PRISONS DÉPARTEMENTALES — I. sainte-pélagie
tenus et Grande-Roquette, quelques divisions sont réservées aux prisonniers de la même catégorie. Mais la prison a une destination spéciale : prévention, dépôt provisoire, maison d'arrêt, de justice, etc. Au contraire Sainte-Pélagie et la Santé reçoivent presque exclusivement les condamnés à un an et au-dessous.
La Santé est mixte, c'est-à-dire divisée en deux grands quartiers, Fun cellulaire, l'autre commun. Sainte-Pélagie n'a pas de cellules. Il sera possible, après avoir donné sur ces deux prisons les explications indispensables, de porter un sérieux jugement sur l'un et l'autre mode de répression, sur les deux systèmes d'emprisonnement comparés.
Pour les sceptiques qui ne veulent pas croire à l'amendement, le choix du système importe peu. L'engouement pour le régime adopté dans les prisons d'Amérique aurait commencé vers 1836, à l'époque où M. de Tocqueville revenant des États- Unis publia son livre bien connu *. Il aurait cessé sous l'Empire. Enfin quelques hommes, ceux-là mêmes qui avaient préparé sous la monarchie de Juillet la réforme pénitentiaire, ou les fils qui ont hérité de leur nom, de leur position, et en même temps de leurs chimères, auraient profité de la liberté de discussion plus large dont on jouit sous
•I . Du SysUme pénitentiaire aux États-Uniê et de ton application en France. 1836.
la République, pour attirer de nouveau Tattention sur ces études et sur ces projets.
Exposer aipsi la question, c'est d'abord commettre une erreur aupoint de vue historique. Mais c'est aussi porter un jugement faux et superficiel ; c'est parler légèrement d'un mal trop visible et trop certain.
En réalité, c'est au xviii® siècle, qui a tout soumis à son examen curieux, cherchant déjà, avant la Révolution, à résoudre tant de problèmes, c'est à Servan, Voltaire, à Beccaria qu'il faut attribuer, sur la gravité des délits et l'efficacité des peines, les recherches, les premiers doutes sérieux, et des préoccupations qu'on n'a plus cessé d'avoir.
En 1772, sous Marie-Thérèse, a lieu un premier essai en Europe de travail en silence dans une prison de Gand * .
En Amérique, dès l'année 4786, le système de l'emprisonnement séparé était établi dans la maison de Valnut-Street *. Puis, ces premiers essais ayant donné de bons résultats, on l'introduisait successivement dans le Maryland, le Maine, le Nouveau- Jei'sey et la Virginie. Aux noms si connus du pénitencier de Philadelphie, Cherry-Hill, et d'Aubum dans l'État de New-York, se lie le souvenir de cette transformation et des progrès rapidement accomplis.
La Révolution française s'efforce de faire dispa-
i . Bnquéte parlementaire^ t. VU, rapport de M. Bérenger. 2. F. Desportes, la Réforme des prisons, i862.
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raitre tout ce qu'il y a d'inhumain dans les usages de Tancienne justice criminelle, la gêne, le carcan, la marque, la roue, le chevalet, l'écartellement, le billot, et propose même d'abolir la peine de mort. On trouve déjà dans le rapport de Lepelletier de Saint-Fargeau sur le projet de Code pénal, la proposition de remplacer les galères par l'emprisonnement à long terme.
L'Angleterre, avertie par ces expériences qu'il y a des progrès à faire et que le vieux système de répression doit être abandonné, commence par reconstruire ses prisons.
En France, TOrdonnance du 9 septembre 1814 prescrit, à Paris, la création d'une prison d'essai, dans le but de donner, s'il est possible, aux criminels, une direction propre à les transformer. On se demande déjà si ces ennemis de la société ne pourraient pas, mieux dirigés, surveillés et instruits, devenir des citoyens utiles.
Presque au début de la Restauration, une Société royale pour l'amélioration des prisons est formée, par Ordonnance du 9 avril 1819. En même temps, des livres, des écrits périodiques sont publiés pour attirer l'attention sur cette matière, pour éclairer l'opinion et préparer des réformes. La Société royale ne cessa de fonctionner qu'en 1829.
La même préoccupation se retrouve, sous le nouveau Gouvernement, dans l'Adresse présentée par
les députés, le 6 octobre 1830. Pourquoi les représentants du pays, sous tous les régimes, expriment-ils le même vœu ? La réponse est bien simple. C'est qu'il y a là un besoin profond. La statistique, Tinstructive statistique criminelle, signale d'année en année une effrayante augmentation du nombre des récidives.
L'étude des réformes à introduire dans le système pénitentiaire n'a pas cessé sous le gouvernement do Juillet d'être à l'ordre du jour. On veut, par l'isolement, empêcher le prisonnier de faire des progrès dans le mal, de se corrompre dans la prison même. Il y a déjà, pour ceux que cette étude intéresse, des sources où ils peuvent puiser la science et l'enseignement, une doctrine. Le Gouvernement, après une enquête faite en France et poursuivie à l'étranger *, s'arrête au système auburnien du travail en commun et en silence pendant le jour, et de la séparation de nuit.
Adopté à la Chambre des députés, avec des modifications dans le sens de l'isolement absolu * le projet du Gouvernement n'était pas destiné cependant à être mis à exécution '. La Chambre des pairs demande l'avis de tous les hommes compétents, de la Cour
A ^ Missions de MM. de Tocqaeville et Elie de Beaumont, après 1830, et de MYI. de Metz et Blouet, en 1837, aux Etats-Unis.
2. Sur la proposition de M. de Lamartine, on admit qu'après dix ans de cellule les détenus seraient transportés hors du territoire de France, sans cesser d'être à la disposition du Gouvernement.