‹ Les prisons de ParisChapitre 112 sur 118 · PATRONAGE DES JEONES DÉTENUS · texte numérisé non relu

PATRONAGE DES JEONES DÉTENUS

au contraire, celles qui sont coupables de qui délit, mais qui sont encore sans reproche so rapport des mœurs. De modestes, mais très l râbles récompenses sont offertes au repentir p vérant. Le corps, fatigué avant J'Sgc, marqué des signes trop visibles de récents désordres soigné, délivré, s'il est possible, aussi bien l'âme, de ses souillures. Il n'y a qu'un dange langueur, l'influence énervante du couvent. Dis ces filles à continuer leur vie à l'ombre du cl c'est manquer le but. Toutes celles qui sont vi doivent être rendues, meilleures, corrigées, société et à la famillle.

C'est aux garçons plus nombreux, que principalement réservées les colonies publique

Voici comment s'exerce, à leur égard le patro

Les Sociétés qui les prennent sous leur prote se proposent de les ramener au bien, de les n en apprentissage, pour qu'ils apprennent au pli à travailler, et de les recommander aux famille consentiront à les recevoir à leur sortie de pris

L'essai du patronage des jeunes libérés rei à la Restauration, et la création de la pre:

Société, à l'année 4833.

Pendant trente ans, la Société poursuivit soQc avec succcës, étudiant, dans la prison mëii

m LE PATRONAGE DES OBÉRÉS

caractère des détenus, demandant pour eux la libération provisoire, et les recevant, à la sortie, dans un asile qu'elle avait fondé. Subitement, en 1865, rimpératrice ayant visité la Petite-Roquette, fit décider que les enfants acquittés comme ayant agi sans discernement, mais retenus jusqu'à vingt ans, et les enfants condamnés à une peine un peu longue, seraient envoyés, aussitôt après leur jugement, dans une colonie pénitentiaire.

Pour continuer le patronage, on dut adopter dans cette circonstance un nouveau système, le système actuel.

Le temps de la prévention et un certain délai après le jugement, sont mis à profit pour étudier le caractère de Tenfant et ses habitudes. S'il semble incorrigible, ou s'il a déjà commis à plusieurs reprises le même délit, on te laisse partir pour la colonie. S'il paraît susceptible d'amendement, l'Agent de l'une des Sociétés demande qu'il lui soit remis. U est reçu aussitôt dans un asile, et il commence à apprendre un état, tout en s'instruisant, jusqu'au moment où il pourra être mis, au dehors, eu apprentissage.

Les parents veulent-ils, au nom de l'autorité paternelle, rompre le contrat d'apprentissage aussitôt qu'il a été signé? La Société qui avait seule obtenu que l'enfant lui serait remis, en se chargeant de le surveiller, n'a pas de peine à leur faire com-

PATKONAC.E DE JEUNES DÈTEMS

|)rendi'o que si le jeune détenu cesse d'ûtrc soi: surveillance et sa J^sponsabifité, il ne leur son rendu, mais sera remis en prison jusqu'il l'cxpin de sa peine.

L'enfant est-il mauvais avec obstination? I pareillement reconduit en prison. C'est une co lion qu'il subit pendant quelque temps. Ain Société n'est pas désarmée. Elle peut menacer fant paresseux, ingrat, rL'bclIc à ses conseils, i réinlégration provisoire.

Certes, tout n'est pas parlait encore. L'irrégiili la paresse, les courses vagabondes çà et là, pla à CCS cnfjnls, qui n'ont reçu, dès leurs prei pas dans la vie, aucune bonne direction. Ils tentés de fuir! Mais peu à peu, un groupe se ft On a quelques bons élèves. Ils travaillent, ju leur sortie, et même, il n'est pas rare de les revenir de temps en temps, dans cette maisor près de ce directeur, et de ces anciens cama qui remplacent pour eux la Ikmille absente. ' .lux Sociétés de patronage , la récidive des ji détenus, après leur libération, disparaît pre Elle peut diminuer dans la proportion énorr ■5 p. 100 à 7 p. iOO.

§IV

Les adultes sont moins intéressants que les jeunes détenus. Us trompent parfois ceux qui croient à leur repentir. Us commettent de nouveUes fautes. D'ailleurs, ne dit-on pas qu'en principe la société ne leur doit rien?

Cette dernière objection a été réfutée.

Mais, c'est aux autres, surtout à la prétendue^ inutilité, eu fait, du patronage, qu'il est nécessaire de répondre.

Est-il donc impossible de « chasser le naturel » ? Oui, si c'est bien le naturel, dans tous les cas, qui a fait commettre au coupable son délit ou son crime. Non, si les circonstances, un entraînement passager, expliquent sa faute et permettent de la coraprendrcj sans l'excuser .

On peut prendre pour exemple le fait le plus fréquent, le vol.

Rien n'est plus facile à bien observer et à bien compi'endre que le vol simple à l'état de disposition malheureuse ou d*instinct chez certains individus; Choisissez bien votre sujet. Un jeune homme de dixsept ou dix-huit ans, ne sera pas encore assez adroit pour vous tromper. Prenez-le dans une famille aisée

OU riche. Il vivaitàla maison, dans lapai):, dans bondance, entouré d'affections, heureux comme jeunes gens de son âge. Un jour, il voit à la po. de sa main, presque rien, vingt, trente francs partenant à un étranger. Il s'en empare. Une ai fois, il aperçoit sur la table du concierge de sa n son une lettre chargée. 11 la vole, sans savoir qu'elle contient. S'il est arrêté et pressé de qi tiens, il confessera deux ou trois actes semblal qu'il avait commis, mais sans se laisser prendr à l'insu de tout le monde. N'est-ce pas incom] licnsible ?

— Vos parents étaient-ils avares ? deman( vous.

— Non.

— N'avez-vous pas craint de vous déshonorer

— Je n'y ai pas pensé.

— Étiez-vous poussé à vous procurer de l'arg par quelque passion, le jeu, les femmes?

— Non, je vivais tranquille, à la maison.

— Avez-vous eu des remords?

— Quelque inquiétude.

— Assez pour perdre le sommeil pendant la n qui a suivi le vol?

-Non.

— iMais ne savîez-vous pas que vous seriez arrt jugé?

— Je sais qu'on peut passer en jugeme

Mais au moment du vol, j'ai pris l'objet, sans réflexion.

Il pleure, en répondant ainsi, mais sans repentir, sans abondance. Ce n'est pas un monstre, c'est le voleur. '

Vous apprenez son arrestation et vous vous écriez ; monomanie ! C'est un malade 1 Le public, même, c'est-à-dire la partie du public qui est naturellement porlée à l'indulgence, dit en termes plus généraux : les délinquants, les criminels sont des malades. Erreur. Il y a quelques malades. II n'est pas rare d'observer chez les mêmes individus, une maladie réelle, et une responsabilité non moins certaine dans l'intervalle des accès. Mais le malfaiteur, jeune ou vieux, le voleur, le meurtrier, ne sont pas des malades.

Le malfaiteur est un individu que la considération du préjudice qu'il va vous faire subir n'arrête et ne touche même pas. Il trouve commode de se satisfaire à vos dépens. Il faut l'avertir, l'avertir sévèrement, et c'est là le but de la peine. S'il n'est pas corrigé, s'il persiste à se procurer ce qu'il lui plaît d'avoir, par des moyens que la loi et la morale condamnent, il saura qu'il ne doit pas reprocher aux autres son malheur, et; dans son for intérieur, n'accusera que lui-même .

Voilà le malfaiteur d'instinct. Supposjz-le pauvre, débauché, paresseux. Il faudra vivre. Il sera tenté de

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prolitcr de son adresse, de demander aii vol, au "faux, au crime, en un mot, des revenus, de honteux moyens d'existence. Il fréquentera la canaille. Egaré bientôt, perdu peu à peu, n'ayant plus le sens moral, il accusera systématiquement la société. Il deviendra le malfaiteur d'habitude.

La patronage n'est pas absolument inutile, même pour ceux-là. Ils peuvent se lasser de cette vie, s'a-, mender un jour. Mais les faits sont là. Il est certain qu'en réalité ces changements sont rares.

Mais d'autres libérés sont dignes de la pitié qu'on leur accorde et môme de la sympathie qu'on a pour eux.

D..., fils d'une femme qui n'avait qu'un modeste emploi dans un théâtre, était ambitieux. Il avait acquis une certaine instruction, en suivant, le soir, des cours gratuits. Il s'était marié. Il rêvait la forlune pour sa femme, ses jeunes enfants, et, pour lui-même le bien-être et l'indépendance, une profession libérale. Déjà, il pouvait suivre, à Paris, les cours d'une faculté. Pour se procurer des ressources, il prend le parti de recevoir chez lui des étrangers en pension. Il réussit pendari un an. Mais les recettes de la première année, bonnes à la vérité, sont loin de couvrir les dépenses d'installation qu'il a fallu faire. Il faut payer, ou consentir à se retrouver dans la rue. Malheureuse femme ! malheureux enfants! Et son rêve? En voilà la fin. Il se

décide à compter sur la fortune qui favorise les audacieux. 11 donne une fausse signature. Quelques jours après il est arrêté, puis condamné à trois ans de prison. Qui eût osé dire d'un tel homme qu'il était à jamais indigne de se retrouver dans la société, et, de cette existence, qu'elle était moralement terminée? On sort de prison. Il faut, pour se réhabiliter par la vie honnête et le travail, trouver à la sortie des personnes qui connaissent toutes ces circonstances et toutes les épreuves que vous avez dû subir. L'utilité du patronage, ici, n'était-elle pas évidente ?

E..., né en France, était allé chercher fortune au dehors. Il revient. Agé de vingt-cinq ans, il accompagne à Paris, comme secrétaire, un personnage étranger. Sa place était bonne, et il conimençait à faire quelques économies, lorsque, sans motifs sérieux, on lui donne son congé. Son dépit égale sa surprise. Que faire pour conserver cet emploi qui lui échappe ? Il a confié à un jeune homme qu'il connaît depuis quelque temps, un secret : il croit savoir que la dame du logis a un enfant à l'étranger, à l'insu de son mari. Mal conseillé par son nouvel ami, il demande de l'argent pour garder ce secret, pour se taire. C'est une tentative d'extorsion de fonds. On l'arrête. Il subit une longue prévention, puis une condamnation à l'emprisonnement. Faible, honnête jusque-là, supportant

difficilement la pensée de son déshonneur, il veut mourir. Il résiste cependant à la tentation du sui- • cide, mais il vit dans sa cellule, malheureux, désolé, accablé de remords. Son repentir est manifeste. Fallait-il à l'heure de la libération, livrer ce malheureux à lui-même? S'il ne s'était pas senti encouragé, soutenu, les mauvais conseils, sa faiblesse, auraient suffi pour le perdre définitivement. Le patronage Ta sauvé.

C,.., ancien militaire, rentre au logis après une longue absence involontaire.

La femme est infidèle. Le mari, qui a besoin d'elle pour vivre, ne sait à quel parti s'arrêter. II cherche parfois l'oubli dans l'ivresse. La femme infidèle, loin d'avoir pitié de son état, lui donne à dessein le spectacle de ses désordres, pour qu'il consente à se séparer d'elle. Il se procure un revolver et rentre à la maison pour mettre fin à ses jour^ L'autre est là!... Le mari qui tient son arme chargée à la main, veut l'effrayer. 11 tire, non sur lui, mais à côté, assez loin, dans une autre direction. Et la plainte est portée: tentative d'homicide! Faut-il livrer ce malheureux à lui-même, imitant la femme indigne qui l'a abandonné ? Est-ce un criminel? Est-ce un assassin?

Les adultes qui méritent le patronage les voilà.

Le malfaiteur de profession ne changera jamais, soit. Mais l'autre ? Celui qui a voulu effrayer, sans

le blesser, l'homme qui troublait la pai\ de son fover? Qe nialadi^oit qui s'est mêlé de commetlro lu 4élit qui exige le plus d'audace et d'habileté, le chantage, et qui a reconnu trop tard sa sottise? Cet rirabilieux qui a perdu la tète, un jour, en voyant toutes ses espérances déçues et sa raniillo réduite à lapiisère? Ils ne s'abandonneront plus au mal, parce (ju'îU n'éprouveront plus au même degré la déception, la tentation ou la haine!

Beaucoup de jeunes détenus n'ont pas les mêmes chances sérieuses de relèvement que ces adultes.

Il n'est donc pas vrai que la plupart des libérés restent fatalement condamnés à de nouvelles chutes.

Cependant les adversaires du patronage, ou plutôt les incrédules, qui nient son efficacité, refusent encore de se déclarer convertis. Vous ne sauvez, disent-ils aux sociétés de patronage, que ceux qui sauraient se sauver eux-mêmes.

C'est attacher la preuve de la régénération du détenu à un fait indépendant de sa volonté. Malheureusement les patroùs, les propriétaires d'usines n'ont aucun moyen de s'assurer que celui qui demande un emploi dit vrai, quand il parle du vif désir qu'il a de se bien conduire, s'il ne leur est pas signalé et recommandé.

A cette objection le bon sens répond: non, les timides, les hommes sans instruction, ceux « qui ne savent pas se présenter » les découragés et les ma-

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ladroits, ne se sauveront pas seuls. "Et rcxpérience permet d ajouter que ce sont au contraire les plus hardis, les plus capables d'en imposer, de dissimuler et de mentir, les moins résignés, en un mot, les plus dangereux ennemis de la société, qui trouvent facilement du travail. On voit souvent le libéré honteux qui pense que chacun le reconm î: et le mc^prise, errer sans pain, sans argent, tandis que « le gibier de prison » se mêle aux autres ouvriers de son état le plus tranquillement du monde, \:a au coin *, se dit voyageur, et obtient d'être « embauché » aussitôt, dans la ville même où est située la maison centrale qu'il connaît trop bien. Adressezlui vos questions, lorsque deux ou trois ans après, récidiviste incorrigible, il reparaîtra dans la prison. Il vous donnera lui-même en riant tous ces détails. Ils se sauveraient seuls? Mais, si vous n*a11ez pas, Agent de la Société de patronage, attendre à la porte de la prison vos libérés, ou bien, si vous ne leur donnez pas aussitôt rendez-vous au siège de la société, ils seront reçus par des amis dangereux, par d'anciens détenus qui n'auront pas manqué, plus empressés que vous, d'épier lem* sortie pour leur proposer un mauvais coup tout préparé, et pour leur imposer au besoin l'obligation d'y participer comme complices.

i. Lieu connu de rendez-vous pour les ouvriers d'ane même profession.

Uii peut voir, ]e matin, dans les rues de la Saxvié et de la Clef, auprès des deux maisons de correction, des individus attendant les libérés, soit isolés, soit par groupes. Alphonse est là, flegmatique, roulant des cigarettes, se découvrant quelquefois pour bomber en dôme sa casquette à plusieurs ponts. Les autres, les voleurs qui ne veulent pas se laisser voir de trop près, attendent au coin de la rue.

Parfois une famille entière, composée des enfants, de la mère et des grands parents, est venue attendre Tun des siens, le père qui va sortir. On se met îi table sur le trottoir, on boit devant la porte du marchand de vins d'en face, ne voulant pas diiférer le plaisir de vider ensemble une bouteille, et sans se douter qu'il pourrait y avoir convenance à s'éloigner au plus vite.

Tous ne sont pas, heureusement, assez indifférents à la peine qu'ils viennent de subir, pour s'attarder ainsi aux abords de la prison.

L..., un matin, vers huit heures, sortait en courant, pour aller se mettre à la dispoï^ition d'un agent du patronage. Il rencontre dans la rue sa vieille mère qui venait le réclamer.

Elle exprime son étonnement, après l'avoir embrassé :

— Quel étrange costume !

— Ah ! c'est vrai, dit-il. Et il rentre précipitamment dans la prison, pour en ressortir bientôt.

■'Vf' t*e»

Dans son désir de fuir au plus vite la maison de correction, il avait oublié de réclamer sa cas^ quette et sa veste.

Le relèvement des libérés livrés à eux-mêmes est si réellement entouré de difficultés, qu'à défaut de Sociétés de patronage, il est nécessaire de leur procurer par tous les moyens Tappuî qui leur manque.

Avaient-ils été arrêtés pour vagabondage ou mendicité? Ils sont envoyés à leur sortie de prison, au Dépôt de Saint-Denis pour y travailler jusqu'au moment où ils auront gagné une certaine somme, une avance qui leur permettra, s'ils veulent la ménager, de ne pas retomber aussitôt dans une triste situation. Mais, pour cela, il faut les retenir encore cinq ou six mois après la fin de leur peine. Au contraire, la Société de patronage leur procure aussitôt les ressources indispensables et le travail.

Sont-ils jeunes, mais non mineurs de seize ans, c'est-à-dire ont-ils Tâge exigé pour prendre un engagement dans l'armée? On les pousse à s'engager. C'est le conseil que chacun leur donne, directeur, aumônier, magistrat. Pourquoi ? Parce qu'on sent qu'ils se perdraient seuls; parce qu'ils ont besoin d'être soumis à une discipline. Encore fautil que des délits trop graves ou des arrestations trop multipliées ne s'opposent pas à ce qu'ils soient reçus dans l'armée.

Zl± LE PATRONAGE DES LIBÉRÉS

Oat-ils une famille qui consent ù les recevoir? Veici une preuve, un argument plus décisif encore contre ceux qui prétendent que les Sociétés de patronage sauvent seulement les libérés qui se sauveraient seuls. Qu'ils le sachent bien! I^es libcrés qui se sauvent sont ceux qui ont une famille. Pourquoi encore? Parce que le grand danger, c'est l'abandon, l'isolement. Auprès de Torphelin, de l'abandonné, de l'homme seul, la Société de pa^ tronage est le groupe ami et indulgent. Elle donne secours et bon conseil. £lle remplace la Camille absente.

Il ne faut pas dire : le patronage n'est beau et vrai quen théorie. Voilà des faits. 11 est juste, possible, nécessaire. De plus, il est aisé de prouver que les services qu'fl rend en effet, soit dans la prison, soit au dehors, sont très réels.

Dans la prison, dès la première heure, rinnoccnt mèine^ un moment arrêté, peut le réclamer, soit après qu'une ordonnance de non-lieu a été rendue, soit après l'acquittement. Si c'est un coupable, au contraire, qu'amenait à la lumière et à l'examen de i'instruction, ce jour-là, le coup de filet de la police, il sent qu'il ne restera pas livré à lui-même, s'il veut se préparer par le travail et h repantir, à la réhabilitation. On le Voit, on lui parle, on veille sur lui matériellement et moralement. On le rappelle au sang-froid, à la juste appréciation des

choses qu'il était sur le point de perdre, dans le trouble de son esprit. On traverse avec lui la période douloureuse, Tinstruction, le jugement. Il supporte mieux, après vous avoir fait la confidenco de ses peines et de ses humiliations, le châtiment, ce dernier coup. Puis, c'est l'exhortation, l'espoir communiqué, et même souvent le simple.entretien, la conversation si nécessaire qui procure un moment d'oubli, de bonne humeur^ qui disirait, au milieu des longs ennuis de la cellule. C'est enfin, quelque temps avant les derniers jours, ces derniers jours si difficiles à supporter, une légère faveur, une libération provisoire obtenue quelquefois, et même une grâce que l'Administration, prévenue officieusement, ne. manquera pas d'accorder, si l'inquiétude que la santé du détenu peut donner l'engage à se hâter. Au dehors, un asile sûr s'ouvre aussitôt pour recevoir le patronné. Un Asile, c est bien le mot, et non point une nouvelle prison ainsi que la malveillance le donnerait à entendre. Le Comité de patronage servira d'intermédiaire entre la famille éloignée ou mal disposée et le malheureux qui aspire à se retrouver parmi les siens après sa libération. Il travaillera dans l'asile, sans doute. Il est bon qu'il ne perde point l'habitude du travuil, et qu'il apprenne à ne devoir pas tout ce qu'il reçoit à la charité. Mais il sortira pour chercher de l'ouvrage et se mettre en rapport avec des patrons.

Il trouvera surtout à s'occuper par rentremise des agents de la Société. Bientôt, enfin, sera résolu pour lui, le double problème du reclassement, puisqu'il aura retrouvé, d'une part, ses occupations habituelles, et de l'autre, ce qui n'est pas moins indispensable pour lui, des bienfaiteurs,, des amis sérieux.

Point de hâte, quand il s'agira de procurer aux libérés une occupation au dehors. Il n'est pas mauvais, au moment où ils sortent d'un milieu malsain tel que la prison, qu'ils se retrempent pour ainsi dire, qu'ils vivent quelque temps de la vie honnête et régulière de l'asile.

Alors s'accomplissent de prompts et visibles progrès.

On croit rêver, en retrouvant dans certains asiles réservés aux femmes, par exemple, les condamnées ou les administrées des deux sections de Saint- Lazare. On se demande si ce sont bien là les mêmes filles, celles qui regrettent et qui réparent, qui lisent, qui restent volontiers absorbées dans leurs réflexions ou attentives à leur ouvrage, quand la cloche du repos ou de la promenade a sonné^ et qui, si vous leur adressez la parole, répondent avec modestie, souriant sans ricaner.

Il ne faut pas de grosses sommes pour accomplir de tels miracles. Une vieille maison dans un . faubourg de Paris, une directrice honnête et vaillante, cela suffit. On est étonné au delà de toute

expression, en voyant le repentir transformer l'ètpa humain à tel point qu'après quelques mois écoulés, au lieu du mépris, du dégoût, il peut véritablement inspirer l'admiration et le respect.

Voilà la réponse aux incrédules.

Que n'ont-ils pas dit encore? La concentration à Paris de toutes les ressources et de tous les efforts du patronage, devait contribuer à attirer dans la capitale des malfaiteurs venus de tous les points du pays. On faisait une œuvre non seulement inutile, mais dangereuse. Des Sociétés de patronage ont été créées à Lyon, à Bordeaux et dans d'autres grandes villes, et il n'est plus permis d'exprimer, même à cet égard, des craintes vagues, aujourd'hui.

Enfin, on s'est servi des résultats annuels publiés, avoués par les Sociétés de patronage — contre elles — comme d'une nouvelle et dernière objection.

Voyez, dit-on, le petit nombre des libérés secourus : quelques centaines seulement sur des milliers de condamnés *.

II est vrai que ces résultats, excellents d'ailleurs, instructifs parce qu'ils démontrent qu'on pourrait faire plus et mieux, ne permettent pas de s'enorgueillir. Que prouvent-ils, en effet ? Ce qu'on sait

1 . La Société de patronage des libérés protestants, a recueilli ou assisté en -1879. 146 détenus.

La Société de patronage des adultes (fondalion J. de Lamarque),

trop bien : c'est qu'il y a un grand nombre de sceptiques en matière de patronage.

Certaines Sociétés s'interdisent absolument le patronage des récidivistes. C'est une disposition inscrite en toutes lettres dans leurs statuts. Et c'est une imperfection, une lacune évidente. Il faut accorder protection et secours à ceux qui se repentent, ù tous les degrés de la chute et do la peine. Le même individu peut être condamné quatre ou cinq fois pour simple rupture de ban, après un premier délit s'il n'a pas su se résigner à subir la surveillance.

On s'expose à mille déceptions quand on restreint le patronage à quelques personnes. On les a triées, observées. Les agents des Sociétés, les aumôniers, les visiteure quelque exercés qu'ils soient, ont-ils donc le coup d'oeil infaillible ? Non, certainement, il sera nécessaire, dans l'avenir, non de restreindre, mais d'étendre au contraire le patronage ; non de suivre pas à pas les libérés, comme si l'on était obligé de leur délivrer un certificat de persévérance, mais de les rendre à eux-mêmes au bout de quelque temps, lorsqu'ils auront trouvé du travail chez des patrons connaissant leurs antécédents. Ce qu'on poursuit, ce n'est pas leur conversion complète ; c'est un résultat prochain : le reclassement. Après cela, s ils s'égarent de nouveau, si deux ans, trois ans, cinq ans plus tard, ils commettent de nouvelles

PATRONAGE p::S ADULTES 377

fautes, c'est aux parliculiers, c'est a la police, qa*il appartient de veiller. Cet ancien condamné qui peut . dtvenir récidiviste, après s'être bien conduit pendant plusieurs années, comme il l'avait promis, ne fait courir ni à ceux qui le fréquentent, ni à ceux qui remploient, ni a la société en général, un danger plus grand que les malfaiteurs jusqu'alors inconnus etsans antécédents judiciaires qui se révèlent chaque jour.

En un mot, il ne faut pas, comme les Sociétés sont portées à le faire, demander au libéré de devenir un modèle de piété et de vertu.

Ainsi, le patronage doit s'étendre. Quelle est donc l'œuvre qui ne donne ses secours qu'à ceux qui en sont dignes? Quel est le bureau de bienfaisance qui ne remet ses aumônes qu'aux vrais pauvres? Quel est l'hospice qui ne reçoit absolument que les infirmes besoigueux et qui'reçoit tous ceux-là?

Ce qui s'oppose surtout aux progrès du patronage et arrête son essor, ce sont ces critiques injustes, ces partis pris hostiles de policiers ; ce sont les adversaires secrets qui déguisent leur opposition systématique sous les formules de l'incrédulité et du doute poli.

Pendant longtemps les détenus n'ont pas senti qu'il fût possible de compter sur le concours de la haute administration dans l'œuvre du relèvement, ï^s partisajQS du patronage, tolérés seulement dans

les prisons, n'ont pas réussi à faire partager leur foi autour d'eux et à réchauffer les cœurs à la flamme de leur charité.

La science pénitentiaire était négligée.

Mais de grands progrès ont été faits. Le gouvernement n'est pas hostile aux sages et justes réformes. L'administration a renoncé à l'immobilité puisqu'elle a consenti à appliquer remprisonnement cellulaire, puisqu'elle a accordé une faveur au détenu qui consent à vivre isolé pour éviter de se corrompre par le contact et de sortir plus mauvais de sa prison.

Si ceux qui doutent encore veulent savoir ce que le public pense en réalité du patronage, du reclassement des libérés à leur sortie de prison, qu'ils interrogent l'homme du peuple.

Demandez à l'ouvrier s'il croit à ce qu'il a lu dans les Misérables? Demandez à un homme qui n'a pas d'opinion préconçue, quel qu'il soit, s'il pense oui ou non, qu'il y a quelque chose à faire pour le malheureux que chacun repousse à sa sortie de prison ? Ils le diront tous : le mal est réel et grand. Et la conclusion nécessaire sera qu'en attendant une organisation moins défectueuse et plus complète, le patronage des adultes est encore ce qu'on a trouvé de meilleur et de plus indispensable jusqu'à présent.

Cinq ans après la libération S une demande en réhabilitation pour le condamné à une peine afïlictiye ou infamante peut être adressée au procureur de la République de son arrondissement.

Cette demande peut être formée au bout de trois ans pour les condamnés à une peine correctionnelle.

C'est un appel à la justice du chef de l'État, l^i grâce ne dérivant que de sa clémence.

Si l'avis de la cour dans le ressort de laquelle réside le condamné, après Taccomplissement des formalités qui sont exigées par la loi, est favorable, le chef de TÉtat expédie des lettres deréhabilitation.

Par là se trouve effacée, selon l'expression des anciennes ordonnances, la tache du crime, et toutes les incapacités qui résultaient de la condamnation cessent dans la personne du condamné.

Un second crime, suivi de condamnation à une peine afflictive et infamante, une nouvelle condamnation encourue, ne permettraient plus d'admettre le condamné au bénéfice des dispositions de la loi^

C'est surtout au libéré lui-même qu'il appartient

' i. Loi du 3 juillet 1832.

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