partie
— lladittnofiDMu/ilesifott, il esl me^aortl lia dit mon Dimt! répétait la Taulade enï dansant par la chambre de fiiçon à
ébranler les pliuichers et à faire rebondir les meubles... Il ne te man<iue plus qoe de croire aux angesl
— Et quand cela serait? dit Roquelaure en «fonçant son chapeau sur s^ yeux, conmie s'il allait dégainer.
— Cest cela ; jouons un peu des cooteaux, répliqua la Tmip lade ; on te changera de prison et tu perdras madame Do* mont... Mon pauvre chevalier, crmfHBOî, prends la meiUeure mine» car j'entends dans le corridor tes convives que Dnnonl
nous amène.
Roquelaure eoamt à la guitare, qnll cacha sons ses mafdas,
jeta d'un coup de poing les livres accusateurs sous le lit, et conune il voulait en iaire autant de la bouteille, k laulade la vida d'un trait» et re|ffenant haleine :
— Tu peux la laisser, maintenant, dit-il, elle ne te compromettra plus.
— Et surtout, fit Roquelaure, motus! ne trahis pas le secret de cette digne madame Dumont... c'est d'honneur cela!
Fati répliqua la Taulade... avant huit jours il le dira k tout le monde, et le sonnera dans une trompette.
Les convives arrivèrent. Cétaient tous gentilhommes rumés
par les folies de la paix ou les malheurs de la guerre. Ils convinrent unanimmeot qu'il n'y avait nulle part si bonne compagnie qu'à la Conciergerie. La Taulade les mit insensiblement sur le chapitre de la geôlière, de ia^n à ce que ftoquelaure
U CÛNCmaCBRIE.
SIS
pût apprendre toute l'histoire de cette belle, sans compromettre aucunement son secret.
11 sut qu'il était d'usage dans la prison que les nouTeauxvenus donnassent les violons à la belle geôlière, et qu'on n'avait pas encore vu un seul prisonnier rester indifférent à tant de charmes. La dame était aimable, et assaisonnait sa beauté d'une coquetterie désespérante. On cita vingt hommes qu'elle avait rendus fous; on n^en put dter un qu'elle eût rendu heureux, et cppendant on a bien mauvaise langue en prison.
On parla beaucoup du prisonnier mystérieux que la Dumont avait pm en grâce; les uns niaient, les autm affirmaient; nul ne devina la vérité. Roquelaure, interrogé sur l'efTet que lui avait produit la geôlière, répondit qu'amoureux ailleurs, il ne trouvait pas autant d'attraits à la Dumont que ces messieurs le voulaient bien dire. En sorte que, pour jouer trop bien son jeu, il s'attira plusieurs querelles, dont les résultats, faute d'épées, furent ajournés à la sortie de prison. On se sépara de part et d'autre la moustache hérissée.
— Tu les chasseras tous avec ces laçons disgradeuses» dit la Taulade.
— C'est pardicu bien mon intention, marquis; ces drôles-là me gêneraient fort dans' mes mancsuvres amoureuses.
— Alors, je te gênerais aussi, dit le gros marquis en se re* dressant. Je m'en vais!
—Toi! toi! le meilleur de mes amis! toi, qui me l'as fait connaître. Oh ! je veux que nous ne nous quittions pas ! Toutes mes joies, toutes mes aubaines, je les partagerai avec toi, marquis.
— A la bonne heure. Je te serai utile. D'ailleurs le mari est d Jaloux!
— Un mari jaloux I mais c'est donc le paradis que cette Con« dergerie» dont le cœur me paraissait si noir?
Dès ce moment Roquelanre ne quitta plus la fenêtre grillée. T\ était sérieusement amoureux. Un regard de la jeune femme le plcmgeait dans une joie extravagante , et elle lui envoyait cent regards par joiv. Il écrivit plus de mille billets, composa des sonnets, des rondeaux et des bouts rimés. Tandis qu'il eherchait les rimes, la Taulade vidait les bouteilles. La jeune femme, de son c6té, semblait éprise d*une forte passion pour ce gentilhomme si beau, si hardi, dont les exploits en tout genre avaient défrayé durant un mois les conversations de la ville el de la cour.
Comme il était impossible, malgré la liberté dont jouissait Roquelauie» qu*une entrevue avec son amante eût lieu sans la permission du ^lier, on se contentait en soupirant des billets que jetait Roquelaure; quant à ceux de la geôlière, ils étaient rares el encore insignifiants; ses regards, ses baisers lancés sur le bout des doigts, valment infiniment mieux.
^ En vérité, répétait Roquelaure à son ami, on n aime réellement qu'en prison. On a le temps, on n'est pas distrait,.* torbleu ! que les ermites doivent être amoureux !
— Je le crois, .répondait la Taulade : je remarque aussi qu'on ne dîne bien qu'en prison. On a le temps, on a même trop de temps, et l'on n'est dérangé par aucune visite à recevoir ou à rendre...
— Restons toujours en prison, dit Roquelaure avec enthousiasme.
— Je le veux bien, ajouta la Taulade ivre-mort. Cependant le procès du chevalier marchait en d^t des ob-
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«faciles... Roqodame ref^k visite de soDfrbre, qui se désespérait... ^
— Mon bon ami, disait-il au cheTalier, tu as Dien pour parlie, et c'est une rude charge... Dieu te perdra...
— Bah ! répliqua Roquelaure, Dieu n'a pas tant d'amis que moi dans le parlement. D'ailleurs, de qaoï sagitril? de la prison? Eh! mais je ne me plains pas, moi... Qu'on me laisse en prison... N'est-il pas vrai, laulade?
^ Ma foi, oui ! laissons-nous foire...
Boquelaure n'avait aucune en^ie d'être élargi. H en voulait même à ses amis des démarches qu'ils faisaient pour le faire acquitter, n se vanta de ce dévouement dans un billet à la geôlière, et celle-ci lui répondit :
« Monsieur, vous avez le plus grand tort du monde : un danger réel vous menace. Si vos amis vous veulent du bien, n*y mettes pas ohstade... La justice est une main qui tient bien ce qu'elle tient. »
« Chère Ame, rendit Roquelaure en vers» j'aime mieux perdre la lumière que de ne vous voir plus. »
Ce fut alors que l'on parla très-sérieusement de condamner à mort le prisonnier blasphémateur. La geôlière en fut instruite
des premières, et envoya le billet suivant à son amant : « Monsieur, si vous tenez à me voir, vous devez tenir à ne
pas mourir. Or, vous mourrez si vous ne vous sauvez... » Roquelaure prit la plume aussitôt, et répondit par le sonnet
suivant :
« Qu'à cela ne tienne, madame; le guerrier meurt pour sa
patrie et pour son roi, l'avare pour son trésor, moi j'ambitionne une gloire pareille, » etc., etc.*.
ui. 18
SIS
LES PRISONS nt 1/EdlOPE.
Brftf, il nfîliftit dêfle défendre ou dequHtor l&prisM.
Alors madame ûumont eut recours à un stratagème pour d^ cider cet opiniâtre à se saurer, en dépit de lui-même. Un jour,
Roquelaure reçut par le messager ordinaire, c'esl-à-dire par une ficelle qjai montait ou descendait le long des murs, un petit billet dont le contenu le fit tressaillir d'aise. La Taulade était trop occupé d'une sarcelle en salmis pour remarquer lémolion de son compagnon.
« Chevalier, disait le billet, puisque vous ne voulez pas quitter la prison, puisq[ue pour moi tous risquez la mort, ce dévouement mérite une récompense. Je m'exagère peut-être le prix de celle que je vous réserve. Mais si elle ne convient pas, refusez-la. Mardi , à sept heures du soir, pendant la ronde extraordinaire , quittez vos amis si vous en avez dans votre chambre, et passez dans le cabinet qu'on vous a donné pour garde-robe et pour bibliothèque. Une fois arrivé, heurtez vigoureusement dans l'armoire. Vous trouverez là un moyen de me voir et de passer quelques moments avec moi. »
Roqu^ure faillit devenir fou. H alla visiter plus de cent fois cette armoire, dont le fond était fait de briques, puis il revenait à ses barreaux pour envoyer à madame Dumont les baisers les plus ardents. La Taulade se disait que son ami prenait le chemin qui mène droit à la folie furieuse, et lui promettait Charenton en échange de la Conciergerie.
Le mardi désigné pour le rendez-vous arriva enfin. La geô^ lière n'avait pas voulu donner à Roquelaure la moindre explication d'avance. Vers neuf heures k Taulade étant entré chex luiconuDe à l'ordinaire s
UCONCUGBIIIB.
^ Dlooiii» lui dit Roquelauie; je me aem un appétit du diable. Voyons, que mangerons-iioost
— Mais il n'est pas l'heure, dit la Taulade... Cependant dt» nont, n ta feux; pdsnoassouperoiii à midi, età cinq heunt nous ferons un petit déjeuner.
^ Il faut que je le grise, pensa Roquelaure, sans quoi je m jamais m'en débarrasser.
En effet» il essaya ; mais rexetolee araît fait du manpils un si rude champion que Roquelaure, après les deux repas, faillit •a griser hii-mème. U eut recours à un moyen de distraotion plus efficace, et, prenant les cartes, oCErttà son ami de feire une partie de piquet. De cette façon, il gagna doucement l'heure à laquelle madame Dumont l'attendait.
Sept heures sonnèrent k Thorloge du Palais. Justement une contestation s'était élevée entre les deux joueurs sur un coup douteux. La Taulade avait pour lui l'expérience, Roquelaure Toulait recourir à la règle; il se leva donc pour aller chercher dans le fameux cabinet qui servait de bibliothèque un traité des jeux en général et du piquet en particulier. Mais, arrivé h Farmoire, il y vît avec un étonnement joyeux un trou oblong, pratiqué dans une épaisse muraille. Âu fond de ce trou rayonnait entre deux bougies placées sur une table le visage charmant de madame Bumont, assise dans une pièce ccmtiguê, et guettant avec inquiétude l'arrivée de son amant. »
Roquelaure n'eut pas besoin de commentaires. Il se glissa dans le trou comme une couleuvre, et, s'aidant des pieds et des mains, vint tomber aux genoux de la belle geôlière, rouge de plaisir et d'efllroi. On ne saurait compter les baisers affamés dont le chevalier dévora ces belles moins qui ne se reliraient pas.
m LES PRISONS DE L'EUBOPE.
— Maintenant, dit la jeune femme en se levant... écoutezmoi, chevalier. Regardez bien où vous êtes. Vous êtes dans la buvette des guichelierB. conCiguë à ce gros mur de la Conciergerie que j'ai fait percer par un homme à moi. Les guichetiers, occupés en ce moment à la ronde générale, doivent revenir dans viDgt minutes; vous aves tout juste le temps nécessaire pour baiser encore une fois ma main, prendre ce manteau» cette épée que je vous ai préparés» et vous enfuir par la me» sans regarder en aitière.
— Fuir! s'écria Roquelauie; encore! vous me parles encore de fiibl et cela au moment où nous sommes réunis !
— A ce qu'il me semble, vous voulez qu'on nous surprenne, qu'on me dénonce, et qu'on m'emprisonne, répliqua froidement la jeune femme. Eh bit-nî monsieur le chevalier, laites à votre fantaisie, ne vous gênez pas pour si peu.
— Ohf généreuse amie, que vous m'avez trompé cruellement l... Ëh bieni puisqu'il en est ainsi, je retourne dans ma prison, et, malgré vous, je vous verrai encore.
— Vous êtes foui le parlement va prononcer contre vous une sentence capitale, le ne vous sauverai plus une fois que vous seres dans le cachot des condamnés à mort, près de l'oubliette, à trente pieds au-dessous de la Seine ! — Me voir! mais une fois mort, vous ne me verres plus tandis que libre... qui vousempêche de me venir visiter quelquefois?.. . k quoi servent les manteaux couleur de muraille, les signaux, les promenades oii l'on peut se donner rendez-vous?...
— Âh! s'écria tristement Ro juelaure, je vois que vous m'avez jOtté... Qui sait si vous ne subissez pas l'inHuence de quel-
LA GONCIËRGERB.
ques-uns de mes amis, de mon irère: si enfin tous n'a?ez pas feint de me distinguer?...
— On TOUS disait homme d'esprit. che?alier, rem prouvez
le contraire... On vous croyait capable d'apprécier une délicatesse, et TOUS ne parlez que de choses matérielles... £h hieni noni s'il faut tous le dire, tous ne courez aucun danger... La prison perpétuelle Ta seulement vous être infligée... C'était pour moi« qui tous aime, entendez-vous bien, le meilleur moyen de ne TOUS quitter jamais... le me sacrifie à TOtre bonheur, et vous ne le comprenez pas! Tant pis pour tous, monsieur; les lemmes aiment qu'on leur témoigne un peu de reconnais* sance...
Roquelaure se jeta aux pieds de la jemie femme, en lui parlant avec autant de respect que d^mour :
— Pardonnez^moi, dit-il; je derine, j'admiie, Je me piosteme.. . Madame, tous 6tes un modèle de noblesse et de grâce;
j'accepte le bien que vous me faites et l'amour que tous me promettez... Par où faut-il que je parte?...
La geôlière, transportée de joie, ouTrit ses bras au jeune homme , en le remerciant avec le même transport que si elle eût été le prisonnier qu'on délivrait.
A ce moment une exclamation broyante fit tressaillir les deux amants, qui, se retournant d'un commun accord, aper* çurent au trou de la muraille la téte écariale et les yeux dilatés delaTaulade...
— - Ah ! ahl disait le gros homme, on se donne donc des ren'* dez-vous sans prévenir les amis... Moi qui t'attendais patiemmentl traitrel Tal... £hbien! j'assisterai à ton triomphe, scélératUf Tu Tois que j'ai aussi trouTé l'aimoire, moi I
LES PBOONS M L'EUaOPE.
«-oQmtl ammura la geôlière, oe n'est pas m ieDdâi«YOiis» moiisieiir, c'est une belle et bonne éraaion.». RetiraKOua» afin de ne pas nous faire surprendre...
—Me retirer 1 dit k Xaulade, quand il s'a^t d'une éfailonl Corblenl J'en iuiai ittendHioiy ebeialier» nous pirtiions ensemble...
C'est bient marquis, lais vite... Vous pennetlei, obéra âme?... Faites deui heurooi I
Je permets de tout mon cœur, dit la jeune femme en riant, mais il ne le pourra p«s.«. Vojas dono..* si ses épaulas passent, son mitra ne passera jamais.
En effet, c'était un spectacle curieux que les efTorts du mar* quia pour d^gH^ son oorps dtt firaimu de piem dans il s'était imprudemment awtoré. Ses mains prises la kmg ds son corps» ses épaules comprimées par les parois rocailleuses, conuNDçaient à lui occasionner de rivas douleuia» k sang §m» fiait ses tempes, la sueur coulait de son front...
— Cheyalier! chevalier! oriaiUli tire-moi par k téta»., £bl jat'arraobeims k coq...
— Repoussennoî alors, j'agrandirai l'ouvertore.
— Le temps nous manque, dit k geôlière... Partez, cbeva* lier» ks gokbetien pouvaient itvanir, tout serait manqué.
Par pitiél criait k lanladSt écartai une brique au moins...
-> Cbevalier, partesl insista k jeune femme» on vons me perdes avec vous... Partez, je k délivrerai...
Corbieul sang Dieu I j'étouffe, hurlait la Taulade... Maudite gitnal Diabk d'idéal... pourquoi âiir quand j'étak si
bien?
lA CÛNU£&G£AIE.
SU
Cependant le chevalier, poussé yers la porte, fit ses adieux an maïqu» cii étoulOCuU de riie» et dispanU bientôt^ jusque dans la rue par les cris de la Taulade, qui répétait :
— Âu moins une brique! mon cou s'enfle 1 je mourrai d'àpopleiiel
Madame Duinont, sans égaid pour ses cris, l'ealeiEiM «n
disant au travers de la porte :
— Attendes au moin» que j'appeUe du monde^ et saurons les appaienfies... On mot! cries! orieil numsienr la marquia.
On venait en effet... La geôlière feignit rétonnement comme les autres... La laulade, retiré du moule étoufiiant dans lequel il gémissait, reprit acvee la respiratioii sa générosité habituelle. D confessa que son ami Roquelaure, ayant percé un trou pour ftlir, a?ait mal calculé la circonférence d'un corps de deux MDtringt livres, et avait dii se sauver tout seol. La récit parut asses Traîsemblable aux guichetiers; mais quelques enyiem élevèrent des doutes, et la malheureuse geôlière, soupçonnée de cooniveiifiQ, fiât écnniée am son mari dans ima oaU Châtelet.
Roquelaure ne fut pas plus tôt en liberté, qu'il apprit l'arrivée d'une dottsaîne de témoins toulousains qui devaient miner sa cause. Certainement la généreuse femme avait prévu cet inoident, et hàtc la fuite, c est-à-dire le salut de son ami. Aussi le chevalier se montra-Wil reconnaissant, et par les révélations de la Taulade, par des influences sur les conseillers, obtint la mise en liberté de madame Dûment. Sa reconnaissance se bornat-elle à la liberté des deux époux? nous n'oserions l'aiBrmer; mais rhisloile méritait d'èlie laoontée. «t le ledenr k terminera selon son caprice*
Tout ce que nous savons, c'est que la laulade finit par payer ses dettes ou par lasser ses créanciers. H sortit de la Conciergerie, et reprit le genre d'existence que nous l'avons vu mener À Toulouse et en prison. Un jour qu'il avait diné trop souvent dans les douze heures , il tomba malade, et en peu d'instants Ibl lédait à l'extrémité. Roquelaure, mandé aussitôt, comme bien l'on pense : '
— • Ehl ttt feux donc mourir? lui dit-il avec beaucoup d'é* motion ; cofbleu I ta n'as donc plus ni fiiim ni soifT
— Ce n'est pas l'appétit qui me manquerait, cher ami, mais les forces, répliqua la Taulade d'une voix dolente... Ahl je vois double... la téte t'en va... je vais bien certainement te quitter... Aussi, pour faire les choses eu règle, ai-je fait demander un prAtre...
— Un prêtre t s'écria Roquelaure; un prêtre, ici! Diable! la maladie est grave. Un cafard chez la Taulade ! Cela ne sera pas, ou j'y perdrai mon nom.
A ce moment un corddier entra, la face contrîstée, les mains en dehors.
— Que venez-vous faire ici? dit Roquelaure avec politesse; mon père, je suis Tami de M. de la Taulade, répondcHnoi. «— Ne te fiiis pas de mal, marquis, j'arrange ton affaire.
Le Gordelier, tout surpris, répliqua qu'il venait sauver ou du moins 'assister une éme.«. Pendant qu'il parlait, la Taulade • écoutait non sans anxiété. . . il connaissait son ami.
—Une âme I s'écria Roquelaure; vous cherchez des âmes par ici, vous, mon père?
El il se mit à rire de telle façon , que le cordelier scandalisé lui ordonna de se retirer pour ne pas troubler la cérémonie.
Digitizc
LA CÛNCIERGEBIE. S»
Aussitôt Roquelaure» iede?enu sérieaxt se gratta un moment Foreille, et détadiant un fàsil damur« oonchaenjouelebon
père, malgré les cris et les prières de la Taulade.
-^Quoil s'écria le cordelier, un meurtre! au secours ! '
—Mon père, répondit Roquelaure, mon ami, que Toid» a vécu chien, il fkut qu'il meure chien; retires-foos, sH tous
platt, ou je vous lâche un coup de fusil c'est notre mode
d'absolution à nous autres.... •
Le cordelier, épouvanté dn blasphème, éponyanté de la gueule béante du fusil, consultait du regard la Taulade. Celui-d fut alors saisi d'un si violent éclat de rire » que son estomac et son ventre se dégagèrent, et qu'il fut hors de danger en mi moment. Quant au père, il s'était précipité par les montées avec force signes de croix, ne sachant, du moribond ou du vivant, lequel était le plus impie.
Ce trait, postérieur à l'évasion de Roquelaure, semble annoncer que sa conversion à la Conciergerie n'avait été que passagère.
Sous Louis XIV, dont le règne va nous occuper, la Bastilleà servi de prison aux personnages les plus importants, aux criminels les plus odieux ; elle semble avoir absorbé toutes les vengeances du grand roi.
Cependant nous trouvons, dans on manuscrit complètement inédit (9), la relation du procès et du supplice d'un gentilhomme du prince de Condé, nommé François de Barbezieux, (pii, pour crime de trahison, fut enfermé à la Condergerie, jugé par le parlement, et condamné à être décapité en place de ^ Grève» au mois de mai 1657. Ce qui se fit , ajoute tranquillement le grave magistrat au journal quotidien duqud nous empruntons ce document.
us FRISONS PB vmon.
Ce n'est pas que la Conciergerie n'ait aussi de volumineux
registres d'écrou à cette époque ; mais, il faut le dire, les prisonniers de la Conciergerie n'offrent pas assez d'intérêt à l'historien pour qu'il consente à fouiller dans ce bourbier bideux de crimes et de supplices. L'époque seule des empoisonnements appelle notre attention, et nous inscrivons dès le début la marquise de Brinrilliers, dont l'histoire a été racontée en détail dans les Crimes céicbres , et en général dans la Baslille à propos des prêtres empoisonneurs. Contentons-nous d'enregistrer pour mémoire une date et un écrou. Cet écrou, écrit entièrement de la main de l'exempt Desgrez, sur le registre d'en^ trée des prisonniers, résumera tout le récit qp» nous n'avons pas dû fitire*
M SS AiniL iffirs.
«La dame d'Aubray, femme du marquis de Brinvilliers, arrestée par joous, prisonnière dans la ville de Liège, de l'ordre du roy, et amenée es-prisons de céans en conséquence de l'ârresl de la Cour, en date du trente-un mars dernier, à la requeste de mousieur le procureur général.
» Desorez. m
wnM oêêl
cv La dame, marquise de Brinvilliers, arrestée et recommandée par moy, huissier du parlement, en vertu de l'arrest
de la Cour, du dix-huit avril dernier, à la requeste de Marie- Thérèse Mangot de Villarseaux, vefue de défont messire Antoine d'Aubray, comte d'Offermont, conseiller du roy en ses conseils, et maislre des requesles ordinaires de son hostel.
LA OONCIEBGERIB.
lieutenant civil de la ville, prevosté et vicomtA 4e Pari», pour laquelle domicile est ealu en la maison de maistre Leleu , proeineur de la Cour, tte rue SaU^au-Comple, d«riière Saintr Leu Saint-Giles, pour lui estre wnpiooèifittt, attdeakdudist axreftU
» ÀUHONT. »
11 nous faut aller loîn pour reneontrer m nom remarquablê parmi la foule des voleors et des bandits qui croupirent dans lea eadmts de la Ccmeieiii^e. Fasaons à la régence, sou» le ^ègne des billets de la banque de M, Law, et noos tenons un gentilhomme de grande maison . le comte de Horn, assasnnv dans mi cabaret, comme un bandit subalterne, un usurier auquel il voulait escroquer quelque argent. Ni le» larme» de ses amis, ni l'influence de la noblesse, n'arrachèrent au régent la grâce du cospable, qui paja de sa tète ce mmaU à me». Un pareil cbâtiment satisfit médiocrement le peuple, envers qui chaque jour se commettaient tant d'excès borrible» , mais cachés, ensorle qu'il n'obtenait pas de réparations, parcequil n'y avait pasdescandale. N'est4l pas korriblede subordonner l'applicaiiuii ^t l'efficacité de la loi à une qncstioa de publicité?
Sous le règne de Louis XV le Bien-Aimé, au milieu du dixhuitième siècle, alors que brillaient l'esprit de Voltaire et La philosophie , flambeau de celte époque, se produisit l'un des plus cruels abus de la force et de la venge;ince. l'un des plus abominable» attentats du pouvoir despotique et de l>prit courtisanesque, en nn mot le supplice de Damiern.
Ce roi , que l'amour de ses sujets avait enivfé d'orgueil et conduit à l'aveuglement, ce roi qui disait naïvement, un soir que la ftnde »e pWBsmt autoiir de kû po«r iMwr «• «tt^
LES JPEISONS DE VBmm,
démeooe, yertu bien fàcile à qnieonqae est victime d'une égratignure, le roi ordonna qo'on insiraiflit l'afliûreafee la plus
gTiiiide sévérité. De k clémence!... jamais un lâche, jamais uu homme amoindri, osé par la débauche, ne comprend la géné* rosité, verta qoï émane de la Ibroe.
Le peuple, qui méditait une révolte sérieuse, fut consterné de cet attentat. Tous k§ partis s'emprassèreni de se l'attribuer réciproquement. Ce eonp de canif sauva la monarchie absolue; car la nation, dont l'instinct est toujours noble et digne, quoi qu'on en dise, voulut repousser le soupçon de complicité dans l'assassinat, et ne doxma pas suite à cette exaspération, qui, peu à peu, soulevait contre le trône ses vagues irritées. L'émeute recula devant le régicide, et Damiens comparut aux assises du parlement dans le silence d'une paix générale.
Il est certain qu'il ne fut poussé par aucune influence étrangère; il était Tun de ces enthousiastes comme chaque mouve-* ment de crise en suscite, qui se croient prédestinés à faciliter le passage de cette crise, et à qui l'occasion met une arme dans la main. Damiensput être un fou, peuirélre Ait-il réellement le précurseur salotafae qu'il prétendait être; à coup sûr, ce n'était pas un meurtrier. Jean Giàtel, Jacques Clément, Ravaillac, ne s'étaient point servis d'un canif pour mener à bien leur entreprise.
L'arrêt que rendit le parlement se ressentit du malaise de la fousse position où le crime venait de placer le parti populave ; la sévérité en ibt exagérée à dessein. Ifaîs st lo parlement crut devoir appliquer au coupable le maximum d'une pénalité dont le simple énoncé (ait frémir d'horreur, c^est qu'il espérait bien du bon sa» et de h miséricordis delouisXV.Oiivinroiren
UGONOBBADUB, SU
prémee l'esprit pabKo el h Tangemoe royale, le twoneau
prononcera.
Damiens avait liérité du cachot de lUiailiac, en atleodaiit qu'il héritât de ses toctnm, capitaliste par la peur et la fâio-
cité
H avait un père, une femme, une fille, un frère et d'autres parents à Arras. L'arrêt du parlement bannit les trois premiers à perpétuité, ordonna aux autres de changer de nom, et ordonna que la maison où il était né serait rasée jusqu'aux fondations. Ces malheureux avaient préalablement été appU<iués à k torture, n ftirent transférés tous dans les prisons delà Conciergerie.
Quant au régicide, comme on craignait qu'il ne voulût se soustraire par la mort aux raffinements de barbarie qu'on méditait contre lui, on l'encfaatna dans sa prison sur une sorte d'estrade matelassée, de façon à ce qu'il ne pût faire aucun mouvement de nature à compromettre sa sûreté. C'est là que ses juges instructeurs vinrent l'interroger, ordonnant parfois une petite question pour solliciter l'aveu que Damiens se refusait à iaire d'une prétendue complicité. Ce supplice dura deux mois environ avant Tarrét du parlement, qui prononça la peine du tenaillment, de l'écartellement et du bûcher.
Lorsque Damiens parut sur la place de Grève, après l'amende honorable, il jeta d'abord un timide regard sur la multitude immense aoeourue à oe spectacle* Les femmes, dit un témoin oculaire, s'y étaient portées en foule , et elles furent les dernières à détourner leurs regards de l'horrible scène. Ensuite, Damiens, qu'on venait de déshabiller pendant la lecture de l'arrêt, examina tristement ses membres mis à nu, comme pour se demander a ils poucraifint avoir assex de vi£;ueur jus-
qu'à l'épuisement des supplices. Ce sentiment muet fut compris de toute i'assistance.
Alors le coupable fut reoTersé sur Téchafaud, la face tournée vers le ciel ; on lui allacha dans la main droite le canif avec lequel il avait frappé Louis XV, et comme on avait empli cette main de soufre, on la fit brûler lentement. Damiens poussa un rugissement qui ût frémir la fouie, puis il se tut; la (in de celte torture ne lui arracha plus mie plainte. Cqpoidant, avec des tenailles trandianfes, on lui enleva des morceaux de chair aux bras, aux cuisses, au gras des jambes, aux mamelles, il se tut; ce n'est qa'au moment oh sur ces plaies béantes coulèrent le plomb Ibndu, llraile bouillante et la cire liquide , ce n'est qu'à ce moment d'effroyable souffrance qu'il éclata en cris déchirants. Alors les chevaux s'approdièrent pour l'écarteler. Cétaient des dievanx neu6 et qui tirèrent mal. Ce supplice dura une heure ; les membres ne se détachaient pas. On rap« porte mu mot d'une dame placée sur an des balcons de la pkce de Grève : « Pawres ekeoatml » dit-eUe, voyant ces animaux qui s'épuisaient en diorts sans pouvoir avancer. Ce mot, c'est l'époqne!
La nuit tomba ; le peuple pouvait se lasser d'horreurs. Damiens vivait encore I Les inspecteurs du supplice ordonnèrent aux bourreaux de trancher les muscles et lés nerfe des ligatures ; ils obéirent. Les dievaux pmsat enlever deux cuisses et arracher un bras. Damiens vivait encore ; il expira au démembrement du deuxième bras. Ces débris palpitants furent jetés pôle mêle dans le bûcher préparé à gauche de Tédiaffiud.
Cependant Louis XV était guéri au bout de trois jours du coup de canif de Damiens. Nous nous abstiendrons de qualifier
LA COMClËEGËaiE.
cette barbarie. Seuk de tous les hommes, les sauvages démembrent aînn leurs emiemis; mais ils ont une excuse : Ils ks
mangent. i
Quelques années a?ant Damiens, avait passé par les cachots de la Conciergerie le &meux contrebandier Mandrin, dont nous ne raeonterons point ici la populaire histoire, et qui, d'ailleurs, appartient plus spécialement aux prisons de Valence, puisqu il fut condamné à mort et exécuté en cette ville. Le cachot que, dit-on, habita Mandrin, était situé sous le promenoir des hommes, à quelque distance des cachots adjacents à la rivière.
Le chevalier de la Barre aussi vint à la Conciergerie pour fiùre réviser son procès. Jeune homme infortuné, que la plus impitoyable des justices, la justice ecclésiastique, poursuivit pour fait de sacrilège, et qui mourut pour une espièglerie dont il n'est pas même prouvé qu'il fût coupable. C'était en 1767; eent ans avant, le chevalier de Roquelaure avait évité trois fois un châtiment mérité par cent crimes de même genre.
Pub, vint le fameux empoisonneur Derués, monstre vomi des enfers/ tartufe assassin. J\ fut rompu vif le 10 mai 1777.
Ce fut ensuite le tour du brigand Poulailler, que sa maîtresse livra dans un accès de jalousie. £lle lavait invité à se cacher diez elle. 11 y vint, et tandis qu'il prenait son repas, on entendit des pas dans l'escalier. 11 demanda, inquiet, quel était ce bruit.
— C'est ma vengeance, répliqua-t-elle.
Maintenant une grande partie de notre tâche est accomplie. Le lecteur n'exigera pas que nous développions une à une, devant lui, ces iniquités punies par la prison et par l'échaiaud»
registres sanglants ou ftngeux qd nous ont ^îssé des matns^ in. M
Digitu
' m LES mnoNs DE L*Euions.
M>it par dégoût^ soit par terreur. Ne glorifions pas le crime. Un moment va venir oii l'un des prisonniers de I4 Conciergerie dira audacieusement qu'il a tué pour se iaire un nom.
Derueaet ses confrères de la Conciergerie ancienne ne tuaient que pour de l'argent.
Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1776» un nouvd incendie dévora le Palais et une partie des bâtimenis de la Conciergerie, qui fui, dès lors, reconstruite sur un nouveau modèle, et les travaux lurent achevés ven 177d«
TROISIÈME ËFOQUS.
Eétorme da r<>gf me Ah priionf. — SlUnUon de ta Conciergerie «oot Louit XVt. — Olivia. — Procès du collier. —Madame de la Molbe, marquée et fustigée fartivemenl par le bourreau. — Abolition de la torture. — Louis Tonnellier. — De nouveaux ttikDB«ttk reaplarent iea parlenenu. — Opioioa 4t$ coupablea «I dei iufea tar le ■ottVMit OMMle d« iMMeédure. — L'eneombrrineitt dea pnio&t. — La réroIttUoii les prisons. — Les Suisses du 10 août. — La Conciergerie. — Jugement et exécution du major Itachman. — Causes générales des massacres. — La Commune de Paris et les massacreurs. — Robespierre , Danton, Fabre d'Églanline, Manuel font élargir des prisonniers. — Mort de Montitaoriii. »^ Terreur de auelquet Suiswi. ^ Mott des gardes du corps la Béalte et la Coltinîèra. — Suicide de |rtatfeon détenus. — Moi t at supplice de la belle Ijixiqoo'.ipre. — f.es ju^es du tribunal des massacre!. ■«Caiotte. — Jugement et exécution de l'assassin Pierre Bardol. — Treize émigrés i la iSanelllltrto. tfui de* prisuns en décembre «SL kttM de la nouvHli Commune. — Rapport au ministre de l'intérieur sur la Conciergerie. — Louis Guyot Duniolliiin. — Mculas Luthier. Blanchelande. — Miacsinski. — Conspiration de la Rouai io. — La Guyomarais. — Histoire mystérieuse de cette conspiration. — Treize eoudamnéa à mmu ^ Les aiMMiii» de LBeaafd Bourdeii. — Maial al Charlotte Corday. — Goriafl. ^Hiftofre dee Chenrifei. — Lé pampblétalra Tisset. —
— Tmnttaiion de Marle-Anlolneiic à la Conciergerie. — La Conciergerie en #3. — Le duc d'Orléans et la reine. — Egards des gens de la maison pour la prisonniéra. mm Dlvenea tentatives d'tfvaeiaa. L'aillet roafa éa ebevalier de Rougevitle. Occupations de la reine en prison. — La Terreur. — Exécution de la reine. Philippe h^^alité. — DurhAlel. RiuufTe. — Les Girondiol. — Les généraux Cusiinea. Brunei, Houcbard. — Le duc de Lauzun. — Lamarlière. — Quélineau. —Le niarcrhal Luclmert Bamave. J>uoort. Dalertre* — L'évAqua Laueurelta. — 6ilbert-DcatbUIttt.— D*E|)r<inenfl CI Cnaiieilter. — B*lil¥. — ttamiel. — tenalnt, Hibaad Sainl-
Elienne. — Adam Lux. — Sa passion pour Charlotte Corday. -^Glrey Dunré. — La colporteur Girouard et la femme Faucher. — Madame Roland. — Olympe ae Gougei. > Jeanne > aubernier» comtesse du Barry. — Lepitre. — Détails sur la Coiieicrgerie.
Histoire du chimsonnier Pitou. — Sm mésaveiilurel. — Girey i)upré et Veitance* ex-capucin. — Les méprises de la salle des morts. — Les Hébertisles et les Danioilaies. — Camille Desiiioulins. — Robespierre. — Baint-iust. — Couthon. — Simon.
— Lei thermidoriens. — L'biatoire de la révolution écrite sur les sommaires des éenmé — Peui}tHei^Tlil«Ule. — ftomtoe, iaarbattet Duroy, Soubranv, Duqueinoy.
— Goujon. — Hi'iiime de la Conciergerie sous la république. — Les' contributions fort^. —L'égalité en pHsoa. — Les furies de guillotloe. le Directoire. — Le chetalkr d> BatUon. — Gécacdd, ArtMt TopIman'Lébwiu — Cadoudil. — Imu^m»
Noai ayons dû (MUser rapidement sur le régime de la On»* dergerie pendent les deitk pranièM épcKiuea. L'hislote M
fournit pas de documents certains , et l'intérêt publie sembla ne s'être attaché Jamais à une prison destinée plus spéciale* mtnt ^ kê aiitm au logment des oriminels»
Mais maintenant, l'époque révolutionnaire, qui approche, et qui va remplir la Conciergerie de détenus politiques, ramène un intérêt puissant sur les détails de la vie intime du sombre édifice. Là où toute la France a passé en raccourci, il y a Lien quelque chose à dire.
A|Hrès l'incendie de 1776, Louis XYI régnait, et suivait les conseils de Turgot. La sollicitude du roi et du ministre amena de notables améliorations dans le régime des prisons. C'est en 1780 que furent démolies les deux plus horribles prisons de Paris, le For-l'Evôque et le Petit-Chàtelet. C'est par suite de leur suppression que l'hôtel de la Force fut acheté le 23 août 1780, pour loger les hôtes des deux maisons détruites. Voici ce que dit de la Conciergerie, à celle époque, l'Anglais John Howard, qui ût plusieurs voyages en France dans un but d'améhoration du régime général des prisons.
w La Conciergerie a une cour aérée, longue de 105 pieds, large de 114. U y a une belle place ; les cachots y sont obscurs et infects; on y a construit une nouvelle infirmerie, avec des lits qui ne reçoivent chacun qu'un malade. Il y avait une chambre de torture qu'on ne retrouve plus. Les prisonniers paraissent tranquilles et calmes. En 1776, il y avait dans cette prison 99 hommes et 22 femmes sur la paille, 13 hommes et 14 &mmes dans l'infirmerie, 25 hommes dans les cachots, et 29 qui payaient leurs chambres; en tout 202 prisonniers. En mai 1783, il y avait 126 hommes sur la paille, 18 à l'infirmerie, IÇ dans les cachots, 22 pensionnaires; en tout 182 prisonniers. Quelques-mis payent 45 livres par mois pour leurs diambres, d'autres 22 livres 10 sous, d'aulres 7 livres 10 sous. »
Dans la iameuse aHaire du coUief de la reine, k fille Olivia» '
lA CONCIERGSBIB. ' M7
, aecusée d'a?oir joué le rôle de Marie-Antoinette dans les entre- Toes nocturnes accordées an eardinal de Rohan, fbt détenue à la Conciergerie, où elle accoucha pendant le procès.
C'est à la Conciergerie que madame de la Mothe, principale accusée, fut surprise en sa chambre* di(-on« par le booneau, qui, la troufant an lit, la dépouilla» la marqua d'onfinr chaud, et la fustigea, exécutant ainsi furtiyement l'arrêt du parlement, que la cour n'osait &ire eiécuter en public» de peur de qudqne léfélation de la condamnée.
Louis XVI avait donc aboli la torture préparatoire, et l'on pouvait croire que sous un régime de liberté disparaîtrait aussi ce luxe de tortures qui accompagnaient la mort sous le régime de raucieimc pénalité. Voici pourtant un fait curieux, postérieur à la prise de la Bastille :
Le 11 août 1789, on prisonnier nommé Tomiéllier, détenn à la Conciergerie et appelant d'nn jugement rendu le 22 novembre 1787, par le prévôt de Cbàteau-Laudon , qui le condamnait à être rompu vif « pour avoir assassiné d'un coup de fusil François Gauthier, voyait sa sentence confirmée par le parlement de Paris. Voici la sentence : l c La Cour... etc., etc., condamne ledit Louis Tonnellier à avoir les bras, jambes, cuisses et reins, rompus vi& par l'exécuteur de la haute justice, sur un échafaud, qui, pour cet effet, sera dressé dans la place publique de Cbàteau-Landou... Ce fait, mis sur une roue la lace tournée veis le ciel, pour y demeurer tant et si longtemps qu'il plairait à Dieu de loi conserver la vie... etc., etc..
n Fait en parlement, le 1 1 août 1789.
« Cotfafîofifié : HÉBiAf . â^tf : lonn. »
LES FRIMM8 DB L'EUBOPE.
Mais dès le mois d'octobre suitani , par suite de réformes apportées dans k jutispraditioe. le Cbâielel de ¥m fiaiwit drâparattre la dMunbre dè lortvie» el m appliquait le looal à rinstruction publique.
Une des ooiuéqueneei de la févolttUon qui fanait d'avoir liaa lût de iMttte «a moaveniilit toutes lei panions, et lei ar» Tentations devinrent nombreuses, si nombreuses qu'en peu de temps les prisons furent encombrées. A. mesure que l'Assem* blée oonstitnante démolissait l'édifice maoïila de l'andenne procédure, éUe eréait de nouveaux délite à ces criminels, qui. disaient-ils naïvement, ne s'j reconnaissaient plus dans ce dé** luge d'articles et de oodee nouferai. Mab foid la eomps» sation t
Au 1^' juin 1790, il y avait plus de 800 détenus au ChÂteleL On attribuait cet encombnment am forons nouvelles» qui donnaient plus de latitude à la défense des accusés. Aussi, le lieutenant-criminel Talon disait-il à l'Assemblée consli tuante, dans le sein de laquelle il avait été mandé avec les oiiiGiers du ChA** telet 3 tt Députe qu'on a donné un conseil aux aœueés, on nu pent pins obtenir d'eux aucun aveu , et la juUice ett bien em* barrmée. »
Sur les instances de Bailly, l'Assemblée mit le cbAleâu de ViiK^nne^è la disposition de te Commune de Paris , pour j rcniermcr, en attendant mieux t le trop plein des prisonnien de Paris*
En janvier 1791, il y avait 850 prisonniers à te Conciergerie, 500 ou 600 au Cbdtelet, et 500 à l'hôlcl de la Force. A ce moment les tribunaux manquaient de gradués et surtout de conseilSi à oe point qu'ite e'emprttntaient des juges pour en-
U CÛNClK&GSaiE. W
tendre les causes, et quelquefois raccuiatalV publû) pour dé* fmdi^ le» prévenus.
Faimi lei omuâ de cet eogorgement du piims, on • oiu^ la publicité des audiences, qui, dit uu auteur oontemporain, i« sQot m\ïe» par une horde gm» oisifs et misérables, qui viennent prendre des leçons de crime de lAl)Qu«te d«§ «ccusôi et de céOe de leurs conseils. Le saiMSlwm d0 k jliatioe l'est
transformé en école d'escroqueriei »
Qne aniro 0CQaiik>Q d» crinws se trouvait dm contrefaçons du papieiHuonnaia et de son émission. Ua £iutsaires étaient le plus souvent établis daiis ks prisons mèiufs. Noos venons plus tardquelqaesgeâliers ou condergesiavoristtf: aeite indostria en £mnt Qircukr an di^^
fcbriqués sous leurs verrous.
En oatobro mU il attrait è la ConciePierie dO prisonniers; a «'an sortait que 3a. nookia daa déinma pour isnmm
augmentait également; ou en avait trouvé en 1790 1 Arévanus de crimes. • • 438 d* fraude. . f 5a Total. . . 490 Tandis qu'en 1791 il y était entré 1192 prévenus de crimes, a prévenus de fraude. Total ; 1198; diSféroncç OU plus SUT Vannée précédente* 7081 Voici un état de la Gonciergeria an 1** janvier 170SI :
Au préau SM Au préau/ . . 60
Aux secrets ou cachots. 25 A l'infirmerie. 1
▲ lininnarie a>
Intout44ft,
m LES PRISONS DE LUROR.
Le concierge, h cette époque, se nommait Hubert. H était
allé pour ses affaires à Crespy, et le bruit courut qu'il avait émigré» qu'il était à Coblentz. Cette accusation fut aggravée par révanon de 8 prisonniers arrêtés pour assassinat sur le grand chemin. Ils s'étaient enfuis de la Conciergerie dans la nuit du 6 au 7 octobre 1791.
La Conciergerie renfennait, outre les détenus pour crimes qualifiés, des prisonniers pour dettes, et Ton cite un riche Anglais, lord Marcrun, qui s'obstinait à ne pas payer une forte somme en lettres de change qu'il disait lui ayoir été escroquée au jeu. Il dépensait dans la prison plus de cent mille livres par an.
Le 30 août t79i , un rapport fa% lu en séance publique de
la société de médecine; on y trouve ces tristes détails : « Après Sivoir rencontré un préau vaste et aéré, des galeries ^eieuses, des parloirs commodes; après avoir vu des chambres salubres pour les pensionnaires (celle de l'Anglais aux cent mille livres devait être une de celles-là), on est révolté du tableau que présentent les lieux qui servent d'asile au plus grand nombride prisonniers.
» Les uns sont ensevelis pendant toute la nuit dans des caveaux noirs ou règne une humidité pourrissante, et où l'air du dehors ne peut pas pénétrer; les autres sont resserrés perpétuellement dans des cachots à àem méphitiques, et n'y reçoivent d'autre lumière que celle d'un caveau sombre qui les précède. Ces cachots sont pratiqués dans le fond de plusieurs tours appéléesyroiiibsfjMlîliC^iafv, noms qui semblent attester l'antiquité de ces affireuses demeures , en retraçant la suite nonw breuse des infortunés qui y ont langui. »
LA GOMCIERGËRIE
Ml
Ayant Louis XVI, il n'y avait pas d'infirmerie, comme on le voit par le rapport de John Howard. « Les infirmeries, dit l'auteur du rapport de la société de médecine, sont assez grandes.
mais froides et humides; les croisées n'y jellent qu'un jour iunèbre, et on y guérit difficilement du scorbut, n Aussi demandait-il qu'on établit d'autres infirmeries, qu'on abandonnAt ces caveaux obscurs, dits chambres de paille, et qu'on y subsliluàt des dortoirs grands et aérés, qu'il serait facile de construire très-sainement k l'entrée de la galerie du même c6té. 11 propo- ' sait pour accélérer la mine de ces horribles cachots de construire à l'extrémité du grand préau des cellules isolées. Ce plan a été mis en exécution de nos jours.
Ce rapport même nous apprend qu'une société charitable fournissait aux prisonniers du Cliàlelel et de la Conciergerie une chemise tous les quinze jours. Howard ayait déjà signalé ce fiiit avec les détails suivants :
(< Un homme actif et charitable, l'abbé Breton, se donna tous les mouvements nécessaires pour former un fonds dont les revenus fussent appliqués à ce genre de bienfaisance. On a réuni et l'on entretient h cet effet cinq mille chemises. Les plus anciens prisonniers sont chargés de veiller sur les chemises qui sont dans la prison: chaque samedi ils en rendent un nonn bre égal à celui des prisonniers. La société les en récompense. »
Si affreux que fût l'aspect de la Conciergerie à cette époque, il y avait une grande diilérence entre la prison de i79ià et . celle des années qui précèdent la révolution, même après les réforfiics tentées par Turgol et Louis XVI. Voici le relevé comparatif des décès de puis 1786 jusqu'en 1791 . ^'oubUons pas que les trois dernières années les prisons étaient encombrées.
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M US PRISONS ns VCCmOPB.
Cette diminution dans le nombre des décès tient à des causes faciles à expliquer. Sous l'ancien parlement, la Couciergerie recevait des prisonniers extraits des sièges inférieurs de province» chargés de cbatnes, exténués de fatigue, usés par la faim, le froid et la misère. La longueur des procédures et les / renvois de tribunaux en tribunaux minaient la santé des plus forts, usaient le moral des plus intrépides; par suite la prison de la Cour appelée à juger en dernier ressort était le plus souvent un tombeau où se terminait la vie du prisonnier perdu, fans appui, sans consolation» sans argent, au milieu du bruit de la capitale!
On sait que les premières manifestations populaires qui agitèrent Paris quelques jours avant la révolution eurent pour objet et pour prétexte les prisons. L'emprisonnement des gardes françaises à l'Abbaye en juin 1789, leur mise en liberté par le peuple, l'ouverture des prisons de la Force et du Cbâtclet le 13 juillet, veille de la prise de la Bastille, le pillage de la maison de Saint-Lazare, tels sont les faits qui prouvent cette assertion. Seule, la Conciergerie ne fut pas prise et vidée par le peuple, car ou savait que là étaient reni'ermés uniquement des •tfiminels qui, dans tousles temps et sous tous les régîmes, doivent compte àk toi et à la société des crimes qu'ils ont commis. Au
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LA ummmnL m
Qiâtelet même, lorsque les prisomiiers, avertit des éTénemenls» voolarent s'échapper et nMnaeëreDl les geôliers, ceax-d appelèrent à leur secours le peuple, qui vint prêter main-forte à la justice, et réintégra les prisonniers dans leurs cachots.
Jusqu'à répoqde du 10 août i79%, la Coneiogesie ne renferma donc que des criminels ordinaires. La politique ne s'était pas encore faite sa pourvoyeuse. A cette époque on y écroua une partie des Suisses pris è l'attaque des Tuiknes, et beaucoup de personnes airdiées dans he visites domicittairee qui eurent lieu vers la fin de ce mois.
La commune insurrecticmDeUe du 10 août prit, quelques jours après cette époque mémoralde, l'arrMé suivint :
« L'assemblée décrète qu'il sera nommé dans son sein une commission de six membres chargés de surreiller les prisons, de donner tous leurssoîns à ce que les indhidue soient sainemefit et sûrement réunis, de faire toutes les recherches nécessaires pour découvrir les fabrications et distributions de faux asà' gnats, trop communs dan^ ces repaùes du drlmoi et enfin d'examiner la conduite des geôliers, et de prendre tous les renseignements propres à assurer la punition du crime si la justification de l'innooenee. »
Les commissaires nommés fhrent: LéoflMfd Bovlrâofli depuis député à la convention ; Coulombeau , depuis secrétaire greffier de la commune ; Charles Truchon, dit l'homme à la longue harbe, qui figura dans les jottfnéea de seplefiAvei €odafd> et Jacob.
Le 24 août, par ordre de Santerre, alors commandant en dief delagudenatkmale parisienne, cili éer(ralià lAObneSeï^
gerie plusieurs officiers suisses, au nombre desquels figurent
d'Afiry,Maillardorpère, Bachmaim, Salis» Wild» Zimmermann, Alemami, et Maillardor fils. Le 47 août avait vu établir un tribunal criminel extraordinaire pour juger les conspirateurs du 10 août. Bachmami fut le quatrième condamné par ce redoutdlile tribunal, et le premier que la Conciergerie ait fourni, depuis la révolution, à l'échafaud politique. Il était major général des Suisses, et avait en cette qualité combattu bravement aux Tùileries, au poste que le colond d*Âffry avait désolé pour cause d'indisposition. Bachmann fut jugé les 1" et 2 septembre; le second jour, vers la iin de son interrogatoire, la salle d'audience fîit envahie par une foule furieuse qui, interrompant le président iMathieu, lui demanda de livrer l'accusé au peuple, dont la vengeance allait Daire justice de ses ennemis.
k ces mots, suivis d'un tomulte horrible, les Sùisses qu'on avait tirés de la Coin iersjerie pour déposer au procès, se couchèrent sous les bancs de l'audience afin d'échapper aux regards des hommes armés qui avaient fait irruption dans la salle. Les juges, consternés, demeuraient irrésolus.
Seul, Bachmann garda une attitude calme. Depuis trente^ heures que durait Faudience, il n'avait pas reposé un instant Bien plus, il descendit du fauteuil oîi il était assis pour aller à la barre s'offrir aux coups des furieux.
^Citoyens, s'écria le président, respectes la lin; éDe protège l'accusé tout en le tenant sous son glaive.
La foule, mobile et impressionnable, sortit sans murmure de la salle et revint aux prisons de la Conciergerie continuer son œuvre de mort, car elle avait déjà tué vingt-deux prison « niers avant de monter au tribunal. C'était en effet le 2 septembfe, premier jour des massacres.
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LA œNClERGEaiC.
Nous avons exposé, dans VHixtoire de Birêtre, les causes générales de cette effervescence du peuple parisien au mois de t septembre 179S. La tâche devient plus rude à mesure qu'on pénètre plus profondément dans les détails de cette œuvre mystérieuse. La commune de Paris ne peut en repousser la responsabilité. Elle ordonna les massacres et les oi^anisa. Ceux qui prirent la terrible initiative de ce coup d'état ne Airent poussés au carnage ni par l'avidité, puisque les dépouilles des victimes furent consignées an greffe, ni par l'ambition, puisqu'il ne s'agissait plus de prendre la place de malheureux dê}l\ tombés ■ au dernier rang de la hiérarchie républicaine. Leur sanglante politique émanait du danger pressant, d'une guerre étrangère combinéeavecnneguenreciviledéjàflagrante.Tou8les documents que fournit l'histoire offrent les preuves d'une préméditation» disons plus, d'une combinaisons évidente. Les égorgeurs furent choisis et enrégimentés par la commune. C'étaient des citoyens établis k Paris, patentés et domiciliés dans le quartier même de la prison où se faisaient les massacres. Ces citoyens touchèrent, il est vrai, le montant des bons donnés par la commune* non pas à titre de salaire , mais k titre d'indemnité pour lo temps qu'ils avaient perdu. Des tribunaux de cirronstame guidèrent les armes du peuple pour les diriger plus sûrement contre telle ou telle tête. £t si la commune tua ces jours-là les ennemis qu'elle voulait tuer, elle épargna les prisonniers dont la mort ne lui paraissait pas utile à ses vues.
Robe^ierre, Danton, Manuel, Narat, sauvèrent xoèb grande quantité de détenus en les fiJsant sortir è l'amce; moines, prêtres, nobles même, échappèrent au massacre par la proteotion de ces hommes, qui prouvèrent aian que leur tâche s'ao-
complissail av<'c discernement. Robespierre fil renfermer et garder par dessentmelles, au collège Louis-le-Grand, l'abbé Bérardier, principal, qat avait été Èon professeur (10). Aux Carmes, Manuel alla trouver le l*"' septembre, veille des massacres, quatre religieux de ce couvent . âgés et infirmes, auxquels il recommanda, sous peine de la fie, de se tenir renliarmés dans leurs cellules sans prendre garde à ce qui se passerait autour d'eux dans la journée du lendemain. Ce lendemain venu, des factionnaires tinrent placés à la porte de ces céUules, que le peuple respecta. Fabre d'Eglanline fit sortir sa cuisinière accusée de l'avoir volé. Danton, Manuel, Tallien, et le même Fabre, s^étaient tait apporter les listes d'éorous, et, après les avoir discutées avec soin , avaient ordonné la mise en liberté de ceux dont ils voulaient sauver les jours (t i). Quant à cette calomnie de quelques ennemis acharnés de la révolution , « que l'on avait eu soin d'épargner tous les brigands, » on la dément trop aisément par l'exemple de Bicèlre et de la Xouraelle, qui ne eontenaient que des bandits et des forçats*
Nous n'en dirons pas davantage sur la théorie de cette politique ; elle est jugée. Sachiice épouvantable* voilà le nom qu'on doit lui donner. Ce ne fot pas un acte de représailles, du moins de la part des instigateurs. Quant aux instruments, il est certain qu'ils manœuvrèrent sous l'influence des plus furieuses passions. NonsappelleroiiS ces passions rage, vengeance» attrait du sang, en soutenant que le patriotisme entrait pour beaucoup dans les idées obscures et sauvages des ^igeurs. Oui» le patriotisme imprégné de sang et de boue, égale les excès du fie naiisme religieux, ceux mêmes de l'ivresse animale.
Les massacres sont donc ordonnés comme mqyen. é'^p^
LA CONCIERGERIE. fkl
ration et de sahit public. Racontons l'histoiie des massacres à
la Conciergerie.
Ils oommencèrent, comme on l'a dit pour Bicêtre, par le meurtre de quelques prêtres condamnés à la déportation. Ce
fut l'Abbaye qui reçut la première bande des maiisacreurs, puis les Carmes; les autres prisons vinrent ensuite.
Tandis qu'on égorgeait les officiers suisses à la Conciergerie» leur major Bachmann marchait à l'échafaud. C'élait h 3 septembre, à sept heures du matin. Il se prêta, dit le Bulletin crimmd, de fort bonne grâce à cette cruelle opération. L'échafaud était dressé sur la place du Carrousel, appelée place de la Réunion, puis du Palais de la Convention, lorsqu'il lut décide que cette assemblée abandonnerait la salle du Manège pour tenir séance aux Tuileries.
Les Suisses étaient renfermés, après leur jugement, dans le g;reffe. On les excitait À sortir pour aller, disait l'arrêt» à l'Àlh baye. Ce mot était le signal pour le meurtre des détenus de U Conciergerie, comme ce mot: à la Conciergerie, l'était pour ceux de l'Àbbaye. L'un de ces malheureux» dans son désespoir» se rongea les doigts de la main gauche ; un autre essaya d'arracher avec ses dents les barreaux de la fenêtre. Outre les prisonniers ordinaires, il se trouvait alors à la Conciergerie le gouTemeur de Fontainebleau , H. de Montmorin, parent du ministre de ce nom tué à l'Abbaye. Celui de la Conciergerie avait été arrêté par suite d'une note trouvée dans son appartement des Tuileries. Traduit au tribunal du 17 août, il fut aoquitlé d'après la déclaration du jury ; mais la foule, qui le prenait pour l'ex-ministre Montmorin, révoltée de ce verdict, demanda sa téte avec de telles fureurs, que le président Osselin
M US PRISONS DE LTOROnL
dot le prendre sous sa sauvegarde et le reconduisit en prison»
comme dans uu asile inv iolable à la mullilude.
Le tribunal, pour fiiire sanctionner son arrêt, en référa au ministre de la justice Danton et au comité de législation, qui opina pour la mise en liberté, mais en conseillant au prisonnier de demeurer à la Conciergerie jusqu'à ce que la fureur popu* laire fût apaisée. Sur ces entre&ites, arriva le 3 septembre.
Le malheureux Montmorin, aux cris des victimes qu'on égorgeait, fut saisi d'un accès de folie furieuse, brisa ses meubles, et jusqu'à une épaisse table de cbène; puis, s'échappant de sa chambre, alla se blottir dans un galetas, où il fut trouvé par les égorgeurs, qui l'entraînèrent dans la cour. Sa défense fut désespérée : blessé à mort, il se releva plusieurs fois et alla tomber à l'extrémité de la cour, assez loin de l'endroit oîi il avait reçu le coup fatal, n avait été témoin .dans l'affaire des 5 et 6 octobre 1789.
Après lui furent égorgés, non sans une résistance vigoureuse, deux anciens gardes du corps, Geofiroy Pierre de Réalle de Per* rière et Charette de la Colinière. D'Affiry, colonel des Suisses, qui avait prouvé devant le tribunal du 17 août qu'il n'était pas à l'attaque du cbâteau des Tuileries, eut la vie sauve. Les autres prisonniers égorgés étaient des criminds ordinaires.
Un détenu, le chevaUer de la Bourdine, effrayé de ce qu il entendait, se pendit dans sa chambre; quatre autres furent trouvés pendus également.
. Toutes les femmes détenues à la Conciergerie furent mises en ) liberté, à l'exception d'une seule : c'était MadeleinO'Josephe Grederert, femme Baptiste, âgée detrente-deux ansetbouquetière au PaldiirKo)'al. iilic avait eié condaumée u cUc pendue pour
LA CONCIERGERIE
avoir, dans un accès de jalousio, mutilé son amant, grenadier aux gardes françaises, et son procès ayant été cassé pour vice de forme, elle attendait un second jugement.
Elle fut arrachée de la prison des femmes et conduite au guichet, où elle reçut la mort. On épuisa sur elle tous les genres de supplice : on lui coupa les mamelles avec un couteau, on attacha, dit une relation particulière, des chandelles allumées àcertiiins endroits de son corps, pour faire un flambeau vivant (12). On rapporte aussi qu'elle fut pendue à l'arbre de la liberté érigé dans la cour même du Palais. H paraît certain, du reste, que l'on tua dans celle cour, puisque Manuel raconte dans son procès «qu'en se rendant à la Conciergerie pour faire cesser les massacres, le premier objet qui s'offrit à lui fut un amas de cadayres encore diauds qui lui barraient le passage. « Je haranguai le peuple, dit-il ; on me promit de cesser la boucherie. » Malheureusement cette promesse n'a pas été tenue : c'était le 2 septembre au soir que Manuel parut.
Les massacres terminés, les lueurs, craignant d'avoir épargné Montmorin, appelèrent à grands cris la femme du concierge et la forcèrent à chercher parmi les cadavres celui du malheureux gouverneur.
Quelques individus, mêlés aux massacreurs, voulurent s'emparer des effets des morts. Le concierge Richard tenta de s'y opposer. Alors, tournant leur fureur contre lui, ils l'aeeusèrent de favoriser les kussaires, fabricants d'assignats, et iiichurd fut sérieusement menacé lui-même.
Le conseil de la commune, prévenu h temps du danger qu'il
courait par une députalion de la section du pont Neuf, envoya
des commissaires pour l'arracher des mains de la multitude. U lu. 8i
LES HU60NS ia£ L'^UEUPE.
Alt «auvé, mftis sa place fut donnée prorisoireinent A intoioe- ]SiGoks KouillûQ. Plus tard, Richard revint à son |)Oste, et nous auioiis à faire mention de lui sous la terreur.
On n'accusait pas seulement Richard : un geôlier de la Conciergerie, nommé Louis, et deux guichetiers 4e la même prison, teent dénonoés par ka prisonniers evx-nèmea. CéUûent Pierre Gilet et Étienne Leleu. La comoume les ât arrêter, puis mettre en liberté.
On ne trouve pas aurkaief^slres de la €ûncier§erie, oomme sur ceux de l'Abbaye et de la Force, la teneur des jugements rendus par le tribunal des égorgeuxs. Là aussi cepundant les prisoBBien furent jugés. Des hommes <:lu)Î8is prirent pkw^w greffe et s'y constituèrent en tribunal pour régulariser les vengeances populaires. Il y a plus ; le nom de l'un du c^s juges est eonnu : c'est Gorsas, rédaoteur du journal la Cmriar lie Vinailles et des dépariemenU.
11 avait jusque-là fait une opposition violente au parti delà eonr. lié avec ceux qu'on appela plus tard les girondin^ il imprima dans sa feuille, la veille des massacres, des nouvelles alarmantes, qui devaient pousser à son comble, dans les circonstances déjà si critiques, l'exaspération du peuple de Pads. Gorsas, nommé plus tard à la Convention, se sépara du parti montagnard, dont il poursuivit les principaux chcls avec des railleries adiamées. Ce lut alors que llarat puUia dans VÀmi du Peuple une lettre signée Legros, qui accusait Gorsa^ d'avoir été l'un des juges des victimes à la Conciergerie. Mis hors la loi le 8 juillet 1793, avec les principaux girondins, il put l'échapper et courut avec Buzot soulever le déparlcmcni do r£uce.
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Après amr parlé de» juges, pfflow de» égorgMift. L'ua
d'eux, que nomme l'histoire, et dont nous oserons répéter U nom, s'appelait Cortet. U massacra à lui seul ireilMroîs pri* soDnîers. Noos potirnons, d'après des doeumests eerfalDS» eiter Li'aulrcs noms ; mais ils n'ont jamais été publiés. Nous leurfe» rons la même grâce que le temps a bien voulu kur kàte (13).
Qd évaloe à qnatre-YingVehiq le nombre des priiooiiîcrs massacrés a la Conciergerie pendant les journées de septembre. Cechiiire, énorme selon nous, est loin d'égaler cependant celui de dem cent quaire^emgUdix^natfqiie Ton a miln poser ooismt le véritable. L'esprit de parti ne doit pas changer l'optique en microscope.
Ifoos amKms à parler des prisonniers qni, élargis par le
peuple en septembre, furent replacés plus tard sous la main de la justice; quelques-uns môme furent exécutés à mort : c'é> faient des eriminds connus et avoués. Un seul, apparienant à la classe des détenus politicjues, fut, après son acquilU-menl par le peuple, condamné à mort, quinze jours après, par le tribnnal du !7 août; c'était le lieoi Gssotte. Il ftit guillotiné. Son histoire se trouvera dans celle de l'Abbaye, car il fut ren^ fermé en cette prison.
Le fiiit que noas allons rapporter servira de réponse à eer» laines accusations portées contre la révolution, que ses ennemis accusent d'avoir oublié les criminels pour égorger les innocents.
Le 14 septembre, c'est-à-dire huit jours environ après le? massacres, le cadavre d'un homme, percé de cinq coups d'un instrument piquant et tranchant, fut trouvé, k cinq heures du malin, donâ la contre-allée du Cours-la-Rcine, aux Champs.
LES PMSONB OB VWmPE.
Éiysées. La capitale était encore émae des horribles scènes de la semaine précédente, et ce crime affreux ne produisit pas
grande impression. Les commissaires de la section des Champs- Ëlysées dressèrent procès-verbal et constatèrent que la yictime aTsit été liée par les pieds et Yolée.
Deux jours après un jeune homme» clerc d'avoué, se présenta au comité de la section et demanda connaissance du procès-rerbal. An signalement de la victime il reconnut son oncle, Antoine Baduel, abbé, docteur de Sorbonne. ri-devant supérieur de la maison et communauté de Sainte-Barbe. Voici les faits qu'il déclara :
LÛ'rayé par les journées de septembre, l'abbé Baduel, qui depuis le 10 août se tenait caché dans le collège de Boncourt, avait quitté cette maison au commencement des massacres pour chercher un abri passager chez l'avoué patron de son neveu, me de la Tixerandorie. En attendant qu'il pût quitter Paris, il accepta un asile chez son parent, Pierre Bardol, propriétaire, boulevard du Temple , à côté du café Godet. Bardol offrit à l'abbé de lui procurer un passe-port pour l'Angleterre, et n*ayant pas réussi, à ce qu'il dit, lui proposa de l'escorter jusqu'à Rouen. Bardol alla ensuite retenir deux places aux voitures de la rue du Faubourg Montmartre pour le départ du lendemain. Le neveu de l'abbé arriva le matin pour les adieui, et on apprit que Bardol n'avait pas reparu depuis la veille; on sut même qu'il n'avait pas retenu de places aux voitures. Enfm Bardol reparut, expliquant son absence et son mensonge p ir des occupations urgentes et un malentendu ; mais il ajouta que pour être plus sûrs de n'être pas inquiétés, n'ayant pas do passe-ports, ils partiraient le lendemaii\ de Paris à trois heures
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va
dumatin, (wor deranoer la voiture publitpie sur la grand'route, et n'être |ni8 arrêtés à la barrière.
Le bon abbé se paya de toutes ces raisons. Il se fit accommoder les cheveux en queue , de peur d'être recoimu pour piètre, visita une dernière fois l'avoué, patron de son neveu, poh rentra vers le soir cbez Bardol. Dès ee moment le neveu ne le revit plus. Telle fut la relation qu'il donna des circonstances antérieures k la mort de l'abbé, et il accusa Bardol de l'assassinat.
Bardol avait disparu de son domicile depuis le 13 au soir. Dans la nuit du 18 au 19 il fut saisi au moment oii il y renlrait. On trouva chez lui les objets désignés par le jeune Baduel pour avoir appartenu à son oncle, et un porte-manteau que Bardol prétendait avoir porté la veille aux voitures. Bardol, prévenu de meurtre, fut conduit h la G>nciergerie, et le 10 octobre oomparnt devant le tribunal criminel extraordinaire du 17 août. Tous les faits furent confirmés ; on acquit la preuve que Bardol avait passé au Palais-Royal, chez des ûUes publiques, les nuits qui avaient précédé son arrestation, et leur avait montré divers bijoux reconnus pour avoir appartenu à la victime, notamment une montre d'or à répétition, inscrite sur le livre de vente de l'horloger Sauvage. Bardol, mis en présence des pièces de conviction, recule devant les vêtements ensanglantés de son parent, pâlit, balbutie et n'ose lever les yeux sur les jurés. Il fut condamné à mort, ne voulut Cuire aucun aveu, bien qu'on eût lieu de supposer qu'il avait eu des complices, et périt sur l'échafaud, place du Carrousel, le 13 octobre 1792.
Ce joiv même, une drconstance préparée, dit-on, par les Girondins pour émouvoir quelques troubles, souleva le peuple de
LES PRISONS DK (.'EUaOPB.
Paris» et lit craindre de nouveaui massacres aux prisunnii rs renfermés dans la Conciergerie. Ireizd émigré» avaient été pri8[ les armes à la main aux frontières ; au lieu de faire exécuter la' loi coulTL' eux à l'endroit môme où le délit avait été commis, oa les amena à Paris. Conduits an conseil général de la commune» siégeant à l'hôtel de ville, les prisonniers y déclarèrent leurs noms, puis furent conduits par des oiUciers municipaux à la Conciergerie.
A la vue de ce cortège, le peuple s'assembla en foule, et Von craignit un instant» ou l'on espéra, suivant les opinions dont l'exaltation était encore bouillante» que ees mallieiireax seiaieai massacrés en chemin. Si le projet eût été exécuté, les Giron* dins ne devaient pas manquer de signaler à toute la France rhumeor sanguinaire et la rage aveugle des Parisiens. Hais le peuple se contenta décrier r Vivelanation 1 et rédama la prompte mise en jugement des prisonniers. Pendant la nuit, cepeudani, les groupe» augmentèrent autour du palais de Justice» et l'oii put craindre un moment que les accusés nu lussent arraches do la Conciergerie. Peu à peu la foule s apaisa» les agitateurs furent réduits au siknoe» et les détenus comparurent devant la commission militaire nommée pour les juger. Neuf furent condamnés à mort, quatre acquittés : ces derniers étaient des do» mestiques. L'exécution eut lieu le mardi matin, SS octobre, sur la place de Grève. Ce qui avait surtout exaspéré le peuple avant le jugement, c'était le bruit qu'au nombre des prisonniers se trouvait le prince de Lambesc.
Le 15 novembre, Delaunay d'Angers vint lire à la Convention un rapport sur l'état des prisons, au nom du comité de sûreté générale : k Coaderprie renfermait deux oents prison-
niers, dont trente-trois dése rteurs prussiens amenés à Paris en octobre. Marat demiuk l#ur mise eu Ub^té; ïreilh^urd fit ijounter b prapoeitioii.
Le 5 décembre» le noineau conseil général de la communt', qui succédait à k nuuûcipaUlé provisoire d# ^0 noàt» prit l'airéié auiwt :
«r Le conseil, eonsidérant qu'il est de 8on deroir d'snétor toute espèce d'actes arbitraires ; qu'il importe à k tranquillité pi^lique et au maiitfieo de la liberté ipdividuaUe de donnar la plus grande publicité aoz arrestations et détentions, arrête :
» l°Que dorénavant les geôliers, concierges des maisons d'arrêt et de justice» seront tenus d'envoyer tous les jours, soos laur lespoosabilité» les noms, êgs. demeure et qualité des prisonniers commis à leur garde, ensemble la date du jour et les motifs de leur arrestation et les noins des fonctionnaires qui auwoi donné l'oidre d'arratation;
» fp Que ce détail sera rendu public afUcbé cbaque jour dans la salle des séances du conseil;
» 3» Qtt 'il sera km m NgMra eM<4 «sMas «I des sorties des prisons. »
L'un de ces tableaux, en data du 18 décembre 479i, nous monke à kConcteFigertadeinaettt quatre b>i^ cAsoîunte et une femmes. Le nombre annoncé mi mois avant par DeUunay avait augmenté sensiblement.
Mais l'aorété de la eammuna ne fut pu imqours fidèlement asécuté, oar nous voyons i la séance du •eoBseil génénil.'en date •du 24 du premier mois de la république, s'élever des plaintes aur la légèreté avec laq^ut^îlie se taisaient ces arrestation»; et Chmwiattau alpfS|ra»roar géntodinJa nnppiys, n^iil M
m LES PRISONS DE L'EUUOPE
fit décréter par le conseil que les motifs d'arrestation fussent loojoiirs inscrits sur l'écrou des prisonniers.
Quelques jours après la mort de Louis XVI, de nouveaux bruits de massacres se répandirent, vi le peuple euvahil en foule la cour de la Conciergerie. Le 25 janvier 1793, vers six heures, on battit le rappel dans plusieurs quartiers. Mais il ne s'agissait que du supplice d'un fahricotcDr de faux assignats.
A la séance de la Convention du 9 mars, Danton proposa et fit adopter la mise en liberté des prisonniers pour dettes. C'est dans cette même nuit du 9 au 10 mars que fut institué le tribunal criminel extraordinaire, qui prit seulement quelques mois plus tard le nom significatif de tribunal révolutionnaire.
Harat fbt le premier député qui y fut traduit. On l'acquitta : son retour à la Convention fut une sorte de triomphe, et les Girondins, qui étaient parvenus k le faire décréter d'accusation, avaient ainsi créé le précédent do la non-înviolabUitédes représentants du peuple. Ce précédent, créé par eux, les tua peu de temps après*
Ce fut seulement au mois d'avril 179S que commencèrent les exécutions ordonnées par le tribunal criminel extraordinaire.
Mais il est curieux de connaître l'état de la Conciergerie à cette époque. La nouvelle institution allait, pendant plus d'un an, remplir jour et nuit ses prisons et en fiiire le vestibule tou* jours encombré du redout^le tribunal.
D'aprèslerapportfaitauministrederintérieurle 17mars 1793« sur l'état des prisons de la Conciergerie, on va voir combien était déplorable la position des détenus, et combien peu on s'était occupé de réaliser quelques-unes des mesures urgentes d'humanité proposées deuz .ans avant par le docteur Doublet.
LA CONCIERGERIE
dans le mémoire cité plus haut. Le tableau de la Conciergerie, qm nous allons mettre sous les yeux du lecteur, précède de m mois répo<iue de la terreur, et prouve que Icb souffrances des prisonniers ne furent pas exclusivement l'œuvre de ce gouvernement redoutable. 11 importe de faire remonter plus loin les reproches qu'on n'a paa cessé de lui adresser à cet égard.
RAFPORT AU MINISTRB DB L'INTÉRIEUR SUR l'ÉTAT DBS PRISONS HB la CONGmU»RIB» LB 17 KABS 1793*
« le TÎens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie. L'impression horrible que j'ai éprouvée à la vue des malheureux amoncelés dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis encore concevoir la barbarie des officiers de police chargés de la surveiller et rinsouciance des tribunaux à absoudre ou condamner les accutiès.
» Toutes les prisonsont été vidées à l'époque, àjamm essém» hk, des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent an» jourd'hui neuf cent cinquante individus II y en a trois cent vingt à l'bôttlde la Force, quarante-quatre à Saicte-Pélagie, deux cent six à Bioétre. et trois cent quatre-vingts à la Conoierg^e. Cette diiniière prison, qui par sa position près du tribunal criminel a toujours été destinée pour leà criminels, et qui ne devrait être considérée, d'après la nouvelle organisation, que commç maison de justice, sert cependant tout à la fois de maison d'arrêt, de maison de justice et de force; il faut toute la surveillance et tout le dévouement d'un concierge inconuptible et de guiehe-