‹ Les prisons de ParisChapitre 96 sur 118 · Sans autre différence qu'une réduction du pécule · texte numérisé non relu

Sans autre différence qu'une réduction du pécule

2, Loi du 20 mai 1854, article A.

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L'entrée au quartier d'amendement qui parait si favorable, au premier abord, n'est qu'une insuffisante application du système de séparation par catégories.

Il ne faut pas attendre qu'ils soient arrivés à la maison centrale pour les disputer aux mauvaises influences. Il faut s'efforcer de leur donner, à la Roquette, dans ce milieu même où ils rencontrent pour la première fois les criminels, le goût d'une nouvelle vie.

Que la famille comprenne bien ses devoirs dans ce momentrlà! Qu'elle ait le sentiment de la solidarité entre tous ses membres, sans exclure les coupables qui sont en même temps des malheureux. Jamais son action bienfaisante ne fut plus nécessaire. Le prisonnier est le premier à l'appeler de tous ses vœux. On voit des mères de coadamnés venir jusqu'à la dernière heure, jusqu'au départ, auprès de leur fils plusieurs fois frappé par la justice, ne pouvant se résigner à l'abandonner. Si elles n'écoutaient que la raison, que ne diraient-elles pas? Il a vingt fois promis de changer de conduite. Les siens ont eu la douleur de voir leur nom exposé au mépris public dans la chronique des tribunaux 1 Elle doit parfois se traîner, malade et désolée jusqu'au parloir de la Roquette. Elle vient, cependant. Voilà le sentiment vrai ! Une mère sent qu'elle doit être la dernière à désespérer. Quant aux autres parents, fré-

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rcs, sœurs, ils sont ordinairement découragés, non point après deux ou trois condamnations, mais après une seule. Honteuse, inexcusable indifférence !

Que le détenu de son côté, apprenne à persévérer et sache â'aider lui-même, parla réflexioA, par des lectures.

On ne s'est pas encore occupé avec unô sérieuse attention de composer la bibliothèque des prisons. Il y a 1,800 volumes à la Roquette, et non 1,800 ouvrages. Ce n'est pas assez. Ce n'est presque rien, si l'on remarque que ces livres ont été pour la plupart imprimés il y a un ou deux siècles, et que plusieurs sont malheureusement sans valeur.

L'histoire ou le roman, la science amusante, Jules Verne, Gooper, Dickens, voilà ce que demandent presque invariablement les prisonniers. Sur 1,800 volumes, ISO, toujours les mêmes, sortent de la bibliothèque. Puisque les détenus aiment ces sortes d'ou^Tages, combien de récits de voyages, de découvertes scientifiques, d'oeuvres morales diverses ayant la forme attrayante du roman pourrait-on mettre encore à leur disposition!

Parmi les livres sérieux, le Consulat et l'Empire, le Génie du Christianisme et les Oraisons funèbres sont quelquefois demandés. Qui voudrait croire qu'on lit à la Roquette, Thiers, Chateaubriand, Possuet?

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Les détenus qui ont déjà vécu à Tétranger, ont un goût vif pour les langues. Us ont en outre assez souvent une remarquable disposition à les apprendre. Ils demandent des grammaires, des diotionnaires, des manuels de la conversation. Ne pourrait-on pas* les leur procurer, et surtout* avoir en réserve plusieurs exemplaires du même ouvrage à la bibliothèque?

Ce n'est pas une collection de vieux livres trouvés çk et là, c'est une bibliothèque spéciale qu'il faudra mettre à la disposition des prisonniers désireux de revenir au bien, lorsqu'on voudra réellement travailler à la régénération du détenu et accomplir ]a réforme pénitentiaire.

§iv.

Tout passe ! L'ancienne Roquette étrange et pittoresque des dessinateurs et des romanciers n'e t plus qu'un souvenir. La science, et surtout ici la science pénitentiaire, est venue transformer toutes choses. On n'est plus forçat; on ne va plus au bagne. Lorient disparait en 1830; Brest et Rochefort sont fermés en 18S0. Toulon même est remplacé

comme lieu de dépôt avant le voyage, par Saint- Martin-de-Ré. Le condamné aux travaux forcés est un transporté. Il n'eist plus mis à la chaîne, mais il fait ses paquets pour la Nouvelle,

Un condamné, naguère, faisait ses adieux aux amis, au moment du départ. Vingt ans de travaux forcés! C'était comme une peine perpétuelle, pui»qu 'au-dessus de huit ans les transportés ne peuvent plus revenir. Et pourtant, il paraissait exprimer devant ceux qui l'entouraient ses vrais sentiments en s'écrîant : « C'est le plus beau jour de ma vie I Je ne serais pas plus content, si je recevais aujourd'hui même cinquante mille francs! »

Voilà l'effet de la transportation, s'écrient aussitôt les adversaires de cette peine. Elle plaît au lieu d'intimider! Un réclusionnaire, moins coupable, est puni plus durement. Les criminels pourront agir sans crainte. Ils attendent comme une faveur ce que la loi prétend leur infliger, la peine capitale exceptée, comme le suprême châtiment.

La chose, il faut en convenir, est assez nouvelle en France, si l'idée ne l'est pas.

Au siècle domier déjà des bandits et des filles publiques étaient, à la demande de Law, le trop célèbre financier, envoyés comme colons au Mississipi. Les Anglais de leur côté, poursuivaient en Australie, on sait avec quel succès, une tentative déjà faite en Amérique.

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En France, Fessai ne fut pas ccmtinué, bien que la transportation eût été conservée comme peine dans le Code de 1791.

Le Second Empire à ses débuts, établit tout à coup, par un décret, la peine de la transportation avec application immédiate*. C'était une mesure politique. Aux yeux de tous ceux qui l'avaient repoussée quelques années auparavant dans les Chambres, ce fut un expédient sans valeur, un acte arbitraire, déraisonnable et funeste.

Cest ce qui explique qu'il reste encore aujourd'hui des adversaires très ardents et très décidés de la transportation.

Elle était imposée paV le nouveau gouvernemeat. Elle semblait empruntée à F Angleterre. C'était une niesure nouvelle qu'on avait cru pouvoir prendre sans répondre aux plus sérieuses objections. Elle fut, et elle est encore, vivement critiquée.

Cependant le gouvernement ne renonçait pas à son idée. Le décret du 8 décembre 1851, infligeait la peine de la transportation à Cayenne ou en Algérie, pour cinq ans au moins et dix ans au plus. Cette disposition était applicable à tous les individus arrêtés pour avoir fait partie d'une société secrète, et à tous ceux qui se trouvaient en état de rupture de ban. L'année suivante, un nouveau décret permit •

i. Décret du 8 décembre issi.

d'envoyer les condamnés aux travaux forcés à la Guyane, sans attendre la loi qui devait modifier sur ce point le Code pénale En conséquence, le premier départ eut lieu. 311 forçats des bagnes de Brest et de Rochefort partirent sur U Allier, le 31 mars 18S2, et ils arrivèrent le 10 mai aux Iles du Salut.

Cette loi qu'on attendait, depuis le décret de 18S4, c'est la loi du 30 mai 1854, actuellement en vigueur.

11 n'y a de changé depuis lors que le lieu désigné pour recevoir les transportés.

Pendant les dix premières années la Guyane avait été la grande colonie pénale. Mais une mortalité terrible, des symptômes insurrectionnels, les déceptions éprouvées par suite de l'inexpérience de l'administration pénitentiaire en matière de transportation *, ne tardèrent pas à avertir qu'où aurait bientôt à faire choix d'une autre colonie. Dans les trois derniers mois de l'année 18S3, sur 2,S00 déportés, 168 moururent *. Pour une grande partie du pubJic français, pour les parents des condamnés politiques surtout, il n'y eut bientôt plus de différence entre envoyer quelqu'un à Cayenne et l'envoyer à la mort. Il avait fallu, presque aussitôt, par décret du 23 décembre 18o3, décider que les condamnés politiques seraient provisoirement conduits à Lambessa en

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