‹ Les prisons de ParisChapitre 113 sur 118 · Code d'Instruction criminelle, ai ticle 619 et suivants · texte numérisé non relu

Code d'Instruction criminelle, ai ticle 619 et suivants

:i80 LE- PATKON.HiE DES LIHÉltÉS

de poiii'siU'vTc cette réliabili talion. Mais les Socif'lés

de patronage peuvent la lui présenter comme ini

but ù atteindre <.

Lo MX* siècle touche ù sa fin ot l'on se hâte par-

d'accomplir des réformes. On n'enleiid aujour-

i de toutes parts, sous la République, qu'un cri,

11 vœu : progrès ! Comment sei-ait-il possible

blier ce progrès-là, de négliger la réforme des

ms, cotte question grave, inquiétante, et, s'il

le dire, menaçante ?

le est posée depuis plus d'un siècle. Déjà Decolébrait dans ses vers, l'ami des prisonniers, ognaniine Howavd :

S'il ne peut les brisiT, Il allège 'eurs fars... Tanidi, |iour adoucir la loi trop rigoureuse, Porte nu pouroir l'accent 'le leur voii douloureuse 1^1, rcmpaiil ieur^ lieiij pour des iléus plus djui, Dani les bras du l'êpouço il reitmtsoii époux, Le père à son enfant, l'enfiint i ce qu'il aime. Par lui, l'Iiomme s'élèye au-dessLis <Ie lui-miSme. Les sérjphins surprix demandent dans le ciel Quel ange erre ici-bas soui les trails d'un mor'el î Devant lui, la mort (uit, la douleur se retire, Et l'auge affreux du mal Is maudit el l'admire',

faut agir ainsi, imiter ce grand exemple, le est sérieu\, vrai, malgré le ton sentimental

i le goût du temps et l'exagération poétique de

>ression .

Il faut, dans la prison, lutter et lutter de manière a triompher proraptement, contre le vieux systèmo, mauvais et condamné, contre rattachement trop peu contrarié d'une partie du personnel aux anciennes idées et à Tantique usage.

Il faut réagir contre une disposition naturelle à prendre de simples présomptions de culpabilité pour scélératesse confirmée, [et à trop sacrifier l'intérêt individuel à l'intérc social. La détention préventive et la surveillance, soumises à un nouvel examen, doivent être réduites strictement à ce que la nécessité commande.

L'isolement du condamné doit être regardé comme indispensable, toutes les fois qu'il est possible. Mais l'esprif de système ne doit pas conduire à méconnaître les faits, l'observation. 11 est une limite que l'humanité, le souci de la bonne santé des détenus aussi bien que de leur régénération, interdisent de dépasser. La transportation , en admettant même que ce soit là son seul avantage, reste comme un exil définitif, comme une longue expiation pour les grands coupables.

Il faut conserver dans la loi la peine de mort, non comme une satisfaction donnée à on ne sait quel besoin de vengeance, mais comme un moyen efficace d'intimidation, comme une peine suprême qu'une triste nécessité oblige à prononcer encore. Ce n'est pas à une assemblée quelle qu'elle soit, c'est

à l'opinion publique qu'il appartiendra de Tabolir en fait, si c'est possible, quand on aura« de son inutilité riieureuse et progressive expérience.

En matière de patronage, il faut se faire une loi de ne désespérer jamais systématiquement et n'abandonner aucun de ceux qui veulent être protégés. En pratique, l'intérêt de la société commande de continuer l'assistance aux libérés et de l'étendre encore : aux enfants, par mesure de protection préventive; aux adultes, en même temps par crainte de la récidive, et par pitié pour leurs maux auxquels l'organisation sociale n'est pas étrangère.

L'emprisonnement doit être tel qu'il instruise le prisonnier et produise en lui l'amendement, au lieu de l'aigrir; qu'il le rende meilleur au lieu de lui donner des mœurs infâmes et d'ajouter à sa corruption. Il ne doit pas lui faire subir, dans ses affaires, un préjudice irréparable, mais lui imposer un simple temps d'arrêt, et un arrêt mis à profit pour permettre au libéré de recommencer plus tard, mieux disposé, mieux armé, avec des forces nouvelles, des ressources, un métier qu'il n'avait pas, Sans être vaincu d'avance, la lutte de la vie.

Il y a dans les cœurs de la charité et de la pitié pour toutes les chutes, pour toutes les misères* Pourquoi n'y en aurait-il pas pour celle-là? On s'efforce de trouver et d'appliquer des remèdes à toutes les plaies sociales. Pourquoi prononcer sur

ces misérables^ ennemis plus encore d'eux-mêmes que des autres, k définitive malédiction, et, sur ces égarés, sur ces blessés, Tarrêt, le aaot fatal : incurables !

La médecine s'attache à les examiner physiquement, et réussit à mieux marquer la limite où cesse en eux le libre arbitre. La science pénitentiaire s'occupe de leur esprit, de leur âme,, et c'est, aujourd'hui, une science riche en enseignements et en révélations. Elle a le droit, comme toute autre, d'affirmer la vérité de ses principes et d'imposer ses eonclusions, puisque sa méthode, connaissance de l'histoire, étude psychologique et observation des laits, est la méthode moderne, de laquelle, en toutes choses , notre siècle attend des résultats certains.

11 faut donc s'inspirer, dans la pratique, de ce qu'elle sait, de ce qu'elle enseigne. Il faut que l'incrédulité épargne au temps présent les leçons décourageantes de son expérience, ancienne, oui, mais fausse, parce qu'elle est toute pénétrée et nourrie des vieilles erreurs. Il faut qu'elle reconnaisse que nier toujours ce serait se résigner à ne rien faire.

Gomment pourrait-on soutenir sérieusement que cette œuvre, le relèvement du condamné après sa libération, est une œuvre jugée, finie, sans avenir? Finie? C'est impossible. Elle commence à peine.

Mais il faut se hâter.

38i LE PATROXACiE DES LIBÉRÉS

L'opinion, loin de se désintéresser de ces (jucslions et du résuUat de ces ctuies, plaint le sort des condamnés et se laisse aller volontiers à ne voir en eux que des victimes, des malades dignes de pitié. Celte préoccupation est trop ancienne et trop naturelle pour qu'il soit raisonnable d*espérer qu'elle disparaîtra.

Si la nécessité. de la réforme pénitentiaire n'était pas bientôt expliquée et assez généralement compiise, si cette science restait un secret entre quelques initiés comme les anciens mystères, si ceux qui la possèdent hésitaient toujours et avaient peur d'agir, le travail déjà l'ait deviendrait peut-être inutile. Le but serait bientôt dépassé. 11 faudrait, pour n'avoir pas su faire à temps une réforme intelligente, subir une révolution. La vérité, le bien, seraient encore indéfiniment ajournés.

FLN

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