L'ARRIVÉE
gaz presque toujours allumé, uue angoisse, une appréhension, une fatigue surtout, qu'il réussit mal à dissimuler. liberté, le premier des biens, quelle paix pourrait rester encore où tu n'es plus l L'inaction, ou peut-être quelque travail manuel qui n'intéresse guère, voilà ce qui va commencer pendant des journées, des semaines. Quel résultat, et quelle suite imprévue de l'ambition, des calculs, des rêves fous de l'escroc, du voleur et du faussaire !
Le dialogue est court, borné d'habitude entre les surveillants et le nouveau prisonnier aux. demandes et aux réponses nécessaires. Ce dernier a besoin de se retrouver seul.
Quelquefois, c'est un repris de justice. Il demande avant de s'éloigner, qu'on l'envoie dans telle division. C'est un habitué, qui connaît toute la maison, et qui veut qu'on sache à quel genre de travail il donnerait la préférence.
D'autres fois, c'est un jeune homme qui n'est pas encore assez dégradé pour dédaigner de fournir une excuse, une explication. Et voici ce qu'on peut entendre:
— Savez-vous lire et écrire ?
— Non, malheureusement.
— Pourquoi est-ce malheureux?
— Parce que si je le savais, je ne serais pas ici. Ou bien encore :
— Aviez-vous déjà été arrêté ?
70 DÉTENTION PRÉVENTIVE — II. iUzas
— Jamais!
Ce « jamais » est dit d'une voix forte, sans hésitation. On aime à Tentendre. Il permet d'espérer le repentir, un tardif réveil de Fhonneur.
L'accusé d'un crime, ou le malheureux qui semble menacé de perdre la raison, sont désignés par la gravité même de leur faute ou de leur état, à la surveillance de VÂdministration. Ds sont conduits dans une division spéciale.
Un moment a suffi. Sur tous, en quelques minutes, la .porte de la cellule n'a pas tardé à se refermer.