‹ Les prisons de ParisChapitre 69 sur 118 · Historique et récent · texte numérisé non relu

Historique et récent

190 LE JUGEMENT — coifCiERfiBRis

Jeur innocence, ils ont besoin d'y croire eux-mêmes ; et ils répètent le récit qu'ils ont fait, ils comptent sur les moyens de défense qui leur ont déjà servi, ne variant jamais.

Souvent c'est en vain. Hais ils s'attachent à cette ressource de l'appel comme à la suprême espérance. Us s'ea repentiront peut-être. Les juges d'appel pourront se montrer plus sévères que les premiers juges, augmenter la peine au lieu de la diminuer, appliquer le maximum, ils perdront du temps, c'est presque certain, pendant les délais d'appel. Trois semaines, un mois, peut-être plus, seront perdus jusqu'au moment où la décision des nouveaux juges sera cxjunue.

Si vous les retrouvez alors au dépôt des condamnés, ils renoncent à feindre. Us ont oublié l'histoire qu'ils savaient si bien, et qu'ils vous avaient racontée. Us évitent de vous parler encore de leur affaire, ou, si c'est impossible, ils font eij souriant tous les aveux.

Le criminel a des préoccupations d'une autre nature.

U rentre étourdi dans sa cellule. Il a dû faire un grand effort aux Assises pour paraître indifférent, pour entendre sa sentence jusqu'au bout. Resté seul, il verse des larmes, surtout s'il est jeune. U compare l'espérance et le fait, le but entrevu et le résultat.

Son mauvais naturel, sa vie dissipée, les causes

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de sa chute, la préméditation, cet ensemble de faits qui, pour vous, explique son crime, et permet de le bien juger, il oublie tout cela. Il n*en tient compte. Pour lui, tout se réduit à ces caractères illisibles, aux cinq ou six lettres d'une fausse signature qu'il a tracées, au coup qu'il a porté avec l'arme qui se trouvait sous sa main. Et c''est pour cela, pour cette action rapide comme l'éclair, pour ces dix secondes, qu'on lui prend vingt ans de sa vie ou toute sa vie ! Il gémit, il devient lâche, en pensant à l'échec et à ses conséquences. Il ne retrouve plus son ancien mépris pour la faiblesse des hommes qui se soumettent aux lois de l'honneur. Il avait, comme chacun, ses espérances d'un bonheur selon ses goûts qu'il allait obtenir par ces moyens détestables. Il regrette cette espérance perdue. Il plaint sa chair des jouissances qu'elle n'aura pas, et son corps des privations prochaines, de tout ce qu'il aura à souffrir. Et des larmes, non pas les larmes bienfaisantes du repentir, mais les larmes de l'impuissance et de la peur, jaillissent de ses yeux !

Pour le condamné à mort, enfin, c'est, en quelque sorte, la veillée funèbre, c'est l'agonie qui commence.

Jusque-là il était avec d'autres détenus dans une cellule, et la surveillance de ceâ indifférents suffisait. La meilleure sauvegarde pour l'homme en cet état, c'est toujours l'illusion naturelle, la pensée qu'on

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ne peut aller jusqu'à le priver de sa vie. Mais à présent, il est gardé à vue, non par d'autres détenus, mais par des surveillants, par des agents de la sûreté.

Il pourrait penser au suicide, vouloir devancer Tarrêt. Il pourrait!... Mais telle est rarement sa pensée. Près de jpérir, il obéit à Tinstinct. Il vous interroge de temps en temps pour juger du danger qui le menace d'après vos craintes. Il est heureux de s'attacher à l'espérance de salut que, par pitié, vous lui donnez sans v croire. Puis il retombe dans son silence. Il semble se recueillir. Mais il n'a en réalité que deux idées, deux idées fixes. Il va sans cesse de l'une à l'autre : le pourvoi en cassation et le recours en grâce.

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