CASIER JUDICIAIRE ET SURVEILLANCE
arbitrairement par Tautorité, mais au tribunal correctionnel par des magistrats. C'est un nouveau progrès.
Le devoir de la police est d'agir avec tact, mesure et discrétion. Hais il faudrait ne connaître point les détenus, il faudrait pour ainsi dire vouloir faire en tous lieux de nouvelles dupes, pour supprimer entièrement la surveillance .
Il dépend d'ailleurs des condamnés eux-mêmes presque autant que de la police, de rendre l'embarras dû à la surveillance moins fréquent, et moins fuiiestes les effets qu'elle peut avoir.
Souvent cette peine accessoire est la conséquence de l'ivresse habituelle. Elle menace les incorrigibles. L'éloignement seul avait été prononcé. Mais les infractions à un ordre d'éloignement sont très fréquentes. Le magistrat finit par infliger la surveillance.
D'autres fois, c'est presque volontairement que le condamné a encouru la peine de cinq ans d'emprisonnement maximum pour rupture de ban. La négligence a fait tout le mal.
Voici le cas.
Z... a quitté Paris. Il se rend à la ville de son choix où il doit subir la surveillance. L'avis de son arrivée prochaine a été adressé à la police du lieu. Il tombe malade en route et il entre à l'hôpital. Il aurait fallu simplement écrire, prévenir par lettre le commissaire central de la ville où il était attendu.
186 LE JUGEMENT. — conciergerie.
Mais il a négligé en même temps d'avertir et de prendre sur sa situation une information quelconque, soit au début de la maladie, soit pendant la convalescence. On vient l'arrêter à sa sortie de Thôpital. Il pouvait bien s'y attendre.
La police, de son côté, peut venir en aide au malheureux, lui procurer l'assistance, lui rendre moins lourd à porter le fardeau de la surveillance.
Le condamné est-il, à sa sortie de prison, souffrant, incapable d'arriver avec ses propres ressources jusqu'à la localité qu'il a choisie? Le certificat du médecin suffit. On procure au surveillé un billet de chemin de fer, et l'on prend toutes les dispositions nécessaires, pour qu'il puisse faire, jusqu'au bout, son voyage, •
Dans la ville où le condamné passe ses années de surveillance, toutes les précautions peuvent être prises, toute faveur peut être accordée. Tout est convenu, réglé entre la police et lui. S'il est laborieux, si sa conduite est bonne, il obtiendra de ne venir faire acte de présence à la mairie qu'à des intervalles de plus en plus éloignés. L'autorité consentira même à ne recevoir qu'une lettre tous les six mois, tous les ans .
Ce qu'on peut signaler de plus grave, c'est pour le surveillé, l'impossibilité de trouver du travail dans la ville où il est obligé de rester. Les ouvriers de la capitale vont nécessairement en province. Paris
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leur est interdît. Us sont plus que d'autres exposés à éprouver cette déception. C'était Tindustrie de luxe qui leur fournissait le pain de chaque jour. Gomment vivraient-ils ailleurs ? Ils ne savent faire que Tarticle Paris. Cependant le mal, même alors, n'est pas aussi grand qu'on pourrait le croire. Il y a quelque embarras à la vérité, une difficulté réelle. Mais ils ne sont pas forcés de rester dans cette localité. Ils peuvent en choisir une autre. Et ce n'est pas un privilège, une faveur, c'est un droit. Us n'ont qu'à prévenir le maire de leur prochain déplacement.
Le défaut de la surveillance actuelle, la vraie cause d'un grand nombre de condamnations pour rupture de ban, c'est le séjour forcé de six mois auquel le surveillé doit se résigner avant de quitter la ville où il est allé d'abord.
§VI
DÉNOUMENT
Les condamnés correctionnels destinés aux prisons départementaleîs, attendent à la Souricière, le passage des voitures cellulaires, tandis que les condamnés à la réclusion, aux travaux forcés, ou à la peine de mort, vont attendre à la Conciergerie leur transfèrement.
188 LE JUGEMENT — conciBacBRiE
Jusqu'alors c'était la lutte, rinformation avec ses révélations inattendues, la prison préventive avec ses alternatives d'espoir et de découragement. C'est, à présent, l'heure des réflexions graves II y a transformation. Le prévenu s'imposait un rAle. Subitement le condamné redevient lui-même, insouciant ou triste, endurci dans le mal ou repentant, selon sa nature, soulagé ou accablé.
Soulagé quelquefois.
Supposez qu'il fût question de coups et blessures suivis de mort. La préméditation établie, une peine grave est encourue. Est-il admis, au contraire, qu'on se trouve en présence d'un meurtre commis dans l'ivresse ? La maison centrjile suffira, et, dans cette maison, un séjour de durée moyenne. Dans ce dernier cas, le détenu délivré de sa crainte, délivré de l'obsession de ses antécédents judiciaires qu'il sentait, par surcroît, peser lourdement sur lui, respire et se dit qu'il a été heureux encore.
Accablé, plus souvent.
Dans sa cellule, le prévenu se défendait contre les attaques, les reproches de sa propre conscience. Il s'était jugé lui-même. Il s'était promis l'acquittement peut-être, si les preuves matérielles manquaient à ses yeux. Tout au plus s'attendait-il à deux ou trois ans de prison. L'homme est sujet à ces illusions. Alors la sentence, réclusion, travaux forcés pour huit, dix, quinze ou vingt ans, tombe sur lui comme
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un coup douloureux au delà de toute expression, comme un malheur irréparablf , inattendu. Elle pèse, elle Taccable.
Brusquement le naturel reparait, Thomme avec son vrai caractère, sa force ou sa faiblesse.
L'habitué des prisons parle de tout ce qui vient de se passer avec un ricanement nerveux.
Les affiliés à une bande qui ont joué « à Tagneau » pendant la durée de la prévention, retrouvent toute leur brutalité habituelle, après avoir entendu le jugement prononcé. Malheur à celui qui a fait des aveux ! Le moment de l'expiation est venu pour lui. Le signal est donné. Les coaccusés culbutent un moment, par surprise, les gardes municipaux. Ils se précipitent sur le révélateur, et le frappent, le mordent, cherchent à le défigurer. Un chef de bande se fit couper un doigt par les gendarmes qui avaient dégainé. Ils serrait dans ses mains le cou du dénonciateur et ne voulait pas lâcher prise ^
Les condamnés correctionnels destinés aux maisons centrales ne prennent pas facilement leur parti, s'ils sont frappés sévèrement, de 1^ dure sentence qu'ils viennent d'entendre prononcer. Il leur reste la voie de l'appel.
N'espérez plus leur arracher un aveu, un mot de repentir. Us sentent que pour qu'on puisse croire à