‹ Les prisons de ParisChapitre 79 sur 118 · PROGRÈS MORAL DANS LA CELLULE U · texte numérisé non relu

PROGRÈS MORAL DANS LA CELLULE U

L'aumônier essayait un jour de retrouver chez l'un de ces malheureux quelque affection, quelque sentiment du devoir et de la responsabilité. 11 écouta longtemps, ayant sur les lèvres un vague sourire. Il dit enfin : « Vous parlez de famille ! J'ai réduit la » mienne au désespoir et je me suis indignement » joué de son affection. Vous parlez d'honneur ! . . . i) Je ne sais plus ce que c'est. J'ai vécu des honteux » profits de quelques femmes perdues. J'ai pris un ») jour une guitare, moi qui avais reçu une certaine )) instruction, moi qui avais connu l'aisance, et je I) suis allé dans les cafés, chanter et quêter des « sous. Vous voyez bien que vous parler en vain. Il » est trop tard. J'ai bu toute honte. »

Mais on trouve dans la cellule également, et bien plus souvent que dans la prison commune, des hommes qui ne sont pas encore pervertis, des jeunes gens surtout, qu'il vaut la peine d'instruire après les avoir isolés.

Un alcoolisé était arrivé presque au degré d'hébétement qui rend nécessaire l'entrée à Sainte-Anne, au moment où on l'arrêta. Il répondait à peine à ce qu'on lui disait. Dans ses idées il n'y avait plus de suite, rien que de vague et d'incertain.

Il avait entendu dire qu'il était à la maison de la Santé, et il prens^it la Santé pour une dame. Un jour, il demande à l'aumônier si, par hasard, il la connaît, lui présente une lettre et le prie de la lui

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remettre, pour obtenir quelque faveur. Le ministre du culte reçoit le papier et lit ces mots sur Tenveloppe : A madame, madame la Santé, à Paris.

Il était condamné à six mois ; c'est dire qu'il dut s'abstenir de vin et de liqueurs pendant cette période. Il sortit guéri. La cellule, avec la vie calme et les privations imposées, l'avait soustrait à la tyrannie de l'habitude et l'avait débarrassé de son mal *.

Un jeune homme de dix-sept ans, presque un enfant, savait lire et ne savait pas écrire. Ce n'est pas rare. En commun, il n'avait reçu que de mauvais conseils, dans la cour, à la sortie des ateliers. Mais il est seul, en cellule. Il se hâte au travail. Il consacre chaque jour, quelques heures à imiter les lettres tracées sur des modèles d'écriture qu'on lui a procurés. En neuf mois, il avait appris seul. Il savait écrire.

L'aumônier peut remarquer qu'un détenu sans grande instruction, entièrement privé de cette éducation qu'il faut surtout demander à la famille, a le sens moral, mais non développé. La cellule est favorable. Il faut revenir souvent, instruire ce détenu, lui donner des vues certaines sur la morale, lui découvrir les devoirs de l'homme dans leur ensemble, lui révéler l'âme. C'est facile dans le

< . Ce n*est pas une exception. Ce bon efret de la cellule pourra souvent être constaté. M. Rouvillc, aumônier depuis vingt ans, signale parmi les causes les plus fréquentes de Temprisonnement, le célibat, l'abus des liqueurs et du tabac.

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