ne manquait pas de faire, comptant, d'après ce que lui avait dit son oncle le commandeur, vieil et fidèle émigré, que le roi se ferait un pl.iisir d'acquitter ses dettes. Mais Louis XVIII luimême n'avait plus, comme ses prédécesseurs, la France à fermage; il «fait un budget et une liste civile : il refusa ses

CUCUY.

largesses. Alors le mousquetaire, traqué de plus eu plus, ne couchait jamais deux nuits de suite dans la même maison,

pour dépister les gardes du commerce. Ceux-ci redoublaient de zèle et de sunreillauce, et finirent par découvrir un des demidles du mousquetaire, qu'il avait choisi dans un hôtel garni du faubourg Saint-Germain, l.c mousqueLaire s'étantlevé ce jour-là plus tard qu'à l'ordinaire, c'est-à-dire au moment où le soleil allait en faire autant que lui, eut la précaution, comme il en avait l'habitude , de regarder par la croisée dans la rue. Que ni'il, debout devant la porte et attendant qu'on leur ouvrit! on garde du commerce et quatre lecors. D regarda à sa montre, et vit qu'il n'aurait pas môme le temps de s'habiller avant que l'heure fatale eût sonné. Prenant alors son parti, il tira la clef de la serrure et la jeta dans son feu qui brûlait encore. Puis, soufflant sur les braises, il la fit entièrement rougir. En ce moment, il entendit qu'on ouvrait la porte cochère, reconnut qu'on le demandait, et que le domestique désignait le numéro de sa chambre. Retirant aussitôt la clef rougie avec des pincettes, il la plaça extérieurement dans la serrure, ferma sa porte et attendit. Le» cinq honmies avancèrent à pas de loup pour le surprendre dans son premier sommeil ; mais au moment oii il mettait la main sur la def de la porte, le premier poussa m cri aigu en secouant sa main. Le second, ne comprenant rien à cela et ne voulant pas perdre de temps, prit la clef pour la tourner dans la serrure; aussitôt le même cri de douleur lui échappa. Le troisième, le quatrième, et jusqu'au cinquième, qui était le garde do commerce lui-^mème, essayèrent d'ouvrir et poussèrent le même cri. Alors, comme si une panique les eût gagnés tous les cinq, ib descendirent rapideiuent

us PRISONS DE L'EUROPE.

rëacalier et abandonnèrent leur proie; ne poiiTâni k'ei()U(|^ëè encore ce qui Tënait de leur amrer. Le mousquetairé se SiiàH ekcote cette fois.

Nôui pbumoiis multiplier à l'infini ces dlationsi mkiiiiëlis

en ratons là, après avoir toutefois signalé deui pTb]kis qui n'oUt jamais été mis à exécution, et qui étaient les deux plus ^ands piëges tendus aux gardes du bommérce (ibiiir èeiix qui dbifent {iaèsèr entre ledrs mains.

Le premier avait été conçu par un des habiliiés de fclichy, qui avait réuni, poii^ les consulter , plusieurs individus qui sé Itbuiéieiit dans lë méine cas. H ^d^issàit d'duvn^ ulie sdiiScHption, h l'aide de laquelle on louerait dix hommes à l'année. Ces hommes, entièrement vêtus de rouge, auiraient accompagné les dix gardes dîi commerce partout où ils ser^ieiii allés. L'apparition de ces hommes rouges aurait suffi pour donnei" l'éveil et faire éviter l'arrestation. Au moment où ce fameux projet était eii Tolè d'exécùiion, celui qui l'avait coiiçd fdi énèié k l'improviste, et le projet mourut dans les mdrs dè Clicliy.

Le second était plus sûr encore pour celui au profit duquel il devait être exécuté. C'était M. Ouv^àrd. Il luilança longtemps pour savoir s'il t'achèterait pas les chii^ des dix gardes dd commerce sous des noms supposés. De cette manière, il était sùf de ne p9S s'arrêter lùi-méme. Hais il calcula, sans doute» que son argeiit lie lui rapporterait pas, quoique placé dans dk bonnes charges , ce qu'il lui rapporterait dans ses mains, et il préféra gagner son million par an par ses cinq années de ca^ iliité, ooinme nàus l'avoiis tu.

Notre récit ne serait pas complet si nous nous bornions à dire aeulemeni comment les débiteurs ont niystifié quëlquefeié

les gsita te iKiiiiiMW ^liliîfléf!îfili f|f!9l^

prendre leur rmoche et inystiflent h leur toor 4^it^i9^.

On eu va juger par ce que nou^ aXioj\^

Tkois hoiii|iie9 se promenaient on jour sur U place des Victoires, et jetaient en passant un coup d'œil oblique dans le fonci des cabriolets. Quand ils eurent fait leur inspeclioa, ils se retirèrent sons une porte coehère au coin de la Banque, épb^ gèrent quelques mots et se séparèrent. Deux forent d'un çAté de la place, montèrent dans un cabriolet, et dirent au coclier de les conduire rue de de la Clef. L'autre monta également • dans un cabriolet de l'autre cAté, et s'écria gaiement :

— À Sainte-Pélagie 1

Le cocher brûla le pavé, et arriva bientôt devant la prison

pour (1( ttes. Là les deux hommes arrivés avant lui se présentèrent à la portière. Le cocher descendit le premier; l'homme qu'il avait conduit vint après» et lui dit :

«^Fautril <^e je vous paye votre course, ou préférez-vous que je ne vous donne rien? Cela reviendra au même, car tùt ou tard il faudra en sortir le prix de votre bourse.

r— Que voulez-vous dire? s'écria le cocher.

— Que je suis ^arde ^u çommeree, et que je vous arrête k la requête de H. N....

-r Quelle infuniel c'e^t )|n^ trahisofi indigne l

— Te vous conseille de vous plaindre... vous m'ayez fait ^ssez courir. Étant propriétaire de douze cabriolets pt y pas- «|iit VOS journées I vous changez sur (outes )ps placer ^ et je ne peux jamais yous attraper. D'ailleurs fj ai ps des procédés; je yqus ai coi}4pt ^ Sain(e-Pélagie daiis votre propre voiture»

SIS

LES PRiaONS DE L*£UROPB.

et je vous fois bénéficier du prix de la course qu'il aurait Mu payer à un autre... et à un fiacre peut-être. Allons, entrons; et ne faites pas la mine, car je ne le irK^rite pas.

— £t mon cabriolet? comment voulez-vous que je le laisse là au milieu de la rue?

— Soyez sans inquiétude ; je vais le ramener en m*en allant, et je ne vous compterai pas la course.

Le cocher fut écroué, et le cabriolet reconduit fidèlement Un riche débiteur de la somme de cinquante-deux mille francs, qui pouvait payer sans se gêner, mettait en défaut toutes les ruses des gardes du commerce, et avait fini par aller s'établir h Versailles, oh il vivait somptueusement. T\ ne pou* vait être arrêté là. On ne peut exécuter hors du département oh elle a été rendue une sentence par corps. Cependant le créancier tenait beaucoup à faire arrêter son débiteur, et le garde du commerce y ii;niiil autant que lui. La maison du débiteur était tous les jours surveillée à Paris ; mais il n'y paraissait jamais, et y laissait son domestique, qui seul répondait aux

personnes qui venaient lui parler. Un jour ce domestique se dirigea vers l'embarcadèru du chemin de fer. Il fut suivi par un homme qui, le voyant monter dans un wagon, prit un billet et monta à ces côtés. Nos deux particuliers arrivent à Versailles et débarquent. Le domestique va trouver son maître, et deux heures après ik repartent pour Paris. Dans le même wagon se trouve le particulier qui avait déjà accompagné le domestique, et qui celte fois se trouve en lace du maître. On cause pendant toute la route. Le particulier est un homme charmant, plein d'esprit, de saillies , de mots heureux. Le temps s'écoule avec une rapidité surprenante; et, descendus à l'embarcadère.

CIJCBT* MS

le débiteur s'empresse de prendre le particalier sous le bras, et lui dit :

— Monsieur, puisque j'ai eu l'honneur de Toyager avec vous et de faire Totre connaîasance, je ne veux pas <pie nous

nous séparions ainsi.

— le ne le veux pas non plus, répond vivement le particulier. Vous ne connaisseï peut-être pas Fttris; void un fiacre,

je vais vous conduire.

— le connais par&itement Paris, et je vous en remercie; mais...

— Vous ignorez, j'en suis sûr, le quartier où je veux vous mener.

— Est-ce dans votre hôtel?

— Frécisémaiit. Faites-moi l'honneur d'y accepter à diner sans façon.

— Volontiers; je suis heureux de rester avec vous le plus qu'il me sera possible. Montons.

— A Clichy I à la prison pour dettes ! dit le particulier au cocher qui fermait la portière.

— A la prison pour dettes! répéta le débiteur stupéfait. Quoi, monsieur, vous seriez...

— J'ai cet honneur, tout indigne que j'en puisse être, et votre créancier m'a donné sa confiance et votre dossier bien en règle.

— Ahl je ne me serais jamais douté qu'un garde du commerce...

— Put être aussi aimable?... Que voulei-vous? il faut bien

quelquefois sortir de son caractère pour faire son métier. Mais tr. 40

niaintenant, si vous ybulêkélre aussi aimable qiié tiid, ËdA dépend de vous, et je vous en saurai le plus grand gré. Que fauUl donc faire?

-> Pajrer votre dette, vouft le pouret, el ni'^Mittiner douleur d'incarcérer un compagnon de voyage.

— ÀllonsI je suis pris; je ne puis pas faire aiitremebt. Au lieu d'aller à Qichj. alloiis chez mon banquier.

— J'dime mieux ça.

Le fiaore eut ordre de toucher chea le banquier» et les cin" quante^eux mille francs furent payés sur l'heure.

Un autre débiteur insaisissable paralysait constamment les ruses et les iinesses des gardes du commerce. Celui-ci était un jeune honmie ardent et passionné» mais qui, amant eialté de la lii)erlé, sacrifiait tout ce qu'il avait de génie et d'esprit pour la conserver. En vain les gardes s'étaient déguisés en facteurs des messageries, apportant sur leur dos la sacoche remplie de gros sous, le registre crasseux, et avaient, du plus grand sérieux du monde, demandé M. N..., pour toucher de l'argent qu'ils apportaient; on avait répondu aussi sérieûsemenl :

— n n'y est pas.

Cette ruse manque pourtant très-rarement son effet. Presque tous ceux qui sont atteints de la prise de corps attendent chaque jour un envoi d'argent de n'importe où, et les concierges n'osent renvoyer les facteurs quand ils insistent. Or, comme il faut que la personne signe elle-même sur le r^istre, on introduit le faux fltcieur, qui, au lieu clu bordereau d'envoi; tire un border 'au de frais et une sentence par corps, ^'otre débiteur ayant résisté à cette épreuve, le garde du commerce désespérait. C'est que ce Jeune débiteur avait pour doubler les précau*

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CUCHT.

tioDS qui deyaient le maintenir en liberté, un motif très-poÛH sant, il était amoureux, et se serait trouTé firiTé do bonheur

de voir l'objet aimé, son seul bonheur pour le moment, car cet objet le traitait avec une cruauté désespérante. C'était une actrice très-connae de la Porte-Saint-Martin. Sous ce rapport, Vamonr s'accordait avec les înconTénients de la prise de corps; le débiteur ne pouvait voir la femme adorée que le soir pendant la représentation, et allait ensuite l'attendre bravement à la petite porte du théâtre, où, pendant la route qu'elle était obligée de parcourir pour se rendre jusque chez elle, il lui peignait sa passion sous les couleurs les plus vives. Ce manège ùf vorisait les précautions qu'il était obligé de prendre. Il passait la journée solitaire et caché, à penser à elle, ot le soir, après le coucher du soleil, il se rendait à la Porte-Saint-^Marlin. Cette p^r3évérance, car le jeune homme était là tous les soirs sans manquer, finit parébranlerractrice. Elle jeta un regard de pitié sur lui, et un soir qu'elle se rendait chez une de ses amies oh. un joyeux souper l'attendait, elle le pria de ne pas la suivre, lui promit de lui expliquer plus tard les motifs qu'elle avait d'en agir ainsi, et partit en lui serrant la main. Le jeune homme, heureux de cette douce pression, rentra dans le domicile qu'il s'était choisi, le conur plein d'espérance. Cette nuit les songes les plus riants vinrent colorer son sommeil, et il ne pensa pas une seule fois à Gichy, qui pouvait tout détruire. Le lendemain, de bonne heure, il reçut un billet de l'actrice.' Il crut rêver encore en lisant la signature qu'il voyait pour la première fois. Elle lui donnait, en termes très-réservés, un rendez-vous au café de la Porte-Saint-Martin, oh elle devait le faire prévenir à oqze heures. Le débiteur amoureuxbaisa millefiMS cette lettre, lalut.

US PRISOffS DE L*EimOPE.

la relut, regarda h chaque iostant la pendule, et enfin se rendit bien avanl 1 bcuiv au bienheureux calé. Là, s'impalienUinl. IMTCOurant tous les journaux, regardant tous les passants ao travers des carreaux , consommant tous les petits verres qui pouvaient lui donner une couleuance, il atleudit l'heure en maudissant les aiguilles. £nfin onxe heures sonnèrent. Le jeune homme ne respirait plus. Il s'écoula encore un quart d'heure, qui lui parut un siècle. Au bout de ce temps, il vit une espèce de commissionnaire qui entra furtivement dans le café, et regarda à toutes les tables. Quand il fut devant celle du jeune homme, il s'approcha de lui, et lui dit à demi-voix :

— M'étes-vous pas monsieur N...I

— Oui, répondit celui-ci.

Suivex-moi; je viens de la part de mademoiselle A... Le jeune homme se leva aussitôt. Ils sortirent, traversèrent le boulevard, et montèrent dans un ûacre qui les attendait, et ;^ui roula sur-le-champ.

— Allons nous bien loin? demanda le jeune homme.

— Oui» la course est bonne, répondit le commissionnaire. Nous allons à Oichy.

— À Uichy I s'écria le débiteur en se levant pour ouvrir la portière.

— Ne prenez pas la peine, dit riulerlocuteur. Mes précautions sont entières; j'ai deux recors derrière la voiture* et un sur le siég^ du cocher. Je suis désolé de ne pouvoir vous conduire au rendes-vous de mademoiselle A... Mais comme ce n'est pas elle qui vous a écrit, n a^ez aucune inquiétude. Vous ne la fera attendre.

CUGHT. m

Et, moms henreuz qns le débiteur piMdent, le Jeime

homme, qui n'avait pas de banquier, alla coucher à la prisoo pour dettes.

Qu'on n'aîUe pas ooiie, du mte, en lisant cette histoire,

que l'actrice fût complice de l'arrestation du jeune houiine. Ou se tromperait étrangement, et on calomnierait une des meillenies filles du monde. Le ^arde du commerce avait assisté ki veille à la conversation qui avait eu lieu dans la rue; il avait entendu les paroles d'espérance, surpris le serrement de main» et il avait trouvé le moment opportun pour lancer l'épttre qui entrahia ramouieux dans le piège.

Toutes les anecdotes, tous les petits drames qui concernent les prisonnieis pour dettes, se passent ordinairement à Paris. Les départements contiennent peu de détenus de ce genre, et il y a plusieurs motifs pour cela. D'abord c'est à Paris que se concentrent les (grandes opérations, les spéculations, les industries tfttardes, qui, dirigées plus ou moins bien, finissent par conduire à la prison pour dettes. C'est à Paris qu'accourent tous les jeunes gens à lettres de change, qui dépensent la vie comme l'argent, à pleines mains, et trouvent dans cette nouvelle Babylone les ressources pour emprunter et pour dissiper. Ensuite, la prise de corps est une espèce de mesure exceptionnelle en province. Dans une petite ville tout le monde se connaît, tout le monde a des relations. Avant d'en venir à cette mesure rigoureuse, ou épuise toutes les autres. Les amis cornt muns s'interposent, et si une sentence de prise de corps doit ^ atteindre un commerçant, il tombe à l'avance dans un discrédit tel, que sa faillite devient imminente. Ces diverses considérations ont sans doute empêché qu'on n'établU des prisons &^

ISS PRlSONg DK UEUROn,

eiale9 pour dette». H n'y en a âfos «nonn d4parbsment;

mais dans la maison d'arrêt il y a toujours quelque^ chambre réservées pour les prisonniers de cette catégorie. lU sont plqs ou moins bien» selon que le local le oomporte. Barement cependant, malgré les soins et le bon vouloir de l'administration, ils se trouvent convenablement placés ; on veille à ce qu'ils soient entièrement séparés des autres prisonniers. Cette mesure devient souvent pour eux une grande géne, et il est beaucoup de prisonniers pour dettes qui se trouvent privés de la promenade quand il n'y a qu'un préau dans la prison. La loi n'aocorde, en outre, aux dattiers emprisonnés dans les départements, que vingt-cinq francs par mois d'aliments, au lieu de trente, alloués à Paris. Dans les départements aussi il n'existe pas de gardes dn commerce; ce sont las huissiers eui-mémes qui exéculent les sentences par corps.

|i(ous avons dit qu'on ne pouvait arrêter un débiteur bois du département oà la sentenoe par corps a i&té rendue; &*est on des motifs pour lesquels les contraignables se hâtent de se rendre à Paris, oii iU Q^pèrent éviter plus loiigtemps les arreslatîona et souvent trouver des nMaouroea que la province leur r^se ; et puis enfin» s'ils sont arrêtés à Paris, ils le préfèrent, parce que la prison de Clichy est sans contredit la mqins désagréable à habiter. Aussi comp^t-on par muée np nombre oonsidérable de prisonniers pour dettes appartenant aux départements. Nous en allons donner le chiffire pour les quatre anné^que nous avons relevées.

Noua rappelons qa?il y a eu à Bans e^ 1837, 473 délenna; en 1838, 456; en 1839, .552; en 1843, 574. Ces prisQnif iqr$ ^e divisent ainsi pour leur domicile ;

CUCiiT.

Du département de la

Seine

DesautresdépartemcDts. 287 198 380 381 Étrangers 79 52 51 70

On voit dans quelle proportion sont à Paris les dettiers de$ aatres départements. U n'est donc pas étonnant qu'on n'ait pas cherché à faire des prisons spéciales pour dettes en profince. Quelque élevé que soit le nombre des prisonniers des départements, répartis dans les diverses localités, il doit diminuer conr sidérablement. Nous ne sommes donc pas étonnés qu'on ait reculé devant la dépense nécessitée pour des prisons spéciales. Dn reste, c'est moins à élever des prisons pour dettes qu'à modifier, cofriger ou supprimer la loi, qu'on devrait s'appliquer. Kous avons démontré que cette loi était mal faite, et, qui plus est, mal appliquée; nous l'avons démontré par des cbifiBres, et nous serions récompensés au delà de nos espérances si nos observations et nos preuves pouvaient amener ce que demandent lei)on sens et l'équité.

Quant à Tadministration de Clicby, nous n'avons que des éloges à en faire sous le rapport moral et matériel. Les employés supérieurs sont pénétrés de cette maxime qu'ils ont, pour la plupart, des hommes malheureux à garder, et ils les traitent comme tels. Nous ne pouvons que faire des vœux pour que l'administration de cette prison soit toujours confiée à des mains aussi justes et aussi équitables.

VDf no anàTB]

VOLOIII.

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