‹ Les prisons de l'EuropeChapitre 10 sur 32 · UU · texte numérisé non relu

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LES FftisoN^ m vmion.

tien éprouvés, tels que ceux qui en ont la garde, pour qu'il n'y arriTè pas chaque jour dea é? toeoMHita aai» soiabra et dei évaBiona moltîpliéea, oomtoe cela airive joamcllemeat dans

presque lous les départements. J'y ai vu une treulaine d'hommes 00 de femmes condamnés à mort» qui tous se sont pourm en 4»8sati<Ri, dont les prooès languissent, et qui emploient tout le temps qu'on leur laisse à faire toutes sortes de Icnlalives, soit pour attenter à leur yie, soit pour opérer un soulèTement an dehors, ou même au dedans; et leur rassemblement prodigieux, en leur montrant leur force, fait craindre h tout moment que leurs projets ne réussissent. Ce qui contribue le plus à leur désespoir et à leur faire tout entreprendre, c'est l'inhumanité avec laquelle on les entasse dans la in(Vue chambre, et les louments inealeulables qu'ib éprouvent pendant la nuit. Je les ai visités k l'ouverture, et je ne connais point d'expression assez forte pour peindre le heDlimuU d'horreur que j'ai éprouvé tn voyant dans une seule pièce vingt-six hommes rassemblés, couchés sur vingt et une paillasses, res^nrant Vair le plus infect, et couverts de lambeaux à moité pourris. Dans une autre» quaranteHiinq hommes, entassés sur dix grabat». Dans une troisième, trente-huit moribonds pressés sur neuf couchettes. Dans une quatrième, très-petite, quatorze hommes ne pouvant trouver de plaoe dans quatre cases. £aiia, dans une cinquième, sixième et septième pièces, quatre-vingt-cinq malheureux se froissant les uns les autres pour pouvoir s'étendre sur seize paillassons, remplis de vermine, et ne pouvant trouver tous le moyen de poser leur tâte. Un pareil spectacle m'a fait reculer d'épouvante , et je frissonne encore en voulant en donner une idée. Las femmes sont traitées de k même manière : ^cinquant^

quAUw d'antre eUas lont foroto de le ooncher sur dhHnof peillaMoos, ou de le relajrer aHemativement fioiir rester debout et

ne pas éloufl'er, en se mettant U s unes sur ks autres. Il } u, dans celte maison, quarante-sept bommea et douae femmes qui ont leprhriléged'étreàiapenttmietdeooiiefaerdaiisdes lU» séparée. Cette distinction m'a paru barbare, injuste, et injurieuse à rbumanité : la loi qui distribue le pain également entre chaque détenu, ne peut avoir eu l'intimlion de donner ii rbomme aiaé un asile eommode et de mettre rindigent dans un tombem. Toute inégalité doit disparaître devant elle, de quelque étal ou oondition qu'ib soient; eUe Yoit lei «Dcusée du mémo cmI, et lev promet à toui lemèmttnilement jusqu'à Tinstant de leur jugement.

» Cependant, au mépris de cette loi bienfaisante, une foule d'îndîvidns de la classe indigente, prétenus pour la plupqrt de délits très-légers, souffre dans les prisons toutes les horreurs de la misère et de la iaim, tandis que des ciloyeDs opulent^ préiSDUB des plus grands crimes, y jouiaumt, à la liberté pris, de toutes les autres douceurs de la vie. S'il est impossible, sous le règne de 1 égalité, de faire cesser cette distinction révoltante, n'esl^il pas un moyin d'adoueir le sort de rinftirtuné détenu, et de lui procurer au moins le repos de la nuit accordé par la nature à tous les êtres et dont l'homme est ici indûment privé par rbommn même! Cependant les prisons s'engorgiat cbaqnn jour : {H^que aucun prisonnier n'en sort; un gmnd aombrey arrive sans cesse. Au milieu de cette effroyable quantité, le juré d'aocusation se tait, ou ne se livre que négligessmeot à des iBiictkms dont la terme trop éloigné retforaucfae. Il oboiait les individus doni U veut s'occuper 4e préiérence, et des malheu-

m us niBONB DB VBinOPE.

wmf. arrêtés depuis plusieon mois ont la douleur de n'a?oir pas encore été interrogés. Il y en a dans ce cas trenteH|aaire,

comme l'indiquent les noms et la date de Tarrestation dans un tableau joint au présent n^içùtL

» Je dois encore appeler l'att^tion du ministre sur le sort d'un assez grand nombre de malheureux échappés au carnage du mois de septembre, et réintégrés depuis dans les prisons en vertu d'ordres, la plupart arbitraires et sans cause. La crise perpétuelle où se trouve la république , les mouyemenfs inf^ rieurs et fréquents qui en sont la suite, les bruits qu'on ne cesse de répandre d'un noufeau massacre, l'image loojoms présente de celui cpn s'est effectué sous leurs yeux , jettent la terreur dans l'àme de ces inl'orlunés; ils soulirent mille morts chaque jour, et maudissent le moment qui ne leur a saufé la V» que pour les limr de nouveau au supplice journalier d'une încerlitude cent fois plus cruelle que tous les genres de mort possibles. &«gardera-t-on comme une absolution de leurs fuites l'épreuve à laquelle ils ont été soumis aux jouinées de septembre, et la liberté qui leur a été accordée? C'est une question que le ministre Roland a soumise le 16 novembre au mi* nislàre de la justice, et sur laquelle il serait important de pro* noncer. n n'y a pas de délit qui ne doive être effacé pour des gens qui ont été plusieurs jours sous le couteau , et la siiualion pénible où ils se retrouvent en ce moment, et dans laquelle ils «sont depuis plusieurs mois, les met sans doute dans le cas de l'indulgence. »

) Le premier condamné par le tribunal criminel exfraordi* naiie lut Louis Guyot Dumollans, gentilhomme, âgé de quarante-deux ans ; il avait émigré. 11 lut exécuté le 7 avril 1793.

UCÛNCIEMBRll

Puis vinrent : rfîeolas Luthier, canonnier. de la 6°>* divinon: Roussel Blandie Lande, ancien marédial de eanp, Ueutenant

général au gouverneniPiit des îles françaises, conspirateur. À la suite» on Urouve mêlés à des noms abscurs les noms du ci« devant noble Joseph Miaciinski, né à Varsovie, maréehal de camp au service de la république , condamné à mort comme complice de Dumouriez, lequel avait passée l'ennemi. Il ouvre la liste des généraux qoi eurent à expier sur réchataud km ftwles ou leurs trahisons. Hiaoïtnski, condamné à mort, obtint un sursis pour faire des révélations qui, ne s élan^pas trouvées aussi importantes qu*<Mi avait droit de l'espérer, ne purent le sauver du supplice. H fut guillotiné le 9 mai. Jusqu'au dernier moment il but avec excès pour s'étourdir sur sa terrible position, et il arriva complètement ivre à l'échalaud. Pendant le trajet, iLn'avait cessé d'iiqurier les spectateurs du haut de Ut &tale charrette.

A la Gonciergierie venaient d'arriver vingt-huit personnes pré< venues d'une conspiration qui eât pu être mortdle au nouveau gouvernement. Les conspirateurs étaient amenés de Bretagne ; parmi eux se trouvaient un gealilhonuue breton, i^raugois de la Nothe la Guyomarais, et sa femme» avec quelques^ms de leurs gens; des genlikhonnnes officiers de l'ancienne armée, quelques femmes et des hommes du peuple, voués à des. professions libé* lales. Us comparurent devant le tribunal redoutable, envelop» pés d'un certain mystm romanesque, stimulant actif pour la curiosité qui commentait à loisir l'histoire suivante :

Un soir, trois hommes se présentèrent au vieux manoir féodal de la Guyomarais* On les y reçut L'un d'eus, qui se disait n^(Odiant à Bordeaux, élail appelé Goâselin par les autres, iiur

us pimoin M Limon.

ktqoels il exer^it une sorie d'aulorîté. Son domestique, Sénir Fipm, tomba malade peu de jours après, et fut soigné par

Gosselin lout seul. Le domestique rétabli, ce fut le maître qui tomba malade à son tour, et si gravement, qu'un médecin appelé près de lui Vabandomia bientôt, et Ait remplacé par le doeteor Lemasson, arrivé assez à temps pour ôlre témoin de son agonie et de sa mort. Le cadavre fut dépouillé de ses habits, ei porté dans un petit bois loisin du cbAteau, oh on Tensev^t.

Ce mystère des gens du cbAteau avait éveillé les soupçons do la commune, qui découvrit bientôt le nom du mort. Ce prétendu Gosselûi n*éUiit autre' que le iameux TuiBn de la Boue- . rie, geniilliomme breton, qui, après une Jeunesse orageuse el de beaux faits d'armes en Amérique dans la guerre de l'indépendanoe, était revenu en France pour soulever Ut Bretagne contre le nouveau gouvernement. Sa mort subite aivait brisé tous les fils de la conspiration, qui, conduite par un homme de cette trempe et de ce talent, eût lait counr 4 la répuidique les plus grands dangers.

Hais c'était peu d'avoir découvert le nom du mort: dans le jardin d'une maison de campagne, aux environs de Saint-.Mulo, on trouva sous terre» è einq pieds de profondeur, un bocal contenant des papiers, au nombre de ▼ingl'trois pièces, relatiOi à la conspiration. En conséquence de ces faits, les vingts huit détenus amenés à la Coneiergm tosQt traduits le 4 juia de* vant le tribunal révolutiomtre.

Les accusés nièrent toutes les charges qui pesaient sur eux; . le vieux la Guyomarais répondit aon à chaque question qui lui ' fut adressée ; le procès dura qmnae }eurs , et ke |ufés délibé» rucal dou2e beiiires. Gsa drcoi^iauceâ u& seront pas inôiiie-

LA COffCIERGKRIB. Sfl

rentes à quiconque se souvient des reproches faits à la justice expédilive de ce tribunal.

Des ?ingt-huit accusés, treize furent condamnés à mort, deux à la déportation en Guyane, les autres acquittés. Pour la première fois les guichets de la Conciergerie donnèrent passage à une toile quantité de condamnés. Douze prêtres, mandés pour les assister, furent introduits près d'eux pendant les tristes apprêts de la toilette. Mais les condamnés repoussèrent ces ecclésiastiques, qu'ils appelaient des intrus, épilhète dont les dévots de l'époque flétrissaient les prêtres assermentés. Enfin, les charrettes chargées se mirent en marche , et la dame de la Guyomarais, en proie à une surexcitation violente, ne cessa de crier Vice le roi qu'au moment oîi la hache lui ôta la parole avec la vie. L'exécution dura treize minutes.

Cela fait, l'exécuteur se reposa un mois.

Ces conspirateurs furent remplacés à la Conciergerie, en juillet suivant, par quatorze prisonniers amenés d'Orléans, sous la prévention d'avoir assassiné Léonard Bourdon , député à la Convention. Assassins ou complices furent jugés le 12 juillet. Les débats durèrent quinze jours , les jurés demeurèrent cinq heures aux opinions. Le lendemain du jugement, les femines et les enfants des condamnés parurent à la barre de la Convention, et demandèrent avec larmes la vie de leurs proches, alléguant que Léonard Bourdon n'était pas mort de ses Llesurres, et que les médecins répondaieul de sa vie. Qa'on nous accorde au moins un sursis à l'exécution de nos époux, de nos pères , disaient ces infortunés. La Convention , dans les circonstances dangereuses ou se trouvait la république , crut devoir donner un. grand exemple, et passa à l'ordre du jour. A.

M US HlisONS DB LWIlOPE.

la séance du soir, les sœurs de Léonard Bourdon vinrent ellesmêmes à l'assemblée demander au nom des familles des condamnés le sursis h l'exécution. Un Orléanais s'offrit à prendre sur l'échafaud la place de son cousin, père de dix-neuf enlanls, dont quatre servaient aux armées. Mais Gaston demanda que les sœurs de Léonard Bourdon ne fussent pas entendues; et la Convention» considérant qu'il fallait entourer d'une sauvegarde • imposante la Vie dos commissaires qu'elle envoyait dans les départements, et qu'en outre le Code pénal ne lui déléguait pas le droit de fiiire grâce, passa une deuxième ibis à l'ordre du jour.

Le même jour, à la même heure oii l'assemblée croyait devoir donner cet exemple pour la sûreté de ses membres, Harat expirait dans son bain soiis le couteau de Charlotte Corday. C'est à l'Abbaye que fut conduite celte jeune iiile. Nous réserverons pour cette prison l'histoire de son crime et de ses der« niers moments. Elle ne fui amenée à la Conciergerie que le 16 juillet, veille de son jugement. C'est de là qu'elle acheva sa lettre à Barbaroux, et qu'elle écrivit à son père « pour lut • demander pardon d'avoir disposé de son existence sans sa permission. » Singulier scrupule de cette jeune iille , qui se pose en héroïne après un meurtre qu'elle a commis à l'aide de l'hypocrisie et du mensonge ! Charlotte Corday, coupable d'un meurtre, ne saurait être une héroïne pour nous» qui n'admettons pas de vraie gloire dans le fanatisme. Nous apprécierons ailleurs son action. Ici, contentons-nous de relever un fait relatif À hi Conciergerie» dont nous écrivons l'histoire. Charlotte Corday dit en terminant sa lettre à Barbaroux : « Les prisonniers de la Conciergerie, loiu de m'injurier

U CONCIERGERIE

emmne mm én rm, afaient l'air de me plaindre; le màlheiar rend toujours compatissant. C'est ma dernière réflexion, n Elle fut exécutée le 17 juillet.

Comme le bruit courait dans Paris, au 8 août» que les prisons renfermaient 8,000 détenus, le conseil général de la commune répondit à ces rumeurs en publiant le bulletin de l'état des prisons; an T août elles renfermaia:it 1555 prisonniers.

Les mêmes bmits affirmaient que la reine, qn*on avait transférée quelques jours auparavant du Temple à la Conciergerie, Tenait d'être réintégrée dans la première prison. Il fallut encore démentir cette nouvelle. Puis c'étaient de faux avis sur les trahisons de nos gén<^raux, de faux bulletins de défaites essuyées par nos années des frontières, d'autres bulletins des progrès ' des révoltes fédéralistes au nord et au midi; voilà ce que colportaient activement les alarmistes et les apitoyeun. On comprendra moins difficilement, d'après ces embarras perpétuels, les mesmes sévères qui enveloppkenft la France comme un vaste réseau, et emplirent les prisons de suspects et de contrerévolutionnaires. Déjà, en juillet, plusieurs députés girondins avaient été mis hors la loi; en août, plusieurs autres pannoit devant le tribunal révolutionnaire, mais leur procès ne commença que vers la ûn d'octobre.

Le 6 octobre» à deux heures de l'après^nidi, on saisissail près du passage Radiiwil, ches une certaine dame Brigide» libraire, l'un des Girondins mis hors la loi. C'était Gorsas, un des juges lors dn massacre de la Conciergerie, en septembre. Au 31 mai, au % juin, époque des premières disgrâces du parti girondin, le peuple avait brisé les presses de Gorsas. dont * le journal avait cessé de paraître» et qui s'était réfugié avec

m tus maiom m i^bdeoib.

Fétîô», Bftrtoom, et d'antres collègues, dans le défMrtemeBl

du Finistère, devenu à Paris, il se cacha chez h dame Brigidc, sa maîtresse. La maison fut cernée; G^rsas essaya de s'enfuir en sautant par une fenêtre; mais des soldats apostés le saisirent et le conduisirent à la Conciergerie, par le jardin du Palai9>Royi^ ou milieu des huées de U multitude; car son nom était devenu à iafois un objet de haine et de ridicule. Cest le caractère des réactions faites contre les hommes qui ont manié avecle plus de succès l'h^jure et la raâlerie.

Le 7 octobre, Gorsas comparut devant le tribunal criminel extraordinaire. L'audience ouvrit à neuf iieures et quart du matin. Gomme Gorsas était hors la loi, il so s'agissait pas poar lui d'un jugement, mais d'une simple consialation d'idenlité. Celle formalité accomplie, cm lui lut l'arlide 1*' de la loi du 28 juillet, et celle du 3 octobre précédent, par lesquelles les Girondins étaient mis hors la loi et déclarés traîtres à la patrie. Les jurés votèrent ensuite individueiiement, et Gorsas fui condmané à mort; puis il demanda la parole, qui lui fut rerusée. Se retournant alors vers le peuple qui garnidsait la salle d'aOf

inaBlie .

— le recommande, dit-il, à ceux qui m'entendent, ma femme et mes enfants. Je wift innocent; ma mémoire sera fungée.

•Ramené au guichet de la Conciergerie, il demanda un juge pour taire une déclaration. Criait le montant de diverses dettes qu'il n'avait pas eu le teo^s d'acquitter. Le juge reçut cetfa déclaration , et lui dit de faire passer la note de ses (]< lies à l'accusateur puhlic Le même jour, à trois heuies, Gorsas lut MiduUf éshihud, ^t moarot eoiuiff usemaat. Bhtt Mi*'*^

Digitizod by Gû*..wtL

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LA ooNcmcsni. w

home et ses enfants obtinrent de la Convention une somme d'argent à tICre de secours.

^'ous ae saurions terminer l'histoire du girondÎA Gorsas sans citer un passage de l'ignoble brochure dont nous avons parlé dans Thistoire de Bicélre : Compte rendu am gam-eulùt' tes, etc., par très-haute, etc., etc., dame Guillotine. Voici cç qi^e dit de Gorsas condamné , le misérable Tisset sans podeuir d^ vaut une tombe encore béante :

« Gorsas naquit sans culottes ; Gorsas vécut une partie de sa vie sans culottes; mais Gorsas, fatigué d'être sans culottes, voulut s'eo procurer en caressant les partisans de Varislocratie; Gorsas, enftn, voulait avoir des culottes superbes, au même prix que les anciennes chemises dont l'histoire fait mention, j»

Ces derniers mots sont une aUiision aux articles publiés par Gorsas lors du départ des tantes du roi, et dans lesquels il disait que le9 effets emportés par ces dames appartenaient à la nation , même km ehmitet. Les journaux royalistes de l'épo* que raillerLiit la-dessus Gorsas, et une chanson courut Paris : Qu'il avait (U chemm, Gortasi — Mais poursuivons :

V II n'obtint de tout cela qu'une fouttradm kien y'jitim sur la place de la Révolution. Ob! tuunicr de Paria à Versatile^ (c'était le nom de son journal), lair de la cour t'avait pestiférét maintenant tu es purifié. Tout va le mieux du monde. •

Le 1*' août 1793, la Convention, d'après le rapport de Ba<> 1ère, satisfit au vmu exprimé souvent aux Jacobins; l'article VI d'un des décrets rendus ce jour-là porte ce peu de moUf •

M Uaiie-Antoinette est renvoyée au tribunal révolutii^nnaire. EDe seia transIMe à k Conciergerie.

M Art* Vill. Elisabeth Capet Ae pourra être déportée qa'ie pris le jugement de Marie-Antoinette.

» Art. IX. Les membres de la famille Capet qui sont sous le glaive de la loi seront déportés après le jugement » s'ils sont absous.

» Arl. X. La dépense des deux enfants de Louis Capet sera réduite à ce qu'il est nécessaire pour l'entretien et la noniriture de deux individus. »

À ce moment l'exislence de la république était mise en question. A l'ouest, au midi, au nord, la guerre civile. Toutes nos places fortes capitulaient; le mois de juill^ avait amené revers sur revers, désastres sur désastres. A celle occasion. Mercier demandait avec emphase dans la Convention à la Montagne qui gémissait :

— £st-ce que par hasard vos représentants ont £ait pacte aveclavietoire?

— Nous en avons fait un avec la mort ! répondit tout d'une voix l'audacieuse Montagne, par la voix de Bazire.

Donc Marie-Antoinette venait de quitter le Temple, dans une voiture qui l'attendait à la porte. Elle sentit en partant quelque chose qui l'arrêtait par sa robe; c'était un chien, compagnon depuis un an de sa captivité, et qui semblait lui demander de la suivre. Les offîciers municipaux éloignèrent l'animal, et la . voiture roula sans que la prisonnière pût savoir oh on la conduisait. Arrivée dans la cour du Palais, elle reconnut la Conciergerie, descendit, et fut écrouée en vertu d'un ordre du comité de salut-public

« La première entrée, dit un prisonnier de l'époque qui a vu i a Concier£;erie avec la parliaiité qu'inspirent la tireur et la

U CONCIERGERIE. Se»

captivité, la première entrée est fermée de deux guichets. On appelle guidiet une petite porte haute d'ennnm trois pieds et demi, pratiquée dans une porte plus grande, l orsqu'on entre, il faut liausser le pied et baisser considérablement la tête, de manière que si on ne se casse pas le nez sur son genou, on court risque de se fendre le crâne contre les pièces de traverses de la grande porte; ce qui est arrivé plus d'une fois. On appelle aussi guichet la première pièce d'entrée. Ces deux guichetssont à peu pfès à trois pieds l'un de l'autre. Ds sont tenus chacun par un porle-clef. Tous les porte-clefs ne sont pas admis indistinctement à l'honneur de ces premiers guichets : on choisit les plus -vigoureux, et ceux qui ont le coup d'œil le plus subtil. Dans la première pièce, appelée guichet comme je l'ai dît, au bout d'une grande table , sur un fauteuil , est le gouverneur de la maison, ou bi^ la respectable moitié de luirméme, ou bien le plus ancien des porte-defs, qui les représente en ce cas.

« Les parents, amis ou amies des prisonniers font ordinairement une cour très-assidue au condeige Richard, pour se faire entr'ouvrir un guichet.

» C'est de son fauteuil qu'émanent les ordres pour la police de la maison. C'est à ce fauteuil que sont évoquées les que-> relies des guichetiers entre eux, et des guichetiers avec les prisonniers ; c'est à ce fauteuil que les prisonniers portent leurs humbles réclamations, quand ils obtiennent la faveur d'y être admis.

I» Du reste, la femme Riehard tient sa maison d'une manière étonnante : on a a ni plus de mémoire, ni plus de présence d'esprit, ni une connaissance plus exacte des détails les plus mlnutifiux. »

ninitiTPd by Gopsle

LES ^mom lis. yuiaûPB.

La citoyenne Richard, dont les prisonniers se louaient gênéralemenl, fut assassinée par un dékm au désespoir d'un jugement qui le condamnait à vingt ans de fers : au moment oii cette f«;mme bienfuisanlc lui présentait un bouillon, il lui L>nfonça un couteau dans le cœur; elle expira en quel(|ues nu- Qutes, en messidor 1796 an i?.

« Outre le concierge ou son représentant, il y a dans le guichet un ancien porte-clefs qui divague. C'est» sans qu'il y paraisse, rinepeoteur des pefsonnet qni entrent ou qui sortent. Quand U y a (les distractions, on entend sortir du fauteuil ces vigil.intes paro'es : ÀIUumi a tmton [allume, mot d'argot qui veut dire : regarde sous le nés» mitfoii, de Tindlvidu).

/' Le guichetier les répète à ses camarades qui sont de service aux portes. Lonqu'il entre un nouveau prisonnier, on recommande aux guichetiers à'aUmner U mitum^ afin qu'il soit gfoé*

ralement connu, et ne puisse se donner pour étranger.

» A main gauche, en entrant dans leguichet, est le grefiie. Cette pièce est partagée en deux par des barreaux. Une moitié est

destinée aux commis, l'autre moitié est le lieu où l'on dépose les condamnés; c'est là qu'ils ont quelquefois attendu trente^x heures l'arrivée fatale de Vexécuteur des jugements ( que les

guichetiers appellent dans leur langage tôle).

» Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'é-

normj.'S portes, dans des cachots appelés la Sourkièn. 11 faudrait plutôt les nommer la Ratière. Un citoyen, nommé BeaU' regtMrdt homme aussi honnête qu'aimable, acquitté par le tribunal révolutionnaire, grâces soient rendues à son heureuse étoile, fut mis à son arrivée dans ce cachot; les rats lui man-

Diqitized by Gopgle

fèrent, à diiïéreaUi endroits, sa culoUe, sans respect pour soo derrière; nombre de prisonniers ont tu les trou; el il 6it obligé de se oeorrir ioutoU Boit la figure do oMMiins, pour sanTer

son nez et ses oreilles.

- » Le joor pénètre à peins dans ees otcholt; lapoilledontse 4SoaBpoee In lilièro des prisonniers, bienlftt oorfompne par le

dél'aut d'dir et par la puanteur des seaux, en termes de prisons griachet^ oii les prieouaiers font leurs besoins» exhale «ne infaclion IdUb qw dsm le greffi niéM on «st empoî-

flonné lorsqu'on ouvro ks portes. 11 en est ainsi des autres oacbots.

M En koo It fp«rted*fiifréeeil li»f«iflbet4|iii oondnitàkcour des feannes, à rinfiroieric, et en géoéfd àoe qpi'on ippeUo»

ne sais pourquoi, k câsd im éotue.

» k droite, sur deux angles, sont desfendrci qni écbÛRnt fart ■D^aifHleBeiit deu cabÎMls oà condiaBl tes guîehelîeft de garde pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dépose les femmes qui ont été condamnées à k inort; entre cas dattz angki^ w Aroisîènio qai ooaduit m préÊti; il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse à gauche la chapelle et La cbambre du conseil, deux pièces également remplies de^ilsda» eaa hernie» 4eMpa; la seendê éUiU Mmipéi pwr k wime de Lmit IfL k droite, en entrant dam k oomr, à l'extrémité d'une espèce de |;alerio, est une double perle, dont r«ino entièrament do fer; «es portos krment le «aobot 8tt^ nomaié ie k Mdk ntaioMU depuis ks nuusacNS du mon de septembre 1792 (vieux style), et l'on traverse ce cachot poiir y 4cnifnr dans kasalksdu Pakis» au moyen d'un obscur miImi dÉMMiit wMsilédiMi4|Qi^ii iniiMdaaîU diSâ*

veoU. Les prisQnaîen aoot ou à la pûtolOt oo è k piine« «n dans les cachots.

j> Pour les chamtNres à la pistole • c'est-à-dire celles oh l'on

paye le loyer, il y a aatant de lits dans une chambre qu'elle

en peut contenir. On payait d'abord pour un lit, 27 livres 12 SOUS le premier mois» et 2SL livies 10 sous les mois suivants» On s réduit ce loyer à 15 livres par mois. Le mèm» lit a so«vent rapporté plusieurs loyers eu un mois.

Dans les demiecs temps de la tyrannie de Robespierre, lorsque le tribunal envoyait les vietimes à la mort par charretées, quarante ou cinquante lits étaient occupés tous les jours par de nouveaux h6tesy qui payaient 15 livres pour une nuit» ce qui donnait par mob un produit de 18 à 28 mille livres (14).

» Aussi la Conciergerie est-elle le premier hôtel garni de Paris, qoant au produit

» Ces prisonniers ont un régime différent. Les cachots ne s'ouvrent que pour donner la nourriture» foiire les visites, et fîder les friadim,

» Les chambres de la paille ne diffèrent des cachots qu'en ce que leurs malheureux habitants sont tenus d'en sortir entre huit et neuf heures du mathi. On les fait rentrer environ une heure avant le soleil couché. Pendant la journée, les portes de leurs cachots sont fermées, et ils sont obligés de se morfondre dans la cour, ou de s'enlasaer, s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, oii ils sont infectés de l'odeur des urines, etc. Du rate, mêmes incommodités dans leurs hideuses demeures; point d'air, des pailles pourries. Entassés jusqu'à cinquante dans un même trou, le nez sur leurs ordures, ils se communiqaeat les mdadies» las malpropretés dont Ils sont aeaabMs.

lA GONCnSBfiBlllR. 273

Allei TÎsiter les cachots qui sont pratiqués dans les grosses tours que TOUS voyez du quai de l'Horloge, ceui qu'on appelle

le Grand-César, Bombée, Sainl- Vincent, Bel-Air, etc., et dites si la mort n'est pas préférable à un pareil séjour. >»

n était trois heures du matin quand la leine arriva.

Rien n'était préparé à la Conciergerie pour la recevoir. Elle dut passer le reste de la nuit dans la chambre du coU" cierge Richard, celui dont nous avons dit quelques mots à propos des massacres.

Le lendemain, on la conduisit à la chambre qu'elle devait occuper. Ce n'était pas ce cachot infect et malsain choiti à p(aiiir pour ajouter aux tmiffrancet de la pmonmère; loin de là , le concierge donna à la reine lu chambre la plus convenable qu'il put trouver.

On l'appelait la taUe du eoniml, parce que, sous l'aneiemie

monarchie, les magistrats des cours souveraines venaient chaque année, à des époques déterminées, y tenir séance pour recevoir les réclamations des prisonniers. Un contemporain qui connaissait les lieux pour les avoir ma H visités , ainsi que dit la formule, décrit ainsi celte chambre et sa position :

ir Lorsque vous êtes sous le premier guichet de la Conciergerie» vous trouvez à votre droite un second guichet ; vous tournez sur votre gauche après l'avoir franchi , vous parcourez un corridor sombre où jamais ne parait un rayon de lumière et le tong duquel ouvrent à gauche des portes de cachot. Vous arrivez jusqu'à une grille oh les prisonniers viennent se coller pour parler aux personnes qui les visitent. Quand vous avez passé cette grille, vous avez à droite la grande cour de la prison fer*'

mée par une autre grille; à gauche est la chapelle ; mais avant Uk 35

d'arriver à la chapelle se présente une chambre iermée comm^ tous les cachots par une porto épaimelbasse» garnie de deux

énormes verrous. »

C'est là que la reine fut déposée pour attendre le jugement du tribunal réTolutionnaire. Cette chambre étoit divisée en deux parties égales par une cloison en planches; au milieu, une ouyerture qui servait de porte iiit iermée par un paravent, Yis4h TO la porte, une fenêtre grillée donnant sur la cour des femmes. Porte et fenêtre étaient comprises dans la partie gaucl e occupée nuit et jour par François Dufresne et Jean Gilbert, gendarmes, chargés de Teiller sur Harie-Antoinetto» la nuit, ils j dressaient un lit de camp.

Dans la partie droite, spécialement réservée à la prison» niëre, le lit se trouvait à une extrémité de la chambre, vis-à-vis une seconde croisée grillée donnant aussi sur la cour des femmes. C'est près de cette fenêtre que la reine se tenait assise pendant le jour. Le plancher était de briques posées de champ. J}u cadre en bois régnait dans toute la longueur et la largeur dn mur; de ce cadre pendaient des morceaux de toile dont on avait arraché le papier peint de ileur de lis.

Comme on a beaucoup cherché la cause de la translation si brusque de Marie-Antoinette à la Conciergerie, nous citerons, sans le garantir, le fait suivant auquel plusieurs personnes ont rapporté la détermination de la Convention.

On a prétendu ({ue, pendant la captivité de Louis XM, le duc d'Orléans avait pénétré souvent dans la tour du Temple pour iK>ir, par ses yeux, la misérable situation de son oousin et da sa famille. Depuis îa mort du roi, il y était revenu sous le déguisement d'un des boaunes desenrice chargéd'aUumer du teu«

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B avait pu arrÎTer ainsi jusqu'à Madame Élisabeib, qu'il a?ait trouvée à genoux» en prièrea. N'oaani lui parler, ne se aenliat pas la foroe de faire une tentative près de la reine» il s'était retiré précipitammeol, et, s'udit^saul à un garde uulioDal du service qui était dévoué êu& prisonniers, il lui avait demandé un verre d*eau, en s'éeriant hors de lui : « Cette femme m'a désarmé! » Ce mcnie garde national, de qui l'auleur qui raoonte le Mt prétend le tenir, ajoutait que ci^tainemeni une entrevue devait avoir liea en juillet iuivait eslve le duc d'Orléans et la reine.

Cette circonstance comme des membres du f^uvemement • les auiail décidés à presser le jugement de Marie-ABloînctte» et bientôt celui du duc lui-môme, qui, dans l'iutervalle, fut envoyé à Marseille avec son jeune iils , parce que, dit l'auteur de ce récit, il méditait de s'emparer de la reine, dont il «mait Ml disposé.

On comprend que nous n'accepterions pas la responsabilité d'un bruit pareil. Il est passé à l'état de vérité dans l'ei^t de beaucoup des contemporains de la reine.

D'après les relations mêmes de quelques royalistes, moins obstinés que les autres à calomnier la révolution contre l'évi^ dence, la reine, dans sa prison, n'aurait eu qu'à se louer das soins du conc ierge et de sa femme. Sa nourriture était aussi lecbercbée qu'il était possible dans cette position diftieiie. lUdiard courait les marchés et les boutiques de frintièies pour se procurer ce qu'il croyait devoir flatter le plus les goûts de sa prisonnière.

Un jour, aupontSaint'lIiehel, il demande à une fruitière le meiiieor de ses mt^loos, coûte que coûte. On étaitàlaiin d'août.

— Cest donc pour un personnage bien considérable? dit la

marchande , avec un regard assez dédaigneux pour le digne concierge, dont l'habit n'annonçait pas beaucoup d'opulence.

— Mais, oui, dit-il; c'est une personne qui a été consid^ rable si elle ne l'est plus... c'est la reine.

— La reine I s'écrie la marchande en bouleversant tous ses melons, la reine t.. . ah! pauTre femme!... Tenez, faites-lui manger celui-ci| et surtout ne me le payez pas...

Un des gendarmes de service près de la reine avait fumé pmdant la nuit. Le lendemain il apprit, par un mot de la reine, qu'il vit pâle et malade, combien elle avait souilert de cette odeur. Il brise aussitôt sa pipe, en jurant de ne plus fumer jamais. Ce même homme disait à ceux qui pouvaient pénétrer près de la reine : « Surtout* ne lui pariez pas de ses enfimts! »

Comme on peut le voir dans l'ouvrage de Hue {Dernières a$mées du règne de Louis XVI), malgré les dangers et la terreur, les royalistes ne cessèrent jamais d'entretenir des intelligences avec la reine et de correspondre avec elle jusque dans la Conciergerie. Diverses tentatives d'évasion furent projetées: C'est la duchesse d'Ângouléme qui le déclttre éUe-méme dans les mémoires qu'on lui attribue.

ic L'occasion de se sauver, dii^lle, manqua une fois à ma mère, parce qu'on lui avait recommandé de parler à la seconde garde, et que, par erreur, elle parla à la première. Une autre fois, eUe était d^à hors de sa chambre et avait pi»sé le corridor, quand un gendarme s'opposa à son départ, quoiqu'il lût gagné, et l'obligea à rentrer chez elle. » ' n y eut doue divers proiets d'évasion ; mais aucun n'eut un

U CONCIERGERIE. tH

commencement bien réel d'exécution. Pour l'un d'eux, on devait commenoer par égorger les deux gendarmes de service. On la prévint de cette condition; elle refusa. — Proposition d'autant plus absurde, dit un auteur royaliste, qu'il y avait une véritable démence à attendre, pour agir» qu'une femme com* mandât un double assassinat.

Les royalistes n'avaient pas toujours la môme délicatesse à l'rndroit de l'assassinat, en matière d'évasion et de salut des tètes royales. Un certain comte de Barruel-Beauvert, dans un ouvrage publié en 1815, osait écrire que, lors de l'arrestation de la famille royale à Varennes, en juin 1791, on eût dù brûler la cervelle à Drouet, Sauce et Guillaume, et mettre le feu aux quatre coins de Varennes , powr eonlratiuirs les habiUuUi à $ occuper de leurs propres affaires (15).

Dans les Souvenin de la marquÙB de Créquiff on rapporte que la marquise de Xanson, moyennant un million, partagé entre le concierge, le député Chabot, Michonis et Jobert, administrateurs de police, devait entrer à la Conciergerie et prendre la place de la reine, à qui elle ressemblait parfaitement. Cette ressemblance môme écartait toute suspicion des fauteurs de Ventreprise, et la marquise demeurait pour caution à ses risquer et périls. La reine, dit-on, refusa et répondit sur un papier ces mots, tracés avec des piqûres d'aiguille : « Je ne dois ni ne veux accepter le sacrifice de votre vie. Adieu I adieu! M. A. »

Le même ouvrage ajoute que Cbabot, qui avait déjà reçu cent mille francs, craignit d'être compromis et dénonça la marquise de Janson, ainsi que Jobert et Blichonis. Ces derniers, continue intrépidement l'auteur des Souvenm que nous citons, furent condamnés à mort au mois de novembre 1793. Jobert

tm

m FUSONS OB vtmim.

et MiehonUi paTorent en effet, à cette époque, deyanf le tpîbu-

Dal révolutionnaire, mais ils furent acquittés. Quant à Chabot, le fait des cent mille francs qui causa sa perte n'a aucun rap* port avec l'affaire de la reine : c'est dans une intrigue ourdie avec Fabre d'Kglantine et Delaunay d'Angers, à propos de la suppression de la Compagnie des Indes, que l'ex-capucin fut complice d'abord, puis dénonciateur. Les détaib s'en trouvent au procès de Danton.

Un autre projet avait plus de cbanoes de réussite; le voici : La chambre que Richard destinait d'abord à la reine était située sous la grande salle du Palais. £n détachant une des dalles de cette salle et en creusant profondément, on pouvait arriver jusqu'à la reine. L'auteur à qui nous empruntons ce Isdt, et qui, officier municipal, fut traduit lui-même an tri- Imnal révolutionnaire avec Hichonis et lobert, cite, à l'appui de celte assertion, un mémoire adressé à la Convention par l'architecte du département, Giiaud» qui se plaignait d'être destitué.

K J'en appeUe, dit ce mémoire, au témoignage des représentants qui Tinrent ybiter avec moi la Conciergerie avant le jugement de la veuve Capet. Ils se souviendront des observations heureuses que je fis sur 1^ chambre préparée pour cette femme, et que mes observations prévalurent. Si on n'y eftt pas déféré, elle eût échappé dans la nuit de la translation. »

£nfiu eut lieu la tentative du chevalier de Rougeville, qui fit passer un blHet à la reine dans un csillet rouge, fin gendarme saisit le billet et la fleur. Michonis fut arrêté; le gendaruie reçut les félicitations d'Hébert. Le lendemain l'administrateur Froidure, qui s'était compromis déjà daud i ailaire de la maii^ui;^

IiA COUGDBlGBBBl

4e Chaiy et d'Osieliii, vint lire «a conseil de kconumiiie on errété sévère pour la garde de Harie-Antomefte. Richard fut

dcslilué avec sa femme et son ûls; ils comparurent au tribunal et lurent acquittés. Mais l'administration n'avait pas la n^ain heureuse pour choisir des concierges patriotes. A la place de Richard on nomma Dault, conciergii de la Force, dont la femme sNinnonça plus tard comme une des plus ferventes royalistes. Nous ajouterons à ces récits le détail suivant des occupations de la reine dans sa prison. Elle acheva de lire à la Com iergerie les Révolutions d Angleterre, qu'elleavail comraencéesau Temple, et y lut le Foyofe i'Ànaeharm; elle fit quelques points de tapisserie et tricota, dit-on* une jarretière avec des ixiuts de laine grossière.

Le 17 septembre parut la loi des suspects, et de nombreuses arrestations furent fiiites. Le tribunal révolutionnaire fut accusé

de lenteur, et son président, Monlané, prévenu de falsiGcation dans les minutes des jugements de Charlotte Corday et des assassins de Léonard Bourdon, fut décrété d'arrestation. Le 28 septembre on décrétait la loi du maxiraun; le tribunal révolutionnaire se subdivisait en quatre sections. £n un mot» commençait le règne de U terreur.

Le 3 octobre la Convention, qui venait de frapper de mise en jugement quarante-cinq députés du c6lé droit et d'arrestation soixante-tr^e autres signataires de protestations contre les 81 mars et 2 juin, faisait voir qu'elle ne reculerait plus devant aucune mesure pour assurer le triomphe de ses doctrines.

A cette séance Billaud-Yarennes demandait k traduction immédiate du duc d'Orléans au tribunal révolutionnaire; puis, prenant de nouveau la parole, il ajoutait :

M LES PRISONS Di UEDBOfB.

—Une femme, la honte de son sexe et de l'humanité, la veuve Capet, doit eniiii expier tous ses forfaits sur l'échafaud. Déjà on publie parmi le peuple qu'elle a été transférée au Temple, qu'elle a été jugée secrètement et que le tribunal révolutionnaire Ta blanchie, comme si une femme qui a fait couler le sang de plusieurs milliers de Français pouvait être absoute par un jury franç^s. Je demande que le tribunal révolutionnaire prononce demain sur son sort

Cette proposition fut décrétée, et Marie-Antoinette parut de< vant le tribunal révolutionnaire le 23 du premier mois de Tan u de la république (14 octobre 1793). Hermand présidait, Fouquier-TInyille occupait le siège de l'accusateur public. Les prin* cipaux témoins lurent Lecointre, de Versailles, député à la Convention, dont la déposition porta sur l'orgie des gardes du corps, cause première des journées fameuses des 5 et 6 octobre 1789 ; Bailly, l'amiral d'£staing, Valazé, l'un des girondins» et Manuel. Ces quatre derniers, déjà mis en état d'arrestation* voyaient d'avance leur place marquée sur le banc où figurait la reine. Puis vinrent quelques gens obscurs, répétant des ouïdire, et après eux ce misérable pamphlétaire Tisset, auquel sa littérature ignoble avait donné un triste renom. A la suite de ces témoins parurent plusieurs ofQciers municipaux, compromis par leurs relations avec la &mille royale au Temple. Puis lléburt, dit le Père Duchesne, du nom de la feuille grossière qu'il rédigeait; c'est lui qui, par une accusation in£àme, arracha à l'accusée une réponse devenue cél^re. Il lui reprochait, d'après le témoignage de son fils, cet enfant que la peur et la captivité avaient rendu idiot, d'avoir corrompu sa jeunesse par une débauche prématurée. La reine ne répondit rien à cette mons-

U CONCIERGERIE. iSl

trueuse accusation. Un juré en fit l'observation au président, qui interpella l'accusée.

— Si je n'ai répondu, ditelle, Yiyement émue, c'est <iae la nature se refuse à comprendre une pareille inculpation. J'en appelle à toutes les mères qui peuvent se trouver ici.

Celte stupide aoeasaiion d'Hébert fut blâmée par les plus cbauds partisans de la ré?olation. Yillate, juré au tribunal ré- Tolutionnaire, raconte que, dînant chez Venua. le lendemain du jugement de la reine, avec Barrère» Robespierre et Saintlust, on lui demanda quelques détails des débats du procès de l'Autrichienne. Je n'oubliai pas, dit-il, celui de la nature outragée et la réponse de Marie-Antoinette. Robespierre, frappé de cette réponse comme d'un coup d'électricité, casse son a»siette et sa fourchette.

— Cet imbécile d'Hébert! s'écrie-t-il ; ce n'est pas assez qu'elle soit réellement une Messaline, il faut qu'il en fiisse encore une Âgrippine, et qu'il lui fournisse à son dernier moment ce triomphe d'intérêt public!

Cette réponse a été dénaturée par quelques compilateurs décorés du nom d'bistoriens. A les entendre, Robespierre aurait dit: Je lui ai recommandé d'en faire une Mcssnline, et il en fait une Agrippine. Si ces historiens eussent lu le procès de la reine» Os sauraient que rien dans la déposition d'Hébert, qui se borne aux faits relatifs a la prison du Temple, n'a trait aux mœurs antérieures de la reine.

Marie-Antoinette montra pendant le cours des débats une

fermeté qui prenait sa source dans l'orgueil et la colère, plutôt

que dans un courage naturel. Elle-même comprit le tort que sa

contenance dédaigneuse pouvait faire à sa cause. A la fin d'une nu ^ de

M LES HUËONS UiR L'EUROPE.

séance, elle defBaada au sieur Cbanmii la Garde, l'un de aes

dulenscurs» si elle n'avait pas mis trop de di^té dans ses r>

— Vous serez toujours bien quand vous serez vous-aiôine, répliqua l' avocai. Mais poiurquoi ceUis quesûoftt

— C'est tiue j'ai entendu, dit la rtine, une femme du peuple dire à sa voisine : Vviê'tu oomm elk eU ftère ?

En sortant de l'audience, épuisée âè fatic^e, elle fet ebligée de prendre le bras d'un olficier de uondarinerie, nommé Dê^ busne. Elle Tenait d'être coudamoée h mort, fi était quatn» heures du matin. Rentrco dans sa chambre, eHe se jeta toute habillée sur son lit. Un prêtre, nommé Girard» curé de Sainl- Iiandiy, (feus la cité, ibt introdnf près d'effilé ters six h&stt9. Elle lui dit qu'elle n'avait pas besoin de secours spirituels, s'en étant procoré par un autre moyen.

Ici se placent deux traditions relatives à cette réponse et au fait auquel la reine faisait allusion. L'une est que le curé de Saint-Germain, l'abbé Haignen, ayait trouvé Te moyen de s'introduire dans la Conciergerie et de donner à la reine l'absolution et la communion. Le fait a été démenti par un certain abbé tafond d'Aussonne, qui publia brochures sur brochurés h ce sujet. La moralité de ce témoignage est, il est vrai, bien compromise par la comparution de cet abbé au tribunal de po- . lice correctionneTfe en f 927, et par les nombreuses aH^tîons qui vinrent attester la dépravation de ses mœurs.

L'autre tradition, nous allons Ta rapporter.

Vers septbeures,. l'exécutei» des jugements criminels^ San* unOf farui daoiBi k chambre de la condamnée.

LA C0NCIER6E3UE.

— Vous venez de bonne heure, monsieur, lui dit^Ue ; ne pouiries-TOUs pas retarder un peu?

— IVon, nuidaiiie, répondii-U ; j'ai ofdie de venir*

La reine portait depuis la mort du roi une robe à raies noires; elle l'échangea contre une robe blanche; elle avait coupé 868 cbefenx eUe-mème et voulaitaller à la mort tâle nue.

En sortant de la Conciergerie, k once heures, elle aperçut la charrette, et son assurance faillit se démentir. £lle avait espéré aller k l'échafiiiud dans une voiture fermée, comme Louis XYL Cette nouvelle humiliation la frappa au cour. A peine put-elle apercevoir, dans celte fouie aux regards courroucés ou avides, le seul être qui lui fût attaché ; iaut-il le dire? son chien, qui l'avait suivie du Temple à la Conciergerie, et passait la nuit et le jour aux portes de la prison, d'oh il ne s'écartait que pour chercher et là quelque nourriture. Plusieurs mois après la mort de la reine il disparut.

Les mains liées derrière le dos, écrasée sous le poids des sou* venirs et du présent, Marie- Antoine Ue commença le dernier voyage. Devant la charrette marchait à cheval, le sabre nu, un des adjudants de l'armée révoludonnaire, Grammont» ancien acteur de la Comédie-Française. Marie-ADloinette ne semblait prêter aucune attenliou à ce que lui disait le prêtre. Ses yeux, rougis par les veilles et les larmes, erraient vaguement sur la foule. En face du palais Egalité, son regard s'éclaira d'un dernier rayon de haiue. Le peuple était silencieux ; çà et là quelques battements domains retentirent ; mais là se bornèrent les manifestations*

Arrivée au bout de la rue Royale , qui confine à la place de la Révolution, la reine releva k téle; une rougeur de fièvre

empourpra ses joues ; elle chercha quelque chose du côté de l'hôtel de Coislin» situé à l'angle de la place et de la rue, puis, les délournaiit ▼iyement, regarda du eôté opposé et parut vî- Tement éaïue. A cet endroit, sur quelques pierres amoncelées défaut le Garde-Meuble, se tenait un homme simplement vêtu, les yeux rivés, pour ainsi dire, k la charrette. Son regard et celui de la reine se rencontrèrent; alors, écartant un rôle de s i large redingote, il montra furtivement à la reine un objet que sa main gauche cacha aussitôt, et de la main droite, élevée solennellement au-dessus de la foule, il envoya à la reine l'absolution dernière. Cet homme était l'abbé du Puget, le même qui, dit-on, la nuit du 21 au 22 janvier 1793 était venu bénir, au cimetière de la Madeleine, le mélange de terre et de chaux vive qui renfermait le corps de Louis XM : la reine avait été prévenue de sa présence en ce lieu. 11 venait l'absoudre m orikulo mortU, avec indulgence appliquée sur une relique de la vraie Croix. Telle est la seconde tradition.

Midi sonnait à l'horloge des Tuileries quand le cortège arriva en £ioe de Véchafaud. C'était la même horloge qui avait sonné pour la reine tant de douces heures autrefois, lorsqu'elle vivait en ce château, dans sa famille, avec ses amis, trônant dans sa cour. Elle tressaiUit au tintement lugubre que lui apportaient les bouffées du vent et se hâta d'atteindre la plate-forme de Téchafaud. Là une humiliation suprême l'attendait ; le bourreau dénoua le mouchoir de mousseline grossière qui couvrait son eou et ses épaules; elle parut vouloir protester contre cette mesure, mais à ce moment sou pied s'appuya par mégarde sur celui du vieux Sanson...

— ExcuseaHUoi, monsieur, dit-elle, je ne l'ai pas &it exprès.

U CONCIERGERIE. f86

A midi un quart sa tête tomba. Aussitôt un grand mouvement se fit dans la foule; la haie des soldats fut rompue et le peuple se précipita Ters Féchafiiud pour Toir de plus près. On saisit sous l'échafaud môme un jeune homme qui tenait dans ses mains un mouchoir teint de sang. On l'arrêta ; dans sa lutte avec les gendarmes, sa chemise déchirée laissa voir quelques signes bizarres dessinés sur sa poitrine. 11 fut interrogé par un« commission, et prévenu d'avoir cherché par fanatisme à garder un souvenir de la reine; mais tout s'édaircit bientAt : l'accusé se nommait Pierre Mingaut, garçon fripier, ancien gendarme; poussé par la foule vers l'échafaud, il cherchait à effacer au contraire avec son mouchoir quelques gouttes de ce sang impur, disait-il, qui avait jailli jusqu'à lui. Les signes de sa poitrine étaient des figures tatouées, selon l'usage des soldais. Le M\ reconnu, Hingaut fut libéré par un arrêt de la chambre du conseil du tribunal révolutionnaire. Cèt épisode insignifiant a donné lieu à toutes les traditions royalistes qui nous montrent ces zélàt iermteun bravant les dangers pour recueillir quelques gouttes du sang royal.— Mais le zèle fut tiède» ce jour-là du moins ; c'est l'histoire qui parle.

Les vêtements delà reine furent envoyés à la Salpêtrière, en vertu de l'arrêté du comité de salut public, qui attribuait aux pauvres des hôpitaux et prisons les dépouilles des condamnés. Ils lurent, dit-on, religieusement conservés par la personne qui en devint dépositaire. Nous n'hésitons pas à le croire; le fait est vraisemblable; la négative nous surprendrait même de la part d'un républicain ardent. Quant aux restes mortels de la reine ils furent, comme ceux des suppliciés de la place de la Révolution, portés au cimetièm de k Madeleine. Célait le

LES FBISONS D6 L*CUBOPE.

cent quatric mo cadavre que la guillotine j euvo)'ait depuis le 26 août 1792.

La mort de la reine fit peu de sensation dans Paris, Hari&- Autoiiielle-Joseplie-Jcaune de Lorraine, archiduchesse d'Au^ triche» reine de France, avait trente-s^tans» onze mois etipuk tonse jours.

La chauihre qu'elle avait occupée à la Conciergerie n'est pas parvenue jusqu'à nous dans l'état od elle l'avait laissée. La révolution n'y avait rien changé, non plus que l'empire ; mais la restauration a passé par là, et sous prétexte de faire un monument expiatoire, l'a d^pradée absolument de toute valeur historique. Il n'en reste que la porte basse avec les énormes verroux. Mais Louis XVUl a changé le soupirail grillé en une fenêtre à vitraux de couleur; planchers et carreaux mnrml os» iainir le sol; les murailles furent badigeonnées; derges, lampes sépulcrales, autel, tableaux s'y entassèrent de par le roi, qui» trouvant uneoccasion de loltmMràraise, fitgraver une inscrip» tion de sa façon sur un marbre appliqué au mur. Singulière interprétation du culte des souveniis I Comme die parlait élo» quemment, cette chambre oblongue, au jour bts et décomposé, glissant par la lucarne sur la chaise de paille grossière où avait passé tant d'heures sombres cette reine morte sur l'écha&udl Jamais l'or des flambeaux, l'expression des peintures , la science du style lapidaire et les emblèmes religieux accolés aux em<blêmes de la mort» ne sauraient dire ce qu'un seul mot du gai^ dien révèle aux visiteurs : a Ici pleura et se repentit Marie-Antoinette, i» Aujourd'hui cette chambre est à moitié démeublée, è moitié ornée. Hais pourquoi cette demi-réparation faite à la vérité historique? Lst-il donç un terme moyen dans l'absurde?

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J.A CoNClCliGLaiE.

Le jour môme de rexéculioa de la reine arrivaient à Paris trois prisonniers de Bordeaux. L'im éUil le député k la Cou- Tentioii, DuchateU qui» malade pendant le procès de Losis XVI, s'était arraché de son lit, la nuit, pour venir voter contre !a mort. Le second était un espagnol arrèlé en France comme so^ect Le troisième, eoiipabled'iineiitbousiafline isi|;éfé pour les brillmis orateurs de la Gironde, payait do sa liberté cette ad* miration ; il se nommait RiouiSB. Les trois prisonnier^» présentes aueccflsîveoieQt à k Forée, an Liuemboiirg* à l'AbbajOt et ^ poussés partout, fomt aceyflOli» à laConcieigane, qui aa le^ fusait personne, tant son voisinage fraternel avec le tribunal révolutionnaire lui assurait de places vides eba^oa jour. Biouffe, qui, parexeeption, ha)»ta orne mois oetle frimit nous a laissé sur la Conciergerie des mémoires curieux , bien que romanesques. Délivré par le 9 therittklQr, il mourut baron et piéfetdel'eBipiie, guési, aomflMOAlevoit^dalafièfierépiiblicanie.

Dans les derniers jours de ce même mois d'octobre, les députés girondiasi décrété» d'aecusatioa étaient aaMnéa k la Conderg( rie pour le jugiinaentei na se tiottvaientiiéaaisqiia devant le tribunal révolutionnaire. Ils furent conJ unaés à mort, au nombre de vingt et un« Valaaé, l'un dfeut» se poignarda. Ver-^ llûaiod; avait du poison dont il dédaigna da iiira uaaf», voulant mourir avec ses amis et de la même morU * Les mois de novembre et décembre vireni so succéder dan ; kftcailalas tt lasebambreada la CoaaisrgiMBia une lionla de dé-* I tenus qui , venus des différentes provinces do la France ou. des. autres prisons de Paris» babiicreat ces tristes lieux seulement qpelqutijoma : a( oommadas voyagaucs j^aasés do poitir, iU

LKS PRISONS DE LWROPB.

8*en aHaient au Iribnnal révolutionnaire, puis au gnifiiet, puis

à la place de la Révolution, dernière étape de leur voyage en ce monde.

Ainsi parurent successivement k la Conciergerie : Custines*

exécuté le 27 août, les généraux Brunot ot llouchard, le brillant duc de Lauzun, devenu le général Biron; Custines le ûls, I^marlière, Quetîneau» et le vieui maréchal Luckner, tant de fois compromis l'année précédente par la Fayette ; les anciens constituants Baniaye et Duport I>utertre, l'évéque Lamourette; des parlementaires, tels que Gilbert des Voisins; des adversaires politiques réunis sur le même banc au tribunal, sur la même diarrette, pour aller à l'échafaud, tels que d'Esprémenil et Chapellier, qui se demandaient pendant le funeste trajet à qui des deux s'adressaient les huées de la multitude; des amis modérés ou fougueux de cette révolution, qui, dans sa couise terrible, brisait amis et ennemis sous les roues de son char, semblable à l'idole de Jagemau. C'étaient Manuel, procureur syndic de la Conunune, à qui l'on reprochait les massacres de septembre, devenus, chose étrange 1 à une époque où tant de choses étaient étranges, l'une des causes de sa condamnation ; Bailly, le président de l'assemblée du jeu de paume, le premier maire de Paris; des membres de la Convention, alors souveraine absolue, tels que Kersaint, le gentilhomme breton, et Rabaud Saint-Élienne; le ministre protestant Adam Lux, envoyé extraordinaire de Mayence, qui s'était épris d'une folle passion pour Charlotte Corday, en la voyant couverte du sang dé Marat, et qui en mourant semblait trouver une jouissance indicible à poser sa tète sur la planche qui avait soutenu celle de Charlotte, à •entir le fer qui avait tnmdié le heaiicwdeeeUeadimMefunê,

LA OONCIERG&RIE.

Céiaient d«s joomalisles, tebqae Girey IHipré, des imprn meurs , et jusqu'à des colporteurs de journaux , tels que 6irouard et la femme Faucher ; des femmes, enûn, célèbres à diYen titres, par l'audace de l'esprit, par le scandale; des femmes qui personnifiaient le passé, le présent, ravenir de la France; madame Roland, que Maral avait appelée la Circé du parti girondin; Olympe deGouges, tmibk virago, comme disait Ghanmette, femme auteur qui voulait forcer les comédiens par autorité de justice à jouer ses pièces , s'offrait imperturbablement à défendre Louis XVI, et disait de la gloire : qu'elle ob» tiendraU tei faveun, dûl^ pour cela la violer; enfin, après elle» . Jeanne Vaubemier, comtesse du Barri, la seule peut*étre qui mourut sans noblesse, et que l'acte d'accusalioa qualifiait de ci devant monUrme du mran Lmt XV» •

Les Girondins ayaient entraîné bien des amis et des partisans sur leur échafaud. La reine et sa famille donnèrent aussi à la redoutable Commune bien des préteites d'arrestations. Ce furent d'abord les municipaux qui, de service au Temple ou à la Conciergerie, avaient été compromis dans les diverses tentatives d'évasion que nous avons rapportées. Ils furent tous acquittés. Parmi eux se trouvait Lepitre, maître de pension el membre de la Commune, qui, s'il faut l'en croire, n'avait ac-^ ceplé ces fonctions que pour rendre quelques services à la famille royale. On trouve son nom dans l'histoire du Temple, à propos d'un projet d'évasion qui devait sauver les princesses el le daupbiii. Lepitre a raconté ces dififérents détails de sa vie politique. Plusieurs pages de ses mémoires donneront une idée du régime des prisonniers à la Conciergerie :

« £n entrant à la Conciergerie (il venait de Sainte-Pélagie),

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LES mSONS WL L'EUaOPB»

» j'oooii|Mi la place da l 'iafortimé Gilbert de» Voisiai : il dispo* » nit sa petite table pour tairs im modeBle repas, quand ou la

» demanda au tribunal; une heure après il n'était plus.

» On ne saurait avoir une idée du ealme (jui répait parmi » les prisonniers... On causait, on ftitsait le soir une partie de

» loto, pour passer le temps... Je couchais a côlé d'un M. de M Perceval; le motif de son arrestation était d'avoir donné sa N croix k un soldat, qui, pour montrer son aèle à servir la n mille royale , avait escaladé le château le jour du repas des » gardes du corps (en octobre 1789).

» Tous voyez, me dît-il, combien iei tout le monde est tran*

> quille; et cependant il n'est point encore sorti de cette chaj» pelle (c'est là qu'ils étaient logés) un seul prisonnier qui n'ait I» été oondilit à la mort.

» Cette fatalité a cessé à mon arrivée; car de tous ceux avec » qui je me trouvai, MM. Barnave et Duport Dutertre furent les » seuls qui périrent. Parmi les vingt-huit personnes logées dans » celte chapelle , on coiiiplait dix-sept Tonnerrois, accusés de » je ne sais quel délit, et pour qui plaida M. Cbauveau La- » garde, le courageux défenseur de la reine : ils furent tous M acquittés, m

Lepitre ne resta que cinq jours à la Conciergerie. Son procès dura deux jours et occupa quatre séances. H nous apprend que la permission était accordée aux prisonniers de voir leur famille la veille du jugement. Ce jugement était souvent expéditîf, et, immédiatement après la condamnation, les accusés passaient au guichet pour la toilette. Les charrettes atlendaieiil a la porte, et partaient environ vers quatre heures de la Concierge-

rie. Ainsi, pour cenains condamnés, il n'y mil pas plus d'une heure entre l'arrêt «t l'exécution.

D*mti€s individtti conduit» à k Condargtrie pour lentalim d'évasion faites en làteiir de la reine furent condamnés e( ' exécutés en Janvier 1794 (27 nivôse an u), le même jour que Duooonwfttt, le ptisaoniar cbamopiiier dont noua parleroni toutàrheoie.

Le mot chansons nous rappelle un des plus étranges et des l^us malkeuieia lMd>itaiits de U CoBcierg^rie.

Le 31 déeenbieonaiaeiii dans eetle prisoD, feiunt de la prison du Théâtre-Français, ci-devant Marat, oîi il avait passé kois mois» un paavre diable qfù avait Sait plusieurs méliersi flioe éCre devami pte liebe; oa le nonmiait Louis-Anss Pitou. Destiné à l'état ecclésiastique, élevé par une vieille tante qui n'avait pas été une mère, tant s en faut» pour le pauvre orphelin» il se iéseliil«n beau jiMir à ^ttereoD paye pour venir à liaris, la ville des prodifes.

11 avait dix-neuf ans et huit louis dans sa bourse ; il entra dan» Paris le 20 odelffe 1780, par la barrière des Cfaanps-Ûjiées» eh le puaier piodige qui frappa ses legarde hit la téle du boulanger François , égorgé par une multitude furieuse qi^ l'aoensait d'aficapatemcnt

?oilà, se dift4l» imtilain début Peniquoi n'ai^ pas choisi un autre jour pour voir Paris, ou une autre barrière pour y entier? Maie il n'importe : Paris, pour ÔIre parfois trou- Ué, n'en cal pas aïoina la aeale ville eh un farçêa d'eipril poisse kire fortune et jouir de la vie. Je suis ricbe, aonisonip nous.

il dieaii vn a Pteis on lail Mm; CB j «ne le vati^

Stt

LES FRISONS DE U£UaûP£.

on s'y amuse le soir. PUou comprenait admirablement la capitale, n se hâta de dtner. puis alla prendre un billet aux bureaux du Théâtre-Français, pour applaudir Molé et mademoiseUe ù>ntat dans 20 G lorieiw et dans I0 £egrf .

Là des voleurs qu'il n'aperçut pas se firent léguer par Pitou trois louis pour son début ; les trois louis, disparurent de sa poche, qu'ib coupèrent snbtilement. Pilou commença une lon^e série de réflexions tristes. Quelques jours après, sa mine de provincial effaré lui portait encore malheur, et, victime d'une friponnerie nouvelle, il contemplait le reste de ses finances réduites à dix-huit livres , sur lesquelles il en devait trente-six à l'hôtel oii il était descendu. L'hôte devina la vérité aux regards dolents de Pitou, et voulut être payé sur-le-champ. Fitou vendit ses bardes, paya ses dettes, et se trouva riche de quatre francs; mais il avait espoir en sa tantel

Or, ce soir même il reçut de sa tante une malédiction en bonne forme. Cette malédiction, venue par la poste, coûtait quinze sous; ce fut le pins amer résultat des foreurs de la brave dame. Pitou s'habitua dès lors à la sobriété qui fait de certiiins Parisiens des Fabricius. Pendant plusieurs années, il vécut à la iiiçon des Spartiates, dînant peu et rarement, écrivant bean* coup dans les incroyables journaux de Tépoque, et lorsque l'article ne donnait plus, il faisait des chansons qn'il allait chanter lui-même sur le Pont-Neuf, avec un succès qui de temps à autre lui procurait des souliers neufs et un repas complet au cabaret de k me Dauphine. Mais, il fiiut le dire. Piton était désillusionné sur Paris, et àvail conçu au sujet de la capitale des idées analogues à celles de Boileau Despréaux. Ce sentiment d'aigreùr'anttpatriotique se trahissait quelquefois dans

U CONCIERGERIE

les paroles de Pitou, lorsqu'une bouteille de m doré» le sourire de quelques amis, et la douce chaleur d'un habit moins

rapé, allumaient sa verve de chansonnier critique et satirique.

Un jour donc» maître Pitou ayant dans un de ces dîners rabelaisiens, accompagné d'épilbètes profanes (c'est l'expression dont il les qualifie) les noms de plusieurs meneurs puissants, il fut dénoncé avec deux amis qui l'avaient soutenu de leur faconde, et le octobre 1793, on les mit tous trois à la prison du Théâtre-Français, puis le 31 décembre à la Conciergerie.

— Au moins, s'était dit Pitou, je mangerai tous les jours. Mais la prison lui oilrit aussi des désenchantements. Ce n'était plus cette Conderg^e d<mt parlaient les bons Parisiens, prison à l'ean de rose, cénacle, club, société d'aristocrates, d'artistes, de gens d'esprit, qui, millionnaires anacréontiques , fraternisant en prison» frisaient de ces festins orgiaques comme en rêvent les chansonniers du Pont-Neuf. A la Conciergerie, lorsqu'on voulait une chambre» il fallait la payer. Pitou ne pouvait pas payer. On le conduisit avec ses deux amis dans une vaste SriUe où trois cents détenus étaient couchés, quatre par quatre, sur des paillasses encadrées de planches en forme de bières.

Le 1*' janvier 1794, il faisait un froid cuisant: on les ût descendre daps la cour cintrée d'une haie de fer. La fenêtre du grefie du tribunal donnait dessus. Il passait là des ombres sinistres. On entendait se moucher des femmes, signe précurseur des larmes <Bt des sanglots. Le tribunal venait d'entrer en séance.

Voilà un triste coup d'œii, dit Pitou à ses amis. On s'a« mnse peu dans cette prison. .

Sil LES PRISONS DE L'EUROPE.

Vers onze heures ils virent passer deux détenus qui venaient d'être condamnés à mort; un nommé FuTmltes; eoi-iioblet ex-pré:re, ex-lieulenant d'infanterie, et aide de eanp de Dumouriez, et Agathe Jolivel, femme divorcée d • Zacharie R «rrau, maltresse de Faverolles. Ce dernier passa la main rapidement antoor de son cou» qu'il serra d'une leçon sqfiifiealife.

— C'est fait, dit-il; nous y allons.

Derrière, lui. Tenait sa maîtresse, pàle, échevelé^, l'oeil hagard, ks joncs ardentes de ôèrre.

— Nous allons mourir, disait-elle aux autres prisonniers; nous sommes condamnés ; — ces juges sont des scélérats... Yoos monrres tous comme nous... Yoos y paoccwi tons.

Cette lugubre fontasmagorie défila devant Pittm, qui fleolît son cœur défaillir...

— Ahl bon Dieu! dit41, quoToilè des choaes affreuses I... Quoil je passerais comme cela, demain aptto demain, dm ce guichet, et les autres me verraient taire celte mine-là!... Hou! je no veux plus regarder cda... Aentiona, mes amis« lentrona sous les galeries.

Les amis, aussi peu rassurés que Pitou, l'accompagnèrent sous les arcades qui entouraient le préau. Il régnait là une sorte d'obscurité consolante... On paraissail moins m vue dans ce coin qu'autre part. Mais tout à coup PStoo frissonna; il saîsîl un de ses compagnons par le bras, et d'un doigt rokii par la terreur :

— Regardes donc lè... dSl^il, sur ceflSw.r»

C'était en eiïet le moins rassurant de tous les spectacles. De& prisooAiei» désmmé» ifiienl pdsl sur ce irar avec nne liqueur brune plnsiears scènes du iram p^péiosl qoo 4Mai

ucoNonau; m

enmiiile lOjiaM m défouler chaque jour. Là un lioMie tréiNi'*

chait, étendait les bras, et répandait des flots de sang par de larges blessures; c'était Montmorio. Plus loinwie (mm na%

c'était la bouquetière du Palais-Royal. Au-de>sous de ees liorribles peiutuirçs, d un dessin grasfi^omt. Vf «^«i^iiou iu^'^ Irembtaat eesmattéenta pirona imiiM^ Ui.iti ti) ' ^,,t Ces figures softi dessinée «W;lê sang des victime9igOI>>

gées ici le 2 septembre. » ' ,j;iv> ¥t^^

Pilou s'enfuyait devant Gattei4Yéli|(i<tti{wriiii4^to» qu(iA4 de grands cris «ppelkent son altentiou; H fit un prmmner

qu'on rauit u til du rinlorrogaloire, se débattre sous !'« in iiUe ïigoiireuse d'uu autre détenu, qui lui ie(UN>chait sa oQodvÀt^ M les mesures cruelles' proposées par lui Coatr» ies prisoimim politiques. L'bomme étranglé était le fameux Marat-Mauger, qui périt quelques jours après à l'iniirinarie, dans un accès effrayant de folie furieuse.

Pitou perdit la tète au milieu de toutes ces borreurs , et tomba malade. On le transporta à l'infirmerie, au milieu des liévreui. En trois jours ees fiévreuiélaientdeTenus des lépreux» La nouirelle de l'épidémie fit du bruit, et Fouquio^TinTille or> donna qu'uu bospice (dl consacré à ces malades dans les bâtiments de l'évéché; mais le mal faisait de tels progrès que, 1^ travaux n'étant pas acbevés. on dirigea les malades sur fiicétrei h 8 janvier, à sept heures du soir.

Dix-sept fiacres les transpoilèruat, et Pitou faisait partie des émigrants.

tt Quand nous montâmes en voiture, dit- il, un peuple nombreux remplissait la grande cour du Palais, llaigré le iroid»

l'odeur 'que nous exhalions était si infecte, qu'en ne pouvait nous approdier à plus de trente pas. £n route, la neige Toltigeait sur nos lèvres noires. »

Pitou n'était pas au bout de ses malheurs. À Bicètre, les voleurs au milieu desquels on le mit, faute de place, lui volèrent jusqu'à sa chemise. « Celui qui me la prit, dit-il, m'assura qu'il en avait grand besoin pour aller à la chaîne, à quoi il était eondamné pour dix ans, et me dit de me taire, si je ne voulais pas être étranglé dans la nuit. Je me tus, ajoute l'homiéte Pitou , mais je pleurai à mon aise. »

Cependant l'administration s'empressa de lui fournir une

autre chemise Pitou, bien heureux, manie et admire cette

diemise précieuse. 0 surprisel elle est élimée et liouée au eM gauche de l'estomac.

—-On a bien peu d'ordre à fiicèlre, pense-t-il, et les pensionnaires détériorent le linge de la nation... Qu'est-ce

ceci? demande-t-il à l iiiUrmier Pourquoi ces trous, ces

aocrocs?

— Bah I répond cet homme; celles de la semaine sont toutes

comme cela. Elles ont appartenu aux anciens prisonniers d'ici» vous saves, ceux qui ont été tués par la justice du peuple en septembre; et les trous que vous voyez ont été £iits par les sabres et les piques... Mais voyons donc la vôtre... £h oui! voilà, ma foi, un coup de hache... oui, c'est bien un coup de hache à l'endroit du cœur...

Pitou poussa un profond gémissement, se retourna sur son grabat, et se remit à pleurer.

Ce fut seulement le 23 mars qu'il fut ramené à la Conciergerie pour élre jugé à son tour. Décrire ses transe^, ses dou-

' UCOMCHMIiB*

leots MffiitdioiemipONible. n letioimrartesbaiMida Irh

bunal ses trois amis, aussi peu rassurés que lui. L'affaire prit des proportion» giganteaqaeg dans le léquisitoiie de raeonsft» leur pablie. n ne s'aipasait de rien moiiis que d'une eonqpinh tion subversive de toute société.

— Nous sommes perdus, pensa Piioa» qui se rappela FaveloUes et sa matliesBe Immant le ^wfib el erîant : Mow allons mourir I

L'arrêt fut rendu immédiatement : Pitou entendit prononcer k mort contre ses trois amb ; quand œ tint à son nom, 0 n'entendait plus...

■ —Allons à la morti murmurait-il... Voyons : si je faisais aussi ma chanson funéraire?...

Ilaîs il lût bien ébald quand U porte se tefenna sur hn : ses

amis lui tendaient les bras et demeuraient dans le greffe ; lui, en plein air, en pleine cour, en plein quai, luunait le soleil de la vie, delaliberlé...

H avait été acquitté. C'était le premier bonheur qui lui arrivait. Mais pour la première Ibis le hasard faisait biçn les choses. On oroirait peul^tre que ces enseignements terribles rendirent Pitou plus sage? Non, Pitou lincorrigible était devenu un fanatique d'opposition quand même. Après le 9 thermidor il chansonna le gouveinement, etse fit condamner à la déportation par jugement du tribunal eriminel du déparlement de la Seine, du 9 brumaire an vi :

w Pour avoir tenu des discours tendant an rétablissement de la royauté.»

Oh! républicain Pitoul vous aviez donc la rage des discours.

ne LES HUM» M i*imicn.

n faltocwhef eDfty&' à'Blcèiffe. et ëe là «nhirqué pour Q^emie» oii ij^ detiieurA trois aos. BoDa{>àrle > alors premier coawiU ii|D»€B ■> toem dm kttwde ^ràcc^ lo Si iiriieUdor an n (S; seples^bre 1803). Pitou reyiiUeD France, écrivit sous la restauration, et obtint une ptmÎM da ee deraier gouv^m-

mont à la BiUothèque royale. Peut-étca vit-il encore, mais à coup sûr il ne conspire plus (16).

ls> f fHiiiim <»ir, > y>atii )mm da auttUi, laa char* rette, venue de loin, entrait dans k cour de U Conciergerie. Un homme jeune encore en descendit» soutenu par la condu6* fasr^at; «itmaii^vflb» MaaaiaaaffolrîilAii» a^gfurdauiîeuz

derrière lui.

«•-^nak laallnm» diUl» ^'il mkMjm^laÊ abir et qoe je Qfl puisse p« miaax rar Pamt

Ëh 1 citoyen» dili W conducteur, taa'ea pas venu ici pour !roir Paris. Dépècbons^iousl

Le prifionniar sa liAta d*ob6ir aveeiegret, traversa le premier foiehet, cooama un bomnifi étourdi, passa devant le redoutable fwlauil dtt eaoeîacgi* atfiU iatioduii daaa te greflfe, situé à main gauche du guicheL C'était une pièce divisée en deux compantimante. Dana I'ua aiégNaieni le&amplo|és abac|és d'enregjaHarkattaasadasamaaota. Sua l'aulfa» meublée de quelques bancs de bois, on déposait à la fois ceux qui venaient dé ire arrêtés et ceux qui desceudaieai dA tvibuBa^ révolutionnaire • apièa afairélà eamknméa^ GeUi» pitoa, sombra natuidlameot, le paraissait bien plus encore quand on songeait aux scènes

4mééJiiè h Ibéâtia jooB ainaiLCétaii là, an éS/A, que les condamnés attendaient le bourreau; là que a'aocomgliaMit

lA OONCSMISinDBt M

Ift fatale toilette t e'était Tantidiambie de la mort, qu^on appe*

luit salle des morts.

Dans un coin gisaient quelques bières remplies de paille» tombeau profisoire des vivants; une armoire qui« lorsqû'eHe s'ouvrait, montrait aux malheureux entraînés par une fhneste curiosité, les dépouilles sanglantes des condamnés de la veille, dont les leurs devaient grossir l'amas le lendemain. Cétail là en eflét que le boutreau plaçait les cheveut des femmes été* cutées; reliques chéries que les familles n'obtenaient pas toujours la faveur de racheter à prix d'argent. Mais les habits des condamnés allaient, comme nous l'avons dit, aux hospices, et les pauvres de ces hospices vendaient les bardes, lorsqu'ils ne pouvaient s'en servir. Ainsi furent vendues celles de Danton et de Lacroix* dont la corpulence énorme empêchait l'emploi fhcile.

Gràceàrobscuritéde cette salle lugubre, des méprises cruelles ij étaient commises. Un bossu acquitté par le tribunal fut un jour Jeté dans la charrette par les valets du bourreau. H ré» dama, pria et cria en vain. IL s'était aventuré par curiosité dans la salle des morts.

Ce fht là que notre prisonnier si eorîeux de voir ïaris entra,

ou, pour mieux dire, fut poussé, tandis que son conducteur, nommé Bourgeois, donnait aux employés les renseignements nécessaires pour écrire son écrou. À peine était-il dans la saHe, qu'un jeune homme vint au devant de lui. L'obscurité avait empêché le provincial d'apercevoir ce jeune homme.

.Ahl monsieur, dit ce dernier, vous venez de loin, si j en juge par la poossiète qui couvre vos babils et la fatigue de vosi traits?

MQ

LES PHJSONS DE L*EUBOPE.

^J'anive de Caicassoniiet monsieur..* Hélas 1 j'arais tou- Joor ea bieo eom de voir Faris, mais jen'ai rien m.. Mais,

monsieur, pardonnez... je vous connais... N'êtes-vous pas le eitoyeo Girej^Dupié?... EstH» que vous allez sortir de prison?

—Oui, répliqua le jeune homme avec un sourire; oui, je sors.., et vous, n'ètes-vouspas le frère Venance, monsieur?

— Capacîn indigne, changé en poète... Ëh! bonjour, mon' sieur... Mais vous voilà singolièranent vèla pour woxût de prison.

Giiejr-Dopié avait les cheveux ooopés, ainsi que le coi de son

habit, pas de cravate ni de col de chemise.

«-Oui, J'ai (ait ma toilette moi-même...

Le provincial allai! répondre, quand plusieurs hommes trèrent dans la salle... Girey-Dupré allant à eux :

^Yous venex ixùp tard, dit-il gaiement, j'ai fait votre ouvrage. Voyez, esW» bieoT

Le bourreau, car c'était lui qui venait d'entrer, s'inclina sans répondre; mais l'un de ses valets, poudré avec élégance* s'approcha de Venance et lui dit :

— Mais vous, citoyen, il faut faire aussi votre toilette.

—Ha toilette! s'écrie le capucin; comment l'entendes-vons t Vous vous trompez, dit Girey ; monsieur arrive de CarijjUMonne.

Pourquoi est41 ici, alors? dit le valet, qui sortit avec son

maître pour prendre des informations.

Alors Venance demanda à Girey-Dupréce que signifiait cette

Imlette...

Rien de plus simple : c est le père Sanson qui veut vous

couper les cheveux avant de vous couper la téte.

U OONOERGERIB.

Venance réclama à temps et fut sauvé pour cette fois. Mais il fat forcé de liûie tout de bon cette toilette dans la même salle des morts, où on le ramena le S4 nifôse ann (13 janvier 1794), deux mois après l'exécution de Girey-Dupré, qui lui avait prédit oe maimis saccès de son voyage à Paris. Venance ne vit de la capitale qa» le chemin qfd conduit de la Gondeigerie à la place de la Révolution.

Outre les prisonniers de passage (jui n'étaient écronés k la Conciergerie que pendant le temps de leur jugement, d'autres détenus demeuraient pendant plusieurs mois dans celle prison. Riouffe habita la Conciergerie un an : un certain abbé Ëmery fil un séjour plus long encore. Ce fut hii qui, par la ferfeur et l'onction de ses iNivoles, toujours douces et consolantes, rendait le calme et le courage aux condamnés. Au moment oh le culte de la déesse Raison, érigé sur les débris de la religion catholique, sufQsait comme manifestation pieuse à la majeure partife des âmes de la révolution; à l'époque oh les citoyennesMaillardyMomoroet CandeiUe jouaientà Hotre-ûame et dans les principales églises de Paris le rôle delà déesse Raison, seule divinité encensée depuis la déchéance de la vierge Marie, ce n'était pas un mince courage de la part de l'abbé Ëmery que sa persistance k célébrer le culte du Dieu rétréré par le monde chrétien depuis dix-huit cents ans.

Eh bien, le croira-tron? ce fut celte ferveur même qui sauva l'abbé Émery. Ce prêtre, dont les exhortations touchantes aidaient les condamnés à mourir, était utile sans le saifoir au gouvernement redoutable de la terreur. Aussi a-t-on prétendu que Robespierre répondait à ceux qui lui rappelaient les pratiques antûréfolutionnairesde Vabbé :

LES PBUONS OS LWBDPB.

-->LaÎMes-le Umi il ne dut pas qa'oa le juge aii6t, c'est «n

bomme utile; il fait qu'on va à la mort sans se plaindre* | Un autre historien prête le même sentiment à Fouquier-Iin* Tille«- mais sous une forme toute différente; selon lui, raccosateur public disait : Ne m' enlevez pa$ mm cdotin* L'aLbéËmerj fut sauvé par le 9 thermidor.

Parmi ceux qui demeuràrcnt longtemps àlaCSonoiergerie, on cite Ducourncau de Bordeaux, doat la chanson» composée le jour même de sa mort« fut longtemps chantée par ceux qui lui succédèrent dans sa chambre et sur Féchafaud. LeeouUeui, riche banquier de cette époque, qui se défiail de spn éloquence ou de sa cause pour afironler le tribunal révolutionnaire, avfit diton, obtenu à prix d'ai^ent qu'un commis du greffe remit toujours en dessous son dossier lorsqu'il arrivait en dessus. Cette manœuvre était un sursis véritable» et le sursis fut une raison de salut ; car le 9 thermidor arriva et Leeoulteux sortit de prison. Le moyen avait paru boa, plusieurs détenus l'employèrent, notamment des acteurs du IhéAtre^rançais, qui fureût sauvés également.

Riouild raconte dans son mémoire les jeux des prisonniers • dans leurs chambres, et la vie intérieure de cette prison lu* gubre, dont le moral, si l'on veut nous passer cette ex pression, s'amélioraitchaque jour en présence de la.morL Ce n'était pas en s'étourdissent sur leur danger» en détournant leurs regards du sort qui les menaçait, mais en se le rappelant sans cesse, que les prisonniers étaient parvenus è élever leurs Ames à la haoteur de leur malheur. Tous les jeux , toutes les railleries, toutes les conversations se rapportaient à la guillotine; à force d'en rire^ on s'était familiarisé avec eUe. Les femmes, aoniiésolHesqye

Oigitized

LA OOIfCBBGCRIE,

les bommeg, les jeunes filles, calmes et curieuses de détails, s'exerçaient à monter gracieusement sur une table qui figurait la plate-forme de lécliaiiftad. On faisait cercle autour d'elles. ■Un pli indiscret de la robe qui trahissait le bas de la jambe, un mouvement trop prompt de la tète, qui découvrait la poitrine ou les épaules, donnait lieu à des. critiques et à des leçons de bonne tenne. Qn s'oocopalt aussi du maintien qu'on prendrait dans la charrette et du port de la tête, et du regard, qui ne devait être ni trop vague, pour ne paraître pas é§sré, ni trop ferme, pour ne pas sembler provocateur. MademotséUe deHaupeou, petite-fille du comte de firesmes,' demandait dans la prison à sa mère comment il fallait se tenir sur l'échafaud pour soufiirir le moins haglemps possible. Un enfant de dix-sept ans. le jeune Haillé ou Hellet, . condamné pour avoir jeté au nez des guichetiers un hareng pourri qu'on lui servait à dlner^^ c'était l'époque de b famine et les prisonniers se plaignaient parfois trop amirement,— cet enfant, disions-nous, demandait sur l'échafaud à maître Sanson : Monsieur, cela me ferart-il bien mal?

Mais 1a plus commune occupation, des prisooniets était la . poésie. Les petits madrigaux à la Dorât, les Chartrmuet h la Gresset, les bouts rimés , les stances à la Bemis , inondaient cellule» et réfectoires. Les dames étaient toutes des Cbloris, des Églé^ chantées par leurs compagnons d*infortune sur tous les rhythmes et sur tous les airs. £nfait de chansons funéraires,^ on avaitadopté généralement l'air : Quenêmu-je la fougèn, L'afr : Oà vmà fou» cet peuples épan?. àmi aussi la vogue.

La chanson la plus populaire dans la Conciergerie d'abord, puiadans Paris, qui l'adopta après le 9 theimidor, fut celle de

M Ud PRISONS DE LmOPB.

MôtitjoiirdaiD, composée sur l'air : (T'est aujmrtkui mon jour de barbe, MoQtjourdain, sous-chef è la régie nationale (administration des domaines ), et commandant de la section Poissonnière, était suspect depais longtemps à cause de son royalisme ardent. Au 20 juin, lors de l'inyasion du peuple aux Tuileries, pour le décret contre les prêtres et la formation du camp de vingt mille hommes sous Paris, Mon tjourdain, qui était de garde au château, malmena de paroles Pétion et Sergent : il saisit même ce dernier au collet» après l'a?oir accablé d'injores. Cette insulte, faite à un administrateur de la commune, était une provocation bien maladroite en un pareil moment; elle compromit la cause royale, et souleva dans Paris une indignation si violente, que beaucoup de gardes nationaux crurent devoir faire près de l'ofiicier municipal offensé une démarche offîcielle pour désavouer l'offense an nom de la garde nationale pari* sienne. Giose étrange 1... l'orateur, chargé de porter k parole, était Hontjourdain lui-même. Plus tard» on le retrouve au

10 août, dans les Tuileries, combattant avec les Suisses et' les émigrés revenus au château pour cette affaire. Lors de la loi des suspects, Mon^ourdain fut donc anêté. Le tribunal révolutionnaire lui reprochait surtout sa conduite envers Sergent ; mais madame Montjourdain, étant allée trouver ce dernier, obtint de loi qu'il déposerait fàvorablement à l'accusé. En effet,

11 déclara ne pas reconnaître, dans Montjourdain , rofûcicr qui l'avait pris au collet et frappé au château le 2i juin, mais bien celui qui, le soir même, avait porté la parole pour la réparation. Cependant le tribunal, ayant d'autres griefs contre l'accusé, le condamna le 16 pluviêse an u (4 lévrier 1794 ).

Sa femme courut ches Fooqpiier-Tinville, pour le {«ier de

LA OONCBBjGBIlE* ' M

Be pas appeler la cause de aon mari. Fouquier la reçut am égnrd, mais lui répondit qu'il n'était pas le maitre, et qu m pou* voir iiumrabk le pcmtaU lui-fiilnieefi aranl.

Montjoiirdain, après avoir reçu son acte d'accnsation, composa cinq couplets auxquels il en ajouta trois autres après sa condamnation. Cette romance est peut-être la seule de toutes ces poésies Èfrèi-fugitim qui puisse se lire encore aujourd'hui* Elle comndence ainsi : L'heure approche oit je vais motairt Les cercles bourgeois et aristocratiques de Paris l'adoptèrent. Après le ^ âiermidor, elle iaisail, avec le Béœil du pai^le^ les délices de cette jeunesse dorée qui, pour faire èublier sa lâdieté sous la terreur, crut devoir entasser excès sur excès pendant la sonl^te réaction thermidorienne.

Dès lors l'histoire de la Conciergerie devient celle de la révolution elle-même. Après la chute des girondins, 1.^ parti montagnard commença à se fractionner. Les hébertistes et les dao* tonisles, pour les appeler du nom de ceux qui paraissaienl être les chefe de chaque parti, voulant exploiter chacun d'après leurs idées, ou plutôt d'après leurs intérêts, la victoire obtenue sur les girondins de l'intérieur et les ennemis du dehors, s'at^ taquèrent violemment. Camille Desmoulins, effinyé d'un ré* gime sévère qui croyait devoir maintenir la terreur et la vertu à l'ordre du jour, commença le Vieux Cordelier^ et lit, dès ce jouiw là, unseoond pas vers l'échafaud, sur lequel, quelques mois plat tard, il devait monter. Déjà, au moment de la crise la plus dangereuse pour la république, alors qu'une partie des départe* ments était soulevée, que la Vendée levait audacieusement la tète, et que nos armées étaioit repoussées aux frontières, il avait fait vers la mort un premier pas en publiant la I^Mre à

Arthur DiUon» Cette lettre attaquait yiyement plusieurs membres milueuts de la Comeution, et ootamment baiot-Just, qui de* vait si cruellement s'en yeuger. Déjà Tanestalioii de Fabr»d'Égldiiline, ami de Danton, de Chabot, de Bazire, et de Delauoay d'Angers, avait prouvé que le gouvernement n'hésiteraii pas à frappeir, même au sein delà Conyention. ceux de ms membres qui n'accomplissaient pas leur mission.

Les prisons continuaient à s'emplir ; ce n'étaient plus seulement les prisons de Paris qui versaient à la Condeigerie le trop plein de leur triste population; des départements, on fojait arriver les individus accusés de conspiration dans leur localité.

Ainsi huit habitants de Coulommiers étaient exécutés le 31 janvier.

Trojes envoyait aussi des suspects. Pamiers, sur la dénon*

çiûlion de Vadier, membre du comité de sûreté générale, avait aussi les siens» et payait son tribut au redoutable tribunal révolutionnaire. Outre les nobles et les prêtres émigrés qui en* combraieut les cachots de la Conciergerie, des gens de tout état« des cultivateurs même que l'obscurité de leur vie semblait devoir garantir, venaient à leur tour rendre compte de leurs Opinions ou de leurs actes. Brichard, notaire à Paris, Métivier, son mattre-clerc, étaient exécutés pour avoir reçu un aete contenant un emprunt fait en France au profit de Georges de fialles, Frédéric d Yori^, et Guillaume Henri de Clarence, iili de Georges, roi d'Angleterre. Chaudot, également notaire, appelé à déposer comme témoin dans cette aQ'aire, passait à l'audience même des bancs des témoins sur les gradins des accusés» !et périssail avec son confrère, pour avoir êigné l'acle en ee»

LA CONCIERGERIE

cond. Un de ses confrères favait rencontré le matin sur la place du Pdlais-Royal ; il 1 ayait laissé joyeux et pressé de rentrer diez lui, en lerenaiit de k campagne. Le soir il le rerit but la charrette des condamnés : c'était le 1* février ( 26 pluviôse).

On comprtnd que cette rigoureuse et expéditive justice, dont les scènes se représentèrent plusieurs fob à cette époque» devait produire, sur la population déeimée, une horrible im«* pression de terreur dont la tradition, loin d'èlre perdue de nos jours, grandit encore par l'éloignemeiit

Le igerminal, après une foule de nomsobscurs, apparaissent ceux Irislement fameux d'Hébert, surnommé le père Duchesne; de Honsin, général de l'armée révolutionnaire; Momoro» imprimeur, dont la femme avait représenté la déesse Raison t Vincent Kock, banquier; Proly; Desfieux; Anacharsis Cloolz, baron prussien, et Percyra, iutrigonls, étrangers pour laplu> part, que l'espoir de la fortune on de la célébrité avaient am^ nés en France, et qui s'étaient jetés dans les rangs les plus avancés.

Quelques jonrs plus tard, le tribunal condamnait le com* mandant de Longwy, pour n'avoir pas su défendre cette ville

lors de l'invasion, et pour l'avoir livrée aux ennemis. Au moment oti le tribunal prononçait sa condamnatton, des cris de vive le roi 1 se faisaient entendre aux portes même de la salle. Le coupable, saisi sur-le-champ, était une femme , la femme de l'accusé, qui n'avait trouvé que ce moyen de rejoindre son époux etde partager son sort. Elle fut eiécotée avec inileli germinal.

La veille avait eu lieu rexécution de la marquise de Chanj, la maîtresse d'Ossetin.

Cinq jours plos tard, c'étaient Danton, Camille-Desmoulins, DeUunay d'Ange», François Chabot» Baiire» Laèroix, Phil^^ peaux, Hérault de Sechelles, d'Espagnac, abbé, intrigant immoral , déjà connu comme tel avant la révolution; Gusman, l'ami de Mural, à qui ce dernier écriTait lorsqu'il foi frappéà mort; les deux Frey, beaux-frères de Chabot, et Westermann, qui s'était distingué au 10 août et en Vendée, bon soldat» mais pillard, et d'une moralité plus que douteuse.

Leur exécution eut lieu le 16 germinal.

Le germinal, Euloge Schnëder, d-devant accusateur public prèd le département du Bas-Rhin, et que Saint-lust et Lebas avaient fait arrêter dans leur mission en Alsace pour ses crimes, fut condamné et eiécuté.

Le 24 germinal, Chaumette, Ckibel, d*devant évèqne de Paris, Arthur Dillon, la veuve de Camille-Desmoulins, celle 4e Hébert, et les restes mêlés ensemble des partis dantoniste et hébertiste, périssaient à leur tour sur l'échafaud.

Le motif de leur condamnation fut la conspiration des prisons : ce fut le premier essai qu'on fit de e^ accusation, si prodiguée depuis, et qui devint la cause de la mort d'un grand nombre de prisonniers. Chaque prison, jusqu'au 9 thermidor, Tint, sous le titre banal de conspirateurs de prisons, fournir son contingent à la Conciergerie, et par suite au tribunal révolutionnaire. Ainsi Bicètre, Saint-Lazare, les Carmes, et d'autres encore, envoyèrent successivement leurs hôtes à Véchafiiud comme ayant conspiré du fond de leurs cachots : observons toutefois en passant que les seules prisons qui ne fournirent pas de victimes à cette accusation terrible et facile, furent la Conciergerie, la maison de IXgalUé (ancien collège du Plessis

LA COWCIEBGKBIK, M

et Lottis>le^rand}, et le ci-devant Éyéché, c'esi-è-diie des prisons placées spécialement sous la mun de Foaqaier-Tinvillet l'accusaleur public.

A peine le gouranement, on platAt le comité de salut public, lul-il débarrassé des dantonistes et des hébertistes, c'est-àdire des modérés ou indulgents et des exaltés ou enragés, que les restes de ces deux, partis» qui, dans la Convention et dans le sein môme des deux comités , avaient échappé au sort de leurs partisans par leur influence ou par leur nullité, commencèrent à trembler pour eux-mêmes et s'agitèrent sourdement pour entraver la marche du nouveau gouvernement, qui ne devait pas leur iaire à eux-mêmes une grâce qu'il avait refusée à leurs chefe ks phu iHostres.

La reconnaissance solennelle de l'Être-Suprême manifestation que Robespierre voulait opposer à la face de TEurope comme une protestation vivante contre les accusations d'impiété que les ennemis de la France lui adressaient» devint le terrain neutre sur lequel tous ces bommes se rencontrèrent pour attaquer un gouvernement qui, en plaçant la vertu et la morale à l'ordre du jour, semblait leur faire une menace indirecte.

Le lendemain de la iéte à l'Ëtre^uprême, parut la loi du 22 prairial; elle supprimait le peu de garanties qui existaient encore en laveur des accusés traduits au tribunal révolutionnaire, et donnait à ce dernier pouvoir une latitude eflRroyable pour la condamnation. Les défenseurs étaient supprimés. C'était une arme dont Robespierre prétendait se servir pour anéan* tir rapidement ceux qui, dans la Convention, luttaient sourdement pour les principes d'Hébert, de Chaumette et de ïïanloft. ' '

LES PKISONS DE L^EUaOFE.

La loi passa, non sans une viye discussion, et Robespierre, blessé de cet échec, se letira da comité de salut public, laissant aui mains de ses ennemis cette arme dont ils firent on ai sanglant usage ei dont û> rejctèreui piufi tard&ur sa téte et sur sa mémoire Todieuse responsabilité.

Alors commencèrent les grandes fournées ; alors chaque jour la CoDcierg^ie ouvrit ses portes à des charrettes qui Tenaient y chercher jusqu'à quarante-trois condamnés, comme le 28 prairial ; soiioxile-sept, cgnune le 10 me^idgr, et soixante le 20 messidor,

Robespierre y rât aussi, à son tour, sasglbBt, déGguré. Les thermidoriens avaient renversé par l'audace ce gouvernement soutenu par la seule audace. Robespîervet aiiec ses amis Cou» thon, Hemriot , Saint-lust, atee son Irèie , Robespierre jeune , passa à son tour par la rue Saint-Honoré, devant sa propre maison, celle du menuisier Duplaix, dans laquelle il habitait le premier étage. Avec lui expirait la réfolnlion de principes. Robespierre fut, dil-on, suivi dans la iataie charrette par une iemme qui ne cessa de le charger d'imprécations jusqu'au lieu ju supplice: mais il n'entendait plus. Qu'étail-ce qu'une imprécation de femme pour celui dont une mort vulgaire venait interrompre Fœuvre laborieuse! Robespiene occupa, dit-on, à la Conciergerie, pendant son court séjour, le cachot d'où était sorti Danton pour aller k la mort.

Il n'entre pas dans le plan de ce lifre de raconter tous les détails de la politique terrible qui conduisit tour à l'échafaud, au sortir de la Conciergerie^ les oppresseurs, les opprimés. Tous ks partis changèrent plusieurs fois de rôle pendant cette période de continuelles tempêtes; et certes Robespierre^ à la

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mort ihiqvil applandiHtit la bourgeoisie pAriSfenue, ROltesM

pierre emporta dans la tombe le secret d'un gouvernement qui taufait la France. Ceni qui ren? eraèrenl la Moolagae élaient les restes ccvrompos du pèxû le plos aotbatioual qui eût encore menacé la révolution. Ils «Mirent bfjau jeu h se procurer de la popularité par le châtiment de tous les partisans violents de la démocratie. Ils coupèrent donc ausd des tôtes, toujours au nom de la nation* avec cette différence cependant que les royalistes et les contre-révolutionnaires leur tondirent la main, car déjà il ne s'agissait plus de la liberté. Dans Tavenir se de^ Binait une ombre encore vague de pouvoir queléonque, ambitionnée ardemment par ces thermidoriens qui, voués la veille à réebafaud, complotèrent bient^ de s'en faire un trône. Robespierre les avait bien devinés et leur ebâtiment s'apprft^

lait ; il devait éclater sur eux h la première manifestation de leurs trahisons qui couvaient dans l'ombre. Aussi leg»gnèrent-ils d^vitflsse. Le succès les a absous. Ils ont iàit cesser de grandi maux; mais ils en ont recommencé d'autres, tel d'entre les thermidoriens qui conspua la mémoire de Robespierre et lui pcèta des idées da dictateur ou même de royauté absolue» a dû trembler souvent en songeant qu'un parti ruiné, démasqué, proscrit, avait triomphé en une heure, non-seulement d'un pouvoir énergique et tout-puissant» mais d'un principe pour le» quel avaient versé leur sang et leurs trésors ces mêmes Fran« çais qui vinrent en aide à la ré iction thor.nidorienne. La chute liobespierre, accusé d'aspirer h la tyrannie, fut causée par ceux*là même qu'il voulait détruire oomme aspirant au retour de la tyrannie. Seulement les thermidoriens ont justifié les soup^ns de Hobespierre, et nul ne peut, la main sur la oon-

Iti us fUBQNs K rmoR.

wàam, appoyer Facduatioii portée par ks thmtidûneDt contre les montagnards.

Maîtres de Paris, mais harcelés par la résistance infatigable du parti démocratique, qu'ils nommaient la qugm de Robespierre, les réactionnaires yirent bientôt la famine démentir les espérances qu'ils avaient fait concevoir d'un gouvernement meilleur que le précédent. Le peuple, ayant faim, se rappela que le tyran Robespierre n'avait pas souffert qu'en France on manquât de pain, et qu'il faisait guillotiner les accapareurs. • Les réactionnaires aussi firent guillotiner, mais seulement les affamés qui demandaient de la larine. Lorsque Fouquier- Tinville, instrument de toutes les exécutions capitales , vint poser sa tête sur la planche où tant d autres avaient péri de par ses réquisitoires : Jti n'a» pu la parole , criait le peuple railleur. — Et fo», fil fi'ot ph» de pnin, répliqua Fouquier. Plusieurs terribles émeutes, suscitées par les jacobins, amenèrentdes excès que la Convention n'avait pas vus jusqu^là. Le député Féraud fîit assassiné dans le corridor du palais national, et comme le peuple des faubourgs avait voulu déli"\Ter l'assassin conduit à i'échafaud, la Convenliou ût assiéger le faubourg Saint-Ântoine par Henon, qui désarma ce iieuibourg et reprit l'assassin. Dès lors la Convention, victorieuse, se lança dans la contre-révolution sans scrupule. Non-seulement elle frappa la queue de Robespienre, mais elle immola les républicains les plus pars, les plus intelligents, les plus honorables. Robert Lindet fut proscrit; six membres de la Convention , Bourbolte, Goujon, Romme, Duroy, Soubrany et Duquesnoy» furent envoyés à la Conciergerie et condamnés à mort.

Mais le temps était passé des trépas automatiques. On ne vou-

LA GOKCIERGERIE. 81S

lait pins mourir sur l'échafaud teint du sang mélaugé des patriotes et des eimemis de la nation. L'éehaiaud semblait être r^ deyenu honteux depuis cette réaction qui triomphait avee insolence. Romme, Duquesnoy el Goujon, en descendant l'escalier de la Conciergerie pour marcher au supplice, se poignardèrent avec de mauvais ciseaux et un couteau qu'ils triaient csdiés. Ils expirèrent aussitôt, en murmurant vive la république! Mot profané par ceux mêmes qui le comprenaient le moins. Danton aussi avait dit du peuple : « Il sera asses sot pour crier «mw k répuhUque! quand j'irai à la guillotine. » Souhrany, Duroy et Bourbotte s'enfoncèrent à leur tour le fer dans la poitrine; mais ils survécurent à leurs hlessuies et ftuent jetés dans la charrette pour être décapités. Bouibotte devait épuiser jusqu'à la lie le calice horrible. Quand le bourreau, le liant sur la planché à bascule, voulut faire glisser celte planche, la tète de fiourbolte alla heurter le couteau de la guillotine, qui n'était pas encore relevé. Le malheureux vit ainsi prolonger son agonie et proûta de ce répit pour haranguer le peuple jusqu'à la chute du couperet.

Quelques éclairs de l'ancienne liberté brillèrent encore çà et là parmi des conspirations de tout genre. Mais peu après la bouigeoisie prit le dessus et inclina poor un pouvoir fort qui la débarrassât du soin de gérer ses propres affaires. Cétait un

rude travail, en effet, que la surveillance de la frontière et la guerre civile» que les patrouilles urbaines et la dénonciation'» que le eonunme et la guerre, la justice et la théorie politique.

Le moment était venu, pour tous ces esprits frappés, de se reposer et de jouir à la hâte d'une vie qu'ils avaient réus&i à

•eoiiBerver après tant de tfmraes.

iiL 40

|Myi LëS Bl^mî^ fis L iiUiiOF£.

En atteadaat l'époque du consulat» expliquons en peu de iQBOt^to Bégioie d« k Conôerginesoitt kUiraw. Ilûitoaqa'oi dok le «loboi maimis et ÎBsouiHtBt ds tout ^slàme péidt»r tiftice. En eiïet, la prison n'était pas une puailioa. laais une ipnolie» SiU jcé?eliiliaa eùViafligi k eaptiiM ooiunitrAprai» sion, nous ne doutons pas un moment qu'elle n'eût apporté à 00 régioia l'wpût d'é(ud«ft et d'amélioraiiioas que cette admimMMhmtiUe^ dÊaB^Vêaum oomme dm k Imoê^ « dépk^

pour toutes ses institutions. Mais que faisait-on en prison ? on |( «jUMidai^ Mit k lib«ffl4b ioii k inost. Um- ïm on dm VmUt^Mh, k palkm» dtaîi natuMBa da k part d» détaoni.

hsL nourriture, insufiisanie parfois,, diipendait soit de l'avidité

wdbkrt^iiiBiwdaagiBiybgtiOT^ iiiiinmflQiimtttimvm; et, 8oitdUeifMi0fiiit,fiiek|ui»-«iiB

da G|E|^ dflrmers payèrent cbàremdnt des abus signalés par q^elifm pMiivQim. Il mi àotmitcqtteirqiie ka bktonm-ka msÀm faTorable» à k r^lutioa se louent oonsUmunent de Tafibbilité de»^Gpma)iasailie8.awtiiueli des plaintAis iureat adressée»» de k promptitude ayec laquelle cessaient les yexatioiis dont un de oes commissaires avait été informé. Sauf les espions» et l'on en Irouye sou», touaies régimes, k liberté de communications, de aomBposdaiMMa» d'efttmuaa même, régnait daaa^ les prise» révolutionnaires. On y voit les détenus réunis en coteries, en olttba hiérarchiques, kkmte aristociaiie iAiaant6erck»«k i)oucgeoisk jouaal et tenant séance» k tout aTec autorisation des gardien;»! qui. accordaient pad^ois une heure de plus le soir à aea réiuiiOQ8,.aouveiii jpyeiiBaa»

Uni giKpaaacmation a.été perlée «mire togoimniemeBtnftvolutionnaire, c'est k «o( dea ffômA^ Ifm lm^ùmuim»

fireot dépouillés, par des yisites domiciliaires rigoureuses, de leur argent, de leurs diamants et de leursli>ijoux. Nous ne voulons pas entreprendre de justiûer celle action. L'administration, qui avait permis le massacre desfrkoosiers pour détruire tout germe de eonspiratioD» éëmi bien senger qtt'atee ^ l'aifeil les prisonniers peuvent corrompre des geôliers ou entretenir au dehors des inteiiiyac» funostos an pom^wr.

Hais les comilte de salut puUie et de siretf géiiérale «ni pondu à ces accusations par l'exiraît d'une délibération naïve dans sa forme et dans son priosipew Las membres de des eemi» lés avouent que le goutenfemelit.était trop pauvre penv toarhr tant de g«ns en prison, et qu'il doit forcer à se noijrrir eux« mêmes ceux ^ en ont k iaoulté. Il proite de la coUneie, abondoite qui lésollem de oetle mesure pour élabliff l'égalité en prison. C'est la suite du nnncipe. Mais ne jugeons pas» Nh

BiGisnui tenf omo^ dbs msoirs m u msimu

« Le présent registre^ contenant 194 feuillets, y compris le pèsent, a été leons en notfe burean de eomptabilité, peur •erâr k amregistrer les dépensil des diiteentse iMisoos d'e^^

eCe 30 floréal, Tan n de Ut république une et indivisible (19 mai 1794].

n Les administrateurs an déparlement de polieei

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LES PJUBONS OË L'EUROPE.

SXmiT DU BBGISmB DBS DÉUBÉRATIOIIS DBS COURS DB SAUDT

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