PROGRÈS MORAL DANS LA CELLULE
tête-à-tête; ce serait impossible sous le régime en commun.
Ne serait-ce pas un crime, en vérité, d'exposer au contact et au mauvais conseils d'hommes qui sont irrémédiablement pervertis, ces jeunes gens? On peut avoir commis un vol, une escroquerie, par légèreté dans Tentraînement de la jeunesse. Combien de détenus de dix-huit à vingt-cinq ou vingtsix ans sont dans ce cas ! On peut avoir commis même un acte grave d'immoralité et se trouver suffisamment averti par un premier châtiment. On peut avoir été condamné pour coups et blessures, et cependant, être vif et brutal plutôt que méchant. Voilà riieureuse influence de Taumônier, de la cellule : parler à ceux qui peuvent écouter encore, les isoler afin qu'ils ne restent pas exposés à la contagion, et après avoir acquis l'assurance qu'ils ne sont pas incurables, entreprendre de les guérir.
Ce qu'on ne sait pas comprendre habituellement quand on s'occupe de déterminer le régime auquel doivent être soumis les détenus, c'est la nécessité d'établir une juste distinction.
La loi de 1875 sépare avec raison les malfaiteurs d'habitude et les récidivistes presque incorrigibles des hommes qu'un premier châtiment suivant une première faute doit sévèrement avertir.
On dit que les détenus, d'ordinaire, manquent d'instruction. C'est mal parler. C'est l'éducation
' "* * * Vj
252 PRISONS PÉPARTE3IENTALES — II. la sapîtk
qui a manqué. Elle reste à faire ou à compléter, non sans espoir de succès, lorsqu'une seule faute a été commise.
Toute la mission de Taumônier est là, et, en même temps, dans sa difficulté et sa grandeur, le devoir de la société qu'il représente, auprès du détenu.
II est vrai que cette solitude semble parfo's insupportable.
On veut a disposer le coupable au recueillement, » à la méditation, et au repentir dans sa cellule soli- » taire » ^ C'est bien, mais à la condition de ne pas aigrir le prisonnier et de ne compromettre en aucune manière sa santé.
Certainement la distraction manque. Il ne faut pas, comme on Ta fait jusqu'ici dans les ouvrages spéciaux, dire que les aumôniers, les instituteurs, les visiteurs charitables, procureront la distraction au prisonnier. Pour se distraire et s'amuser il faut être libre. Il faut avoir à peu près même rang, même instruction, mêmes goûts. Qui va au sermon par plaisir? Personne. La morale est bonne, utile, mais elle ne distrait pas . U faut un jeu pour distraire. De la morale, cela n'est jamais amusant.
Ce qui est vrai, c'est que l'arrivée du visiteur fait paraître un moment cette vie moins monotone. Si