M LES FAISONS OB L'BUBOPE
momfint.dt» marchand^»*, je mt réserve quelque chose eommo une réclamatioii.
La Taulade donna, quoique à regret, l'argent demandé. Le geôlier rempooha, et revint trouver son prisonnier, en lui annonçant qne le soir même il loi ouvrirait les portes.
^ Vous tirerez vers le Midi» monsieur , loi dit-il, et moi ven le Nord ; j'ai des parents à Lyon, et je m'y établirais volontiers.
— Itt es un sot» dit Roquelaure; sans moi ta serais arrêté tout de suite, sans toi je ne saurais me conduire. Il me faut ta compagnie et la parfaite connaissance des environs ; il te faut mes {votections et le secours de mes amis* Commence par me procurer une bonne épée et des pistolets. Une fois mes amis |»évenus, nous serons tous deux en sûreté.
— le crois que vous avez iaison« r^liqoale gaélier : on me pendrait, et mon argent ne serait plus à moi.
— J'espère bien , pensa Roquelaure, qu'il ne te servira pas davantage au. cas oti tu ne serais pas pendu.
Le soir venu, ils partirent. Roquelaure était leste, et l'amour de la liberté lui donnait des ailes : le geôlier était vigoureux t éi la crainte de la potence doublait l'élasticité de ses Jarrets. Lorsqu'ils se virent hors d'un bois épais (jui couvrait la ville et pouvait serf ir de retraite à des fugitifs :
—H me semble que tu ne cours plus si ïnea, dit Roque» laure ; c'est ton argent qui te gêne... donne-le-moi.
Le geôlier répondit en riant que le double de pistoles ne loi pèserait pas davantage; Mais il ne put vaincre la complaisance de Roquelaure, lequel, voyant la nécessité de mettre un tacme k ce combat 4a générosité, appuya le canon d' un pistolet sorhjpoîfiiDidisoiirgQide» en lui enjoignant de indre la
U CONCEERG]
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bourse. Le geôlier pâlit; et se voyant joué par le Taurien, restitua l'argent non sans de sourdes menaces.
— Tu pas oontent d'avoir obligé un gentilhomme? dit le chevalier; veux-tu donc que je te massacre? Déddémrat i oous ne nous comprenons pas, mon brave ; et, si lu m'en crois» pour éviter la méaintelligew» ioneste à des compagnons de route, ta retoumens sur tes pas^» en.un mot, nous nous sé* parerons.
I Le geôlier e(»nprit le sens de ces paroles, et plus, clairement encore la persistance du canon de pistolet à menacer son liront*
n prit sa course vers la ville, et disparut au fond des massiis d'arbres.
— Maintenant, se dit Boi|udanre, adiedms un dieval et
tirons vers Paris, où demeure mon frère ainé.
Mais le geôlier était retourné à Toulouse. Il y entra» pleurant et criantvengeance. Le chevalier avait usé envers lui de violence et s'était fait ouvrir les portes le pistolet au poing. Que dire?
iaire contre un homme aussi résolu? La fable du geôlier eut coun dans la vUle. Bon nombre de cavaliers furent envoyés à la poursuite de Roqiielaure, et le lendemain, sur les indications précises de son compagnon de route, le chevalier fut arrêté de nouveau et réintégré dans k prison* Toute la ville s'occupa d'organiser des rendez-vous pour aller voir hrUer l'impie, ce qui ne pouvait tarder.
I Rpquelaure fut bien suipris etbien mystifié lorsqu'il se vit enfermé par le même geôlier auquel, vu sa persécution, on avait rendu son posle en doublant les gardes.
Ahl ah 1 mon gentilhomme, je voua crois bien embarrassé celle fHfi hii dit le sBÔlier ; iln'yapUisdepislolesetphtsd^
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nia» à doper ; mate û y a im fort joU bûcher qu'on dresoe vanceavCapitole.
Roquelaure l'eût rossé de bon cœur; mais c'eût été du désespoir, et il ne désespérait jamate.
— Écoute, lui dit-il ayec une impudence dont lui seul était capable : si mon ami la Taulade te donnait le double, et qu'après m'avoir ouwt la porte tn te sauvasses de ton cM.^ HdnY
— £t d'abord, monsieur, votre ami la Taulade avait vidé ses coffres et ses poches pour faire la somme que vous m'avei
volée. En outre, il n'y a plus de la Taulade à Toulouse. Les créanciers de votre ami l'ont fait poursuivre de Paris même, et moyennant une évocation, ils le tiennent écioué dans quelque prison de la capitale. Voilà ce qu'on dit de lui; pour vous, voire affaire est bien claire, et je crois que vous périrez par le ieu. Roquelaure haussa les épaules et répondit :
— Je ne mourrai pas plus par le feu que je ne suis mort par Teau, quand M. d'Harcourt voulait me noyer avec des boulets au pied.
H avait raison, le drôle; sa famille veillait sur lui, et son frère aîné, voyant Tinmiinence du péril, obtint une évocation du parlement de Paris, c'est4<dire un arrêt de non-lieu qui sauva ce blasphémateur, ce vaurien, selon l'usage. Bien lui jprenait d'être gentilhomme ; un bourgeois y eût perdu dix exis* tences. Roquelaure, élargi des prisons de Toulouse, bien qu'en apparence il fût transféré aux prisons de Paris, secoua ses oreilles au bout d'une vingtaine de lieues, embrassa ses frères* qui escortaient le chariot dans lequel on l'amenait, et délivré des archers, qui avaient le mot, reçut trois cents pistoles, un
LA CONOEaGERIB. 209
cheral et gagna au large. Neuf jours après* il entrait dans un des bons cidMirets de la capitale, par un jour d'émeute fron*
deuse , à quoi il s'amusa comme un diable, irappant ù droite et à gauche» attendu qu'il n'avait encore pris parti ni pour la Fronde ni pour Mazarin.
De la ïaulade pas de nouvelles. Roquelaure se fit d'autres amis» et en peu de temps commit tant d'impiétés» de légèretés, d'infiractions à la loi contre les duels, il fit tant de dettes dans les cabarets, tant de scandale dans les églises, que les meilleurs frondeurs songèrent à le faire enfermer. Mais Roquelaure gardait pour ce moment une détermination héroïque, une parade irrésistible : il se fit mazarin, et mazarin tellement enragé, que le bruit de ce zèle vint aux oreilles du ministre, lequel souriait chaque fois qu'on prononçait en sa présence le nom de Roquelaure. Une fois même il lui échappa de dire que c'était om MoaU garçon que ee Boquéhm.
Le chevalier, sûr d'un pareil protecteur, ne connut plus de frein ; il enleva dos femmes et força des maisons en plein jour, comme si Paris eût été ville prise.
Aussi la reine, à qui Von vint se plaindre d'un scandale déshonorant pour sa régence, et que l'on menaça du courroux céleste si elle ne réprimait les blasphèmes et les impiétés de Ro« quelaure, la reine, disons-nous, fit venir, sans en parler à Mazarin, le prévôt de l'Ile, et donna ordre qu'on enlevât le vaurien. Ce qui fut répété à Roquelaure, et ee dernier, croyant l'ordre émané de Mazarin, tourna casaque aussitôt et se fit frondeur. I^éanmoins le prévôt de l'il^ assaillit son logis avec douze ardievs. Roquelaure ramassa quelques amis et son frère
Biran, soutint le siège, lua plusieurs ardiers; mais, vaincu pnr nu 27
SIO
LES PmSONS DE LmûPE.
le nombre, se laissa prendre. On le conduisit à la Conciergerie pour lui hm son procès.
Il fallut entendre abts les gémissements des bonnes flrondeuses , parmi lesquelles se distinguait madame de Longuo ville. Arrêter un si charmant garçon I pour des futilités, des enfantillages! N'était-ce pas le prétexte sous lequel on dissimulait la vorigoaiice que le Mazarin tirait de son ancien partisan? Pareille chose ne serait pas arrivée si Roquelaure ne se fût aperçu qu'il avait embrassé la mauvaise cause. Un si agréable frondeur!... Bref, le tumulte fut grand; mais Anne d'Autriche insista, malgré les réclamations de Mazarin* dont la eomeiencé avait été surprise en cette affidre.
Une fois k la Conciergerie, Roquelaure fit des réflexions. Son frère lui rapporta que Mazarin s'engageait à lui laisser la vie sauve» mais ne promettait pas la liberté, tant la reme montrait d'achamonent. Et puis, lui disait-on, il y a cette évasion de Toulouse qui aggrave la situation.
Obtiens seulement que je voie du monde, répliqua Roquelaure, et je me ferai une petite existence supportable, tandis que tu solliciteras pour moi. A propos, donne-moi de l'argent.
On permit au chevalier de communiquer avec quelques prisonniers pour dettes qui se trouvaient à la Conciergerie. Roquelaure débuta, sans les avoir jamais vus, par inviter tout le quartier des dôUiert à un repas splendide. Or, le premier ventre qui apparut dans la salle du festin poussa un cri de joie et vint se précipiter dans les bras du chevalier. Cétait la Taulade, un peu engraissé par le chagrin d'avoir perdu son ami et par la nécessité de manger beaucoup pour se distraire. H devançait Theuie de la réunion, en gentilhomme civil et reconnaissant.
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— Corbleu! s'écria Roquekure, puisc^ue je l'ai retrouvé, je fais Hier des jours d'or et de soie.
— Et moi, doncl Figure-toi, chevalier, que la nourriture de la Conciergerie est abominable.
— Mais non, mais non» r^liqoa Roquelaure; je ne sub pas mécontent.
— ïu m' étonnes, mon cher!... lentilles, bœuf, bouilli, mome» harengs, et des pommes, voilà le menu invariable... Le ▼in n'est pas rouge, il est hleu. Tout cela est si peu substantiel qu'on est forcé de se procurer force suppléments.
— ^Tu m'étonnes toi-même , marquis; depuis quatre joui que je suis id l'on m'a donné une fois des perdreaux, avec une sole, des beignets, et des iiicts de bécasses... Une autre fois, du dierreuil, du saumon...» et p,uis de beaux fruits, des pâtisseries. . . Quant au rin, je choisis : Bourgogne rieox, Champagne, Espagne.
— Je suis stupéfait, murmura la Taulade; il y a quelque génie lamilier qui veille sur toi...Tu dois dépenser des millions
•^Moil pas une pistole... et j'avoue que cela m'impatiente...
l« geôlier en chef est venu me voir... je lui ai offert ma bourse, il n'a lait que hausser les épaules. ••
—Oh! mon Dieu! s'écria tout à coup la Taulade en s'^ rêtant à la moitié d'un verre de vin muscat qu'il savourait, la tête renversée eu arrière, car Kûqueiaure, pour donner une preuve de ce qu'il venait d'avancer, avait oITert un échantillon de sa cave.
— Quoi donc? marquis... y a-tril des arêtes de hareng dans le vin?...
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