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LES PRISONS DE UEUROPk.
I dort SOUS la lame d'argent. . . Vous voulez rire. . . Au contraire, un ' bon gros mwaif un comte de Meulan, un riche gentilhomme!
Ah 1 c'est de boane prise, et le populaire aime les proies, vous savez.
— Vniimentl Doyac. tous savez quelqne chose, dit Olivier
fort agité; vous me contez là des histoires de l'aulre monde.
— De l'autre monde en effet; et, je l'avoue... c'est ^e» voyei-voQS, j'ai encore devant les yeux,.»*
— Quoi donc?
— Bref, écoutez ceci : j'arrivai à Paris ce matin, et aussitôt d'aller à la cour... c'était un devoir... je me présente... tons
visages étrangers... Cependant» m regardant bien, je reconnais... devinez <iui7...
«•«•Ifois..-. que sais-je moi? nous connaissons tant de monde*
— C'était chez la régente, notez bien... dans les salles d'audience, parmi ceux qui attendaient leur tour. Devinez... quelqu'un... de l'antre monde, comme vous disiez tout è l'heure.
Olivier devint fort pale, et rej^ardant Daniel avec incjuiétude : — Trouves-ta cela, toi, Daniel? dit-iL ^ Je cherche, messire, je cherche...
— Ah! c'est qu'il y en a beauçoup, hein? dit Doyac... Mais cherchez mieux... Voyons, que je vous aide... une femme...,.
Olivier tressaillit... Daniel frissonna.
— Je ne sais pas ce que vous voulez dire, balbutia Olivier. ^ fil moi non plus, ajouta Daniel.
Je vais vous aider. Une femme encore jeune, belle, aux traits fatigues par la douleur, une femme (jue j'ai vue à vos pieds bien des lois, quand j'avais l'inestimable bonheur de travailler avec vous à rendre heureux notre bon mettre.
L4 OONOBHGeRIB.
* •«•A mes piedil pue femmel oontipua Olivier de plus ea
plus décontenancé.
— Quelle mémoire rebelle 1 poursuivit Doyac. Cette femme, fou» Faimiei, et c'était elle qui ee traînait à vos pieds, parce qu'elle avait une grâce à vous demander.
.~ Ohl dit Daniel avec un ailreux sourixe, que de&nmies nous ont demandé des grâces!
— Celle-là, continua Doyac, était la femmo d'un pauvre gentilhomme accusé de félonie et renfermé au Ple88is-le&-Touis; un beau jeune homme. Us s'aimaient tendrement, et vendit de s'épouser. Chaque jour la malheureuse venait supplier maître Olivier* c'est4-dire M. le ecmta de Meulaa, de soUieit» du roi la liberté de son mari... On dirait que vous vous souvenez...
— Messire» vous répéitu cet absurde conte inventé par mes dinemiSft**
— Un conte? Oh f ce n'est pas à moi qu'il faut le dire... car j'ai bien entendu votre entretien avec ellet le jour oi^ l'on parlait deiMler la prison encombrée... Elle demandait toujours la mémo chose... et, la voyant si belle, vous lui demandâtes aussi une grâce...
-«Ohl ne ries pas, je vous prie, monsieur le gouvemeur d'Auvei^e, votre rire me fait un singulier eil'et...
~ le toia que vous vous rappelés la fin... Je vois aussi la mémoire de ce bon Daniel s'éelaircir peu à peu. Vaincue par les terreurs que vous semiez dans le château, la femme du priaonniar vois dit un soir, sur TescaUer, ces mots que je crois encore entendre résonner à mon oreille : Et si je disais ouif...
Olivier détourna la tète avec un frisson.
Jé dîiais oui aussi» et il serait libre, r^pondites*vouB ea
Digi
LES PRISONS D£ L'EUfiOPE.
montrant les deis de la prison qui pendaient à la ceinture de - Daniel... La nuit fut longue, mattre Olivier... Vous prîtes la
dame par la maiu; elle pleurait à grosses larmes, et vous raccompagnâtes en son logis, après avoir dit deux mots à l'oreille de Daniel... Ces mots-Iè je n'ai pu les entendre, par exemple, mais je sais ce que le lendemain tout le monde se répétait dans la ville : — Le prisonnier s'est étranglé dans sa prison.
Ce fut au tour de Daniel à couvrir d'une main tremblante son visage livide.
— - Ahl s'écria Doyac, avec son rire infernal, c'était ré^e» ment le bon leiiips! Temps évanoui! belles heures dt^ puissance envolées! Toutefois, comme je vous le disais, ce souvenir m'est
revenu plus amer et plus doux à la fois quand j'ai vu dans l'antichambre de la régente maître Coiclier, le médecin du feu roi« mandé comme moi chez la princesse... U était avec elle... avec...
— Qui donc?... mon Dieu!
— Blanche d'Àléman, la femme du prisonnier qui s'étran* gla... la femme qui vous a dit oui, et à qui vous avez dit : 0
sera libre.
— 0 ciel! s'écria Olivier pendant que Daniel poussait un hurlement de terreur... Quoi! elle vit encore, elle est revenue!
elle est à la cour ! Mais on l'a dite morte, elle avait disparu.** Que kisaii-elle?... lui parlait-on? vous a-t-élle parlé?
— Oh! que de questions d'un seul coup! Peste f comme vous reprenez intérêt à l'histoire 1 ... Ma foi, mon cher compère, je ne lui ai pas parlé, je la connaissais peu; et puis sa connaissance me paraissait peu utile en ce moment. Elle eût pu nuire au hm accueil que m'ont lait plusieurs personnes attachées à
LÀ CONCIERGERIE
M. le duc d'Orléans et à M. de Beaujeu... Cependant j'ai remarqué que la régente lui à donné audience avant tout le
monde, et qu'elle est demeurée si longtemps avec cette f»*mme, que l'heure du diner est arrivée. Voua savez que l'on dine à onae heures chez la régente.
01ivi(îr se promenait avec égarement, lançant par intervalles un regard inquiet à Daniel, qui lui répondait par un regard désespéré.
— Blanche ici! murmuraitril.
~ Vous vous alarmez pour cela! poursuivit Doyac... £h! que voulez-vous qu'on dise de cette affaire?... Mon cher, vous
êtes peu épicurien... La femme vous plaisait, et il parait que TOUS lui avez plu... Ce n'est pas votre faute, n'est-ce pas, si le mari s*est étranglé dans la prison?... Qu'en dit Daniel?... vous ne répondez pas, vous m'approuvez?...
— Cet homme me fera mourir, dit Olivier... Daniel, mon ami, hâtons-nous; le chariot est arrivé, n'est-ce pas? Fais-y placer les meubles les plus précieux... Prends nos papiers et k cassette noire, tu sais: — et puis, mon cheval, mon cheval...
Daniel allait obéir, quand plusieurs coups Irappes à la porte la firent retourner vers son maître* » Maître, ditril, voici des cavaliers...
— Quelque visite, interrompit Doyac; je me retire... J'ai lendez-vous au Palais a une heure, et c'est bientôt. Recevez donc mes adieux. Je vais chez la régente, je touche mon arriéré à la cour des cuni[>les . je reç ois It^s Iclicitalions de leurs altesses, et je retourne à Clermont-Ferrand, oh je suis un petit ici»
' disputant le pas à M. de Bourbon, qui m*en veut à la mort. Si vous passez par là» venez me voir. J y mène une vie charmante*
lia LES PRISONS DE rEUAOPB.
Louis XI tout pur; je pends par-ci, je pille par-là; c'est au mieux. Adieu, bon et cher compère Olivier; adieu, Daniel.
Et Doyac s'en retourna au Palais ayec la légèreté de oon* science qui caractérise riiomme de bien.
Les caTaliers postés k la porte lavaient laissé passer. L'on d'eux descendit précipitamment de cheval , et suivît de loin le digne gouverneur, qui marchait sans défiance, suivi d'un laquais blasonné aux armes de ce drôle. Les autres cavaliers entrèrent dans la maison, et leur chef arrivant jusqu'à Olivier :
— Sire comte, lui dit-il, madame de Beaujeu se plaint que vous partiel sans prendre congé d'elle.
Olivier, interdit, ne sut que répondre...
Et vous, digne Domel... ajouta loÛicier, ne me reconmûssez-vouB past...
• — Messire Philippe de Commines! s'écria Daniel: vous!... Mais voyez donc maitre» c'est le seigneur de Commines^ en personne...
Olivier, un peu rassuré, salua son noble visiteur.
— Son altesse madame la régente sait donc mes projets de campagne? dit-il... ExcoflCHioi, messire, je me cèoyaia disgracié.
— Je ne sais si vous êtes disgracié, dit toutà coup Philippe de Commines avec un front sévère; mais à coup sûr vous êtes mandé au Palais... leurs altesses vous y attendent.
— Moi 1 balbutia Olivier... cet honneur?...
— Veuillez me suivre, dit Philippe de Gomminél...
— Au nom du roi, notre maître, ce digne prince qui est mort, s'écria Olivier; au nom de celui qui vous aimait tant» messire de Commines» dites-moi ce qu'on me veut... Ei^ll*
LA OONCIERGCIIII.
qatstrOuA eommmi il se fait qae tous, dont l'aniHié pour le
duc d'Or)«'ans est déjà presque un crime, vous soye9 député par la régeole pour m'appela...
vais vous répondre» et avee franchise. Je ne vous escorte pas au Palais, je tous arrête. Madame de Beai^eu vou^ Udt avoir la gloire de jeter dans les fers eelui que poursuit toute la haine du peuple: mais M. le duc d'Orléans, mon raat^ tre, m'a char^^c de lui procurer cet honneur, et je lui ai obéi. J*ai voulu, aux yeux de mes condtojens, qu'il fût bien établi que j'ai servi Louis XI, mais en homme... non en bourreau... Comment le mieux prouver qu'en accablant celui qui fui le principal bourreau de Louis XI? Olivier le Diable» je vpos arrête.
Olivier croyait faire un horrible rôve. Il vit Gommines lui tkar son ^pée, saisir la oassette que Daniel tenaitdéjà aous son bras^ et ordonner le départ. Machinalement il suivit les gardes, traversa les rues avec un cortège de curieux qui le maudis* salent, et arrivé au Falaisfiit introduit ohei la régente. Yoici le prisonnier, dit Commines au duc d'Orléans.
— PardonnesHnoi, madame, dit le prince, d'avoir prévenu vos ordres en ce qui touche cet homme: mais o'eeten votre nom que j ai voulu le faire arrêter.
— Que me reproche-tron? demanda le Dain, effîrayé de oes préambules.
<— Tule sais, misérable, dit la régente... un de tes amis, un scélérat comme toi t'en a parlé tout à l'heure, l'Auvergnat lk>yac, gouverneur comme tu es comte... un gentilhomme de même façon... A propos... qu'en a-t-on fait?
— il est à la Conciergerie» dit le duc d'Orléans. Le drôle
Oigitized
LCS FBISONS DE L'EUROPK.
demandait un payement! Il le tient. La cour des comptes n'est pas si loin de la Conciergerie qu otf ne puisse prendre Tune pour l'autre.
— Doyac arrétél murmura Olivier... Mais eniin que me feut-on? qu'ai-je fait?
— Tiens! s'écria la régente en appelant d'un signe un huissier; regarde k cette porte, et tu reconnattias ce que tu as fait...
Olivier, comme s'il eût été fasciné par une apparition terrible, regarda, bouche béante et les cheveux hérissés, U figure pâle et menaçante de Blanche d*Aléman, encadrée dans la pénombre du cabinet de la régente.
— il me reconnaît bien, madame, murmura la victime» et ce n'est pas lui qui protestera contre votre justice.
— Qu'ai-je fait? qu'ai-je fait? s'écria encore Olivier.
— Je vais te le dire, continua la jeune femme avec une voix vibrante et solennelle : tt m'as promis la liberté de mon mari si je m'abandonnais à tes inlÀmes désirs. J'étais belle alors; je t'ai refusé avec mépris. Un jour que la nouvelle s'était répai^ due d'une exécution générale dans les prisons, j'ai gagné un geôlier en lui donnant tout ce que je possédais... 11 m'a permis de parler à mon époux... le me suis jetée à ses pieds, je lui ai confessé la souillure dont tu me menaçais. C'étiiit un homme plein d'honneur que mon mari, un vaillant guerrier, qui m'ai* mait avec idolâtrie. Si tu refuses ce mcmstre, me ditril, il me fera tuer dans les cachots, cl la violence ne lui coûtera pas pour te posséder... Si je devenais libre, au contraire, je le tuerais en combat singulier, avec l'assentiment du roi, à qui nous prouverions son infamie. Ce peu de mots, tombés d une bouche
LA COiNClEKGEUlE. 121
si loyale, me décidèrent. Je r» vins à toi, et te dis : Sauve donc mon mari!... Cette nuit-là, tandis que je sacrifiais ma mon honneur... un homme entrait dans le cachot de celui) pour qui je m'immolais, et avec la ceinture du prisonnier... * Ohl monstre abominable! il étranglait le malheureux sans défense, l'enfermait dans un sac de cuir, et le jetait h la rivière, de peur que si mon mari eût été délivré, le roi n'eût demandé compte de la tète qui lui échappait.
Uhomme qui entra dans la prison, c'était Daniel, (on serviteur, comte de Meulan!
— U fàut prouver cette foble, murmura le Dain.
— Voici le témoignage écrit du geôlier, qui m'en a instruite le lendemain de la mort du roi... Je m'en doutais, Olivier; mais que fiiire, tant que vivait ton protecteur? .. J*ai demandé conseil à Dieu, et Dieu m'a dit d'attendre. J'ai caché ma douleur dans un couvent... Aujourd'hui c'est à toi de pâlir, de prier, de soufitir... *
Olivier ressemblait au parricide de l'antiquité; les furies vengeresses l'agitaient de leurs menaces et de leurs fouets sanglants, n eut peur, et demanda grâce... Il nia mom, et oflHt de prouver son innocence.
— Faites! lui dit la régente; vous comparaîtrez devant la cour du parlemtMil. En allendant, rejoignez à la Conciergerie l'Auvergnat Dojrac. L'un est un assassin, l'autre un voleur insigne...
— Et le valet? demanda un constMllcr.
—Daniel est assassin et voleur en même temps. U accompagnera son maître. Ces deux hommes doivent être l'un pour l'autre une douce compagnie. • w ....... .
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m LES PRISONS DE L*EUROPB.
ta floordtt parlaient ]u^b en effet la cause. Olivier le f^atn
fui (-(iiKlainné à mort; son valet Dimiel l'esicorlail sur l'urrôl,
comme il l'avait escorté dans ses crimes , comme il devait l'es^ ■ curterè l'échafaud. Tous deux furent tirés de la prison, et après avoir fait amende honorable, pendus au giiict commuD de Paria. Le maître essayait de faire bomie contenance; le valet pleurait et demandait des prières h la multitude, qui lai répondait par des iuipréeaiiuns et des uijures.
Le soir même de cette exécution , la malheureuse Blanche
quitta la ville et dispaï ui, sans qu'on pùt jamais retrouver ses traces; mais Doyac, l'audacieux voleur, avait entendu partir de la prison Olîvi»*, son voisin , son ami. L'impression que lui ût ce départ fut tou((> joyeuse, il se croyait à jamais sauvé. La peine de ses espiègleries serait peut-être un blâme du parlement ou qurl^ue amende, et il se réjouissait comme un homme échappé au péril.
Mais un greffier, entrant dans son cachot avec une lugubre i solennité, le rappela aux iders séritîuses. On lui lut un arrêt des plus amples, par lequel il était condanmé comme menteur» faussaire, voleur...
Doyac eut peur du reste et se boucha les oreiUeB.
— Je suis un homme perdu ! s'écria-l-il. Oh! les envieux!..» I perdre un si grand diplomate 1 0 fureur des partisi
Les geôliiirs ne répondirent à se^s doléances que par des éclats de rire. Cependant un homme était demeuré près de lui, j et lui parlait avec beaucoup de politesse... Doyac, impatienté» |
se retourna :
— Que me voulez-vous?... ^ui 4tes*vous? diUL
U GONaERGERlE.
— Nessîro , je suis le mattre des haoteMums de justice ,
Yulgairement appelé le bourrul de Paris. Doyac poussa un cri épouvantable...
— Je conçois votre ('loigiiciiu'iil pour moi, mossiro, dil l« i>ourreau; mais eoiia, nous obéissons an roi et k lii loi... c est notre devoir.
Ln mviihi temps il appliquait sur la tempe de Doyac uu ter froid... Doyac poussa un autre cri.
— Qûe faites-vous? m'égorgez-vous?
— Mon, messire» je coupe seulement vos cheveux... ainsi qu'il est prescrit
— On va me décapiter I mais c'est iiii(jue I 0 juslicc humaine. Enfin I je suis innocent... je aub gentilhomme, c'est pour cela qu'on me décapite. . •
Hais vous vous trompez, on ne vous dt'n apile pas, dit le fiourreau impatienté en lui abattant tous les cheveux du côté droit.
Maintenant veuillez vous déshabiller et vêtir cette robe. — Que me fera-ton encore?... On m'écartèle donc... Jésus! t'est abomiDable.
« Eh non !... messire Doyac, soyez calme... là... patience.
On lui lia les maius.
» Un confesseur I criait-il, un confesseur; je veux me récon»
cilier avec Dieu.
— Ce n'est pas l'usage en pareil cas.
— On me traite en criminel de lèse-majesté; c'est bien cela! grand Diou ! decapilé, écarlelé, brûlé peul-étrc... pour quelques écus gue i'm détournés!
us FUSONS DE UBUROR.
Jamais la terreur et la basse humilité d'une conscieneebou
rclée ii'av.ii( ni parié plus éloqurniment ce langage abject des scélérats qui désespèrent. Doyac lut d'abord conduit au carrefour Bussy, non sans une vive surprise. Ce fut là qu'il reconnut à quoi servait celte chemise de laine dont le bourreau l'avait affublé ; car un valet du tourmenleur la lui rabattit jusqu'à la ceinture, et deux bras vigoureux firent pleuvoir sur son dos un(.' ^n^e de coups de fouet. 11 pleurait; les spectateurs riaient. On lui remit la chemise, et on le conduisit au carrefour Saint-Ândré*des-Arcs, oh la même cérémonie eut lieu. La même l'uuhî se pressait sur son chemin, le suivant de place en place, jusqu'à la place de Grève, où l'on s'arrêta.
Là il y avait un échafand, ce qui redoubla les angoisses et les hurlements de Doyae. Il monta ou plutôl tul traîné sur les planches, attaché à un poteau par le cou et les épaules.
— Mon Dieu, je vous recommande mon âme ! s*écria-t-iL
— Recommandez-moi plutôt votre oreille, répondit le bourreau» qui, lui appliquant sa large main sur la tempe, abattit d'un seul coup, avec une dextérité étonnante, Toreille droite du misérable.
Au cri que poussa Doyac, la foule répondit par des hurle» ments de plaisir et des sarcasmes. Le bourreau enduisit la plaie d'un certain baume qui arrêta presque aussi loi le sang, et rabattit un capuchon sur la téte de Doyac.
— Ahl mon Dieul meid, lésnsi dit41, ce n'est que l'essorillemcût...
— L'autre opération, messue, lui dit le boureau, est un peu plus douloureuse, mais pas longue, surtout si vous vous y prêtez bien.
lA CONaERGERK.
— Encore souffrir I s'écria Doyac effrayé ; soaffirir toajoursl
— Tendez-moi votre langue, s'il vous plaît.
— Hélas! c'est k langue percée» murmura Doyac; mais» en lérité, tout cela est pire que la mort.
— Patience, patience, dit le bourreau. £t prenant la langue du patient dans une petite pince d'acier, qui la retint fortement avec les pointes dont elle était hérissée, il en perça Vextrémilé d'un fer chaud que lui tendit son valet. Cette fois la douleur fut telle que le patient s'évanouit.
Dès lors, l echataud, la foule, les tortures, il ne vit, ne sentit plus rien. Lorsqu'il revint à lui» la nuit était venue. L'air irais, un mouvement étrange appelèrent son attention. H était couché dans un chariot, sous les toiles duquel, abrité comme par des rideaux» il entrevoyait les étoiles dans le ciel pur.
Une douleur riiisanle lui rappela bientôt les tristes événements de la journée. 11 avait soif, et demanda à boire: mais un archer, couché près de lui sur la paille» ne lui répondit pas et continua de dormir.
— Je suis banni, dit-il; on me transporte hors de France.
Hélas! di^scspoir aflfipeuxî et mon or que j'avais si prudemment enfoui» moi 1 liomuie aux précautions... 6i je corrompais cet archer... mais non... il n'est pas seul; et puis je ne pourrais mari hor, « l puis je suis mutilé, je suis horrible à voir, on me reconnaîtrait, ou me chasserait de toutes les habitations... Mais mon trésor... malheureux que je suisl... mon trésor!
A force de sangloter, de gesticuler , il réveilla son gardien.
— Quel est le lieu de mon exil, charitable soldat? demanda- Vil à l'archer.
Votre exil?... mais on ne vous exile pas du toat.. Vous allez à Monferrand d'abord : nous l'am doue oublîét
— Mouicrrand! juâle ciuU Ohl qu(il bonheur! ' Et Doyac commença une action de grâce» interrompue par
rarcher stupéfait.
— Celd vous iait plaisir ? lui ditril; eh him, vous u' êtes pas difficile.
Doyac pensa que l'arche faisait allusion h la honte qui devait résulter pour le coudamné d'un retour ignominii'ux dans sa Tille natale» d'où il était sorti naguère si brillant, si redouté.
— Mon ami, dit-il, je sais m humilier ; la main de Bieu s est appesantie sur moi.
— Et un peu la main du maître bourreau, successeur de
Jcau Cousin, dit l'archer.
— Je reverrai mon trésor, pensa Doyac... et je l'emporterai bien loin...
On turiva plusieurs jours après à Monferrand. A l'approche du cortège, toute la ville était venue en habits de fèlc pour jouir de l'abaissement du plus méprisé tyran qui eût jamais pesé sur une province. Doyac croyait n'avoir à subir que ces regards dévorants, que ces insultes aiguisées par de longues colères. Lorsque les pierres, les projectiles honteux ramassés dans la fange pl cuvai ont sur lui :
— Voilà bientôt la fin du martyre, se disait-il.
n n'était pas au bout. Sur la grande place attendait un échafaud pareil ù C4 lui que Doyac avait vu avec tant de terreur sur ta place du pilori de Paris. Ce fut alors seulement qu'il se rappehy le malheureux , qu'on lui avait laissé une oreille.
Le bourreau de Monierrond ne lut pas moins adroit que soù
LA €ONaiCRGERIB. |SK7
confrère de Paris. Doyac, «près avoir été fustigé rudement pour le dÎTerlissement de ses compatriotes, perdit sa seconde oreille. Ensuite il fut banni de la ville. Mais on suppose qu il y dut rentrer pour emporter une partie des trésors mis à l'abri.
Telles turent, avec la fameuse amende de cent cinquante , mille livres imposée comme restitution à Jacques Coictkr, les dpiations subies par les meilleurs amis de Louis XL
Ce fut aussi vers le comiuciiccmcDl de ce règne que Philippe de Coramines, pour avoir embrassé avec trop de zèle les intérêts du duo d'Orléans (Louis XH), fut arrêté avec le cardinal Guorgesd'Auibuis(? etplusicurb au tii's seigneurs uiéconlents.Anne de Beaujeu se monUra sévère pour Fbilippede Commines. J^Ue le fit d'abord enfermer à Loches dans une cage de fer à^mpo» ti demi de long, que l'historien avait pu voir de près lorsqu'il servait son ancien maiUre Louis XL Commines raconte ses souifirances en termes itop énergiques pour que nous y puissions bub^llluer notre prose; mais son histoire est diil'use à tel point que nous ne sauricms embarrasser le lecteur dans un dédale de petites intrigues de cour. Ra[)[)elons seulement cette phrase du célèhrc chroniqueur, phrase qui résume ses douleurs et caractérise les événements sous le poids desquels il suocomba :
« Je suis venu , dit-il , à la (grande mer , el la tempôte m'a noyé. »
Ces cages de fer s'ajtpelnient fUeti ou fittetta de Lom XI, On
passait au prisonnier sa nourriture à travers les barreaux avec une fourche, et une fois par semaine, s'il était homme d'im* portanco, on le faisait sortir pour lui dégourdir les jambes et lui luire lucuùic uu rc;^as :>uivi*
LES PBISOMS DB t*BOROPB.
CommiDes séjourna huit mois dans la cage de fer.
De Loches, Commines, qu'on voulait l'aire yvzçr parle parlement, fut amené à la Conciergerie. Après dix-huit mois de cap* livité dans cette prison, il obtint , grAce aux démarches acttTes « de sa femme, que son procès fût appelé devant une commission préparatoire. Félibien raconte que, malgré la jusliûcaiiou satisfaisante qu'il fournit lui-même de ses actes politiques» Commines fut condamné à dix ans d'exil et à la conUscalion du quart de ses biens.
Nous trouvons peu de chose dans l'histoire de la Conciergerie sous Louis Xli, successeur de Charles VIII. Ce prince, pour lequel tant de gens avaient été persécutés, ne s'occupa d'aucun lorsqu'il iîit arrivé au trône» On l'appela le Père du peuple, l'on rapporte de lui un mot qui témoigne d'une réelle magnanimité. Hais si le roi de France oublia les querelles du duc d'Orléans, avouons que le duc d'Orléans ne rappela point assez au roi de France les services que Commines lui avait rendus.
Voici que nous touchons à un règne sur lequel se sont exercés tous les panégyristes et tous les détracteurs ; règne chevaleresque, règne despotique, tellement semé de triomphes désastreux, de fantaisies ruineuses» de gloires funestes, de plaisirs corrupteurs, que l'historien , s'il raconte les faits avec franchise, peut passer souvent pour un commentateur désobligeant. Suivons pourtant cette méthode , et avec d'autent plus de confiance, que l'histoire d'une prison n'est jamais fe beau côté de l'histoire d'un règne.
Hiiae àe ÏAwSt» de Smwie pniir le eoontlabk de BonAeii. — le mrlnliiidnt laei|uci de Veeulne SenMnifij.— letn de Poltiera SeîntpVaUier, Diane de Peittera et Pranfiii I*'. - Cluirlet-Qainl délivre les prifonnien de la Conciergerie. ~ Jean Liclere.
— Jacques de Pavanes. f c ronseillcr Berquiii. Origine dps pmi^rutions contre le falvini.imp. — Saint-I.égcr l'Amaury. — Le niinisirc luifruonot Dumoulin cl le* écoliers. — I.c brigand Pontaiill. — Tifnnelle Petit. — Kniprisonncmenl de quelques conseillers au piiriernent |».ir Hussy I.eclerc. — Notables parisiens ernpri<oiinés pnr ki Seize. — Les jésuites Jean (tuignard, Léonard Perrin, Anibroisc Georges, prulc»> iMMi de leen Chàtel , «natain de Henri I?. Lei ^mitea leni dienéa de Fimeau
— Corieoeee révélations de Piene du Jardin, capitaine de la Garde, prisonnier k la Ceucieigeile, an si;jel d'Beari IV. — HmiUac— Éléonon de Celigay.— Son écroa tetinel. — Incendie da Palais et d'une partie de kCaiwie^erie. — GMgecianieuiqneOce cet éf éncacot a donné liea.
Au printemps de Tannée 1521 , un grand monTement se fit dans le palais du Louvre. Odel de Foix, plus connu sous le nom de Lautrec, partait pour la conquête du Milanais, et sa
sœur, la belle comtesse de Chateaubriant, maîtresse du roi François I*% raccompagnait jusqu'à ses équipages, qui attendaient au dehors.
Laulrec, avant de quitter le chi-^toau , causa longtemps avec
un beau vieillard à la barbe blanche, à la haute stature, dont nu 17
l'œil vif et le front dégagé accusaient encore la vigueur de la santé, la hardiesse de rinlelligenoe.
— C'est donc conyenu , dit-il , monsieur le surintendant des finances, vous aurez soin de ma bonne armée... L'argent est le nerf de la goeiie, dit M. de Itivuloe; vous le savei, vous^ monsieur de Semblançay.
— Monsieur, répondit le vieillard, vous avez demandé trois cent mille écus au roi , et le roi les a promis ; ils seront done envoyés. Vous pouvez penser que j'ai à cœur autant que personne la gloire de mon pays. Laissez faire d'ailleurs» ^utat-ûp Madame de Chateaubriant ne vous oubliera point
— Hélas! monsieur de Semblançay, répliqua Laulrec, ce n'est rien d'aller guerroyer contre des ennemis en armes; le plus difficile est de se défendre contre les ennemis qu'on laîste dans sa patrie.
Et» oe disant» Lautrec tourna les yein vers unefenôtie du tmvre, oh se tenaient, regardant son départ, une femme richement parée et un bomme de vaste corpulence.
Peu d'instants après, Lautrec avait pris congé de sa sœur el était parti. Semblançay rentra lentement dans ses bureaux.
Alors le gentilhomme qui causait à la fenêtre avec la femme de grande mine, dont nous avons parlé, lui dit en souriant :
— £b bien, madame, votre altesse n'est-elle pas satisfaite? foilà encore un ennemi de moins. Le roi votre fils n'a pu vous
vaincre celte fois en diplomatie. Laulrec s'en va , et vous allez régner à votre aise ; madame de Chateaubriant n'aura plus les eonsefls de son frère.
— Chancelier Duprat, dit la dame, qui n'était autre que la
lA GONGIERGEIUE. M
duchesse d'AngouIéme, Louise de Savoie, M. de Lautrec est parti, c'est vrai; mais regardez au bout jie cette allée : voyez- TOus ce gentilhomme qiû ^ promène avec un autre de mes ennemis hien cruels?
— Ah 1 M. le connétable de Bourbon, et son ami, son confdent Saini-YaUier? Ëhl madame, celui-là aussi vous Tavez écrasé d'un seul coup. Envoyer H. de Lautrec dans le Manais quand M. le connétable espérait ce gouvernement; humilier ainsi le promis homme de guerre et le plus riche prince de la maison de Bourbon; élever l'nn en ruinant l'autre, c'est la plus belle do vos vengeances... de vos justiceS| voulais-ie dire; c^r y. de Bourbon est un ingrat et un félon... il a dédaigné la main d'une princesse à la fois belle, riche, toute-puissante
Louise de Savoie rougit. Était-ce de pudeur? était-ce de co- ^re? Dupraf n'eiit pas (|o peine à deviner.
— Vous appelez cela une vengeance , chancelîert Pour un tel ailront je me suis montrée cléinenle; mais patience 1 oh! patience! Vous occupes-^oiis toujours du procès que nous lui réservons?
— J'en prépare toutes les pièces selon le commandement de votre altesse, dit Duprat avec un respectueux salut.
— Qu'il soit ruiné, qu'il soit honni, qu'il devienne le plus humble des gentilshpmmes 4^ France, celui qui a méprisé l'amour d'une princefflel... munpura Louise de Savoie... Mais pensons à Lautrec.
— Ahl madame» il fa^t avouer, dit le chancelier, qu'en nuisant à l'un, vous servez un peu l'autre. M. de Lautrec est brave, habile homme de guerre ; il peut, avec de beaux i'ails d'anpes» donner beaucoup d^ crédit k sa sœur madame de
Cliateaubriant. Le roi aime la beauté, madame, et aussi la gloire ; il ya trouver tout cela dans la même famille.
Tx>uise de Savoie frémit d'impatienee.
— Cette i'emme est insolente, dit-elle; déjà elle me brave : elle ne sait pas ce que durent les caprices d'un roi.
— - Elle compte beaucoup, madame, sur les victoires de son frère... que dis-je! de ses frères; car M. le maréchal deLeseun, son autre frère, comlMt aussi pour le roi en Milanais. Ët puis, comment ne seraît-ellepas lîère quand elle voit votrealtesse même conspirera saforlune endomiantdes chargesà ses parents?
Je leur donne des commandements pour les Ater à M. de Bourbon . dit Louise de Savoie avec un redoublement de filreur ; mais je ne leur donnerai à aucun des victoires 1
A ces mois, elle quitta le chancelier, qui demeura pensif à regarder d'un côté Bourbon causant avec Saint- Vallier; de l'autre la comtesse de Chateaubriant rentrant avec ses pages; de l'autre Semblançay distribuant des lettres aux courriers » pt saluant profondément Louise de Savoie qui venait d'entrer « diezlui.
« Ce sont là, dit le dumcelier, les éléments de ma fortune
à venir. Un vieillard, une femme, un guerrier; sur ces trois êtres qui ne songent pas à moi, je dirige toutes les passions <i*une reine par qui je serai tout-puissant un jour. H. de Bourbon conspire avec son ami Sainl-Vallier; la comtesse de Chateaubriant conspire tous les jours avec le roi; Semblançay va conspirer avec la duchesse, qui Vy forcera bien... Tous ces gens-là travaillent pour moi !
£n effet, le chancetier Duprat, qui venait d'entrer dans ^ l'Église après la mère de sa mort, marchait à pas de géant dans ^
LA CONOE&GEaiE.
cette carrière des hoimeurs oà les folies du prince poussent toujours actÎTement un favori complaisant.
Louise de Savoie voulait perdre Lautrec pour renverser sûrement madame de Chateaubriant, qui gouTemait le roi. Elle foulait ruin^ Bourbon, qui avait refùsé sa main depuis qu'il était veuf de sa cousine Suzanne de Bourbon. Dupral se glissa entre cet amour blessé et cette ambition déçue.
Un jour, une lettre de Lautrec arriva au Louvre. H réclamait l'argent qu'on lui avait promis pour la solde de ses Suisses. La campagne était ouverte. Les Suisses sont gens exacts, qui se battent bien quand la paye est faite, François I*^ appela le surintendant Semblançay.
— Mon père, lui dit-il, — ^il l'appelait ainnpar affectionetpar respect,— il parait que Lautrec fait là-bas des merveilles. Envoyez-lui donc les trois ceut mille écus que nous avons dit
— Sire, ils sont tout prêts, dit le vieillard... on peut les expédier sur-le-champ.
La comtesse de Chateaubriant était au bras du roi lorsqu'il donna cet ordre à Semblançay. Elle sourit gracieusement au vieillard.
— Allons, ma mie, dit François, étes-vous rassurée?... Me croye^vous, àepvàs que mon père vous a donné sa parole? On dirait que vous doutez un peu de la parole du roi ! Ah I prenez garde, vous seriez la seule.
— Dieu m'en préserve, dit la comtesse : mais, sire» j'ai deux intérêts au prompt envoi de cet argent. La conquête du Milanais en dépend, et c'est la gloire de votre majesté; puis cette gloire est k vie de mon frère Lautrec.
— Sojez rassurée, madame, répondit Semblançay ; voici les
134 UBS PRISONS DE UEUROPE.
coffres ; jamais pjèces 4'o' m'ont paru plus belles : elles représentent une Yictoire au moins!
— Adieu, mon père ; npus allons nous réjouir, puisqu'il y a de l'argept ici et de braves chevaliers là-bas, dit le roi, qui commanda ses équipages^ et partit oublier le Milanais sous les ombrages de piambord, pikrmi ses peintres ^ ses sl^tuair^îs et ses amours.
Mais la di|chesse d'Apgoulême n'avait pa^ perdu un moment. \jd roi Plirti, em fit v^r Semb)§nçay, ({ui déjà ordpnnait le départ du convoi , et dressait les bordereaux avpc cette froide ^tivité qui a i»ur la pétulance l'avantage de i'int'aillibilité.
—.Mon père, lui dit^, c'est là l'argent d^tÛ^^ kw^9^ d'Italie 7
-r>- SI c'est vous qui l'expédiez? dit la reine, dont le chi^noe-
lier ûuprat «uivail chaque paioto, tout en dMûfirfMIt ^ respondances.
•«rOui, madame... il le faut... c^est urgent.
— >Éee<ite»-flaoi donc, monsieuf le surintendant, dit Louise de Savoie. Vous allez, s'il vous plait, renvoyer ces gasdes, ees eourriers, et arrêter l'envoi.
— Gomment, madame! s'écria Semblançay surpris ; mais votre altesse demande là une chose impossible. Arrêter Teuvoi d'un secours d'argent I retarder la paye des Suisses I
— Taî mes idées là-dessus, dit la reine.
— Mais, madame, votre altesse n'y songe pas... le roi vient d'ordonner.
— Je veux être obéie, monsieur.
U CX)NGIERGBliiÈ.
» Gesi hnpoambK inadâme I i^pli^tiâ ISeiiibl&nçay avec ter-
mêlé... le coDvoi partira.
Louise regard^ le chancelier, qui âouriait en haussant les épaules. Elle oompril oe geste. Semblançay élAit un yieiflafd d'une opiniâtreté invincible. Le heurter de front, c élait s'exposer à des discussions interminables. Elle changea dohc de hatteries.
— Allons, dit la duchesse, il faut tout vous dire, mon père. Je ▼eaxme réconcilier avec Lautrec,quin'a pas lieu de se louer de moi. )e veux que le secdiirft d*atgeiit lui vieilne de ihoi direotement. Or, j'ai le moyen de lui faire parvenir la somme sans ihiis de transport. CoinpIénéE-vdus m6n désir, mon père?
Semblançay iréâéchit un inoment.
— Je le comprends, madame, dil-il; mais je ne puis dés^ obéir au roL
— Dites, reprit Louise, què VOui^ nfe voulez pas the confiei* fos trois cent mille écus. C'est triste pour Une princcisse; ami enfin, les financiers sont liiits allisi...
La reine mit tiinl de grâce à prononcer ces mots, que le boU^ homme Semblançay fut presque Vaincu.
— Ce h^est pa^ défiance, madame , di(41 , mais hëbitudë de régularité.
— Parlez donc, mon père; vous allez être satisfait. Voyons, en échange de ces lingots et ces écds, ma signahire tous sofifira-t-elle ?
— Oh! votre altesse...
— Donnant, donnant; odé se bit dans les caisses bien administrées. Passez-moi la plume, chancelier, dit Louise à DupiaU
La duchesse se plaça devant une table, et souscrivit une reconnaissance en forme des trois cent mille écus d'or, que Semblançay fit rangv qrmétriqaement dans mie salle basse du
palais.
— Mais enfin ils partiront? dit-il avec un dernier scrupule.
— Encore de la défiance! Eh! mon cher ministre, calmezvous ; je suis responsable : n'avez- vous pas ma signature 7
Semblançay lim l'argent, prit la reconnaissance pour aller
la serrer dans une de ses meilleures armoires. Il n'était pas au bas de l'escalier, que Louise de Savoie avait appelé un de ses gens.
— Gentil, dit-elle, suis le seigneur surintendant; observe bien le papier qu'il tient à sa main, et ne le perds pas de vue» afin de savoir à quel endroit il le dépose.
Gentil était un des commis de la duchesse, jeune homme dévoué à la princesse* qui avait lait sa ibrtune, et le tenait nonseulement par la reconnaissance, mais par l'amour. Geoûl voulait épouser l'une des femmes de la duchesse, et attendait de s'être assez agnalé au service de Louise de Savoie pour obtenir son consentement à ce mariage.
11 courut donc après Semblançay , qui ne pouvait concevoir le moindre soupçon sur un homme que chaque jour la duchesse luidépAehait plusieurs fois. Gentil engagea la conversation avec le vieillard, le vit enfermer la quittance dans un coffre d'ébèiie ciselé d'argent, et passer avec cahne de cette afiaire finie à une autre, en véritable ministre qu'il était. Le commis fit son rapport à la duchesse, qui lui répondit seulement ces mots :
— M'oublie pas ce que tu as vu.
Quant à l'argent, si nous ne savons l'emploi qu'eu fit la du-
LA GONaERGERlE. UH
chesBe d'Angoulème» au moins apprendrons -noos l'usage ^'eUe n'en fit pas.
C'est dans l'histoire que nous puiserons les détails de la campagne entamée par Lautrec, sous l'errance des trois cent mille écus accordés par François I**.
Lautrcc avait réuni dix mille Suissns par la promesse des ducats qu'il attendait. Après bien des démarches, il atteignit les ennemis près de Milan. Us étaient retranchés dans le parc d'un vieux château nommé la Bicoque^ entouré de murs et de fossés profonds.) On n'y pouvait pénétrer que par une chaussée étroite.
Lautrec ne pouvait risquer une bataille sans être sûr du suc> cès, car Firançois Sforoe, son adversaire, était hommeà profiter si habilement d'une faute, que le Milanais était perdu sans une victoire complète. Lautrec envoya donc reconnaître k position par des capitaines expérimentés, qui la jugèrent inexpugnable. C'était aussi l'avis du général , et il ordomia le campement.
Mais il ne se doutait pas que son armée allait lui causer, par
une ardeur étrange, les mêmes embarras que pcu\ enl susciter la lâcheté ou le mauvais vouloir. Les Suisses s'impatientaient depuis longtemps de ne pas recevoir leur paye; les ducats de Paris n'étaient pas arrivés. Au lieu de se décourager et de poser les armes, les Suisses vinrent demander au général l'ordre d'atfàquer la Bicoque, sous prétexte qu'ib avaient besoin d'argent et que la vie toire leur ouvrirait les portes de Milan. A Milan, on pillerait. Lautrec refusa, par la raison toute simple que l'on serait battu.
, Les Suisses sont opiniâtres. Us insistèrent. Lautrec leur fit
LES l'UISUNS DE L'I^lillOPE,
observer qu'au bout de queUpies jours de blocus li^s epnemis aiïamés se rendraient, et que Milan ne serait pas moins h Indisposition des pillards. Les obstinés répondirent par des «m et des meuaœs. Ils (Icrniindèreut leur solde ou le eoinbat.
— Vous le Youlez, dit L^utree; tous serez battus I K^iléchisi se^y bien.,, la Bicoque est imprenable.
Les Suisses ne chdugèrQut ^us d'avis, et demaudèruol l'ordre d'attaque ou leur paye.
— Allez-y donc, s'écria Laulree; mais au moina laîsseEOOtih bler le i'ossé |)(>ur le passage de la cavalerie.
Peine perdue.Les Suisses prennent les armes, s'aTai^cent en)x|n ordre comme d«»s murailles agissantes, et se frayent un passage sous Ivî leu lu^rible des batteries ennemies, ils vont toujours cependant, et descendent dans les fossés 80U9 le canon qui ne peut plus leur nuire; mais là l'ennemi bien retranché les fusille d'aplomb avec un succès qui étonne ces guerriers inébrajolables. Que laire d'une pique contre des muraillesT En Tain ils en mesurent la liaut(;ur; pas une brèche, pas un endroit où le pied ne glisse. Après avoir attendu trop longtemps et laissé la moi^ tié des leurs dans le fossé, ils se décident à battre en retraita.
Une retraite en pan'ille situation était l'expression du plus amer découragement. La bataille n'était pas perdue s'ils eussent écouté leurs diefe; car la gendarmerie française, lancée k toute bride sur la chaussée, avait eoloncé les retranchements, pris Vennemi en flanc et le taillait en pièces. Un retour d'olTeiisÎTC eût tout sauvé. Lautrec, le maréchal de Foix et les autres o^iciers courent à eux, les supplient... lis ne répondent pas un mot, mais rentrent en leur quartier, reprennent leur bagage, eta'en yont droit à Uonza reprendre la nmie de leur pa^s.
LA CONCIERGERIE
Lautrec s'épuisa en prières, en menaces. De l'argent, dirent-ils... ou nous partons.
ns partirent. Lautrec ramena ses gens d'armes, frémissant de se Toir enlever la vicluirt', et l'ennemi rusé se garda bien d'inquiéter la retraite de ces hommes & qui le desespoir eût peut» être donné la force de vaincre.
Ainsi les Français, réduits à leurs seules rr ssoun sansar- ^t, sans alliés, furentcontrainis de quitter Tltatie. Ils ne conaervèrent que les châteaux de Novarre et de Milan, bientôt perdus faute de vivres et de garnisons.
Lautrec, furieux et la mort dans le cœur, monté à dieval et arrive en France. Il ( roilà la justice du roi, il i-sim re le châtiment des traîtres qui l'ont forcé à subir de pareils reVers. Mais la nouvelle de ses inalhetlH l'avait précédé ; François I*' refusa de le recevoir.
Lautrec, grâce au crédit de sa sœur, obtint à grand'peine une dtidience du roi à l'iilsu de Louise de Savoie, qui œrtainement
s*y fùl opposée. Il croyait avoir à se plaindre, et (^spérail d'être consolé. Le roi lui tourna le dos et le. congédia dès les premiers aalois. Mais ee fut tm ooup trop oruel. Lautrec arrêta François i**" avec la fermeté d'uu iioiaintî d'Iioiincur au désespoir.
^ Pttia-jBi lui dit le roi, sourire à un général qui m'a perdu non ibeiileur duché?
— Sire, répliqua Lautrec, c'est votre majesté qui a perdu elleHmémece duché. Votre gendarmerie a servi dix^huit mois entiers sans recevoir un sou de votre épargne. Les Suisses, dont vous connaissez les habitudes, n'ont pas élé payés; ils oui voulu se battre ou me quitter. Que devais-je faire t J'ai refusé, îlsm'ont poussé à bout. Comment eussiez-vous &ità ma place?
LES mONS DE LTOROn.
— Les Suisses n'ont pas été payés? dit le roi... Qu ayez-vous donc t'ait des troiscent mille écusque je vous ai lait expédier?
— Votre majesté m'a fait eipédier un «vis de M. de Sembîançay, mais voilà tout. L'argent n'est pas venu.
François I** ne pouvait plus douter. 11 fait mander le surin* tf Tidanl des finances , qui se hâte d'accourir avec des paroles de consolation pour le général.
— Et Targenti mon père, dit le roi, ne l'avez-vous pas expédié?
— Moi-même? non pas, sire, répond le Yieillard; mais j'en
répondrais comme si je l'eusse envoyé moi-même. Le roi fronça le sourciL
— Expliquez-vous, ditril.
— 6ire, madame la duchesse d'Angouléme, votre mère, voulait, m'ft4-ellé dit, se réconcilier avec M. de Laûtrec en lui envoyant cette somme, et elle a pris le soin de l'expédition.
— Ha mèrel s'écria François pâlissant de colère tandis que Lautrec souriait avec dédain, comprenant bien la perfidie infâme de son ennemie.
— Âhl dit-il, si les dames se mêlent des affaires de la guene...
les capitaines doivent se reposer...
— Mon père, interrompit le roi, la chose n'est pas comme vous le racontes... Vous n'avez pas confié une somme de cette importance..*
— Sans reçu? Ohl non pas, sire, et j'ai ce reçu dans mon
coffre... 11 m'absout de toute négligence, car il porte la date même du jour où votre majesté me commanda d'envojer l'er-
U CONCIERGERIE
» Voyons oette quittancel dit le roi, qui aocompaçia le •orîntendanl an fond de son eabîneL
Semblançay ouvre avec confiance le coffre où il ayait déposé le papier. U cherche, fouille... la quittance n'y est plus... il bouleverse papiers, cartons... armoires... il devient fou d'angoisses. . . La quittance ne se trouTe pas. Lautrec lui-même, ayant pitié de ce vieillard dévoré par la douleur, l'aide, le oousole, l'encourage.
Hais tout a coup Semblançay se ranimant : 1 » Sire, ditil, votre mijesté peut douter, mais madame la doehesse va confirmer ma parole.
Louise de Savoie, instruite du retour de Lautrec et de son entrevne avec le roi, avait déjà pris ses mesures.£]le vit le roi et le surintendant se diriger vers son appartement
Aux premiers mots du vieillard :
— Une quittance? dit^Ue. £t à quel propost...
— A propos de trois cent mille écus que vous vouliei Dure passer vous-même à M. de Lau^ec.
— Moil mais c'est un songe que vous nous racontes là, mon père. Pourquoi moi, qui ne me mêle en rien des affaires du royaume, irais-je me créer cette diiïiculté d'envoyer trois cent mille écus par delà les monts?
Semblançay releva la tête.
— Madame, dit-il, c'est mal à votre altesse de se jouer d'un lîeillard dont la mémoire peut s'affaiblir. Hais H. le chancelier était près de vous, madame, quand vous reçûtes l'argent;,
il vous a prêté la plume avec laquelle vous signâtes la quit^ } tance.
— Le chancelier Duprat?
— bterrogec-le, mon pèré... Èéh VMidiëtit c^est de la complaisance de ma purt; car je no vuus comprends puiut... (Ju on appelle M. le chancelier.
Duprat nia commé sa inàltre^è. SèMblâncay attacha sur l'un et sur l'anln; un regard cniijreint d'une Sécurité écrasante; puis, iirant son épée, il la présentA àù ioi.
— Un homme qui, honoré de la oonfianoe do pHncë, fcbntmet de pareils crimes, dit-il, moril(î d'elre puni sev tTemenU Veuillez, sire, ine faire arrêter sUr-le-cbam^.
— Mon pèrel dit le roi hoô<eùX.;. Uttc èHrfetff ...
— On ne fait pas d'erreur de trois cent mille écus, sire; il y a un voleur dans votre maison. Jë ^uis le chef des totatpted de finances, je réponds, je paye...
— Sire, dit Lautrec, ce digne ministre est incapable d'une mauvaise pensée...
— le le sais bien, diilPraâçois t** irëveùP.
— Donc vous ne voulez pas rechtTcher la cause de cèlte soustraction, ajouta Semblançay. Vous âVet tott, sire.
— Non... l'attendrai.
— Ah 1 c'est ainsi ! murmura Lautrec, tandis que la duchesse, violemment agitée, reconduisait le roi jusqu'à sesappartements. Cest une femme qui a perdu le Milanais! Ne vous découragez pas, mon père, je découvrirai la trame.
Ces paroles rendirent quelque calme au surintendant.
— le suis déshonoré, dit-il ; le roi n'aura plus confiance en mol.Quaranieansd'bonneur, d'irréprochable gestion s'écroulent en une heure sous une accusation que je ne puis combattre...
«—Fiez-vous à moi, dit Lautrec; je tobâ tfduvetai dès ?en^
UGiniimfluui. m
geun. ÀTeomA sœur et M. de ûûUFbon, nous balouts^roA^ bien le pouvoir de la duchesse...
En effet, peu de temps aprèe, les trois ocmjurés avtieat découvert toute la perfidie de Louise de Savoie, ut lait cuidesser au secrétaire Gentil l'abus de confiance, le ¥ol dont il s'é^i reoda eoapaUe à l'instigation de sa pirotoolrioe. Gentil, à la nou^ elle du retour du Laniroc, avait été dérober la quittance dans la caisse de Semblançay.
Louise de Savoie, pour reconnaître le dévouement de son serviteur, se hâta de le faire étrangler pour de$ erinm aasez peu moéréi^ dit l'histoire. Mais François i*' n'avait jamais eu la preuve de Tinnooence de Semblançay, et Louise de Savoie fit emprisonner le vieillard sous prévention d'avoir mal admiuis- . tfé les finances dn rojanme.
Louise de Savoie ne prétendait pas frapper Semblançay, qu'elle ne haïssait point; mais le chancelier Duprat voyait bien que la ligue formée par madame Chateaubriant, Lautrep et le due de BouiboB, aboutirait à fsire connaître toute la vMté. D poussa donc la duchesse d'Apgouléme k se débarrasser, par un coup vigoureux, de tous ses enaemia à la fois.
Madame de Chateaubriant était défmdue par Tamour du roi. Lautrec se défendait lui-même, étant loyal et chéri de rarmée, et le connétable de Bouiboa n'était moins aimé des soldats; mais François 1^ le délestait depuis l'ealhnoe. Ce ht de ce côté que Louise de Scivoie porta ses premières attaques.
Le connétable vivait splendidimieBt k la cour, dit un histerien (4) , mais en homme mécontent. Sa muson était ouverte ei pouvait passer pour le point de ralliement de ces sortes 4e gens qu'on m depuis appelés les /Irofadsiin, ceoseanessiduidtt
141 LES nUSOMS DB LTOB0PB.
gouvernement et du chef. Bourbon et Françoi«, hoto Vawii»
dit, se baissaient dès l'eniauce : on n'a jamais deviné pourquoi. Cependant le roi. à son avènement au trène, avait gratiûé Bourbon de l'épée de connétable, faveur toujours diminuée par l'affectation que mettait le monarque à lui en retirer les plus beaui privilèges , comme on l'a vu par le emnmandement donné à Lautrec dans le Milanais, au préjudice du connétable.
Bourbon jouissait d'une grande fortune par le mariage qu'il
avait contracté avec Suzanne* de Bourbon, sa cousine germaine, ûlle de M. et de madame de Beaujeu. Ce mariage avait eu pour but de prévenir un procès ruineux . en réunissant les prétentions de deux iamilles aux domaines de la maison de Bourbon, dont l'on ne savait dire s'ils étaient fiefs iéminius ou masculins.
Ce fut après la mort de Suzanne que la duchesse d'Angoulème, éprise du connétable, lui fit offrir sa main, qu'il refusa; fiirieuse de ce mépris, la régente résolut de perdre le connétable, et lui intenta ce iomeux procès qui pouvait en faire, comme elle disait, le plus pauvre gentilbonune du royaume. Elle fit si bien, que le parlement, après onze mois de débats, appointa les parties au conseil, et. en attendant, mit sous séquestre les biens en litige. La ruine du connétable n'était pas moins certaine pour n'être pas entièrement consommée.
Il y avait en Europe, à cette époque, un des plus actifs, des plus profonds et des plus persévérants génies qui eussent encore paru dans le monde : Charles-Quint, rival de François I* en tous genres de supériorité, guettait avidement l'occasion de poitar an loi de France un de ces coups décisifr dont lea
u COnCRBGBMB. M
IKinoes nete lélèfent ftas. Il vit BoolKni, olcéié de l'outrage
qaon venait de lui faire; Bourbon était un grand liomme de gnecre, l'on des plus puissante princes de la dirétienté : U cherchait une teogeance assurée; Charles-Qnînt la lui fit oflrir.
Un jour, le connétable, qui s'était retiré k Moulins, assembla le conseil secret de ses amis intimes. C'étaient deux gentilshommes de RonnaDdie, d'Argouges et Matignon, et lean de Poitiers, comte de Saint-Vallier, capitaine de cent archers de la gprde du loi.
—Je sdsraiaé, leur dit-O; la dudiessed'AngouIéme assouvit
sa haine récente, François sa vieille rancune ; plus de biens, plus de crédit, un titre stérile, voilà ce qui me reste. Ooyeivous que doive se contenter de cela le premier gentilhomme du monde chrétien?
•—C'est une calamité pour la France que cette juste colère de votre altesse, dit Matignon; mais le roi s'apercem qu'il s'est trompé en se laissant entraîner par le ressentiment d'une femme.
— Le roi veut plus encore, dit le connétable , et ma liberté sera bientôt menacée... Or, voici ce qui m'arrive. Plus d'asile en France... c'est la guerre» mes amis, attendu que je ne serai pas un proscrit ordinaire. Chassé de mon pays, j 'y veux rentrer en vainqueur. L'exemple de Robert d'Artois me ranime parfois au milieu de mes douleurs... Offensé comme moi... et plus coupable, il a su se venger et &ire expier ses larmes par des flots de sang.
^ Vous ne fera pas cela, monseigneur, dit Saint-Vallier.
Robert d'Artois fut maudit de ses concitoyens.
— Ce n'est pas à la France que je veux témoigner mon resr
nu 19
sentiment; jeveuxfrapper le roi dans son orgueil. Je lui enlèveni ses plus belles provinces; ël quaiid j'aurai conquis iiii apinage, je lui demanderai s'il véai me rendré nioh patrimoiiie.
— Monseigneur, dirent ses amis, vous n'avez ni ressources ni appui.
— Tenes, dit ^mtwn, vcnei \à promessb de t^empereu^ Qiarles-Quint. Il m'oilre un asile dans son royaume sans conditions... el si je veiu devediir sbii généiral » céiit iaaillè écus de rente en terre, la plus belle des charges du royaomè, ëtta main de sa sœur Ëléonore, veuve d'Emmanuel le Grand, roi de Portugal. £h bien, n'estrcé pas iin beaîi coinmenceiheni de caînpagneï
Les trois géntilshom: les gardèrent le silence. Ils savaient combien était injuste la persécution que l'on iaisait subir àd ccmilétablé; maisranfaneràlavehgeaiioeconlresoik roi! contre son paysl
* Vous m'approuvez? dit-ii; mais je ne veux pas dé vous ooe simple approbation. Cette fortune qui s'ofire , Je prétends que nous la partagions ensemble. Vous, d'Argouges et Matignon, vous aufet la Normandie, lorsque je l'aurai livrée au roi d'Angleterre qui entre dans la ligue; vous, Saiiit-Yanier.'vous serez mon lieutenant, avec promesse d'un bdlon de maréchal quand le rbi signera la î>âix.
les g^tilsllommes se i^ardèi^eiil àVéc épouvante. S'îlà eu^ sent moins aimé le connétable . celte stupeur eût été de l'indi» gnatioii.
— Aonseigiieùr, dit Saint-VaiUéir, vous êtes encore échaulTé par la colère; prenez le temps de réûéchir; ne souillez pas la gloin d'un nom qtie tous pouifet rendre si beau.
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— Monseigneifr, dirent les deux capitaines nqrmandsi, vous paries ainsi pour nous éprouver... Cb n'est pas sérieux... Des dievaliers introduire rennemi dans leur pairie! vendre leurs terres et leur honneur 1
— C'est la raison des gens vulgaires, répl|qu§ Bourbon , de ceux qui sont toujours contents, et n'ont ni ambition à satisfiiîre ni quer^jles à venger. Voyons, ré|)ondez en gensd'esprity en gens dévoués...
— Nous répondrons en gens de cœur, dit Matignon. Si votre altesse persévère dans ces projets, nous la supplions de no4s la|re poignarder à l'heure même. Ce sera mieux et p|u8 sûr.
•—Comment? dit Bourbon étonné... pourquoi?
— Parce que, ap sortir de cet entretien, nous {rqns prévenir le roi Ff^nfiqis I*'.
Le connétable se prit à rire.
— Oh! o^es amis . dit-il , votre menace m'eilraye peu. Vous n'eiacérez pas la noblesse des sentiments au point de cpmmettre une lAdieté envers un ami qui s'est Oé à vous
— Pi bien, mon^^igne^r^ dirent-ils, ne répondez pas à Tempeieur, et demeurez avec nous.
— Le connétable n'est pas un enfant, reprit Bourbon aver: sévérité. Lorsqu'il aime* il aime bien ; lors(}u'il hait, il lrap|)c avec rudesse. Soyez avec moi ou contre moi.
Les deux gentibhommes saisirent la main de Bourbpn, ef le supplièrent de jrenquppf ^ ^Sl^ desseji). |1 (iemQUfft jf^exible Jl les vit s'éloigifer ayfBp uiie 8Qii)bfff trj^tes^.
— le vous connais , dit-il , et vpiîs jaipprouve ^^ \o\\\ cp que vous ferez. Dussiez-vous me trahir, i\\m <|ue you^ iaif^
^ Nous le ferons donc, monsdgneur ; et de ce pas nous retournons à Chambord, ob est le roi.
— Je pourrais vous en empêcher, ditle connétable; mais je ne crains personne. Allez, les portes de ma maison sont ouvertes.
Matignon et d'Argouges revinrent sur leurs pas pour essayer d'une dernière instance.
—le vous entais mes amis, dit le connétable; vous êtes ceux de François, par conséquent vous me hanses. Allez!
Il ne les eut pas plus tAt perdus de vue, qu'il tomba dans une douleur profonde. Il n'avait pas aperçu SaintrVallier, debout en un coin de la chambre, et enseveli dans les réflexions les plus douloureuses.
— Et toi, lui-dit, m'abandonnes-tu aussi?
— Monseigneur, vous pouvez douter de ma fidélité: mais je ne voudrais pas que vous doutassiez de mon honneur.
— C'en est faiti dit Bourbon... je moumâ seul!
Et se livrant sans réserve h son désespoir, il cacha son visage entre ses mains; et cet homme de fer, ce prince pour qui tous les hommes étaient des grains de sable roulant au hasard sous le souffle de son ambition, de ses caprices, ce ftitur conquérant tout préparé aux victoires, laissa échapper une larme, qui glissa entre ses doigg amaigris.
Saint-Valliér ne put tenir contre l'expression poignante de cette infortune.
— Mon ami! s'écria-t>il mon maître» je ne vous aban^
donnerai pas. Tirattre, je vous suivrai dans la trahison; mais n'oubliez jamais que c'est à l'amitié que j'ai cédé, non à Tava* rice. Ordonnez, j'obéirai.
Bourbon se jeta dans les bras de cet ami fidèle, lui remit à
lA OONQBBGiniIB.' U9
rinstaiit les chiffres secrets de sa correspondance ateo Charles-
Quinty et lui livra sans réserre la clef de ses opérations.
— Monseigneur, dit Saint-Vallier, pour tous je perds mon ref ios, ma conscience ; je vais transmettre un nom déshonoré à mon enfant. Peut-être mourrai-je de regrets si je ne meurs dans l'eiercîce des devoirs que je contracte dès aujourd'hui. Mais jurez-moi , monseigneur, de ne pas abandonner ma fille chérie ; Diane est si jeune encore 1 elle m'aime tanti elle avait droit d'espéfer un si hel avenir 1
— Ton enfant est ma ûUe! s'écria le connétable; elle sera princesse I... une couronne payera le dévouement de son père...
— Oh ! ne dites pas cela, monseigneur; ce n'est pas l'or ni la grandeur, c'est le repos dans la bonne renommée que je demande pour cette enfant.
^ C'est vrai, répliqua lentement le connétable; une belle renomméel c'^t un précieux trésor!
£t il soupira, songeant pour la dernière lois qu'il était encore maître de ce trésor dont il appréciait si haut la valeur. Le reste
du jour se passa en projets qui bannirent les idées lugubres. Le lendemain, le connétable avait pris sa résolution, et était prêt à rendre à Tempeieur.
Soudain un grand bruit se fait entendre autour de la maison. Des dievaux, des aimes, le roulement des tambours; puis ce cri :
«Leroil auzamiesl »
Célait Fhinçois I", en effet, qui venait rendre visite au connétable. Il entra le £ront pÂle, mais serein, et tout d'abord
LES W|8ÛBi^ HP V^fUffS.
sur un ^isage 4^^^
T- liQq cousin, dit )e loi, j'ai quitté Cbambprd à la hAte, parce que j'ai appria qna TPiiamipIfiigmes de moi. Nous na
devons pas vivre enoeods; (Bif Uqua^YQus, je mai a'il m'eal
possible de vous satisfaire.
Stra, répondit Bouslnm, pav verni» de^premi^ ^mo*
tion« le mal qui m'est venu est irréparable» et le» douleurs qaa j'ai souflerles sont cruelles.
— (kusoon Psament, coiisni, al ^fffp^iaqKRl F!?rtP*^—
ypus vo^l^z quitter le royi^ume?
— Sire... dit Bourbon avec embanas*
---Nenie^p(i8...Unprinpa4o^fi^i^Pi|^* de TDtra fnérite,
C$1 le pqjnl de mire de toutes les intrigues. Certains ennen^js de la France aimeraient mieux Bourboit toi^t seul ei^ leur camp i)pe trente mille hommes d'armes. Us ont raison, cousin, ib ont raison. Mais ces débaucheurs de princes font leurs afTaires et s'bonorent par ces calculs qu'on estconvenu d'appeler science politique: ceux au contraire qui acceptent le marché se déshonorent, mon cousin. Voilà certainement ce que vous vous êtes dit, n'est-ce pas. connétable?
— Votre bonté, sire, m'encourage* iépli<pui Bourbon... elle me fait oublier mes malheurs...
— Croyez-vous par exemple, mon cousin, 4pe l'alliance de Charles-Quint vaille pour un Français l'amitié de. son roi et une richesse bien acquise?
— Sire, s'écria Bourbon, que le souvenir des rivalités de fih mille entraîna plus loin qu'il n'aAl toiiIh aller, pour le conné* taUe de Bourbon li n'y a plus ni amitié royale ai opulence. La
U GONOERGERIB. 151
dockèsse d'ingbulime m'a pris en haine, elle mé poursuit dans tout œ qui m'est cher, daiis loul ce qui m'appartient; Semblan-
çay, pour m'avoir donné quelques avis relativemtiil à mon procès» Vient d'être mis à la Conciergerie, et l'on parle de lui Cuire son procès aussi, k lui... N'ayant plus d'amis, plus de fortune, je cède à l'adversité.
François réûéchissait à ces paroles amères.
^ Semfclahçay, dit-il, n'a pas géré les finances comihe il coh- Tcnait. Le chancelier a contre lui plusieurs sujets d'accusation capitaié.
— Sans doute, sire; il ih'àimait, dît le conhélablé àveb tiii
sombre sourire.
— Allons I mon cousin, interroînpit François, la pm. Noiis somme presque déux frèires. le tous promets la liberté de Vos
amis, la garantie de (oiis yos biens en cas de perle de voire procès, Seuléinenl jiutez-mdi qué Vous né quitterez pas la France, que Vous iHë iàisséfês lè temps dé yodis réconcilier avec mà mère... et, jpour mieux nous entendre, venez avec moi à Lyoii... àmoins qiié Vèusne soyez liropengagé aYec l'empereiif.
— Sire, dit lé côimélakle, je ne suis engagé i n rien avec Ciiarîes-Quiiat; je ne cacherai pas à voire majesté lesoflres qu'il m'a £ftites; niàîà, si fort au déséspoiir qlié je me sois vu» je iiie suis imposé la réflexion.
— ^e réfléchissez plus, fiourbon ; venez avec moi. —Sire, Vous ibe Vdyez Hiàlade; tant de chàgirihs ont altéré
ma santé; épuisé mes forces. Mais j'irai tcjoindre votre majesté aussitôt que les médeciUs lue permettront le voyage.
Firaii^i^ P*, hoiiiif.e dé plaisir, débaacké, sans scrupule!!, était cependant esclave de sa parole, et jamais eîi lui le
f H LES PUISONS DE L*EUR0PB.
narqae ne s*étail dènenti sur ce point n crat |Nmfrir coqip-;
1er sur la promesse du connétable.
Mais oelui-d se repentit de sa facilité, comme tous les hom* mes d'un orgueil excessif; il crut avoir perdu toute dignité en se rendant sanscombat à la prière du roi, et, reprenant le rôle d'offensé qui convenait k son humeur atrabilaire, il s'écarta du grand cbemin au moment où on l'attendait à Lyon, rassembla quelques amis avec lesquels il alla s enfermer dans une de ses places fortes.
François I**, furieux de ce manque de foi, envoie des troupes
pour investir la forteresse, et Bourbon se sauve, déguisé en valet, avec un gentilhomme nommé Pomperan, que SaintrVal> lier lui avait donné comme un partisan dévoué.
Ce fut une grande joie pour la duchesse d'Angoulême, qui ût main basse sur tous les amis que laissait le connétable. Saint» Vallier, plus coupable que les autres, (ht le premier arrêté. On se bâta d'autant plus que Bourbon était parent ou allié des promit fiimilles du royaume, et que le peuple, avec ce sens exquis dont il a toujours donné la preuve, devinait que le connétable était victime d'une haine de femme. Le roi n'avait plus rien -à dire à sa mère» donc toutes les accu^tions contre le connétable se trouvaient justifiées par sa trahison.
Saini-Yailier fut conduit à la Condei^erie, et surveillé avec une rigueur extrême. Durant Vinstruction de son procès, il ne communiqua pas môme avec sa famille , et l'attitude du parlement dut lui prouver que le roi voulait être vengé. Tout le poids de la trahison du connétable retomba sur une seule tète, et. après avoir essayé vainement de se défendre contre les charges qui l'accablaient moins encore que la haine de la duchesse
LA CÛNClliRGERIE
fil
d'Aogouléme, Jean de Poitiers, comte de Saint-Vallier, fut coudamné à mort.
Après la lecture de rarrèt, le malheureux père draanda
soit à voir le roi, soit à voir sa ûUe. Il ne lui fut pas fait de réponse. Seulemeot, oommê on avail pitié dans la prison d'un genUlhomme plein d'honneur, dont le seul crime était une ftii* blesse envers un ami, on lui accorda la faveur de communiquer avec un prisonnier dont le cachot était voisin du sien, et qui, entendant ses gémissraaents par la porte entr'ouverte à l'heure des repas, avait désiré de son côté une heure d'entretien avec cet homme au désespoir.
Le geôlier ouvrit le guichet de fer et laissa entrer l'inconnu chez le condamné à mort. Saint-Vallier, dans sa préoccupation ftmèbre, ne fit pas au visileur tout l'accueil qu'il devait attendre.
Regardez-moi bien, comte, dit l'inconnu, et vous verrez un homme qui enrie la position oh vous êtes, un homme qui vous trouve heureux, bien heureux.
•—Qui est donc celui qui me raille ainsi? dit Saint- VaUier en relevant la tète... M.deSembUmçay! vousl
C'était en effet le noble vieillard. Il s'approcha de Saint-Vallier, dont il prit la main avec affection.
— La mort vous épouvante, dit-il ; hélasl elle vient à qui la repousse, elle fuit qui l'appelle.
— Àh ! monsieur, dit Saint- ValUer* vous n'avez pas une fille que votre supplice va rendre infâme et orpheline... le ne parle pas de la misère! ma ûUe dans la misère!... Pensezvous à cela?
^ Comte, ditll. de Semblançay, vous laisses une fille, mais m. ao
elle trmiiFeita des 9invs et des protnotmft V^^mi ceiq; pour f iii
vous mourez; riiifainic ne s'aUu( lu; pas au nom d'ua conspiratear mort pour la défense de son opiptoa. }\m n|oi, je vis infâme, moi, je suis accusé de vol, et quapd je dBMande des jugei, c'esl-ià-dire quand j'appelle la lumière sur aieij actions, mon ennemie répoqd ^ inft pljàinte eu me faisant décadré h quelques pieds plus bas dw se$ ^c|iot9.f . Vous ceignez la mort, je la désire, car elle m'affrauchira du supplice de l'iucerlitude, et les ciilomniateurs qui n'épargpe^t pas ipf^ vi^ se tairont sur mon tombeai).
— Eh bien, monsieur, répondit Sain^Vallier, toiiyours ramei|é ap souvenir de sa fille, avez-vous ep(epdu par)^ d'une torture pareille h la mienne? £mpôcha-t-pi^ jan^ pg|if damné d'embrasser son ealanl ?
Monsieur le comte, dit le vieillard, vous comptez les mor mentsavec trop d'impatience; voyez la lampe qui nous éclaire ei^ celte sombre galerie; à peine jjrille-lrelle depuis deux liei)r res. La nuit commence... Écoutez, les sentjpellr^ criant la pr^ mîère garde... Vous avez jusqu'à dep^ain, plus loiigtemps enr cure peut-être, et votre fille viendra.
— Diane l elle est si belle 1 dit le père au désepoir* Que serat-elle devenue? Promettez-moi, si vous sortez de la Conciergerie, de veiller sur elle, de lui djre combien, à cause d'elle, j ai regretté la viel Mais on opvie la poçtp; un vient, çe mp semble...
— Il espère! murmura Semblançay. Il a pour ennemis Louise de Savoie, Duprat, et il esfp^l
— J'espère en Dieu et en mon enfant, répliqua le mftlheureuz Saint- Yallier.
LA CoNCIËKGËaiE.
C'était une ronde de nuit qui sépara les deux prisonniers* Saint-Vallier se trouva seul dans les ténèbres, plongé d ins ces
effrayantes peuséts qui lont jaillir tant de douleur d'uue àme encore attachée à la terre.
Etre seul ainsi I ne pas entendre une parole amie, m pas sentir un regard sur soi, au moment où l'on a besoin de toutes ses forces pour YiTre,oii Ton décuple son être, pour ainsi dire, par appréhension du néant f Quand le jour vînt se glisser aux barreaux du comte, et attacher bes bleus retk ts aux parois du cachot, Saint-Yallier n'avait pas encore fermO les yeux*
— Voilà le jofir! s*écria-t-il, le jour où il faut niourir!
Le geôlier, qui enlra clans son cachot, rerula dhorreur. En cette nuit, les cheveux du comte, bnins la veille, avaient blanchi. L'homme encore jeune était plus cassé que Semblançay*
— Personne n'est venu? demanda le cofnte; vous n'avez pas
vu ixia lille?
— Blonsieur, répondit le geôlier, une jeune iille est venue liier, on Va éloignée. C'était au moment oii M. le chancelier faisait sa visite dans le palais. Cette jeune dam»' pleurait et demandait à vous voir; mais l'ordre était si sévère... Cependant nous eussions cédé, tant elle nous attendrissait. Elle est si belle I
Saint-Yallier fondit en larmes.
— Et je ne la verrai plus? demanda-t-il.
— M. le chancelier a vu cette belle demoiselle, continua le geôlie.
~~ C'est lui! lui, mon ennemi, qui l'aura repoussée.
Au contraire, monsieur. M. le chanceUer la voyant si
lie
us nUSONS DB LWROR.
triste el si belle, la considéra d'un air étrange, et s'approdiant
d'elle :
— Vous êtes la ûlle du comte de Saint- Yallier, dit-il... et TOUS foudriez sauver votre père?
— Oh! oui! répliqua la jeune dame.
— Usez donc du seul moyen qui vous reste, allex implorer le roi. Je vous introduirai près de lui.
— Bonne idée, ajouta philosophiquement le geôlier, car le roi est bon pour les beaux yeux qui pleurent...
SaintrVallier frissonna... Le regard de cet homme , la présence du chancelier à la Conciergerie, son conseil si peu en harmonie avec son désir de vengeance, tout cela jetait le malheureux père dans un chaos d'inquiétudes et d'espérances...
— 0 mon Dieu! s'écria-t-il tout à coup, mais ce serait mie vengeance pire qu'un assassinat.
Puis, tout à coup, songeant k la candeur de cette enfant élevée sous les yeux d'une tendre mère, se rappelant les exemples d'honneur, traditionnels dans sa famille :
-'Cest impossible, pensa-t^l: le chancelier ne peut avoir conçu l'idée de cette spéculation inDàme, et mon enfant ne l'accepteiait pas.
— Qa'a4*elle répondu? demanda-t-il , en tremblant, au geôlier.
— Ma foi, monsieur, die a accepté bien vivement, et tous deux sont partis. A votre place, j'aurais espoir.
Saint-Vallier ne se rattachait plus à k vie avec autant d'iniMt. Naguère il désirait de revoir sa fille, et maintenant il tremblait de la voir paraître.
L'heure s'écoula. Les tambours retentirent ^^fpihrftmffit
lA GONHERGEBIB.
8008 la Toùte. Les portes du cachot, s'oumnt avec un bruit sinistre, donnèrent passage à cette nuée d'hommes noirs qui
représentent d'avance l'échafaud, après avoir représenté la justice. Saint-Vallier trembla en voyant dérouler un parche* min. n lui semblait qu'on allait lui accorder sa grâce; mais il n*en était rien ; c'était une seconde lecture de l'arrêt qui for^ mokit les moindres détaib du supplice.
n ne fut pas plus tôt rassuré sur ce point, qu'il ressentit toutes les faiblesses de l'humanité. Pourquoi Diane ne vcnait-eli^ pas? Pourquoi, si le roi lavait refusée, n'obtenait-elle pas au moins la triste faveur d'aller dire adieu à son père? Saint- Yallier pensa que le chancelier avait dû tendre quelque piège à cette enfant, l'écarter de la présence du roi, pour que rien ne vint soustrahre à l'échafaud la téte que demandait Louise de Savoie.
Ainsi se passa la matinée. On était au milieu de février: la
neige tombait depuis quelques heures, étouffant tous les bruits dans son vaste linceul. Saint-Yallier vit entrer dans sa prison le chanoine Incehn, désigné pour l'^horter à la mort. H eut honte de sa frayeur passée, et s'aecusa de lâcheté, en voyant la surprise du prêtre à l'aspect des cheveux blanchis qui témoi* gnaient d'une émotion si violente.
— La mort des champs de bataille ne vous a pas effrayé, dit le chanoine; mais une mort sans gloire vous a trouvé Douille. HélasI rappéles-vous Jésus mourant d'un supplice infâme. Sa dernière nuit l'avait rendu plus épris de Dieu ; délachez- V0U8 entièrement de la terre... car voici le moment venu de vous humilier devant le roi, devant le peuple.
— Oh! les hommes savent rendre la mort bien cruelle.
LES PABONS DK LT.imOPB.
s'écria Saint-VaDiei', 4tie 4e bourreau tefaait dé reTéttr de ses
iiisîgiies d'officier, après lui ài^if éhaussé l'éperon d'or.
On le conduisit dans la graudc salle du Palais ; on le plaça sur la table de marbre, oU le bmifreau le dégrada de toutes ses dignités, en criant à chaque reprise : « Je^n de Poitiers, traître à son roil » Puis, ramoné à la porte du Palais, il trouva un cbe?al orné d'une housse ûoîre, bi^ée d'argent, sur leifUel on le fit monter léle nue, sans lui laisser les rênes, que le bourreau prit de sa main gauche;
C'était un triste speéfade (fuë cét hotnme brisé |iar la honte* la douleur et l'inquiétude, proinL'iiaul un ri i^ird voilé d^ lar* mes sur l'immense multitude accourue pour dévorer son ago^ Aie, (Cherchant parmi toud ces risages Uh sourire ami, une dernière parole de consolation, et n'cnlendaul que la psalmodie monotone du prêtre qui cheminait lentement à son côté»
Oh aperçut biehtôt l'échafaud. qui S'éleVait sur la place de G rêve.
— Voilà donc, munuiifa le condamné, l'héritage que jfè laissée mon enfantt Uik nom déshonoré! 0 monseigneur lé connétable 1 quelle dette vous allez contracter envers la iilie du malheureux Saint*Vallierl...
— Monsieur, éHt le bourreau, il rmïs finit nlonterr L'heuté est venue» j'ai mon oiUce à remplir ; veuillez me pardonner , monsieur, car c'est un grand chagrin pour moi de verser ainsi le sang... mais j'obéis au roi
^ Bonnes gens! s'écria douloureusement Saint-Yallier, pries Dieu pout un gentilhomme qui va mourir dans une angoisse amère, et pour un crime bien léger... Plaignez uâ père qui n'a pu eoibrasser son enfant...
LÀ GONCIEUUtiHlË.
A ces mots il s'agenouilla, et une grande compassion saisit lout le peuple» pemi lequel beaucoup de spectateurs réciteioDl des prièM et fendaient ea lenm. Déjli le bourreau avait arraAgé les che?aux U^APs di^ comte , et saisissait la terrible épée. Aussitôt un mouyement pareil à celui des épis que fidt ondoyer le datip lorsqu'il passe, eut lieu dans I9 foule à l'extrémité 4^ quai; un homme ^ ch^v^l, éleyaiil un parchemin au-dessus de 9a téte, s'aTançait lapidei^eat par le sp^tier que lui ouyraient les spectateurs, en répétant ce çri : Grâce ! gr^ce ! que des milliers de Yoix apportèrent avant l^i sur l'échafdud, comme un mugissement terrible.
Le bourreau entendit et s'arrêta. Saint-YalUer entendit et fut saisi de joie. A la vue du peuple qui battait des mains et criait Noéll cet homme crut ressentir la protection de Dieu hn-mème. Il écouta mis fentendre la félîeitation du dianoine, et se laissa reconduire comme frappé de stupeur à la Coneiergpffie*
On lui lut à cet endroit les lettres du roi qui faisaient grAcc, et eomme il se préparait à remercier l'envoyé de sa majesté , il aperçut Diane, sa fiUe» qui desœoéait de litièie devant le
poste delà prison, et semblait honteuse d'aller embrasser le père qu'elle venait de racheter de la mort.
La jeune fille ayait les yeux mouillés de larmes ; elle quitta fléeipitamment les serviteurs qui s'empressaient autour d'elle, et reformaient les rideaux blasonnés de la litière aux armes de Fhinee. Lorsque le père et l'enfsnt eurent échangé leurs pensées, au lieu du bonheur tant désiré que cette présence devait laire voir rayonner sur les traite du comte, ce fut une sombre pileiir que les geôliers retrouvèieniau front de leur prisonnier.
Les ninoiis oi L'EUKon.
Fanni lesviofs entroeonpésde Saint-Vallier, les gémineiiieiifs
de Diaae, ils n'avaient pu saisir que ces paroles :
— Me condamner à vivre après ce que j'ai appris, c'est me punir plus sévèrement que par la mort... Adieu, ma fille! adieu pour jamabi
Et ils se séparèrent. Diane pleurait; Saint-Vallier vint r prendre ses chaînes : il avait préféré à la liberté une prison perpétuelle , el l'on dit que le roi François I* dat lui accorder
celte suprême faveur pour prévenir l'éclat de son désespoir.
Aussi quand le oomte se retrouva en présence de Sem-
blançay :
— Vous voyez bien, dit le vieillard, que j'avais raison d'enrvîer votre sort.
— Monsieur, répliqua SaintrVallier, c'est moi qui envie le vôtre I Mort ou vivant, votre honneur sera sauf, et il n'appartient qu'à vous seul, et vos ennemis ne frappent que vousl Mais ils m'ont enlevé à moi mon honneur et mon enfant.
Trois ans après, tandis que Saint-Vallier pleurait en prison la honteuse faveur du monarque , Semblançay succombait à son tour sous la fiirieuse rage de Louise de Savoie. Convaincu d'avoir été un administrateur infidèle , le noble vieillard fut condamné à mort comme un voleur, et pendu à Mont£aucon Son supplice fit suite à ces oefet de juHice royale dont nous avons parlé à propos des financiers et des traitants du treizième siècle. Le surintendant marcha comme un martyr à cette mort honteuse, dont l'infamie retomba tout entière sur ses assas* sins; l'opinion publique n'attendit pas pour se prouoncer ce délai souvent assez court qui inaugure la postérité pour les
U CONOERGERIB.
nctimes de l'iniquité ; les poètes même chantèrent la mort courageun et imméritée de riirépioohable ministre (5).
Quant à Bourbon, poursoiri sans réiâclie par Louise de Sa- ;oie, il avait déjà reçu la peine de sa trahison envers la France, par lee défiances de son nouveau sonveiain, l'empereur» et par les protestations énergiques des Espagnols, qui refusaient à Charles-Quint de s'allier avec le traître ou de lui faire accueil. On sait qu'on grand d'Espagne, pressé par Charles V de prâler sa maison au connétable, répondit :
— Je le ferai, sire, puisque votre majesté l'ordonne; mais à peine le connétable en aeni-tjl sorti, que je brûlerai ma maison, dans laquelle aura respiré le traître.
Bourbon devait recevoir un autre affiront, plus sensible encore, car il Tenait du pins loyal dievalier, du cœur le plus français qui eût jamais battu sous la cuirasse. Bavard devait compléter la vengeance de Louise de Savoie.
Célait à Romagnano, le jour où le chevalier sans peur et sans reproche, blessé d'un coup de mousquet qui lui rompit les reins, s'était Mt adosser à un arbre par son écujer et son ^ge, afin de monrir en regardant l'ennemi. L'ennemi, c'était le connétable de Bourbon, acharné à poursuivre les fuyards français; c'était Bourbon, qui brandissait one épée teinte du sang de ses compatriotes. Dans sa conrse rapide, il passa de* vaut Bayard , le reconnut, et vint lui témoigner sa douleur de le voir en si triste état.
— Honsiear, répondit Bayard, qni tenait la croix de son
épée en ses mains dé£Bullantes, ce n'est pas moi qu'il faut
plaindre» car je meurs en bon Français, et en bomme de bien
•jant lirit mon devoir... C'est voos'qai m'inspirez grande pi* m. SI
LES mSONB DB UKUlOPB.
tié; vous, prince du »ang français, qui, contre votre boimeur et vos serments, portes aujourd'hui les livrée d'&pagse sur vo« épvûwt et à la maiD une hm «ooiUte de mf fraoçm.
Bourbon poussa un sourd gémissement, baissa la visière de sou casque pour caoher «a rougeur, et diaparut , empgrUnt le trait mortel dont Bayaid Tenait de le bbseer. Troie ans aprèe, sous les murs de Rome, il tombait lui-inérae de la brèche, et
mourait saua honneuTt b était m iWt i'aA«# wim de la mort de Semblançay,
On lit dans l'hisloire de François I*^ que, ce prince ayant
aosueiUi avec une me(;aificeiu)e msk égAle l'empeieur Cbarleer Quint à son passage sur les terres de Ftanee, que des principales
galanteries faites par le roi à l'empereur fut l'élargissement, au
nom de ce dernier, de tous les priionniers nenlennéa k la Cod^ ciergerie. CMait en jan?ter 1540. Il but eroiie qi^ te eomfo d^
SaintrVallier était mort ou transttfé dans une autre prison du
royaumSf car i} n'j a pas de irnoe qfi'A ait pccfilé de cette fiiTcor.
C'est sous le règne de François I** que Von remarqua les premières pen^ci^tions diriges contre Ui religion réformée. Dès 1517 et 1591 , la (acuité française de théologie avait condamné Luther. En 1525, le premier pr^idept du parlement, Fime Iiizeli défendit toute traduction en tençais des Ut^
l'Écriture sainte. Mais les idées de réforme envahissaient nmlgré la persécution, et se répandaient d^ le clergé» epomif
dans Vunivarsité* En 1SS5. un proMml* leen ledere. aocosé
d'avoir, par e^cèsde zèle, déchiré rafQche d'une bulle relative
h la îente des indulgences, fut fouetté trois jouis é Paris, et meivié «n tant d'à» fnridMt vm mcarcémtion à te
LA GONCiË&GËaiE.
Conciergerie. De cette même prison sortirent, pour aller au supplice» tedpiM dePannM, brûlé fif on place de Grève» et l'Ermite» hMé au parvis Notre-Dame» pow avoir accueilli et propagé les doctrines nouvelles.
La persécution engendre les martyrs, a-t-on dit; on devrait i^outer qu'elle les multiplie. Les huguenots se mirent à briser el à dérober toutes les images de la Vierge , aux-quelles le peuple altaeliait le plus d'efficacité. François i** lut tdlement indigné de la mutilation d'une de ces statues , située au coin de la rue des Rosiers» qu'il fit promettre mille écus de récompense au délateur du coupable» et fit fondre une statue d'argent pour remplacer celle de pierre. Après des processions et des purifications sans nombre» la cour» le roi en téte« se MBdit à la rue des Rosiers par la rue Saînft4ntoine, s'agenouilla devant la nouvelle niche qu'on avait construite et ornée magnifiquement, puis y déposa lui-même, à la place de l'ancienne image, la statned'argent, qu'il baisa. Il ferma ensuite la grille, se remit à genoux et laissa son cierge» qui fut placé devant la statue.
Les mille écus avaient afflriandé les dénondateurs» Hais s'il fallait une victime, il était nécessaire aussi qu'elle fût considérable par sa <pialité ou son mérite. Justement il y avait à la Conciergerie un gentilhonmie artésien, nommé Berquin, conseiller du roi, savant théologien, une des colonnes du parti bugpienoté Berquin avait d^à été emprisonné deux fois pour fait d'hérésie, et n'avait dû son salut en ces deux occasions qu'à son éloquence, à sa science profonde. François 1" fivorisait» comme on le sait, les gens de lettres»
Hais le zèle religieux l'emporte sur le zèle littéraire : Berquin
Digitiz
fut arrêté sur les accusations de la faculté de théologie, el condamné à avoir la langue percée, après amende honmi^le et abjuration, puis au pilori, enfin à nne priwD perpétuelle. C'était encore de la douceur, eu ^ard à une Yengeance de prêtres.
Berquîn refusa d'abjurer ses erreurs, refbsa les ftifsurs de b
faculté de théologie et du parlement, aimant mieux la liberté deconscienee avec le «martyre. Le parlement leloiaceoida sous les espèces du bûcher.
Kul doute cependant que François I*' ne lui eût encore sauvé la vie sans l'aventure de la vierge des Rosiers. Mais alors le parti huguenot paraissait redoutable, et l'exemple fut fait. Berquîn fut brûlé le 17 avril 1529 en place de Grève.
Quatre ans après, c'était le tour d'un jacobin apostat, nommé Laurent Canu, qui, pour avoir trop souvent prêché les nouvelles doctrines et quelque peu pratiqué la bigamie, fut brûlé vif au parvis Notre-Dame. On lui permit de haranguer le peuple, œ qu'il accomplit avec une ferveur tellement dangereuse pour lesdoctrinesorthodozes, que le prévôt fit un signe an bourreau, lequel interrompit la conférence en étranglant le prédicateur et en mettant soudain le feu au bûcher.
Ce n'était rien que prêcher La réforme lança bientôt
ses libelles, qui inondèrent jusqu'au palais du roi. Les huguenots allèrent afficher des pamphlets sous les fenêtres du Louvre. Aussi le roi se montra-tril impitoyable contre les distributeurs de ces libelles, et six d'entre eux furent brûlés. C'étaient, à la Croix du Trahoir, Jean Dubourg, drapier de Paris, Milonet Valton; aux halles, Étienne de la Forge, riche marchand de Paris ; Aiilume Poêle, maçon, et une femme La
LA CONCIERGERIE
Catelle, maîtresse d'école. Ce fut pour ces malheureux qu'on inveuta la machine à torture dite l'estrapade» qui consistait en nue sorte de fK>tence très^élerée, du haut de laquelle, parle moyen d'une corde, on lançait le patient dans les flammes, ensuite de quoi on le retirait pour le replonger encore, jusqu'à ce que ks chaiis brûlées se détachassent, et que les membres tombassent dans le feu.
Tels furent les préludes asses sanglants, on le ?oit, des pcrséentîoiis qui devaient continuer plus tard avec un développement proportionné au génie des rois et des papes, durant deux cents années oonsécutÎTes d'un fanatisme farouche de part et d'autre. En 1546, le savant Éiienne Dolet expiait aussi dans les flammes son dévouement aux doctrines nouvelles. Toutes ces exécutions fiirent, dès Torigine, («ovoquées par l'intolérance du chancelier Duprat.
La Conciergerie vit passer aussi sous ses guichets le chancelier Poyet, précipité du âdte des girandeurs par la haine de la dudiesse d'Élampes. Il fût condamné avec la loi qu'il avait faite lui-même. Son histoire a été écrite dans la BastiUe.
François I** mourut en 1547, à Rambouillet. Les fiBumies avaient causé la plupart des malheurs de son ràgne. Mais, toute vindicative qu'eût été Louise de Savoie, si hautaine que fût la duchesse d'Ëtaoqies, une femme allait paraître sous le suivant et s'asseoir sur le trône, qui réunissait en elle toute la féroce insensibilité de l'une à l'astuce inépuisable de l'autre. Catherine de Médicis, destinée à troverser quatre r^es, allait déshonorer l'un, troubler le second, ensanglanter le troisième, et mourir désespérée de ne pouvoir, dans le quatrième, retrouver ces inspirations exécrables de sa jeunesse^ qui en
avaient fait le monstre le plus odieux que le mûnde eût connu depuis ïuUie et Hessaline*
tes ambassadeurs d'Espagne étant ventid h taff9 mdl de mai 1559 pour épouser au nom de leur roi Élisabclh de France» furent traités en festins et bilnquelspatles printseset les grands de la cour. Parmi ces honncÈ chhes^ le cardinal de Lorraine vint dire au roi Henri II que pour laire paraître au roi d'£spagne sa f(armeté dans la foi et pour donner eurée à «es pHn<Ses et seigneurs d'Espagne qui accompagnaient le dUc d'Albc, pour solenniser et honorer le mariage de leur roi avec madame sa fille, Q faudrait leur donner la tnori d'tme demi-douzaine dé conseillers, pour le moins, et les brûler en place publique, comme hérétiques et luthétiens qu'ils étaient.
Cette harangue dispose le roi fietiH tt, qui se tend avec M Suisses et sa garde aux Augustins, monte en la grand'chambre, s'assied en soh lit de justice, et Commande à son procureur général fioiifdin de proposer la mercuriale* OdJML attaque
cinq ou six conseillers mal tentants de la foi, entre lesquels était un nommé Aune du Bourg, qui soutintsi audaâeusemenl devant le foi sa religion en déprimant la religion catholique,
que le roi jura en grande colère qu'il le verrait brûler tout vif
de ses fiTopree yenx at^t sii Joute, et commanda de le tnener prisonnier en ta Bastille.
« Puis, le i*' Juin, il ouvrît le pas du tournoi, oii il fut couru d'une merveilleuse adresse. £t.pour donner haleine an roy et aux six tenants avec loi, les noces du wy d'Espagne avec ma» dame Elisabeth se célébrèrent en l'Église Notre-Dame, en telle . pompe, magnificence et solennité que Ton peut penaer. La ttte dura huit jours, et tous les princes, cardinaux et seigneurs
firent des festins à tour de rôle, h qui mieux À l'euTÎ,
pour avoir k yogf^ perAU S^piipoli* •Ensuite t'ammgèr^ «usri les iii(H9Q9dii duc de Savoie aveq
madame Marguerite de France , lesquelles bien reconnue^ et
ecooid^r le roy voulut r^commeacer les ioustev, £t aftrès dîner du dernier jour depuis 1559» il demanda ses annes, el
ayant fait dès le roatin publier l'ouverture du tournoi, lesqudles apportée, il commanda 4 M* 4e Vieiitevitted^ l'armer, encore que M. de Boissy, grand écuy^r de Frauoe, fût présent, auquel appui tenoit. è cause de son état, c^t honneur. Mais M. dç VieiUeville» pbéissant à ce pommandementf ne put 9e garderi lui mettant Vannet en Mie, de dire à sa majesté âvaeuiipfofond«Qt>pir qu'il ne fit de sa vie chose plus h contre-cœur que celle-là.
» Sa majesté n'eut pas le temps de lui en demander la rai^oUf parce que H. de Savpie se présenta h l'imitaiit tout aiméi au*
quel le roy dit eu riant « qu'il serrilt bien Içs genoux, car il
l'alloit km ébraulart m» respect de sou aUiaoce et frat^té. » UHlessus îte sortent de la iNiÔe pour venir mepter i ebeval et
entrent en lice, où le roy ùi une très-bello course, et rop^pii
fort biavemeut «a lance: K. de Savoie emblablement h siepue:
mais fl empoigna l'arçon, le tKmçon jeté, et branla quelque peu, çe qui diminua la louange de sa course, loutelois plu-
fieuFS attribuèrent cette iaute h son cheval rebome»
» H. de Guise vint après, qui fit fort bien. Mais le oomte de Montgommer/i ^and et roide jeune hpmme, lieutenant du sieur de Lorges, son père, l'un des capitaines des fsuàes, prit le rang de la trpisième course, qui étoit la dernière que le roy deyoit çQurir« car }e9 tenante en OQurent trois, et les assaillants
upe» Tops deux ipe choquèrent k outrauce t et rompiieot fçrl
dextrement leur bois. M. de Yieilleville, auquel appartenoit de eourir comme l'im des tenante apiès le vof, pour dire aussi ses trois courses, se présente et veut entrer en lice; mais le roy le pria de le laisser iiaire encore cette course contre le sieur de Lorges, car Q voidoit aToir sa re?anehe, disant qu'il l'aToitfût remuer et quasi quitter les étriers.
»1L de Vieilleville lui répond qu'il en a Alitasses» et avec très^rand honneur, et s^fl se sent intéressé, qu'il en va tirer pour lui sa raison , et s'il ne se tient bien , il ne le traitera pas plus doucement qu'un Espagnol qu'il vient de désarçonner. Ce nonobstant, sa majesté voulut encore foire une course contre de Lorges, et le ûi appeler, sur quoi M. de Vicilleville lui dit :
» -—Je jure sur le Dieu vivant, sire, qu'il y a plus de trois nuits que je ne fois que songer qu'il vous doit arriver quelque malbeur aujourd'hui, et que ce dernier juin vous est Datai; vous en fores comme il vous plaira. »
Pour expliquer ce pressentiment , on ajoutera que le règne de Henri II avait commencé par le combat funeste de Jamac et la Châtaigneraie, et que beaucoup d'astrologues ou devins, car ils abondaient à cette époque, avaient prédit la môme fin à ce règne, c'est-À-dire un combat également désastreux.
Lorges se voulut excuser, disant qu'il avait foit sa course, et que les autres assaillants ne permettraient pas qu'il fît sur eux cette anticipation. Mais sa majesté l'en dispensa, lui conunan« dant d'entrer en lice; à quoi, par très-grand malheur, il obéit et prit une lance.
La lice était ouYcrte dans bi rue Saint-Antoine, vifrA-vis des Toumelles et de la Bastille. On pouvait de cette prison jouir du spectacle, et les oonseÛlers renfermés, par ordre de Henri
ikoammmm. m
quelques joars auparavant , regardaient le eombat au trayera des grilles de fer. Aune du Bourg , celui que le roi avait juré de yoir brûler, ne se doutait guère du sort résorvé à son j uge^
à son maître.
M Or, il faut noter , continue le chroniqueur, qu'à toutes cour- Ma. et tant qu'elles dorent, toutes les trompettes 9i clairons
sonnent et fanfarent sans cesse à tue-tête et étourdisseraent d oreilles. Mais sitôt que les deux champions furent entrés en lice, et que leurs courses eorent commencé, elles se turent toutes sans aucunement sonner, ce qui nous fit avec horreur présager le malheureux désastre qui en advint. €ar ayant tous deux fort yalenrensement couru et rompu d'une grande dextérité et adresse leurs lances, ce malhabile de Lorges ne jeta pas, selon l'ordinaire coutume, le tronçon qui demeure en h main quand la lance est rompue, mais le porta toujours baissé, et en courant rencontra la tête du roy, duquel il donna droit devions layisièrequele coup haussa, et lui creva un cail; ce qui contndgnit sa majesté d'embrasser le col de son cheval, qui, ayant la bride lâchée, paracheva sa carrière, au bout de laquelle le grand et le premier écuyerse trouvoientpour l'arrêter selon la coutume , et ils hii 6tèrent son habillement de tête, après l'avoir descendu de cheval pour le mener en sa chambre.
» Le roy leur dismt d'une voix foible qu'il étoit mort, et que M. de Vieilleville avoit bien prévu ce malheur quand il l'armoit, et qu'auparavant il l'avoit instamment détourné de recommencer le tournoi; mais qu'on ne pouvoit fuir son destin.
» £t sur ce propos il fut conduit par M. le Grand et M. de
Vieilleville en sa chambre, dont la porte fut fermée à tout le
monde excepté à cetix qui y pouvoient faire service, comme m n
USS PRISO.^S DE L'EUROFB.
médecins, chirurgitins, apothicaires, valets de chambre; mêflle la reine n'y eut accès, crainte de lui accroître ses douleurs; e^ pas un prince ne se présenta. »
Cinq ou six chirurgiens des plus habiles de France firent toute diligence et doTOir d'approfondir la plaie, et de sonder l'endroit du cemau oH les ssquiUct du mngonds la liUM
pouvaient avoir porté.
Or, ces études avaient été téUmma 9ffTo((màiMf (jue pendant quatre Jours les médecins fifoft des eipériene» BUT les lêles de quatre criminels déc^jpités exprès dans la Conciergerie. On leur enfonçait dans la tôte le tronçon de lance au pareil côté qu'il était entré dans la tôte du roy. Mais oe Ait «i vain, les médecins eurent beau anatomiseT les plaies et les cerveaux des crimineb à qui l'on avait cqê^ u iron^ par pmàê fora, ils ne purent lioi déooimir, anon que la blesnue dn roi élml
mortelle.
11 fallut, disent quelques histoiiens, pour retirev ce tronçon de la blessure da leî, appuyer le pied sur b tète de sa majesté, et retirer le bois avec de fortes tenailles ; les douleurs étaient msupportables. Henri II perdit connaissance , et ne reprit ses sens que le quatrième jour. D fil alors appeler la reine, €itkerine de Médicis, qui, se présentant toute éplorée, reçut l'ordre de presser le plus possible les noces de sa belle^œur.
Henri demanda ensdteè M. de Vieilleville, qui n'avait pas abandonné son lit, oîi était l'état de maréchal de France. Il fit jurer à la reine d'eaiécuter la teneur dudit brevet. Puis il lui recommanda l'adoduistration dn royaume, cvee laiv filselné encore bien jeune qui lui sucoédait, et qu elle edt soin de leurs autres enknis, et qu'elle fllpriur Dieu pour son àme»
UOON
Quant à son corps, il sentait bien, par l'horrible mal qu'il 80uffirait, que c'était Mt de 8t m II U pria là^essus 4e se retirer. Ce propos fini, elle le laissa: mais ai H. de l^eillefflle ne Veût soutenue, elle tombait à terre; il iallut la porter en sa chambre, oii, arrivée et revenue à m, commença en diligenoe de donner ordre pour kBsosdites noces, qui farenlcflAréeseinq jours après le commandement.
Le lendemain de ces noees (IOjm]lell559),IKettfltdufoi sa volonté, et lui raidit l'esprit (6).
Catherine perdait par cette mort imprévue le trône, et un époui qu'elle gouvernait à sa guise» faisant à l'ombre de cette volonté tout ce qu'elle n'eût pas osé faire avec le pouvoir suprême. Elle jura de se venger du malheureux Montgommery, dont la mauvaise étoile avait causé cette catastrophe. £Ue le poursuivit quinze ans de sa rancune cachée, jusqu'à ce qu'enfin Montgommeiy, qui s'était réfugié en Normandie, et avait pris part à la guerre des huguenots, tombât en ses mains par trahison. C'est encore un chroniqueur contemporain qui nous racontera la vengeance de Catherine.
« Au même mois de juin 1574, commission lut déoemée anz seigneurs V. Alard, président de Rouen, et Poisle, le conseiller de la grand'chaoïbre au parlement de Paris, pour aller iaire le procès au oomtede Montgommery» chef des huguenots soulevés au pays de Normandie, lequel, après s'être emparé des villes de Saint-Lo, Carentan, et autres places de la Basse-Normandie, s'étant retiré à Domfront en Pissaie, le jeudi 27 mai, «voit été pris par les seigneurs de Matignon, Fervaques et autres capitaines catholiques, audit chAteau de Domû:ont, et depuis mené an château de Caen» et délami là sous bmmoelsAio garde. »
Montgommery s'était plutôt rendu qu'il n'avait été pris. La parole de Matignon l'avait rassuré ; il croyait avoir une rançcoi pure et simple à payer. Il ne soupçonnait pas Catherine derrière Matignon, et l'échafaud derrière sa captivité. Mais Catherine sut faire capituler la conscience de Matignon, qui lim son prisonnier, non toutef<MS sans un vif regret loisqu'il sut ce qu'on en voulait faire.
On assiégea ensuite Saint-Lo, et pour forcer un capitaine, nommé Golombières, qui y commandait, à foire bonne composition, on lui mena Montgommery tout prisonnier qu'il était, en Texhortaut à imiter son chef. Montgommery, par l'induction de cent qui le tenaient , essaya aussi de persuader Golombières: mais celui-ci, Normand et résolu :
•-Non, non, ditril,moncapitaitte, jeliesuispassi niais etsi poltron que de me rendre pour être amené à Paris servir de speetucle et de passe-temps à ce sot peuple en une place de Grève» conune je m'assure qu'on vous verra bientM. Voilà le lieu, et il montra la brèche, où je suis résolu à mourir et oh je mourrai peut-être demain, et mon fils à côté de moi. — Ce qui advint.
Le mercredi, 16 juin, Gabriel, comte de Montgommery, fiit rois en la tour carrée de la Conciergerie à Paris, après avoir été vu et ouï eu certains points par la reine régente, par le chancelier et par certains présidents de la cour. H avait été amené de Caen h Rouen et de Rouen à Paris, par quatre compagnies d'iiommes d'armes et deux compagnies de gens de pied sous la conduite du sieur de Vassé.
Son procès ne fut pas long. Catherine avait tout prévu, tout aplani.
Le samedit 26 juin, le comte deMontgommerf, par anét de
U GONOERGERIE.
US
la cour du parlemeot à Paris, fui tiré de la tour qui a depuis porté flon nom, et sortit de la Condeigerie dans un tombereau , ks inaîns liées derrière le doe, aifee nn prêtre et un bourreau» et de là meué en la place de Grève pour être décapité, et son corps mis en quartiers. Ledit anét le oondamnait, comme atteint et eonwncQ du crime de Iè8e4najesté, auxdites pdnes et à ta question eitraordinaire, de plus à être dégradé de noblesse, ses omeeeniants, neuffilsetdeux filles» déclarés ?ilains, intestaUes, incapables d'office, ses biens acquis et confisqués au roi.
c< Quand son arrêt lui fut prononcé, et en le menant au supplice, il disoit à haute Traqu'il monroit pour sa religion, qu'il n'avoit jamais fait trahison ni autre chose contre le prince. >i
N Et cependant, dit le chroniqueur, ayant sa yie assurée en ingletenre, près de la reine qui le tenoftt en a£feetion, il étoit revenu en France pour porter le trouble dans le royaume. » Mais, disait-il, c'était à la sollicitation d'ungrand, qu'il ne ?oulut jamais nommer dans les supplices et les tortures; d*un grand, qu'il déclarait la seconde personne de France, et qui l'était en effet, puisqu'on reconnaissait le duc d'Alençon, ce lâche instigateur de tant de crimes, qui toi^ouis abandonna ses complices, comme devait le faire plus tard Gaston, frère de Louis Xni, pourvoyeur deséchakuds du cardinal de Richelieu.
Montgommerydit ausn qu'il n'avait €|it de tort ni d'offense à personne, qu'il était prisonnier de guerre, et qu'on ne lui gardait pas la promesse qu'on lui avait faite à Domiront quand il s'y rendit prisonnier entre les mains du seigneur de Va^sé, à charge expresse qu'il aurait vie et bagues sauves,
n ne voulut passe confesser au docteur Simon Yigor, docteur de ^orixmne, catholique, archevêque de Rathonney qui s'alla
LES PRISONS DE VîBCKCm,
présenter à lui h la chapelle pour Tadmonesler. H ne voulut pa» non plus prendre ni baiser la croix, qu'on a coutume d'oilrir à tous ceux <ta'on mène au detnier toppUoe. fl n'écouta pat mteaa It prêtre qu'on avait mis en «on tomboreau, et comme un cordélier voulait le convertir et lui dire qu'il avait été abusé :
— Comment! lui dit le comte le regardant avee fennetâ» rommcnt, abusé? Si je l'ai été jamais, c'est par ceux de votre ordre, car le premier qui me donna une Bible, et me la fit lire, ce fdtim «ordelier comme vous, et, lalisant, J'aî apprit la rolisrion que je tiens ; our la seule vraie, et en laquelle depuis ayant vécu, je veux par la grâce de Dieuy mourir ai^oui^ d*hui.
Étant venu sur l'échafaud, il conjura le peuple de prier pour lui, rédta tout baut le symbole en la confession duquel il protesta tnourir; puis, ayant ftit sa prière à Dieu, à la mode de caox de la religion, il eut la tête tranchée, laquelle, le jeudi 28 juin suivant, fut mise sur un poteau en la place de Grève, et la niiil en fot6téepar l'ordre delà reineHUère, qûïoâÊUlaàrmkiaitmt et fut enfin vengée, comme dès longtemps ello désirait, de la mort du feu roi Henri II, son mari, encore qu'il n'en pût mais» par le moyen du seigneur de Vassé, qui, tissnt de la fin du temps, lui remit entre les mains ce pauve gentilhomme, auquel la justice n'eût su faire plaisir quand elle l'eût voulu (7).
Catherine se déclara toat entière dans le suppliœ de Ifoiil* prommory. C'est non-seulement la patiente Italienne qui couvt un projet quinze ans, mais la sanguinaire femme qui se procura i,n spectacle pour les yeux en môme temps qu'un plaisir pour ^* rprit. Tant de cruauté déployée contre le comte pourrait sans doute s'expliquer par quelqu'un de cas mystères de cour dont
LA CONCIERGERIE. 191
les plus sagaces historiens et les plus curieux chroniqueurs ne percent jamais le voile; mais la vengeance poussée à bout et enveloppant toute une race, ces eniànts innocents! do comte privés d'honneurs , de fortune , de secours, et condamnés à la mort civile par une savante agonie, c'est là ce qui fait le plus d'honneur au génie infernal de Catherine, ce génie qu^on retrouvera lorsqu'il s'agira de la reine de Navarre, de Coliijny, de Mouy, de£tenriIY, etdetousceuxquiiîrentombrageàlA Florentine.
Après avoir emprunté au naïf chroniqueur du règne de Henri III l'histoire de la fille fort belkt qui, déguisée en homme, servait les oordellers et ftit arrêtée, puis jetée à la Conciergerie» nous entamerons la série désastreuse des événements de cette époque, près de laquelle la Saint-Barthélemy et les massacres de leligionnaires ne sont que des aorîdents jetés dans un règne oh Tordre éclate. A côté de Henri III. Charles IX est un Sésostris.
Au commencement de mars 1581, Coignet de Pontchartrain» gentilhomme de Montfisrt l'Amaury, célébra ses noces aveo une jeune fille qu'il aimait. La cérémonie fut gaie, bruyante, somptueuse, comme le voulaient les usages du temps, conune le permettait la fortune de Tépoux. Coignet de Pontdiartrain feignit de ne pas remarquer les fureurs de quelques amis du seigneur de Saint-Léger, qui rôdaient autour des nouveaux époux et promenaient d'énormes rapières au milieu des gens inoffensifs de la noce.
Cependant Coignet ne se fût pas laissé prendre au dépourvu. Four dix amis de Saint-Léger qui guettaient me occasion, il j aivait vingt épées toutes prêtes à sortir du fourreau en faveur de Coignet. Seulement le cdme était du côté des plus &fts, ei
U8 fBBONS fit LVMR.
rien m trouUa k pan do leitiii et des réjoiiîMno». A part quelques «lUades menaçantes, Coignet évita la tempête. La
soirée se passa ainsi. Coignet «"m^^y^^^ sa femme en sa maison. Tune .des plus belles de la Tille, et les portes étant bien doses, les valets bien endormis, tous les gens d'épée remontèrent sur leurs bidets ou sur leurs mules et regagnèrent leurs castels» tout égayés eneoie par le bon ?in épicé qu'on leur avait versé pour coup de l'étrier.
Coignet n'avait pas tort de craindre quelque algsrade. Le seigneur de Saint-Léger était vîndieattf et venait de recevoir un affront : Coignet, pendant longtemps, avait désiré d'épouser mademoiselle de Saint-Léger, l'avait demandée à son père; puis, s'apercevantde quelque intrigue de la jeune fille, il avait, en homme prudent, tourné ses vues d'un autre côté ; mais au lieu d'une explication francbe avec le père, il avait préféré une brouille silendeuse. Les gens timides évitent rarement les mauvaises affaires ; en sorte qu'un jour M. de Saint-Léger avait oui dire que Coignet s'était fiancé à une jeune veuve des environs, rdlait épouser et invitait tout le voisinage aux noces. C'en est assez pour expliquer les rapières menaçantes et le guet des amis de Saint4iéger pendant le soir des épousailles.
Les deux époux étaient bien tranquillement enfermés, savourant le bonheur du tête-à-tète conjugal, lorsqu'unbruit extraordinaire les vint troubler vm les trois beures du matin. Des hommes, armés d'épées et de bAtons, avaient enfoncé la porte de la rue, rossé les valets, escaladé les degrés, forcé la serrure de la chambre nuptiale, et saisissaient aux bras de son épouse éploiée le malheureux Coignet de Fontchartrain, dont les hurlements eiïrajfaient tout le quartier.
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Montfort l'Amaury se réveilla pour voir passer le risible cortège de dix hommes, armés de fouets, qui faisaient par menace marcher Goignet» en chonise et nu-pieds, jusqu'à la place du marché; là ils le lièrent au poteau » t le fusligèreut cruellement, malgré ses fréquents appels h la pitié publique et à la force du ici, dont les suppôts dormaient seuls peui^tie en toute la Tille.
— Cela t'apprendra, lui dirent les bourreaux, à faire insulte à de nobles demoiselles, et tu connaîtras mieux les devoirs de la famille, à présent que tu en as une.
Coignet demeura battu, honni et gelé au poteau ; mais il fut plaint de quelques commères, qui vinrent le détacher; puis conseillé par quelques clercs de Montfort TAmaury, qui l'engagèrent à dresser plainte sans perdre de temps, ce que ût €oignet, homme timide, comme nous Favons dit, et peu disposé à rendre avec l'épée les coups dont il avait tant souffert.
Sa plainte fut portée au parlement de Paris, qui en connut en première instance, déclarant que de tels excès, entrepris contre la majesté du roi, constituaient crime de lèse-majesté, eu égard à la forme et à la qualité du délit. Le seigneur de Sainl-Léger fut arrêté en son château et mené prisonnier à la Conciergerie du Palais le 9 mars 1581. Coignet se promena triomphalement par la ville.
Mais Saini-Léger était gentilhonmie de la maison du duc d'Alençon, et en ce temps-là tout prince regardait comme un outrage fait à sa dignité la moindre poursuite exercée par la justice contre un coupable attaché à sa personne. Le duc d'Alençon commença de se plaindre, comme si rinnocr^nce eût été
opprimée ; il Jeta les hauts cris, comme si c'en était fait, après lU. S8
LES PRISONS DE L*ÉUàÔPE.
un tel abus, de tous les prÎTÎWgcs de \a noblesse de France.
De son côlé, Coignel poussait le palriement, les gealilabomniBÉ restés fidèlèâ à sa CAuse» èt f 1 ittttmttetttait Mm ^pmr. khm le duc d'Alençon Ot conseiller à Saint-L(^gT?f de terminer le dilférend pair une condUatioii, et iroici ce qu'il imagitiâ t
Coignet avait p1tt$teUfft témoin» à fMKnlufYbi toUr dépOBitkm devait amener la condamnation de Saint-Léger. Il s'agissait seulement d'acheter ces témoins, noU pa& eut'-ttième^) <Sar ils se fussent vendus trop cher isètéftie&t, nhàb tHH hhc êt dtt oôti» sentement de Coignet. On jugea que le battu, auquel, malgré les £iciUtés de l'époqûè, le duel ou l'a^ssinat n'avait ^as convenu pour vengeance, d^àccîômmoderait vt>loiitlërft â'UM somme^d'afgent, si la somme était lionnClô. En effet, Coignet de Pontchartrain se laissa persuader, reçut l'indemnité, «îûugédii ses témoins, et, content des cpiatfë mofâ dë prison suhi» pêSt êd partie, voulut bien oublier les malheureux coups de fouet doot le poteau de Hontfort gardait ehcbife l6â t»kté». Le toi Himri. en frisant les cheveux de sa femme, s*6musA héftuCOUp dU iM^ pect du bon Coignet pour la justice et les édits.
£n l&a4, le Vendredi-Saint, i'abhé de âainte-(ien6Viètë) M informé qu'un de ses locataires, lè ttittiistre huguenot Dumodlin, avait donné rendez-vous à un pédagogue, à plusieui-à de ses écoliers et de ses amis, dans la maison «in'il tettait de TallMt devant le collège deltontaigu, àUffloUt de t*atîs. Cétait un bon jour que le Vendredi-Saint pour faire montre de piété, aussi Fabbé se dépécha-t-il d'oiirir au roi une occasion de sanctiûer la solennité.
— lis vont manger quelque agneau, dit-il au prévôt delà
. «iUe» ou mime quelque enlant nouveau-né; leoilte priMir
Il xQ^e^iik le roi, «(op^ m crïm û 9Smh w
scandale si abominable.
En effet, le roi envoya tr^ia «^obu^ers copiQQilidés par m boa cattioUque, qai sairirent DiupQldiQ. h pédagDgUQt tea éeoUçre, les aasistants, oo^(l^isimlt le UjnA è la Goncieiw g^ie. n y avf^it vingt-cinq coupables. Henri Ul Iquf fit faire leur {wocès par le parleQient, qvu^ le i 4 avrtt mi7«it« las m» damDa ; Dumoulin et le pédagogue au fouet et au banniseemept perpétuel de la pr^YÛ^é et vicomté de fm^\ deux AUe^
aanda et pluaieurs étrange» m tolim an Jtmniwiiieiit
(mpoiaire, « le roi commandant qu'Uf fmmt trçÂii^ çkimi dm* mamh v dit te etifoniqueuri
Mais on n'osa pas de la même ctoaoew mm m iQt|« pri* aonnierqui était entré on t58t à la Conciergerie.
H se nommait de f ontault, était gentilbouune. et ravaieait la BeaucB a« nom de la idigton réformée : e'était pourtant le
pluft conciliant homme du mçmdQ avec les religions, attendu qu'il n'en profeaaaît auennes maia il avait fait ebgis de celle qu'on perséeutait alors le plnafivement* afin d*Mit exouaé ploe
aisément daqs son zèle.
Bontault mentait à cheTal avee nn valet, grand aaisripant qn'il avait dressé i eetfe nanmvre, et paKOurait le pays pour apprendre» disait^il» l'Écriture sainte aux indifférents ou aux hommes da. mauf aise Tokmté. Il portait, en effet, avec lui une Bible, dans laquelle il lisait gravement quelques passages aui malheureux qu'il rencontrait par les chemins. Puis, la page lue, il en faisait la glose, et ensuite se fiiisait payer sa leçon de théologie. Quiconque payait mal ou sl3 révoltait, subissail une insulte ou de mauvais traitements de ce scélérat «
LES raiSONS DE L'EUROPE.
dont rimaginaion n'était jamais à court de railleries ou de tortures...
Quand les voyageurs manquaient, Pontault entrait dans les maisons, tandis que son yalet gardait la porte, et il s'installait au milieu de la famille avec deux énormes pistolets qu'il déposait sur la table. Puis il commençait une façon de prêche touchant le luxe et les recherches mondaines.
— Mes frères, disait-il, à quoi bon ces Tases d'argent, ces fourchettes du même métal et ces assiettes qui brillent sur votre dressoir? Vous l'avez entendu par la leçon que je viens de âdre : plus de ces superfluités; cherchez le Seigneur dans Vombn;, dans la modestie, et non dans les vaines pompes de l'ostentation... de la lumière...
La famille écoutait ce prédicateur étrange dans un pieux te» cueiUcment, qui bientôt faisait place à de l'indignation si les gens étaient catholiques. Hais alors la so^e changeait.
— Nous sommes catholiques, et vous blasphéaml disail quelqu'un, révolté par les hérésies de Pontault.
— Ici, JOnathasI criait Pontault.
 l'instant même entrait le valet, muni de deux pistolets aussi longs que ceux du maitre. De plus, il avait une besace dans laquelle, en un iour de main, s'engloutissaient Toifévierie des hôtes catholiques ou protestants, qui poussaient des cris de lureur, cette religion mixte leur convenant aussi peu aux uns qu'aux autres
D'ordinaire fl y avait bataille, et souvent Pontault ensanglan» tait la scène oii venait de se jouer la scandaleuse comédie*
Biais un jour qu'il expliquait un texte fort sévère dans une maison oii le dressoir r^ernudt plusieurs pièces de veimeil»
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lAGONCIEBa]
ot qu'il buvait avec une sainte indignation le vin versé dans le gobelet d'or de l'aïeul, Pontault, qui jugeait le moment iavotable pour défaliser la maison, appela lonalhas, en saisissant lui -même le gobelet d'or et un plat d'argent dans lequel fumait une brochette de perdreaux*
lonathas n'arriya pas. Pontault n'avait pas remarqué qu'à son apparition dans la salle à manger, un des seniteurs du vieillard avait pâli , puis ouvert la bouche pour témoigner sa frayeur naïve, et qae soudain il avait quitté la salle. C'était un nouveau domestique auquel les manœuvres religieuses de Pontault étaient connues, parce qu'il l'avait vu opérer dans une métairie voisine oh il servait en qualité de palefrenier.
Jonathas î cria Pontault, impatienté des cris du vieillard etdesesfiUes.
— Le voidl eria soudain une vmi tellement railleuse que
Pontault se retourna, inquiet. Et la chose en valait la peine; car il aperçut Jonathas » pâle, désarmé, tenn aux oreilles par deux énormes lévriers, qui le coiffaiaU comme les dogues coifTent le ceri à la chasse.
Pontault voulut user de ses pistolets, mais une arquebuse le menaçait à droite, tandis que deux gros chiens le prenaient à la gprge et aux jambes. 11 fallut bien se rendre, et reconnaître lu supériorité de la religion cathoUque sur le huguenotisme do grands chemins que pratiquait ce brigand infdme.
Les archers, dont il était la terreur et le désespoiri arrive, eut quelques heures après, et l'enchaînèrent comme un véritable loup tiré du traquenard. Pontault fut conduit à la ConciergeriL', et son procès ne dura pas longtemps. Le 22 août 1584, il sortit de la prison pour aller en place de Grève, oh le boQneau de*
vait lui trûQcher la tôte. PontauU ne s'était réconcilié avec aucune religion. Employant les écas qu'on lui atait laissés à mener bonne vie dans sa prison cl h s'enivrer avec son valet Jonatbas, il n'avait cessé, dans le fktal trajet» de répéter à ooluhci, dont la terreur allait croissant :
— Rassure-loi, brave Jonalhas, ce n'est rien.
— Mais, monsieur. Ton me va pendre, et c'est triste; d'ait» leqrs, il y a l'enfer.
— Ah! que n'ai-je ma Bible, Jonalhas 1 je te prouverais par dix versets que l'enter n'existe pas... Pourquoi Tenferî... Et puis vou(lrais-lu donc aller en jparadis, quand moi je serais dfdiora},o
— Non, monsieur; mais l'éternité. .. c'est si long,
^ FûUeal iNou^ revioatkapa «^u wwde*** Aûus reçpmmen- C0IOII8 nos expéditioo9»«* ^eulemaat wm «eroQs plus malins»
ei nous nous kïo^t^ sccompaguer dç chi^u^ poui: coûib«^tU;'e eaux dflis ftutrea.
— Nous reviendrons au monde, qmnMÎWÎ dît lomitbaiS
émerveillé, quoique un peu incrédule,
— le t'en fépondi, ami Jooathas; je vieui de me fixer sur
une religion c'est la môlempsycoso, religion un peu indienne, mais agréable et renouvelée de P^lhagoraa.
— Oh! monsieur, voilà réehalMid... )e lugubre aspeetl... et là-bas, en face de vous, ia potence! Ohl la laide menace que me fait ce bras de bois en me tendant line eesdei
— lonathas , je vais mourir en gentilhomme, ne me eoMpromels pas par ta pusillanimité. Ces messieurs du parlement t'ont fait l'honneur de t'appeler brigand de grand qhemin, e'eit
comme qtii dirait lansquenet ou reitre aÛamô. déshonore pas la prpfession. Adieu, Jonaihas.
Jonattitt rn^nta teotiMnit tes degrés de l'édtellè, tandis que PontauU gravissait majestueusement les marches de l'échafaud. Le maître ix>ui:reau fit voler sur les planches la tète du geù> ttbOdiBlBi tandis que le talet serrait le ool du sei^iteur.
c( Âu gfand soulagement du peuple, dit en finissant la chrolùqueietaueoatenteoieDtparliiidetouslesgeDsdei^ieii. •
Fontault fût remplacé dans son cachôt par une fille blandie de rH6lel-Dieu de Paris, sœur Ticnnette Petite qui avait, pendant k nuit, loultt tiler à coups de couteau une autre somuti sa compagne, et une fleUle -religieuse nommée leailBe b IMra, à qui, du même couteau, elle avait coupé la gorge.
On ne sut pa* ipprécier la monomanie homicide de oette fille, qu'une oftnsi Ib^ke, cnrenimée par le régime de la ré^
dusion, avait seule portée à commettre un crime dont son ptu6 exempt dtt ieptMlie n'oifirait alieune iiiion* La malhetè-
reuse, se voyant couTcrte de sang après l'assassinat , ouvrit la ibnêtre , et se précipita d'une hauteur considérable dans la rififare. Méls elle Hé réussir à s'^ter la m, ftit prise et coA duite d^abord dan^ les prisons du chapitre.
Lelmilli lui fit son procès rapidement, et la condamna i être pmdue. Elle fut alors conduite à la Conciergerie pAr simple ibt-maliW, puis ramenée à rUcMel-Dieu, devant la porte duquel la poleUce était dressée. Cette malheureuse avait obtenu qtté le idiapith» Inèmtt ii&tefjetAt ëppel de la sentence ; méis la tour de parlement rejeta l'appel et l'exécution se lit plus tard il Montfaucon, devant une multitude qu'U&e piemiète déee^^ tttt tf«tHitp«i«MUi:agée.
LES FRISONS DE L*EOiOn.
TfemieHe Petit fut pendue, ayant k la mon droite le ooutean homicide Et ce qui porta la cour à rejeter l'appel , fut, dit rhistorien, la crainte d'un scandale plus grand. Ilfallait que les couvents offrissent des eiemples bien effrayants d'immoralité, ée démoralisation criminelle, pour que le roi très-chrétiea se décidât à offirir à U multitude une réparation du. crime commis par une religieuse, alors que les m paee des couvents et les oubliettes des prisons étouiïdient si bien le scandale et maiotenaient la dignité de la religion
Après la mort du duc de Guise et de la reine-mère Catherine de Médids, le 16 janvier 15S'J, maître Jean le Clerc, plus connu sous le nomd(i Bussy le Clerc, ligueur enragé, alla cher^ cber dans la grand'cbambre le président de Thou, le président Potier, qu'il conduisit à la Bastille, avec leur cortège de conseillers, qui ne les abandonnèrent pas. Il en retourna chercher plusieurs dans leurs maisons, soit qu'ils fissent partie de la cour des comptes, soit qu'ils fussent conseillers aux aides, et les ût écrouer à la Conciergerie.
Au mois de juillet suivant, les ligueurs, qui savaient rallîanoe faite entre le roi Henri III et Henri de Navarre, apprirent que le premier de ces deux princes, logé en la maison de Gondi« è Sain^Cloud, se mettait parfois aux fenêtres, regardant vers Paris et disant :
— Caserait grand dommage de ruiner et de perdre une si bonne et belle ville. Toutefois, il fout que j'aie ma raison des mutins et des rebelles qui sont là dedans, et qui m'ont chassé ignominieusement de ma ville, aidés et soutenus des Gulsards» dont je suis en partie vengé.
Cette nouvelle et les préparatife très-redoutables d'un assaut
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LA CONGIEBGBBIB. SSi
engagèrent les ligueurs à emprisonner environ trois ceub bourgeois de Paris des plus apparents des notables. £t, dit l'Estoîle, fls prirent pour oela ceux qu'ils iFoalurent» les bapti*
saut à plaisir du uom de huguenots ou politiques, 1^ Coiicier* gerie reçut vingt-cinq de ces prisonniers, qui furent délivrés à la fin du siège, interrompu par la mort de Henri m, frappé le i*' août 1589, à Saint-Cioud, par Jacques Clémeal, et mort seulement le jour d'ensuite ; mais le siège fut continué par Henri IV. La plupart de ces prisonniers périrent dans la grande famine qui désola quatre mois la capitale.
Enfin régna celui qu'on appelait par mépris le Béarnais, et» llttfrjl le dire, ce prince, duquel on n'attendait rien, fut un des meilleurs roisquela France puisse citer. Lorsque la ville lui eut été non pas rendue, mais vendue, eonune il le disait luirmème, il s'occupa de chasser les Espa^^'iiols appelés par les ligueurs , et, selon la coutume des rois ses prédécesseurs pendant la quinlaine de Pâques, il fit la cérémonie du lavement des pieds à douze pauvres, allo visiter \cb uiaïadt^- à l iiulel-i-fieu, el leur donna laumûnede sa main; puis, le leudumain, il se rendit à la GoDciergerie, où il se fit conduire dans les cachots avec un flambeau, pour en tirer un criuiinel coadaumé à mort, aïK^uel il fit grâce pleine et entière. U donna en même temps k liberté aux prisonniers pour dettes et pour tailles.
Le mardi 27 décembre 1594, comme Henri IV, revenant de
Picardie, fîit entré chez Gabnelle d'£strécs pour recevoir MM. de
Ragny et de Montigny, un garçon drapier i\gé de dix-neuf à
vingt ans, Jean Cbàtel, qui s élail glisse .^ans élre a])erçu au
milieu de la foule des courtisans, porta au roi un coup de cour
leau qui, destiné k percer la gorge , n'atteignit que la lèvroi 4 UI. U
LES FBJfiÛNS Oft UEUBOn.
cause de la position inclinée du roi. La lèTpefot coupée ci une dent arrachée. Henri lY» regardant autour cW hii, vit Matho* liMiftlbUeqinftdatitimgniidiiMmfaiie^ .
t — Au diable la folle! e\h m'a blessé! ' Ma» cette loumie courut droit à la porta» qu'cUoicniui jotia an BioiAeiil où fananiii cherchait à s'échapper, en loHe qu'A fiit pris, et jeta par terre son couteau encore sanglant. D'abord Henri IV ordonna qu'on le laissât allw ; mm comme on fODaîl dlntanoser Chàlel el qu'on le dkailélèfodci jénilea .
— Les jésuilos! s'écria Uenri IV; il iaut donc qu'ils SOiefli eonvainGuspar ma bouche.
Et iniMitM quelques magistials se trauppofttf^ eoUége de Clermont, oîi ils arrêtèrent tous les professeurs jésuites» qui inrent conduits ches le conseiikr BriawMV eu BBîbea des insite ^ eldes malédielioiis du peuple; car on sâfait la haine de ees religi( ux pour lenoureau roi, et leur alliance secrète avec l'Espagnol et le pape. QnafiétaanBrilepkeetlalammedeleaa Châtel, le eoré de sa paioisM, et le père Jean Gueret , son prolesseur de philosophie.
Le premier inlerrogatdie ne eompromit penonae. Qnsrii quelle est radPBM» d'im Jésuite auquel n'ont pas manqué des leçons de logique et de subtilités théologiques. A plus tote raison dcTait-on échouer eontre les réponses des profesaeme. TMMb h présomptkm était si forte, que les magistrats ne se découragèrent pas, et un conseiller du parlement, Louis Mazur^ «dj<»nt à l'afocat général Servin, résolut de pousser l'attaque arfeeuDelelle vigueur, que la défense dut être impossible, grâce aui preuves. Tous deux retournèrent donc au collège de Cler-
MU» olflEMnftBônilieawperqtttti^ d«ns ks papionrdi
lA G0RCRR6ERIE. 187
la communanté. Or , ils (ronyèrent dans la oellole du père jésuite Guignard. bibliothécaire , et dans celle d'un autre, Léonard Perrin, des écrits empreints d'un fanatisme tellement exailé» qne lean ChAtel avait dû y puiser l'idée et l'excuse de son crime. On sait qu'à culte époque, après les sermons de Lincestre et de Boucher, qui vomissaient les injures en pleine chaire, nn libelle devait être bien violent pour paraître excessif. Le ré^ suUat de la perquisilion fut l'arrestation de Guignard, de Perrin, du recteur Âmbroise Georges, et de quatre autres jésuiteSt qui furent conduits à la Conciergerie.
Châtel. interrogé, ne nomma personne. Mais il déclara que le meurtre d'un roi n'était pas un crime , et bien au contraire» ses professeurs lui ayant enseigné souvent, à propos de Henri IV, qu'un assassinat serait chose loisible, puisque ce prince n'était pas reconnu par le pape. Chàtel fui donc condamné à être conduit du For-l'Évéque à Notre-Dame pour y faire amende lionorable, puis à la Grève, pour y être tenaillé aux bras et aux cnisses, avoir le poing droit coupé , être écartelé, démembré, puis brûlé. Luxe de supplices que nous verrons surpassé, cent cinquante ans plus tard, à propos d'un roi que les jésuites avaient moins d'intérêt à tuer.
Le père Guignard fut condamné h mort, les autres jésuites à l'exil ; et le dimanche 8 janvier 1595 , neuf jours après le snp* plice de leur bibliothécaire , trente-sept de ces révérends pères sortirent à pied de Paris, parla porte Saint-Antoine, avec huit écus pour chacun et trois charrettes pour les vieillards. Le proeoreur était à cheval; les autres suivaient, l'oreille basse, un huissier du parlement ; le peuple hua et insulta ces jésuites, et pilla kun maisons.
Le père do Joan ChAtel fut condamiK^ aussi au bannissemont perpétuel, châtiment qui parut inique, et que l'on peut excuser par l'obligation où doit être tout père de famille de surveiller les actes de son fils mineur et d'en répondre. Le fait est que ce père, innocent de fait, on n'eu doute point, avait été mal inspiré de confier h des fanatiques l'éducation d'un jeune homme dont plusieurs fois il avait remarqué les dispositions exaltées. En outre du bannissement, Pierre (Mtel dut payer une somme de deux mille écus applicable à l'entretien des prisonnien de la CouciiTgerie.
Huit ans plus tard, Henri IV, par la crainte des jésuites, qui lui faisaient de loin sentir la pointe de leurs poignards, rappela en France les religieux, qu'un pareil triomphe ne devait pas satisfaire, et qui ne devaient avoir de repos qu'après la mort de celui qui les avait offensés.
Henri touchait au moment d'humilier la maison d'Autriche, et de placer la France au premier rang des puissances européennes, lorsque le couteau de Ravaillac vint sauver les ennemis de la France et du roi. L'histoire de cet assassinat est trop connue pour que nous la rapportions ici. A. quatre heures le roi avait été frappé; à six heures et demie, le duc d'Épemon, ayant intimidé le parlement, avait fait déclarer régente la reine Marie de Médicis.
On a beaucoup écrit sur oe sujet mystérieux, et la connivence de Marie de Médicis avec le duc d'Épemon n'a pu être sérieusement réfutée; ce fut au duc d'Fpernon que la reine dut la régence, et l'on peut croire qu'ils savaient Ton etrautie quelque chose des projets tramés contre le roi. Il y a sur ce fait deux éclaircissements bien positifs pour quiconque voudra
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LA CONCIERGERIE. 189
réfléchir. Le premier nous est fourni par le récit naïf d'un malheureux capitaine détenu en 1615 à la Conciergerie. U 8*appelaît de la Garde.
11 raconte qu'étant à Naples, en 1608, il fut traité plusieurs fois par un secrétaire du feu maréchal de Biron, chez lequel à dîner se trouva Ravaillac, qui dit qu'il tuerait le roi ou mourrait à la peine, et qu'il avait apporté des lettres du duc d'Ëpernon au vice-roi de Naples, dont il attendait la réponse. Quelques jours après, la Garde fîit conduit chex le père Alagon, jésuite, oncle du duc de Lerme. Ce jésuite, après avoir sondé les dépositions du capitaine, lui proposa de tuer le roi Henri IV d'un coup de pistolet à la chasse, et lui offrit cinquante mille écus et la grandesse d'Espagne en échange de ca service.
La Garde, stupéfait, mais aussi efirayé que stupéfait, car il connaissait la fiiçon dont les jésuites s'assurent le secret de leurs complices, feignit de réfléchir à la grandeur de rentreprise, sans refuser de s'en charger. Alagon lui permit la réflexion, et comme le capitaine, pour mieux dissimuler, contiauàit à le venir voir, la coniioncc s'établit peu à peu, et la Garde api^rit du jésuite que son assassinat ne serait pas une expédition isolée, car les ennemis du roi méditaient une invasion en France, avec cent galères, douze galions, vingt mille hommes I levés pour trois mois, des armes de toute espèce, des muni* ' tiens et des pmsons pour infecter l'eau potable.
Pour le coup , la Garde ne voulut pas garder plus longtemps un secret de cette imf^ortance, et, assurant plus que jamais le jésuite de son dévouement à la cduse, il se hâta de sortir pour prévenir Zamet, qui envoya auss lût des courriers au roi, et à son ambassadeur à Rome. Puis ayant trouvé une oocaâon lavo-
LES P&ISÛ^'S D£ VËUBÛPE.
rable pour s'échapper lui-môme, il vint à Fontainebleau iiifrfraîre Henri IV, dans une audience particulière, de tout ce qui se tramait contre l'état et contre lui. ) — Gardez bien toutes les lettres, toutes les preuves que vous avez, lui réplicjua Henri, et comme il ne ferait pas bon ici pour vous, allez rejoindre le grand maréchal de Pologne, et tous tenez k ma disposition.
La Garde obéit, et accompagna le maréchal en Angleterre , Ilollande, Flandre, Frise, Allemagne et Pologne, puis renvoyé en France pour ailaires importantes, apprit à Francfort la triste fin de Henri IV. Ravaillac avait fiût pour les jésuites ce que la Garde n'avait pas voulu faire.
Le capitaine en tomba malade de tristesse et tint le lit peu» (lant longtemps. De là il vint à Metz, avec l'intention de reprendre les armes dans la campagne qui se préparait; mais la paix ûit signée, et la Garde voulut revenir en France: ce qu'ayant appris quelques-ujis de ses ennemis, et qu'il pouvait beaucoup nuire am eompiraUws de la mort du feu roi, ils lattendirent au village de Tise, en grand nombre et armés, se jetèrent sur lui, prirent son équipage, et le frappèrent de tant de coups, qu'ils le jetèrent dans un fossé, le croyant mort. Il se traîna, tout couvert de sang, jusqu'à Mézières, où était le duc de Nevers, qui lui donna le moyen de revenir à Paris, où il présenta requête au roi et à son conseil afin d'obtenir récompense des sep» vices rendus par lui au feu roi et à l'état.
Mais la régente, après l'avoir apaisé, en lui donnant un ofdco de contrôleur général des bières, le fit arrêter tout à coup en Tannée 1615, et jeter à la Bastille, oii il endura des rigueurs infinies pendant neuf mois sans être .interrogé. h û t»%
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lA OQIHaBRQBin. 191
fttmÊké en la Conciergerie de tour en tour, eooffirant mille
maux, et admis fort tard h parler devant la cour du parlement.
La Garde réfléchit à cette marche de procédure. S'il eût parlé, il élail perdu. Demi ses juges fl ne dît rien, et la cour le ren* ?oya absous, comme sans doute il en avait reçu la promesse. Mais il fut retenu en prison par le rai... sans autre motif qae • eeUii d'être appelé à ionmir im jour des renseignements sur la mort de Henri IV.
Mais le malbeoreui termine ainsi sa namtka, et nous laiS' sons à deviner si ce pauvre cœur était gros de secrets et df teneurs!
« De ee que dessus, un cliaeon peut recueillir les causes d^
la prison du baron de la Garde, et s'il est juste ou injuslr de le priver non-seulement de récompense, mais de sa liberté, Umtefois , au lieu du bien, IHen lui a donné la patience et k désir de régler toujours ses volontés aux volontés de scfi supérieurs 11 supplie les gens de bien de prier Dieu pour sa liberté, aiin. qu'il puisse continuer le reste de ses jours an service du roi et de sa patrie.
» Si$ni : LE CAPiiAiiiJs D£ la Garde. >i
Si Veiempie de ce prisonnier ne suffisait pas à prouver que
le crime de Ravaillac ue fut pas un crime isolé, nous en trouverions une autre preuve dans l'incendie du Palais, qui vint si fort è propos, en 1618, brûler toute la procédure de Ravaillac, que Sully avait fait déposer au greffe du Palais. Mais nous reviendrons snr cet événement.
RavaiHac, après son arrestation, fut enfermé h la Conciergerie, dans la tour de Montgommery. On voit encore aujourd'hui le cachot dans lequel il passa le temps fort court de l'insUrucr
m ^ LES PRISONS m ^EUROPE.
tion. Cest une sorte d etouffoir, ou de cloche de pierre» à U ▼oùle de laquelle pendait une corde par laquelle on descendait
au prisonnier sa nourrilure. iTaiicois Havaillae, praticien, ualif d'Augouléme» et âgé de trente-deux ans, était un homme de haute taille, d'une corpulence asses forte, ayant les chcTeux noirs, la barbe rouge, de grands yeux enfoncés, des narines dilalces extraordiuairemenl ; ce qu'on appelle une fâcheuse mine. Il n'avoua rien qui ne lui fût personnel, et appliqué à la question, ne parla pas davantage. On le ménageait d'ailleurs par la crainte de le tuer avant son supplice. Or, on se promettait quelque chose de tellement recherché» que les Parisiens iuvcnl.iieul des tortures et les proposaient au bourreau pour Ravaillac.
Un boucher avait offert de Vécorcher complètement, avec
une telle dextérité, qu'il n'en mourrait pas, et supporterait pariailement le supplice tout entier, cestrà-dire les tenailles, les chevaux et le bûcher. L'assassin, condamnéàétra tenaillé, avoir le poing coupé, être écartelé, subit sa peine eu place de Grevé, le 23 mai.
Louis XUI, à peme Agé de neuf ans, succédait à son père.
Marie à. Médicis, voulant user largement deson droit de régence, s'entoura de favoris qui, peu à peu, donnèrent prétexte aux grands dignitaires de reconunencer les guerres civiles. Gepen* danl ie jeune roi grandit, et, son naturel jaloux se développant, il fit aux amis de sa mère une guerre sourde, mais mortelle. Le maréchal d'Ancre fai assassiné par ses ordres, le 24 avril 1617» et le pi uple, qui exécrait ce Tlorentin enrichi de ses dépouilles, déchira le cadavre avec une rage que rien ne justiiie aux yeux de la morale et de Ihumanité.
U CONaERGEfUE.
On sait que la maréchale d'Ancre» fenune de ce malheureux, fut victime, quelque temps après, deoetle fureur ina8B(Hi?ie.La
roi déclara qu'il n'était pyas en sûreté tant que vivrait la maré €hale« et le parlement eut la lâcheté de condamner au dernier supplice une femme que l'exil eût punie aveo assez de rigueur. Éléonore de Galigaï fut tirée de la Bastille pour être conduite ik la Conciergerie, et, sans recommencer l'histoire de ce procès célèbre qu'on a pu lire dans ta Banîlfe, nous nous contenterons d'ofïrir au lecteur l'écrou fort curieux et inédit jusqu'à ce jour de lafemme du maréchal.
Le KMd en sa forme et teneur (8) t -,
^JLiicm ameme ptï»ou«M«w «Hu «êadeau de (a, jS^adilU peu» te èJ ^aflit:» cap." dtft j«ci)M ^ iUiy^ CndoMMOMM dlWM^icuo te ptccu««u» ^Mietal «I tammmmômmêmï di» 4lpy (^acé) <^ JIU^**»!
C'est en arrivant à la Conciergerie que la maréchale se vit dépouiller de quelque misérables habits et de quelques écus qui lui restaient. On lui demanda, dansson interrogatoire, s'il était vrai qu'elle eût averti le roi Henri IV de se défier d'une entreprise dirigée contre lui, et d'od venait cet avis; on insista beaucoup sur les obstacles qu'elle avaiC apportés à la recherche qu'on voulait iaire des gens soupçonnés d'avoir trempé dans l'assassinat. Elle répondit de fiiçon k ne compromettre ni elle-même, ni la reine sa maîtresse, que l'on cherchait à impliquer dans cette accusation. Les juges se virent réduits par sa présence d'esprit, à la condamner pour plaire au roi sur le Mi de sorcelleries, magies et sortilèges.
lA BASTIllK
OlDORitAtlCK
CrtHM à» La* Mtii*u4 Il (ha Caiij(ay dêcapiir# ca Grève et f»i*l «m cor[» lir»l^ et rvdvisl eo cftiiln-» p:ir airc-si ilr la tt>«r du Parlrmcnt iJu vlll' jmilet ■il liz cent dis tepi prnoonn' jtar
■* Ouid CovMO gnillar «lauBd
n ne Alt pas fait mention, comme on le voit, d'un prisonnier si voisin alors de la maréchale, de ce Pierre Dujardia, capitaine
de la Garde, qui, enfermé aussi à la Conciergerie à celte époque, pouvait donner sur le crime de Ravaillac des renseignements que Léonora de Galiga! ne pouvait ni ne voulait fournir.
Bien plus, celle persistance de quelques membres du parlement à poursuivre les jésuites ou les épemonistes produisit, on n'en doute pas, l'événement que nous allons décrire en quelques lignes.
Le 7 mars 1618, le feu prit dans la grand'salle et dévora d'abord la charpente, puis le lambris qui était sec et vernissé ; le
comble croula bientôt sur les boutiques des marchands, qui ne purent sauver leurs marchandises. Des solives enflammées enfonçant la voûte de la Chapelle remplie alots de cierges et de torches, y allumèrent un nouveau foyer. On sauva seulement quelques registres de greffes situés hors de la grand'salle. Puis, le vent augmentant, l'incendie dévora en une demi-heure les requêtes de l'hôtel, le grefle du trésor, la première chambre des enquêtes et le parquet des huissiers. Bientôt après une tourelle près de la Conciergerie prit feu avec d'autres greffes dont les papiers furent brûlés aussi.
Alors, dit Félibien, il s'éleva de la prison des clameurs pi» toyables de prisonniers que suffoquaient la famée et la chaleur ; plusieurs, en ce péril qui doublait leur force et leur audace, réussirentà s'évader. Mais le procureur général fit conduire les autres au ChAtelet et dans d'autres prisons. Pour avoir l'eau en abondance, le prévôt des marchands ordonna que l'on ver* sât dans le ruisseau toute celle qui se tirait à bras de la Seine, en sorte qu'il se forma dans la cour du palais un véritable lac
Lk GONOERGERIB. 195
que les trayaineuTs avaient sous la main. On jeta ausd quantité
de fumier et de foin mouillé ; mais la fameuse table de marbre fut brisée, aind que toutes les statues des rois élevées contre les murs.
Le lendemain, le parlement rendit un arrêt pour obliger tous ceux qui avaient trouvé ou pris des sacs de procès ou autres pièces, titres, papiers ou registres, à les rapporter au greffier de La cour, avec défense aux merciers, épiciers, apothicaires et papetiers de les acheter, sous peine de punition exemplaire. Mais» parmi la quantité considérable de pièces qui furent rendues au greilier, on chercha en vain la fameuse procédure tenue sccrt te, qui avait été instruite sur l'affaire de Ravaillac. De plus, les plaideurs intéressés ne se firent pas faute de garder les dossiers dont ils avaient quelque chose à craindre.
Gomme on rît toujours en France, ce ne fut ni la ruine d'une quantité de monuments précieux, ni la perle considérable de parchemins utiles, ni même la mort de plusieurs victimes de l'incendie, qui occupa les Parisiens après l'événement. Mais, dit Sauvai, (juaiid chacun eut jugé l'accident à sa fantaisie, un bon compagnon, c'était le poète Théophile, qui n'était pas si grand politique, et qui aimait mieux rire et faire rire les autres, composa le quatrain suivant, qui résuma 1 événement d'une faço" satisfaisante pour tout le monde :
Certes ce l'ut un trisie jeu , Quand à Paris dame Justice
Pour avoir trop mangé d'espicei S« mit le pcUai* tout en feu.
Un calembour termina les commentaires. Si Mazarin eût gouverné alors» il eût engagé Marie de Médicis a &ire unebonne
penûon à ce dkmtMT qm veoaU distraib^ de payer.
L'architecte Jacques Debrosse, chargé de la restauration ou de k réédification du Palais, termma cet oavn§^ en 1^
Un dernier écron, à la date de 1619, vêl clore la liste trop longue des iniquités de l'absolutisme. Nous le transcriroos sans diang^ nn moi à la rédaction, ta simplicité en est bor* rible :
«Durant, l'un des gentils poètes de son temps, inventif à dresser des ballets, et Siti, Florentin, secrétaire , du depuis archeresque de Tours, frère de la mareschalle d'Ancre, oonTaincus d'avoir écrit un libelle diilamatoire à lautorilé royale , ont été par sentence de messieurs du consdl condamnés a être rompus vifs et bmlés — ce qui eut lieu» et le frère de Stti pour en avoir tiré des copies fut pendu. »
DEDZIÈIIE tiPOQOE.
€NMSdnM■M,€■nlil^€ll|llflto•l Tttiayio. -•Laik^^ Boqwlnnt tUtê
marquis de la Tlldade. — 1m amourt en priion. — Évasion de la Conciergerie. — L'impie nore un corps en perdant une âme. — L'écrou de la Brinvillien. « François de Barbezieux.— Les boins de sang.— Damiens.— Son père, son frère, sa totur, sa femme, sa fille et sa bcllc-sœur, à la Conciergerie. — Horribles détails de l'exécution du régicide. — Le cachot de Mandrin. — Le cheTaiier de la fiene. — Dénies. ~ Poulailler. — L'iACeodie de 1770.
On soirdedéoembie 16iSa« la foule MHrtait tamnltueiiseaient
da petit théâtre de l'hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil, et Ton entendait au loin par les rues les derniers éclats d'une hilarité qui témoignait en iafeur des comédiens donl le r61e
Tenait de finir.
Taudis que les chandelles s'éteignaient dans la salle et que ks pwles se fennaient, gr✠à Tactinté du portier, dont la ' hallebarde pressait le départ des derniers spectateurs, trois personnages, d'a^^ bien différent, se tenaient sur la scène, derrière le rideau baissé, en une posture dliésitatioa et d'inquiétude tellement comique, qu'assurément le public, dont la salle était ^eine liostant d'avant, n'eût pas r^ttésapeineet son
argent si on Veût rappelé pour yoir la soàne que nous allons
décrire.
De ces trois hommes» l'un portait la toque ronde, le justaucorps serré, les manches claires et les braies bouffantes du Sca* pin de celle époque ; l'autre, svelle el de belle taille, avait le feutre et le masque d'Arlequin, l'habit k larges raies perpendiculaires, les souliers à bouffettes de Turlupin; le troisième, énorme de lace, eiïrayaut de ventre, lié d'uu cordon à l'estomac et aux aines» représentait cet homme-tonneau à k figure enfih rinée, qu'on appelait Gros-Guillaume, et qui complétait la tri* nité bouiloûne, en possession de laire rire alors tout Paris.
Le premier s'appelait de son nom Hugues Fléchelles, plus connu sous celui de GautieruGarguille ; le second, Henri Legrand, c'est-à-dire Belleville ou Turlupin; le troisième. Robert GuériOt célèbre 9Qus le sobriquet de Lafleur et Gros-Guillaume. Tous trois, garçons boulangers, avaient quitté le faubourg Saini- Laurent et leur pétrin, pour monter d'abord sur le petit théâtre de rSsIrapade à la porte Sainirlaoqnes, puis sur celui de l'h^ tel de Bourgogne, oh le cardinal de Richelieu les avait ftiit engager, après une représentation à son domicile, dans laquelle ib avaient fttilli le figure mourir de rire.
Ce n'était pas chose ordinaire que de voir ces (rois amis mé> lancoliques. Habituellement, après la représentation, ils allaient souper ensemble, et ne perdaient pas le temps à se regarder tristement sur le théâtre désert.
Quel succès 1 disait Gautier-GarguiUe avec un soupir.
«. Quel seendak I igootait Turlupin en se grattant le nei aiee inquiétude.
l rirHAisjaoe vois pas eela« moi, dit Groft^îuiUaumei voua
U GONQERGBIUl*
aie fiâtes l'effet de trembler... Qu'ayei-Tous donc?». Vous finiries par m'attrister moi-mêaie.
— Mon compère, dit enfin Turlupin avec un soupir plus gros que celui de Gautier-Garguille, iu as été trop loin ce soir, et nous en porterons la peine. Tons ces éclats de rire pvoutent que l'on t'a compris.
—-Trop loinl moi?... dit Gros^uillaume» qui commençait à i'inquito aussi. Eh 1 qu'ai-je donc fidt?
— Tu as fait la grimace de monsieur le chancelier lorsqu'il dit : ne laiiriati» je ne muraii^ et tu as tourné si drôlement ta bouche, que tout le monde a reconnu monseigneur.
L'efîroi se peignit sur la ligure eoiarinée de Gro&^uillaume.
—Ta crois? di^... on aura reconnu...
Piarbleul... mais les anteods-tul.. ib tient encore. Ahl mon Dieu ! de la rue Saint-D^ûs on les entend. Quelque sei^ flBot Ta les entendre aussi...
—H n'est pas hesoin de eda, répliqua Turlupin d'un ton profondément contristé ; le neveu de M. le chancelier était dans la salle; il a ri comme les autres quand Groa^vuiUaume a Mi sa grimace; mais il est sorti aussitôt, et ce départ si précipité m'a semblé de iàcheux augure. Ahl grand Dieul... ahl Gros- Guillaume!...
—Eh! que faire, que faire? murmura le gros acteur, qui dénouait le cordon de son estomac pour laisser un plus libre passage à ses soupirs. Nous sommes done perdus?... H. le cardinal va donc le savoir... Uélas! il a tant ri quand je lui ai joué cette iaroe l'autre jour 1
— Oui : mais il était seul. Mon Dieu I pourru qu'on ne nous congédie pas I.,
La désolation était au comble. Cependant les trois comédiens s'apprêtèrent à se déshabiller. Torlupin Yenail le dernier, lè- Teur et absorbé, Gautier-Garguille le précédait, Gros^yuillaume marchait le premier, s'excusant lui-môme et se donnant tout haut les meilleures raisons du monde.
Tout à coup, au haut de l'escalier qui conduisait aux loges, il aperçut un exempt et des archers qui attendaient. Le gros homme demeura suffoqué, n était bienreoonnaissable ; Texempl marcha vers lui dans le couloir étroit.
— Mon compère Gros-Guillaume, dit-il, au nom du roi je TOUS arrête.
*— Ohl s'écria Turlupin, caché par l'énorme yentre de son ami.
— Je TOisaRéto aussi, Tpoos autres, dit l'exempt; qu'on me
suive!... Holà! dit-il à ses archers, qu'on saisisse ces messieurs.
Haïs comme 6io»€oillaome, à demi mort, occupait de sa
masse inerte toute la largeur du couloir, les archers ne purent arriver jusqu'à ses compagnons, qui, dans le premier mouvement, se leloumèfent et, enfilant Tescalier roide, se glissant parmi les décors et les coulisses, gagnèrent une porte de derrière. Gros-Guillaume demeura prisonnier.
— H. le cardinal veut qu'on leur &8se une peur salutaire, dit tout bas l'exempt à ses hommes, qui transportaient le gros homme ; nous allons l'écrouer à la Conciergerie, dans le cachot de Ravaillac.
Ce qui fut exécuté. Le malheureux comédien, accoutumé aux soins de ses bons amis, aux caresses du public, à cette vie joyeuse et libre semée de bons repas et de gais propos, ne put
U GONOERGERIE. M
supporter le changement subit de sa douée condition en une condition si misérable. La paille humide et pourrie, les pierres lugubres, le bruit des yerrous, le pain noir, l'eau iade, l'eurent réduit bientôt à un état voisin de la mort.
Le pauvre Gros-Guillaume ne cessa de pleurer et de se plaindre, appelant ses amis, et disant aux geôliers des choses ca* pables d'attendrir des tigres. Ceux-ci eussent bien mieux aimé la comédie des Amoureux tramis, où Gros-Guillaume était si drôle; ils se fussent contentés même de la grimace de M. le chancelier. Mais la seule grimace que Vinfortuné voulut laire fut suivie de sa mort. Gros-Guillaume était mort de douleur, lui qui avait tant fait rire.
Cet épisode de l'histoire de la Conciergerie nous émeut plus, nous le confessons, que beaucoup de catastrophes lamentables consignées dans les lastes de celte prison. U était bien innocent, ce pauvre comédien, pour mourir d'une iàçon si déplorable au fond d'un cachot noir. C'était une horrible époque que celle oîi l'on condamnait au supplice des larmes, de la peur, et d'une mort pleine d'angoisses, un homme de mœurs inoffensives, dont toute la vie s'était passée à chercher des lazzis bien plaisants, et à diimnenler la rolonditc de sou ventre.
Cette mort ûi un eilet terrible sur les amis de Gros-Guillaume y qui avaient réussi à se sauver. Jamais l'amitié ne se montra plus tendre ou la terreur plus profonde. Turlupin et Gautier- Garguille moururent dans la semaine qui suivit le trépas de leur compère. Tous trois furent enterrés dans l'église Saint-Sauveur.
Nous voici lancés dans une voie tragi-comique. La prison
veut bien sourire, et nous montre le côté plaisant de son hii' m. 86
m LES FSISÛNS m VBUVM,
loire. ProfiUms de cette yeiiie pour lancer raTentoie da che*
valier de Roquelaure.
C'était un chevalier de Malte» grand débauché, grand joueur, grand fou, que les femmes adoraient, et que les honunes craignaient fort, quand ils n'étaient pas ses bons amis. Il y avait alors beaucoup de chcuicu$ pour être tué, quand on voulait Mre aimé. Un vrai galant prenait le premier des deux partis, afin de mieux plaire aux dames, qui depuis François I" ne sa piquaient plus de constance» et portaient gracieusement le deuil de leurs amants.
Richelieu venait de mourir, puis Louis XIII, le Chaste et le Juste; madame Anne d'Autriche contunuait sa poUtique astudeuse à récole de Jules Maxarin: les coups de hache faisaient place insensiblement aux coups d'état, l'échalaud à l'intrigue de ruelle.
Or, le chevalier de Halte, destiné k une vie édifiante, se
montrait le plus enragé païen qui fut dans toute l'armée navale de M. le comte d'Harcourt. 11 avait scandalisé toute l'ile de Malte, hommes et femmes, à ce point que Ton avait été obligé de le descendre en un puits pour l'y enterrer vivant, et le forcer par là aux pensées religieuses. Mais il jura et blasphéma tellement, qu*on prit un parti plus court, c'était de lui pardonner et de l'emmener; M. le comte d'Harcourt ayant dit à quelques confidents :
^ Je ne le noierai pas en un puits, parce qu'il fait trop de vacarme; mais lors(|ue nous serons en mer par une belle nuit, je lui ferai attacher un boulet de soixante livres à chaque jambe» et je l'enverrai au Xond par cent cinquante brasses. D ne criera ^uSf et s'il veut se repentir, se repentira.
Lk OOMaKRGBRIB. 803
Mais le chevalier n'étant plus qa'am des hommes jeunes et fom eomme lui pour la plupart, se fit assez d'amis sur la flotte pour qu'on le prévînt des dispositions du général. Il feignit de s'amender jusqu'au débarquement, afin d'éviter le boulet et les réflenons pieuses à einq eents pieds sous l'eau.
n avait un ami, le chevalier de la Taulade, aussi débauché que lui, mais moins fhrieux contre Dieu le père, et indulgent pour IMeo le fils, en raison, disait-il, des raisins qu'ils font mûrir, et des perdreaux qu'ils nourrissent dans les plaines. Ce la Taulade avait mangé tout son patrimoine, mangé est le mot, et il commençait h manger celui de Roquelaure, son ami particulier. L'un était maigre et cassant, c'était Roquelaure; l'autre ventru et conciliant, c'était k Taulade. Malgré cette dissimifitode, ils vivaient dans la meilleure intelligence, ne se battant guère qu'une ou deux fois la semaine , ce qui édifiait toutes leurs connaissances, et faisait dire qu'il lallait que la Taulade iftt mi bien eicellent caractère.
Il arriva qu'au retour de l'expédition navale où Roquelaure avait failli laism ses os dans Ui mer, nos gentilshommes allérent eo garnison à Toulouse, dont la jeunesse les accueillît trèslavorablement, Roquelaure ne manquait pas d'imagination; mais ayant épuisé en fôtes, carrousels, violons et festins, tout son argent et son répertoire de distractions, il en vint à ne plus savoir comment égayer la ville de Toulouse. Cependant une idée lui vint. B avait deux chiens assez beaux que l'on admirait partout; il publia que ces animaux se marieraient sous huit jours, et que lui-même, Roquelaure, dirait à cet efiel la messe dans nu jeu de paume fort h la mode. Ses invitations furent envoyées à toute la jeune noblesse des environs et de la ville. H'
lit préparer le jeu de paume, habilla ses chiens tros-magniliqaement, et le jour de la cérémonie Teiitte, dit en effet la messe, et maria les chiens, ce qui était non-seulement une impiété horrible, mais un scandale de lorl mauvais goût. Quelques esprits, peu disposés à la plaisanterie, allèrent chercher la justice, qui arriva , et fut rossée en la personne d'un conseiller, dont Roquelaure déchira la robe et les reins à coups de canne.
— Vois-tu, Antoine, lui disait la Taulade, tu en fais trop, et il nous arrivera malheur. Que diable ! ne sommes-nous pas heureux de vivre comme nous faisons? Tu as de l'argent; je sais le dépenser, c'est un destin digne d'envie. Ne le gâtons pas.
H parlait encore, lorsqu'un renfort d'archers survenant, Roquelaure fut désarmé, enlevé et jeté en prison... Quant à k Taulade, il fit si bien par son éloquence, qu'on le laissa retourner seul chez lui, oîile dîner attendait depuis une demi-heure.
La position était critique. Une ville de province a ses privilèges et ses susceptibilités, et jamais Parisien eioentrique n'y réussit complètement ; car il se trouve toujours quelque mauvais esprit qui maintient le droit des indigènes. Roquelaure comprit qu'il allait être écrasé par l'esprit de localité, lui, le vaurien cosmopolite. On instrumentait, on griffonnait des actes, on dressait des témoins, et le chevalier devinait par là, dans Toulouse, quelque coûi fot propre à l'exstruction d'un bûcher. Mais il songea en ce moment à son argent, que la Taulade dépensait en véritable gentilhomme.
— Mon ami, dit-il au geôlier, ferais-tu bien pour moi une commission? Elle serait payée raisonnablement.
— Combien serait-elle pa^ée? demanda k geôlier; et quelle eommission?
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U GÛNOEBGBRIB. m
Biander l'argent qa'3 a à moi.
— C'est tout?
Non pas. Tu rapporterais anad de eheflniladef dema prison qui se troim mêlée à oet argent.
— Vous croyez, monsieur? dit le geôlier... elle est bien grosse la def de votre {Hrison, et il £iudniit bien des pistoles pour la cacher de iiiçon à ce qa'tm ne l'eût pas défà fiomée...
— Mais, mon brave, dans cinq cents pistoles, par exemple... ime clef de ville serait perdue.
— Une clef de ville , dit le geôlier dont les yeux brillaient de convoitise, est bien moins grosse qu'une clef de prison.
— Alors il doit y avoir nx cents pistoles, répliqua Roque* laure tranquillement.
Le geôlier se frotta les mains, et saluant avec leqpect le cbevalier qui humait son tabac :
— S'ilyasixcenispistolest mon8iear,lackf doits'/ trouver assurément.
— Or donc, mon brave, prends ce billet» va-t'en chez M. de la Taulade, et rapporte le tout memble. Tu garderas l'aigoitt mais tu me donneras la clef.
— C'est dit» monsieur.
Et le geôlier courut d'un seul trait au logis de la Taulade, qui faisait bombance avec plusieurs gentilshommes, dans le but, disait-Ut de ménager des amis à ce pauvre Roqueiaure.
Cependant Roquelaure» demeuré seul, se disait :
— Voilà un drùle qui mefiiit payer mapeanplus cher que je ne l'estimais moi-mtme. 11 nie vole... Mais ^ n'est pas la