DISCOURS DE M. DE NOAILLES
DIRECTEUR DE L ACADEMIE
Prononcé dans la séance publique du 28 aoùo ISoi.
L'Académie Yisïxi d'honorer et d'encourager à la fois divers essais qui lui oat été soumis, et par les récompenses qu'elle a distribuées avec son discernement accoutumé et par l'éloquent rapport qui, en les proclamant, y a joint l'éclat d'une critique savante et lumineuse, commentaire habituel et toujours heureux de vos décisions.
Mais l'Académie n"a pas achevé sa tâche. L'homme vénérable qui a fait un si bel emploi de sa fortune en faveur de l'humanité, M. de Montyon, a voulu que la vertu simple et obscure reçût aussi de vos mains son titre à la reconnaissance et à l'admiration publiques. En chargeant le corps littéraire le plus illustre d'être l'exécuteur de sa volonté, il semble avoir eu l'intention de rappeler que la vertu ne doit jamais être séparée du talent, que la véritable source du beau est dans la morale, et que la déhnition que l'antiquité a faite de l'éloquence n'a pas cessé d'être vraie : Vir bonus, dicendi jierîtus.
Mais il semble qu'il ait voulu davantage. On dirait
qu'n a pressenti que la classe inférieure et pauvre deviendrait bientôt le point de mire de ceux qui rêvent le bouleA'ersement d'à la société, et qu'à l'aide de théories perfides on s'efforcerait de la révolter contre sa destinée et d'ébranler par ses mains Foi-dre social, qui l'écraserait elle-même sous ses débris. Tout prend un ca-ractère grave, messieurs, tout porte à de sérieuses pensées dans le temps où nous vivons. M. de Montyon, en tournant ses regards vers le peuple, y attire les nôtres ; il le relève à ses propres yeux par le spectacle de ses vertus; il- escite notre émulation par son exemple ; il appelle notre attention sur ses misères en nous chargeant de récom^ penser ses belles actions, et nous forçant de remonter, par Fétude même des intéressants dossiers où elles sont consignées, à ce qui presque toujours en est ia véritable origine, la religion et la foi, il nous montre, en présence des dangei^ qui nouë menacent, le remède qui est au milieu de nous.
On s^épuise, en effet, en combinaisons chimériques pour guérir les maux d'une société où, quoiqu'on fasse, ils seront toujoui^ trop nombreux; on s'en prend à sa constitution même, et, après avoir successivement re»K versé les divers remparts qui la défendaient, on voudrait en déraciner les bases, sans s'apercevoir que la pensée vitale manque à tous ces projets , que c'est l'homme lui-même qu'il faut réformer pour que la société soit meilleure, et que le véritable instrument de cette réforme est trouvé depuis longtemps. En agissant sur Fàme humaine, et en exerçant leur empire sur tous les rangs, les préceptes sublimes de la morale évangélique ont seuls le secret de corriger, par le perfectionnement de l'individu, ce que les sociétés ont d'imparfait, sans les troubler ni les dissoudre ; d'y assurer en même temps le progrès et le repos, d'en ado^.cir les
maux et d'y répandre le bien-être, autant que le comporte toutefois la triste condition de Thumanité. Quoi qu'imaginent les hommes, la philosophie de l'Évangile fournira toujours les meilleurs éléments de la théorie •sociale. Qu'on suive partout ses leçons, et il n'est plus besoin de rien innover dans la langue ni dans les lois ; le socialisme n'est pas nécessaire, la charité suffit.
Aussi, messieurs, est-ce la religion elle-même qui aujourd'hui, et comme pour rappeler ces grandes vérités, paraît en personne, pour ainsi dire, sur le premier plan du tableau que j'ai à tracer devant vous. Chaque année on soumet à votre jugement et on recommande à l'estime générale une série d'actes choisis parmi un grand nombre qui révèlent l'existence d'une foule de vertus ignorées, presque toujours inspirées par la religion.
Cette fois, c'est à la religion même que nous rendrons un hommage direct, dans la personne d'un de ses ministres, M. l'abbé Bertran, curé de Peyriac-Minervois, département de l'Aude, qui, entouré des bénédictions d'un pays tout entier, pratique avec le plus utile dévouement la charité qu'il a mission d'enseigner.
Il lui a fallu, messieurs, conquérir en quelque sorte la contrée dont il est à présent la providence par ses bienfaits. Envoyé en 1834 dans cette paroisse de mille cinq cents âmes, où de graves désordres avaient éclaté, il en fut repoussé par presque tous les habitants, et n'y put pénétrer qu'à l'aide de la force publique, au milieu des cris menaçants d'une population divisée entre elle et ameutée contre lui. Son premier acte fut de demander la liberté de ceux qui avaient été arrêtés à son occasion, et ses premières démarches empreintes d'une douceur évangélique qui aurait dû faire tomber toutes les préventions. Il lui fallut néanmoins deux années de patience
et d'abnégation pour vaincre toutes les résistances; puis cet heureux ascendant qui appartient à la vertu éprouvée et reconnue rétablit partout la paix et la concorde, qui depuis ne furent plus troublées un seul jour, pas même dans les moments les plus critiques de la dernière révolution.
Sûr alors de son terrain, il ne mit plus de bornes à son zèle. Je ne parle pas de ce pieux et infatigable empressement à soigner les malades, à consoler les affligés, à soulager les malheureux, vie commune à tant de pasteurs de nos villes et de nos campagnes. Mais possesseur d'un petit patrimoine, il résolut de le consacrer entièrement au bien-être de ses paroissiens. Non-seulement il fit restaurer à ses frais l'église, le presbytère, et le cimetière dévasté par une inondation, mais il eut la pensée de fonder un grand établissement oii la pauvreté, la vieillesse et l'enfance trouvassent soulagement et abri. Il acheta un terrain, dirigea lui-même les travaux, et son intelligente activité vit bientôt s'élever un édifice où soixante jeunes filles de Peyriac trouvent en ce moment, sous la direction de pieuses sœurs de charité, dans une école et un ouvroir, une éducation gratuite et chrétienne, appropriée à leur condition. En même ^emps, cinquante enfants de trois à six ans y sont gardés dans une salle d'asile par d'autres sœurs, et peuvent laisser ainsi leurs pauvres familles vaquer à leurs travaux. Enfin, une vaste salle, dite la Crèche, destinée à recueillir quarante enfants de dix mois à trois ans, rend aux parents un service analogue, tout en assurant à ces petits êtres les soins qu'ils pourraient attendre de la vigilance maternelle. En outre, huit places sont réservées pour huit orphelines du canton ; et sans parler des premiers secours qu'y trouvent à tout instant les malades, il s'y prépare encore un local, habilement
disposé, pour recevoir les yieillards des deux ?exes. La charité paternelle et prévoyante peut-elle s'étendre plus loin ? Tous les âges de la ^^e ne trouvent-ils pas à Peyriac, sous le même toit, et dans cette touchante sollicitude du pasteur, les secours que leurs besoins réclament ? C'est à cette belle œuvre que le curé de PejTiac a consacré toute sa fortune; il y a dépensé 70,000 francs, et a pu assurer 4,000 francs par an pour soutenir la maison.- Mais il s'y est ruiné et ne possède plus rien ; il est devenu pauvre lui-même.
L'x'^.cadémie, sur l'attestation et les ■ST.ves recommandations de l'évêque, du préfet, des autorités locales, du conseil général, de la voix publique enfin, l'Académie n'a pas hésité à déeerner, en une médaille de 3,000 francs, le premier prix à M. l'abbé Bertran. Non-seulement son généreux désintéressement le mérite, mais elle a voulu rendre hommage en sa personne au clergé tout entier, dont les nombreux actes de bienfaisance, se confondant avec san devoir, échappent presque toujours à la publicité. Ce que l'abbé Bertran a pu faire avec éclat, le clergé le fait en détail chaque jour, sous d'autres formes et sans bruit. Que de bonnes œuvres et d'utiles fondations n'a-t-il point inspirées ? Que de dévouements inconnus, et de bien accompli par son intervention personnelle et directe? Qui le nierait, messieurs? le clergé français, si célèbre de tout temps par sa science et ses lumières, et à la gloire duquel les jours terribles de la Révolution ont ajouté la palme du martyre, le clergé se rend aujourd'hui plus respectable que jamais par sa régularité, son applieatian exclusive à sa mission sainte, son abnégation et sa charité. Rendons-lui ce témoignage, et applaudissons-nous de pouvoir saisir sur le fait, pour ainsi dire, une de ces vertus évangéliques, dénoncée en
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quelque sorte par la renommée, pour honorer en ellô. toutes celles que nous ignorons.
C'est, messieurs, le même sentiment de fui religieuse qui a inspii^é à la demoiselle Julie Camet la pensée de consacrer sa vie tout entière à l'enfance et au malheur, et qui chaque jour fait faire à sa tendresse pour les pau- ATes de vrais miracles. Qui croirait qae, dans la petite Aille d'Upie, arrondissement de Valence, elle ait pu fonder, il y a plus de trente ans, sans aucune autre ressource que son zèle et les dons qu'elle alla mendier^ un asile destiné à de jeunes filles abandonnées ou indigentes? Une vieille maison louée, un peu de paille ramassée de droite et de gauche, quelques meubles d'emprunt, tels en furent les commencements. Vingt jeunes filles, puis quarante, et aujourdhui quatre-vingt-quatre, sont logées, nourries et instruites dans cette maison, qu'on a pu agrandir d'une maison voisine. L'éducation qu'elles y trouvent est toute rehgieuse ; l'active et pieuse directrice ne cherche qu'à en faire de bonnes chrétiennes et de bonnes ouvrières ; et la ville d'Upie et les environs sont déjà remplis de ses élèves mariées ou établies, recherchées dans toutes les familles et qui toutes donnent par leur conduite les meilleurs exemples dans le canton. Parmi les maîtresses qui secondent ses efforts, il en est trois qu'elle recueillit et qu'elle apporta elle-même dans son tablier à l'âge de deux ans et qui en ont vingt-huit aujourd'hui. Mais il ne faut pas s'imaginer que Julie Camet ait, pour soutenir son établissement, d'autres moyens que ceux qui lui ont servi à le fonder ; le miracle subsiste. Elle va, sans cesse, sans compter ses infirmités et ses fatigues (elle a soixante-sept ans!), sans se soucier de l'intempérie des saisons, sans se rebuter des refus qu'elle éprouve ; elle va de tous cotés^ quêter le blé de la semaine, le linge et les vèiements de
ses enfants, sans jamais douter du secours de la Providence ; et la Providence ne lui a jamais manqué. Et cependant tant de peines et de soins n'absorbent et n'épuisent pas son zèle ; il lui en reste pour secourir d'autres infortunes. Elle a l'œil sur toutes celles du pays. Elle panse les plaies des malades, secourt les infirmes et les indigents, les visite dans leurs plus misérables réduits, les en tire quelquefois et les recueille dans sa maison, où elle trouve encore de quoi les soulager et les nourrir. Nombre de faits de cette nature se trouvent consignés dans les pièces qu'on nous a transmises , comme un délassement de la grande entreprise à laquelle elle s'est consacrée.
Tels sont les prodiges que la charité, inspirée par la foi, fait accomplir à une pauvre femme dénuée de toutes ressources personnelles. L'Académie lui décerne un prix de 2,000 francs, et sait qu'elle ne fera par là que s'associer à ses bonnes œuvres.
Deux prix de 2,000 francs seront également accordés à Bernard Poujade, éclusier en Tarn-et-Garonne, et à Jean -Baptiste Prat, du département de l'Isère, pour leur dévouement et leur courage.
Le premier, honoré déjà de trois médailles du gouvernement, en témoignage de l'intrépidité avec laquelle, sans se lasser, depuis l'année 1825, il affronte également les flammes et les eaux, quand il s'agit de sauver ses Semblables ;
Le second, honoré de deux récompenses publiques, et auquel quatre personnes qui se noyaient ont dû la vie, par le mépris qu'il fit de la sienne. A ces belles actions, inspirées par l'élan spontané d'une âme généreuse, Jean- Baptiste Prat a joint le mérite persévérant et réfléchi
d'avoir nourri et élevé chez lui, depuis quatorze ans, deux orphelins restés, à la suite d'une épidémie, dans un dénùment absolu; et cependant il est pauvre luimême, il n'a que son travail pour vivre, et se trouve chargé de cinq enfants que ni lui ni sa femme ne traitent avec plus de soin et d'affection que ceux qu'il a si charitablement adoptés.
Il est, messieurs, un ordre de vertus qui occupe une assez grande place dans la touchante nomenclature qui se déroule ici devant vous, et auquel l'Académie se plait à accorder ses éloges : c'est le dévouement et la fidélité d'anciens domestiques. Les mœurs patriarcales qui faisaient autrefois regarder comme étant de la famille les serviteurs de la maison, ce qui établissait entre eux et les maîtres un lien plus sûr et plus relevé que celui du salaire, ces mœurs se sont fort effacées avec tout ce qui s'est effacé du passé : mœurs regrettables, où le respect et le dévouement d'un côté, les soins et l'affection de l'autre, adoucissaient la différence des conditions et ennoblissaient les services. Toutefois, ces traditions ne sont pas éteintes dans toutes les âmes ; il en est où elles revivent par le noble instinct qui porte l'homme à se dévouer à son semblable, et qui l'attache à lui en proportion même des soins qu'il lui rend.
Elisabeth Princet peut en être citée comme un modèle. Agée aujourd'hui de soixante-seize ans, elle sert depuis cinquante ans les mêmes maîtres ; et depuis trente-cinq, depuis que des pertes commerciales, et plus tard celle du peu de capitaux qu'ils avaient conservés, les eurent privés de toutes ressources, elle les sert gratuitement, passant les jours et souvent les nuits à travailler pour eux, se privant des choses les plus nécessaires, et quel-
quefois de rïourrititre, afin <pie sa vieiKe maîtresse, laseule qui ait survécu, infirme et aveugle aujourd'hui, ne manque point de ce qui lui est indispensable. Tant d'années passées dans l'abnégation la plus complète, dans des privations continuelles, et dans un dévouement de chaque jour, sans se lasser jamais, et sans avoir eu un: seul instant la pensée de quitter ceux dont elle ne pouvait rien attendre, c'est de la part d'Elisabeth Princetun exemple de persévérance et d'attachement que l'Académie ne croit pas trop récompenser par un prix de 2-000 francs.
A sa suite viennent Julie Benoit, de Bordeaux, qm^ après avoir servi ses maîtres dans l'aisance, a continué axrssi à les servir dans la détresse, leur livrant ses épargnes, travaillant aussi pour eux, et n'en ayant été séparée que par la mort au bout de trente-trois ans, dont vingtquatre s'étaient écoulés sans qu'elle eût reçu d'eux aucun salaire ;
Vietoire LajMy, d'Argentan, qui pendant de longues années a donné le même exemple de fidélité ;
Marie Jamois, du département de la Sarthe, qui, outre son travail pour subvenir aux besoins de ses maîtres, leur a abandonné toutes ses économies, son petit mobilier et une rente viagère de 200 francs qu'elle possède. L'Académie accorde à chacune d'elles une médaille de 1,000 francs.
Elle décerne deux médailles de 500 francs à Solange- Ségelle et à Françoise Sure pour des mérites semblables-v mais éprouvés par une moindre durée.
Il est encore un genre de dévouement qui n'est à la vérité qu'un devoir, mais dont on ne saurait trop rap-
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peler le caractère sacré : c'est celui qu'imposent les liensdelà famille. Qui eût jamais pensé que les saintes lois de la famille seraient un jour attaquées? Qui eût pu croire que ces trois fondements de toute société humaine, la religion, la famille, la propriété, ces trois grands principes véritablement de droit di\'in, comme on l'a dit, puisque sans eux aucune société ne saurait exister, et que l'homme, créé pour elle, n'aurait plus sa raison d'être; qui eût jamais cru que ces grands principes sociaux seraient hautement méconnus? C'est ce dont pourtant nous avons été témoins, et dont le monde a été effrayé. Non, assurément, qu'il y ait à redouter de voir ces efforts sacrilèges prévaloir contre les lois éternelles de lia Providence; mais on ne- saurait nier ce que de pareilles aberrations jettent de désordre dans les esprits, combien elles affaiblissent dans les âmes le sentiment des devoirs. N'est-il pas consolant, néanmoins, pendant que la famille elle-même se trouve exposée à de tels outrages, n'est-il pas consolant de découvrir dans la dasse indigente de pauvres gens qui la défendent par leurs exemples, qui protestent par leurs vertus, et qui montrent qu'on ne déracine pas du cœur humain les sentiments que Dieu lui-même y a mis?
Élisa Sellier avait quinze ans; elle était l'aînée de neuf enfants, et travaillait comme ouvrière dans une filature à Yillers-Ecalles, département de la Seine-Inférieure. Sa mère meurt ; son i->ère, entraîné par la débauche, oublie tout et abandonne sa maison. Que vont devenir ces neuf malheureux enfants, dont quelques-uns sont encore au berceau? Qui va les secourir, les nourrir, les soigner? Déjà la charité pubhque s'en émeut; mais au milieu d'eux la jeune Élisa se lève, essuie ses larmes, console ses frères, et, sans s'effrayer de sa jeunesse, leur
dit : « Adorons la main de Dieu qui nous frappe, et ayons confiance en lui ! C'est moi qui vous servirai de mère : Dieu me protégera, et m'en donnera la force. » De ce moment, cette jeune fille de quinze ans se met à la tête de la maison. Avec un courage, une volonté, une intelligence au-dessus de son âge, elle pourvoit à tout, soigne les plus petits, se fait aider des plus grands, veille sur tous; et malgré le faible gain de sa journée, elle suffit, à force d'ordre, d'économie et de travail, à l'entretien de toute la famille, sans vouloir recourir à personne : c'est là sa gloire et son orgueil. Non-seulement elle pourvoit à leurs besoins, mais elle songe à leur éducation. Élevée dans la piété par une mère vertueuse, elle leur inspire les sentiments religieux qui sont dans son cœur, leur inculque les principes les plus sévères de l'honnêteté et de la morale, les conduit elle-même à l'église, les envoie à l'école, les habitue à travailler. Aujourd'hui Élisa Sellier a vingt-six ans; et ses frères et sœurs, dont elle a été la Providence, pénétrés à son égard d'une confiance aveugle et si bien méritée, déposent chaque jour entre ses mains les fruits que leur labeur commence à leur donner. C'est elle qui en dispose dans l'intérêt de tous; et, malgré tant de charges, elle n'oublie pas qu'elle a un père, quoique ce père les ait tous si durement oubliés : de temps en temps, lorsqu'elle le peut, elle lui fait parvenir une petite part de ses modiques économies.
Tout le pays a été ému de ce touchant tableau. Quatre cents signatures, à la tête desquelles celle du patron d'Élisa Sellier, puis celles des curés et desservants du canton, des autorités municipales, des propriétaires et industriels, des ouvriers et ouvrières, attestent les éloges universels donnés à la belle conduite de cette jeune fille, citée d'ailleurs comme un modèle d'exactitude labo-
rieuse et de régularité exemplaire, et qui a déjà reçu comme récompense, de la Société libre d'émulation de Rouen, une médaille d'or et un livret de caisse d'épargne de 50 francs. L'Académie y ajoute un prix de 1,000 fr., et joint ses éloges à tous ceux qu'Élisa Sellier a déjà recueillis.
Ici, messieurs, vous verrez un spectacle plus déchirant, mais un dévouement non moins méritoire. La ville de Loudun compte au nombre de ses habitants trois sœurs, pour lesquelles la nature s'est montrée avare de ses moindres bienfaits : l'une, née en 1786, est épileptique et idiote ; l'autre, née en 1792, est épileptique et aveugle ; la troisième, enfin, n'est qu'estropiée et infirme. Ces trois malheureuses femmes avaient un père , Pierre Gharton, décédé en 1839, à l'âge de quatre-vingt-sept ans, qui, atteint lui-même par l'affreux mal qu'il a légué à ses enfants, ne pouvait depuis longtemps pourvoir à la subsistance de sa déplorable famille. Peut-on imaginer plus d'infortune accumulée au sein de la misère? C'est, messieurs, la moins infirme des trois sœurs dont l'àme généreuse sentit de bonne heure que c'était t, elle qu'était dévolu le soin de secourir les deux autres ; elle ne les a jamais abandonnées, et s'est dévouée à elles avec un courage qui ne s'est pas démenti un instant. Pendant cinquante ans elle a prodigué avec une touchante affection ses soins à son malheureux père et à ses sœurs, allant de l'un à l'autre, et souvent ne sachant où porter ses premiers secours ; pouvant à peine se traîner elle-même, et ne trouvant que dans sa piété et dans sa foi la force nécessaire pour remplir avec tant de persévérance un si pénible devoir. L'œil vigilant de la charité n'a pas été longtemps, sans doute, à découvrir l'asile de tant de malheurs et de la vertu qui s'y cachait . On
est venu en aide à ces trois êtres infortunés, auxquels ne peut suffire le travail assidu, mais faible et restreint, de Jeanne CHARTaN. Cependant elle ne mendie pas cette assistance charitable, et soutient sa A'ie et celle de ses sœurs autant qu'elle le peut par elle-même. C'est sa constance, son abnégation, sa résignation courageuse et active dans une position si lamentable, vertus unanimement attestées par le clergé, la magistrature et l'administration municipale, que l'Académie a résolu àe récompenser par une somme de 4,000 francs.
Nous aurions à citer d'autres exemples de ces devoirs de famille religieusement remplis. Antoine Pessoulé, simple faucheur dans les Hautes-P}T:'énées, fils aîné cTu» père infirme, et frère de sept filles ou garçons, tout maladifs, sourds-muets, rachitiques, incapables de gagner leur vie, a soutenu depuis douze ans par un travail excessif, bien qu'ayant lui-même une femme et deux en^ fants, toute cette famille si misérable et si nombreuse.
Césarine Besouetït, ancienne institutrice dans la Haute-Loire, après avoir recueilli un de ses parents qui mourut chez elle, et avoir aidé de tous ses moyens, pen-* da«t quinze ans, la veuve de ce parent, a refusé de grands avantages, quoiqu'elle n'eût presque rien à eltOy afin de se dévouer à sa sœur et à ses six enfan4!s, qui dans leur dénûment sont venus se jeter dans ses^ bras.
Anne Petit, du département de laDordogne, s'est honorée par le dévouement le plus absolu, pendant les dix-huit dernières années, envers; s« sœur et ses nièces infirmes, n'ayant que le produit de ses faibles journées pour les faire subsister.
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Jeanne Collin, de la Haute-Marne, âgée de soixantedouze ans, finit une vie employée tout entière à faire le bien, et vouée particulièrement à Tinstruction religieuse et gratuite des pauvres, en se consacrant depuis vingtquatre ans à son père et à sa sœur, frappés tous deux de paralysie ; elle a quitté une place qui lui promettait un heureux avenir pour s'acquitter exclusivement de ce pieux devoir.
Nous pourrions , messieurs , vous entretenir encore longtemps d'actes semblables. Soins assidus donnés aux pauvres malades par d'humbles femmes, que ne rebutent ni ce que les maladies ont de plus repoussant, m ce qu'elles ont de plus contagieux , dévouements exemplaires dans des épidémies dangereuses , victimes arrachées aux flots ou à l'incendie par de généreux courages, orphelins recueillis et élevés par des individus n'ayant presque aucune ressource pour eux-mêmes , pauvres secourant des pauvres, vies entières passées dans l'exercice d'une charité persévérante, d'une abnégation incontestable et longtemps éprouvée : tels pourraient être les sujets de nouveaux récits qui prendraient place dans ces archives de la vertu que nous voyons avec bonheur se grossir chaque année. Ils feraient retentir à vos oreilles les noms, pour un moment célèbres, d^Anne Parmentier, ouvrière; d'Auguste Denisart, mégissier ; de Henri Janssoone, éclusierprès de Dunkerque ; de Marie Bénezet, institutrice; d'Ursule Loret, fileuse; de la veuve Fournelle, blanchisseuse ; de Joseph Gérard, cordonnier ; d'Anne Lecadre ; de Philibert Lefebvre ; de Jean Meut, charpentier, et de Thérèse Coquart, ouvrière ; personnages simples et modestes, qui ne font le bie» que pour lui-même, ignorant l'éclat qu'on leur donne aujourd'hui, et qui recevront, les trois premiers t,000fr.,
et les autres 500 francs, en récompense de leur conduite.
Vous le voyez, messieurs, le bien se fait partout : chez les pauvres, où il est si méritoire; chez les riches où il est si abondant; et pendant longtemps nous l'avons vu se répandre de plus haut encore, avec une libéralité que l'exil et le malheur, quelle que soit leur date, n'ont point tarie. J'ai vu, loin de la France, des mains royales travailler pour les pauvres de France, et ne conserver, dans le soin d'abondantes aumônes, que cet attribut de leur ancienne grandeur et que ce lien touchant avec la patrie. Rendons grâce à tous, messieurs, et faisons-nous les interprètes de la reconnaissance publique pour tout ce bien accompli à tous les degrés de l'échelle sociale, l'opposant comme un faisceau aux calomniateurs de la société, et l'offrant comme un exemple à ceux qui veulent la défendre et l'améliorer en la sauvant.
Récit des actions vertueuses 2^our lesquelles des médailles ont été décernées par V Académie dans la séance publique du 28 août 1851.
MÉDAILLES DE MILLE FRANCS
Anne Parmentier, commune de Bourdonnay, arrondissement de Château-Salins, département delaMeurthe. — Anne Parmentier, âgée de cinquante et un ans, a voué sa vie entière au soulagement des pauvres. Depuis trente-deux ans, il n'est point, dans la commune qu'elle habite, de malade à qui elle n'ait prodigué ses soins, de moribond qu'elle n'ait consolé, de mort pour ainsi dire qu'elle n'ait enseveli. A tout instant elle est à la disposition des malheureux : le jour, elle abandonne son travail; la nuit, elle se prive de son repos pour aller à leur
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secours ; et bien qu'elle soit pauvre elle-même et déjà infirme, elle n'hésite et ne se fatigue jamais. Tels sont les faits qu'attestent les autorités locales , lesquelles citent une foule de personnes assistées par cette sainte et bienfaisante fille, quelque répugnants qu'aient été souvent leurs maux; en rappelant ainsi qu'au milieu des ravages qu'a faits par trois fois, en 1834, 1845 et et 1849, la fièvre typhoïde dans son village, on Ta vue soigner jusqu'à vingt-cinq à trente malades par jour avec un dévouement que tout le monde admirait.
Sans rien déranger à ses habitudes quotidiennes de charité, Anne Parmentier élevait une nièce privée de sa mère, et pendant trois ans elle s'est chargée de quatre petits orphelins dont le père n'avait d'autre moyen d'existence que la garde des troupeaux.
Cette vie, qui recevra sa récompense dans le ciel, est mi trop bel exemple sur la terre pour que l'Académie ne se fasse pas un devoir de l'encourager, en admettant Anne Parmentier au partage des bienfaits que M. de Montyon a légués à la vertu.
Auguste Denisart, demeurant à Paris, rue Mouffetard, 85, douzième arrondissement, âgé de quarante ans, mégissier de son état, forcé de quiter Paris par manque de travail, était employé temporairement, dans le mois de juillet 1850, chez M. Perreau, marchand de laines à Chambly (Oise). Un incendie éclate dans le village; Denisart y court, il sauve plusieurs personnes. Mais ce succès ne lui suffit pas : touché par les larmes des incendiés, et ne tenant aucun compte du danger, il se précipite de nouveau dans les flammes pour enlever des meubles qui étaient précieux pour ces braves gens. Tout à coup le comble s'écroule, et Denisart tombe, abîmé sous la chute d'une toiture enflammée : c'est à srand'-
peine qu'on parvint aie retirer de dessous les décombres, le visage défiguré et le corps couvert d'affreuses brûlures qui l'ont retenu plus de trois mois à l'hôpital.
Denisart, qu'honorent encore d'autres circonstances de sa vie, est pauvre ; il a trois jeunes enfants qui, pendant la maladie de leur père, n'ont vécu que des secours du bureau de bienfaisance. C'est une justice que l'Académie rend à son courage , encore plus qu'une dette qu'elle paye à l'humanité, en venant à son secours par une noble récompense.
Henri Janssoone-Vigreux, commune de Bourbourg- Campagne, arrondissement de Dunkerque, département du Nord. — Janssoone-Yigreux, éclusier à Bourbourg- Gampagne, sur le canal de Bourbourg, lieu dangereux par le peu de largeur de la voie publique au bord du bassin et le grand nombre de personnes qui y passent, souvent dans l'obscurité de la nuit, a trouvé fréquemment l'occasion, dans l'exercice de ses fonctions, de rendre de grands services, et de sauver la vie à des femmes, des enfants, et même à trois hommes qui couraient le risque de se noyer dans le canal, où ils étaient tombés. Le courage et le dévouement qu'il a constamment montrés, depuis dix ans qu'il occupe son poste, lui ont déjà mérité plusieurs récompenses du gouvernement, dont il a reçu trois médailles d'honneur, deux en argent et une en or. L'Académie y joint, avec ses éloges, une médaille de 1,000 francs.
MÉDAILLES DE oOO FRANCS.
Marie Bénezet, commune de Saint-Alban, arrondissement de Marvejols, département de la Lozère. — Marie Bénezet est une institutrice qui remplit ses devoirs avec un dévouement et une abnégation au-dessus, en quelque
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.sorte, des obligations imposées aux fonctions honorables d'institutrice communale. Chargée de l'éducation des enfants d'une commune très-pauvre, dans les montagnes de la Lozère, elle n'en reth^e, par charité, presque aucun salaire ; elle suffit à son existence par un travail assidu, qu'elle commence aussitôt que sa classe est finie, et qu'elle prolonge souvent pendant une partie de la nuit, et par une frugalité qui se contente de la nourriture des plus indigents. Elle a préféré depuis dix-huit ans cette vie de sacrifices à un emploi lucratif, ou à un étabhssement avantageux qui aurait pu lui procurer une honnête aisance. Aussi Tappelle-t-on dans tout le pays la sœur, noble titre de charité qu'elle mérite encore plus peut-être par le soin qu'elle prend des malades et des infirmes, toujours prête à secourir et a consoler l'humanité souffrante. Tantôt c'est un vieux soldat, débris de la malheureuse retraite de Moscou, qu'elle soutient longtemps, ainsi que ses trois enfants dénués de tout, en allant mendier pour eux; tantôt c'est un jeune militaire revenu malade d'iVfrique, sans famille et sans ressources, qui est soigné par elle avec dévouement et affection jusqu'à sa mort; ou bien, ce sont des voyageurs perdus au milieu des neiges, et au secours desquels elle accourt en entendant leurs plaintes au milieu de la nuit, lorsque seule elle veillait dans le village pour achever un travail qui devait la faire vivre pendant quelques jours, elle et les autres pauvres comme elle ; ou bien encore, c'est un malheureux vieillard dont le visage était rongé par un cancer qui le rendait pour tout le monde un objet de dégoût. Elle seule eut le courage de lui donner des soins affectueux qu'il n'avait jamais reçus. Il deviendrait monotone dénumérer, tant ils sont nombreux, les traits de dévouement charitable qui sont cités à son sujet dans les pièces déposées au secrétariat de l'iVcadémie.
Ce sont de telles vies, constamment et obscurément consacrées à faire le bien au prix de privations et de sacrifices personnels, qu'on ne saurait trop admirer et encourager, si de telles vertus pouvaient prendre leur source dans les encouragements humains, et autre part que dans les sentiments que la religion seule inspire.
Ursule LoRET, demeurant à Dinan, département des Côtes-du-Nord. — La ville de Dinan possède, dans la personne d'Ursule Loret, un exemple semblable au précédent de ce que la foi et la piété inspirent de dévouement pour les malheureux. Cette vertueuse femme, fileuse de son état, et âgée aujourd'hui de cinquanteneuf ans, avait montré dès sa jeunesse, dans les soins assidus qu'elle rendit à une amie de sa famille, vieille et infirme, auprès de laquelle on l'avait placée à la mort de ses parents, les bonnes et charitables inclinations de son cœur; mais ayant été mise à Fhospice de Dinan pour y être soignée, à l'occasion d'une fièvre typhoïde dont elle fut atteinte, elle trouva dans le zèle admirable des pieuses sœurs qu'elle avait sous les yeux comme une révélation de sa propre vocation, et à peine convalescente, elle s'occupa elle-même du soin des autres malades avec une intelligence et un empressement dont les sœurs furent touchées, et qu'elles mirent à profit. Après avoir ainsi rempli pendant quelque temps les fonctions d'infirmière dans l'hospice, elle retourna dans la ville, forte de l'instruction qu'elle avait acquise, à son premier état de fileuse, mais en réalité pour y exercer, à l'édification de la ville entière, la charité la plus assidue et la plus utile a-uprès du lit des malades et des mourants; long et persévérant acte d'abnégation et de dévouement dont elle donne l'exemple depuis trente-deux ans, sans parler du désintéressement avec lequel elle a recueilli, élevé et
établi, en s'imposant les plus grandes privations, trois orphelins, enfants de son frère, restés par la mort de leurs père et mère dans un dénùment absolu. Belle et touchante existence qu'on ne saurait, comme la précédente, entourer de trop de respect.
Antoinette- Pierrette-Marguerite Rolle, veuve FouR- NELLE, à Montbrison, département de la Loire. — Ici, nous avons à offrir à l'estime publique une vertu d'un autre genre, et à montrer tout ce que les sentiments religieux fournissent aussi de force et de résignation, dans des conditions et des circonstances souvent cachées aux yeux des hommes. Antoinette Rolle, élevée dans l'aisance et mariée à un assez riche commerçant, eut la générosité de prendre à sa charge, en faisant taire les justes et naturels sentiments de son cœur d'épouse, un enfant qu'avait eu son mari avant de l'épouser, et qu'elle apprit être dans l'abandon. Sa tendresse maternelle pour ses propres enfants ne lui fit pas oublier un instant cette généreuse adoption ; mais bientôt ses enfants lui furent enlevés, et, en même temps qu'eux, elle perdit toute sa fortune : car elle la sacrifia noblement pour faire honneur aux affaires de son mari, qui se ruina dans des spéculations malheureuses. Bientôt aussi elle se vit abandonnée par son mari lui-même, sans qu'il lui restât d'autres ressources pour exister que son travail. Elle n'en demeura pas moins fidèle à sa résolution ; elle continua d'élever près d'elle la fille de ce mari à qui elle devait tant de chagrins. Elle parvint à la marier, mais elle la perdit aussi, et en même temps l'homme honorable qu'elle lui avait fait épouser, et elle recommença sa tâche en se chargeant encore de leurs deux jeunes orphelins qui la croient leur grand'mère, tant elle en a pour eux l'affection. Elle redoubla de peine, malgré
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l'âge qui commençait à peser sur elle, et aujourd'hui, à soixante-dix ans, elle fait les derniers efforts pour suffire à rétablissement de ces enfants parvenus à la jeunesse. On pense bien que cette belle âme n'est pas étrangère aux autres vertus, et comme il arrive toujours, malgré le peu de ressources dont elle peut disposer, la veuve Fournelle est ingénieuse à étendre sa charité sur d'autres malheureux. Ayant peu d'argent à donner, elle ne résiste pas à distribuer fréquemment des étoffes et autres objets de son commerce aux pauvres, avec un désintéressement auquel le vertueux pasteur de la commune se voit obligé quelquefois de mettre lui-même des bornes. L'Académie honore avec toute la ville de Montbrison une si belle conduite.
Joseph-Désiré Gérard, commune de Malestroit, arrondissement de Ploermel, département du Morbihan. — Yoici deux respectables vieillards qui viennent dénoncer le dévouement du jeune Gérard, auquel ils doivent aujourd'hui leur existence, et dans lequel, d'ailleurs, ils trouvent la récompense de leur propre vertu. Les époux Gouedellot, âgés de quatre-vingt-huit et de soixantetreize ans, avaient recueilli en 1824 Joseph-Désiré Gérard, orphelin, qui ne leur tenait par aucun lien de parenté, et lui avaient appris leur profession de cordonnier. Ils étaient cependant, malgré leur probité et leur bonne conduite, dans de mauvaises affaires, et Gérard avait à peine onze à douze ans, qu'il se livra au travail avec une ardeur et une assiduité bien au-dessus de son âge, afm de pouvoir assurer l'existence des deux vieillards qui lui avaient donné asile. Avec le temps, il y parvint; il paya leurs dettes, et jusqu'à présent il a refusé de se marier, quoique sa réputation d'honnête et excellent ouvrier ait pu lui procurer d'avantageux partis
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pour pouvoir se dévouer davantage à ses anciens bienfaiteurs. II veut l'être lui-même, en se rappelant son enfance, à l'égard de jeunes gens pauvres, auxquels il enseigne gratuitement son état, et qu'il met à même de gagner honorablement leur vie.
Il y a dans ces faits touchants un héritage et une récipjrocité de vertu qui a attiré Tattenlion de l'Académie et fera éprouver une véritable jouissance à tous les cœurs honnêtes auxquels la connaissance en parviendra.
Marie-Anne Lecadre, commune de Questembert. département du Morbihan. — Marie Lecadre s"est signalée dès ses plus jeunes années par une sollicitude toute particulière pour le malheur. A quinze ans, elle avait obtenu de ses parents comme une grande faveur la permission de donner l'hospitalité à un mendiant nommé Germain, sans asile et sans pain, qu'elle secourut de ses propres deniers, et qu'elle soigna jusqu'à sa mort, arrivée cinq mois après. Le reste de sa \ie a répondu à ces beaux commencements. Son dévouement s'exerça surtout dans les temps de nos troubles civils, au milieu desquels elle affronta maintes fors des dangers sérieux pour porter secours aux malheureux, sans s'informer à quel parti ils appartenaient.
Après Taffaire de Quiberon, elle courut aux prisons de Vannes, et alla chercher partout des vivres et des p^o^isions qu'elle porta, à ses risques et périls, aux pauvres prisonniers manquant de tout. Elle en fit autant pour les prisonniers enfermés à Questembert, sans rechercher sous quelles couleurs ils avaient com^battu. Elle en fît de même à l'affaire de Renayen 1798, où elle recueillit chez elle et sauva le chevalier Dubot et le nommé Bégo, gravement blessés tous deux ; et autant après le combat de Redon, en 1815. Pendant la Terreur, sa chanté ne s'était
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point intimidée, et elle fut alors particulièrement secourable au recteur de Bervie. Depuis que son dévouement n'a plus à s'exercer au milieu de circonstances si péni- Mes et si périlleuses, cette charité n'en est pas moins active. Marie Lecadre connaît tous les pauvres, elle quête pour eux, elle se charge de leur distribuer à domicile les secours du bureau de bienfaisance ; elle leur a déjà donné tout ce qu'elle avait : car elle possédait une petite fortune, dont il ne lui reste aujourd'hui qu'une petite maison qu'elle a déjà engagée, et qui sert de refuge à tous les malheureux.
Rosalie Luttun, femme Lefebvre, commune de [Laventie, arrondissement de Béthune, département du Pasde-Calais. — En 1849, le choléra, qui a sévi avec une grande rigueur dans le bourg de Laventie, semblait s'être acharné particulièrement sur la maison d'un habitant exerçant la profession de cloutier, dont la femme, sept enfants et quatre ouvriers furent enlevés dans l'espace de quelques jours. Personne n'osait plus approcher de ce terrible foyer de la maladie, dont l'abord même semblait mortel. Au milieu de cette terreur générale, une mère de famille, âgée de soixante-cinq ans, Rosalie Lefebvre, n'écoutant que son courage, affronte le péril, soigne ces malheureux avec un zèle admirable, et parvient à sauver ceux qui n'avaient pas encore succombé. Mais son zèle ne se borne pas à cette unique maison. Pendant tout le temps que le fléau exerça ses ravages on la vit sur pied nuit et jour, frictionnant les malades, consolant leurs familles, ranimant les courages, aidant le prêtre dans l'administration des sacrements, assistant les mourants jusqu'à leur dernière heure, et les enseveUssant après leur mort. On doit penser qu'une telle charité n'était pas inactive dans les temps ordinaires, et
les habitants attestent par une foule de signatures combien ils ont journellement à se louer de son dévouement pour les pauvres et pour les malades.
Jean Meut, commune de Tonnay-Charente, arrondissement de Rochefort, département de la Charente-Inférieure.— Le dévouement du sieur Jean Meut, ouvrier charpentier, est signalé par divers actes de courage.
En 183i, il sauve au péril de ses jours un nommé Briquetin, qui était menacé de périr dans les eaux du Tarn.
En 1839, dans un incendie qui se déclara dans la ville de Rabastens, il pénétra un des premiers au centre du bâtiment incendié, et parvint plus que tout autre, par son sang-froid et son zèle, à maîtriser le feu.
En 1843, même dévouement et même intelligence dans un incendie de la ville de Rochefort.
En 1845, il sauva un ouvrier tombé dans Feau en travaillant. Il en fit autant à Tonnay-Charente en 1846, en 1847, en 1849.
C'est, en outre, un honnête et excellent ouvrier, dont tous les chefs louent àl'envi la bonne conduite, Fintelligence, l'ardeur au travail, l'intrépidité. Yoilà un bel exemple. L'ouvrier qui se conduit comme Jean Meut élève son état et se prépare une honorable existence, entourée de l'estime pubhque, et destinée à devenir bientôt prospère, nous l'espérons, par le travail assidu et par une sage économie. Nous faisons tous des vœux pour lui.
Thérèse Coquart, commune de la Chapelle-la-Reine, arrondissement de Fontainebleau, département de Seineet-Marne. — Cette excellente femme, chargée de trois enfants, sans fortune, et gagnant sa vie à la sueur de son front, s'est distinguée par un acte de désintéressement
et de charité rare. Elle avait un nourrisson dont les père et mère disparurent après avoir payé seulement les premiers mois de nourrice. Au lieu de mettre cet enfant aux Enfants-Trouvés, comme plusieurs le lui conseillaient, Thérèse Coquart, au contraire, le mit au nombre de ses propres enfants et l'éJeva avec autant de soin qu'eux. Instruction primaire, éducation religieuse, elle n'a rien oublié pour lui procurer une position honorable, et elle a eu la satisfaction de le placer dans les bureaux du receveur particulier de Pithiviers, à Tâge de ving*deux ans.
Nous terminons ici cette série d^actes vertueux et de vies touchantes offerte chaque année à l'édification publique. On doit une grande reconnaissance à M. de Montjon, non-seulement de ce qu'il récompense la vertu, mais de ce qu'il la fait connaître. Le bon exemple a sa séduction comme le mauvais. Qui ne serait ému en écoutant le récit de ces dévouements modestes, de ces héroïsmes cachés, que tout le monde ignore, et qui s'ignorent eux-mêmes ? Quelles belles leçons données aux grands par les petits? Quoi de plus tentant pour les âmes honnêtes que d'imiter, chacun dans sa sphère, de sî beaux exemples ? et quoi de plus profitable aux moeurs que ce public hommage rendu à la vertu, aussitôt qu'elle est découverte, en même temps qu'à la religion, qui presque toujours en est la véritable source?
AKNÉE 1852.
DISCOURS DE ^I. YITET
DIRECTEUR DE l'aCADÉMIE
Prononcé dans la séance publiqae annu-eik du 19 août 1852.
En msti^Hant deux concours unis entre eux dans sa pensée, M. de Montyon n'a malheureusement pas voulu qu'un même rapporteur pût vous en rendre compte. Il vous prive ainsi du' plaisir d'entendre une fois de plus ce^te éloquente voix qui vous charmait tout à l'heure. C'est c^Iui qui parle si hien des hans livres qui devrait vous parler des bonnes actions. Les bons livres sont la semence; les bonnes actions, les épis. Consolante moisson que notre sol, Dieu merci, s'obstine encore à produire, malgré les germes corrupteurs dont il est empoisonne. Ces actes de courage, de charité, de dévouement accomplis autour de nous nous fortifient et nous rassurent. C'est un spectacle encourageant auquel M. de Montyon nous convie chaque année, et que je dois essayer de mettre encore un« fois sous vos yeux.
Rien n'étonne et ne réjouit la conscience publique comme un trait de brillant héroïsme ; mais Tabnégation sans faste et sans éclat, la constance dans le bien, le dévouement persévérant, s'ils excitent une admiration moins bruyante, n'ont pas moins de droits au respect
qu'un effort plus sublime et souvent passager. Aussi l'Académie donne-t-elle sans hésiter sa première récompense à une pauvre femme septuagénaire qui depuis près de quarante se dévoue et se sacrifie.
Marie-Françoise Bultez, avant 1816, était servante à Valenciennes dans une famille honorable et aisée. Elle y avait déjà passé vingt-trois années, lorsqu'un désastre commercial frappa le chef de la maison. La ruine était complète : plus de pain, plus d'asile pour le mari, la femme et les enfants. Alors Françoise se présente à ses maîtres, non pour leur dire adieu, mais pour leur demander de partager leur misère. Elle veut les servir toujours, continuer ces soins du ménage dont elle seule dans la famille a la rude habitude ; elle veut plus encore, les aider, les secourir. Économe et prévoyante, elle a pendant vingt-trois ans mis de côté quelques épargnes ; cet argent va servir aux besoins les plus pressants. Mais bientôt il s'épuise ; Françoise alors se souvient qu'elle possède, en commun avec sa sœur, un petit champ, une chaumière, seul héritage de ses parents. La chaumière et le champ sont vendus, et la part qui revient à la pauvre fille soulage encore pendant quelque temps ceux dont elle devenue la mère et la bienfaitrice.
Cependant le chef de la famille travaillait à réparer sa ruine ; la fortune allait lui sourire quand il tombe malade et meurt. Ce nouveau coup n'ébranle point Françoise ; elle n'a plus rien à elle que quelques vêtements, un peu de linge, son trésor le plus cher: le linge qu'une Flamande amasse pour ses vieux jours, elle y tient comme à la vie ; mais sa maîtresse manque de tout, ses jeunes enfants n'ont plus de bardes : elle donne avec joie son trousseau, gardant pour elle les haillons. Il ne lui restait plus que son courage et ses bras ; à force de tra-
vail, aux dépens du sommeil, elle trouve le secret de faii4 vivre tout son monde, et les faibles secours qu'elle obtient du bureau de bienfaisance ne lui donnent que plus d'ardeur, car elle entrevoit l'espoir de procurer quelque bien-être à sa maîtresse, quelque instruction à ses enfants. Et cela dure depuis 18161 Allez à Yalenciennes dans une petite rue voisine de la place Yerte, on vous fera voir deux pauvres femmes presque aussi vieilles et aussi infirmes l'une que l'autre : c'est Françoise et son ancienne maîtresse qui maintenant se dit sa sœur, mais sœur toujours respectée, et affranchie, comme il y a quarante ans, de tout travail rebutant ou pénible.
Dans ce chétif logement naguère encore ces deux femmes étaient seules. Les enfants élevés par Françoise s'étaient peu à peu procuré, loin de leur mère, le moyen de gagner leur vie ; une d'elles avait épousé un cultivateur des enwons. Mais le malheur attaché à cette famille ne devait pas se démentir : un incendie vient mettre en quelques heures les jeunes époux à la misère. Que feront-ils de leur enfant ? Françoise est encore là : elle recueille la petite-fille à côté de la grand'mère, et la nécessité de pourvoir aux besoins de cet hôte nouveau sembla avoir ranimé ses forces épuisées. L'Académie veut aider ce généreux effort, elle veut surtout honorer la noble vie de Françoise Bultez en lui donnant un prix de 3,000 francs.
Un autre prix de même valeur ira loin de la France, mais sur un sol français, récompenser un dévouement peut-être encore plus rare, bien que moins ancien et soumis à moins d'épreuves.
Vous savez qu'il y a quatre ans l'abolition de l'esclavage, bienfait depuis longtemps attendu, mais auquel il
importait de préparer avec sagesse ceux-là mêmes qui devaient en jouir, faillit, par sa brusque apparition, entraîner la ruine des colonies françaises. En peu de jours, presque toutes les habitations furent désertes. Les noirs, dans, les premiers transports de leur joie, se dispersaient, les uns pour fuir tout travail, les autres pour fonder cà et là de petits établissements où ils devaient enfouir d'improductifs efforts. Le Parterre, une des habitations les plus florissantes de la Guyane, n'échappa point au sort commun. Des soixante-dix noirs qui l'avaient cultivé jusque-là, un seul, Paul Dunez, ne voulut point partir ; il promit à sa maîtresse, car l'établissement appartenait à une veuve, quïl resterait fidèlement sur cette terre, où, par sa bonne conduite et son travail assidu, il était devenu contre-maître. D'abord il essaya de recruter quelques travailleurs libres; mais ne pouvant fixer leur humeur vagabonde, il entreprit presque seul, aidé de sa femme, courageuse négresse, de cultiver quelques parties de l'habitation, et surtout d"en prévenir la ruine.
Cette propriété, située dans les basses terres, exposée deux fois par mois à l'invasion des hautes marées, n'était protégée que par des digues qui demandaient un continuel entretien. C'est là que Paul dirigea ses efforts. Non-seulement il travaillait le jour à fortifier les digues; mais à chaque quinzaine, il passait deux ou trois nuits le long du rivage, surveillant les désordres causés par la mer, et les réparant à propos. Pendant trente-deux mois cette vigilance arrêta le danger ; mais en mars 1851, à la grande marée d'équinoxe, faute de bras pour fermer les brèches qui s'ouvraient de toutes parts, les digues furent emportées, et cette habitation, naguère si belle, devint un grand tac d'eau salée.
Paul travaillait encore à réparer le désastre, lorsqu'il
apprit avec surprise que sa noble conduite excitait à Cayenne Tadmiration générale, que le gouverneur venait de lui décerner un prix comme au plus méritant travailleur de la colonie, et qu'à ce prix était attaché, en vertu du décret d'émancipation, le droit de faire élever un de ses fils, comme boursier, dans un collège. Aussitôt la pensée lui vint de faire porter cette faveur, non sur son propre enfant, mais sur le fils de celle qu'il appelait encore sa maîtresse^ et que depuis trois ans il ser^'ait sans salaire. Ce n'est pas tout: connaissant la détresse de cette famille, il demanda que le trousseau du jeune élève fût payé avec les 600 francs auxquels lui donnait droit le prix qu'il avait obtenu. Faire un si noble usage de cette récompense, c'était s'en montrer deux fois digne. Aussi l'Académie, sur les instances du gouverneur et de toutes les autorités de la Guyane, décerne-t-elle un prix nouveau au lauréat de la colonie. Ce n'est pas seulement pour nos possessions d'outre-mer qu'il est utile et opportun d'honorer de tels actes, l'exemple en est bon partout. Cet affranchi de la veille a trouvé dans son cœur une science que n'apprennent pas toujours ceux-là même qui ont reçu de leurs pères le noble don de la liberté. Il a compris qu'en l'émancipant on ne l'exemptait point d'être fidèle, laborieux, reconnaissant. 11 n'est sorti de la servitude que pour s'élever au devoir ; il y en a tant qui laissent là le devoir pour descendre aussi bas que la servitude !
Nous venons de voir, aux deux extrémités du monde, des actes de même nature : chez ces deux serviteurs, le dévouement est un sacrifice exclusif qui se concentre, pour ainsi dire, sur quelques personnes d'affection ; mais cette forme n'est pas la seule que revête le dévouement. Parfois il semble aspirer à se répandre sur l'hu-
manité tout entière. Laissez-nous vous montrer quelques-uns de ces cœurs qui, sans acception des personnes, se dévouent au malheur et à la souffrance.
Depuis vingt ans, Catherine Després, femme Gan^ipe, est la sœur hospitalière d'un bourg du département de la Somme (Warloy-Baillon), où elle habite avec son mari, ouvrier tisserand. Elle a eu cinq enfants, en a conservé quatre, les a tendrement élevés, sans autres ressources que les salaires de son mari ; et pourtant que d'infortunés, que de malades, que de mourants n'a-t-elle pas trouvé le temps de secourir ou de consoler ! Elle est aux ordres de tous ceux qui souffrent : infirmière, sagefemme au besoin, rien ne la rebute, ni les plaies les plus dégoûtantes, ni ces fléaux contagieux qui font fuir les moins timides. En 1846, son courage éclata dans une épidémie qui frappa la contrée ; puis vint plus tard le choléra, qui la mit à de plus rudes épreuves. Seule elle osa d'abord assister les malades, en sauva quelquesuns, et, charitable jusqu'au bout, rendit à ceux qui succombaient des devoirs qu'ils ne pouvaient attendre ni de leurs parents ni de leurs amis. Faut-il vous dire que dans cette commune le nom de Catherine est béni? Tout le monde la vénère ; mais elle a si bien donné, surtout aux pauvres gens, Thabitude de réclamer ses services, que quelques-uns les croient obhgatoires ; et, faute d'avoir le don d'être partout en même temps, souvent il faut qu'elle s'excuse auprès de ceux qu'elle oblige. L'Académie prend à son compte leur dette de reconnaissance, et s'acquitte moins par un prix de 2,000 francs que par le remerciment qu'elle y attache.
Des médailles de première classe sont attribuées à d'autres femmes qui, sur les traces de Catherine, éga-
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lant presque son courage, ont consacré leur vie au soulagement des malheureux.
L'une d'elles, Antoinette Lacassagne, femme Laf- TARGUE, fait des miracles de charité, au fond du département du Lot, dans la petite commune de Bétaille. Sans cesse au chevet des malades, elle ne leur porte pas des soins et des consolations seulement : malgré sa pauvreté, elle les pourvoit de tout, fournit les aliments, les vêtements, les remèdes. Gomment? C'est son secret. Elle mendie pour les autres. Mais quand ? On la voit jour et nuit à son poste de prédilection. Activité prodigieuse ! Le peuple croit qu'un ange lui a prêté ses ailes; cet ange est son bon cœur. Il n'y aurait qu'un moyen de compter ses saintes œuvres : ce serait d'avoir le tableau des maladies et des décès de tous les pauvres du canton.
Mademoiselle Marie-Anne Leclouérec, fille d'un ancien notaire de Pluvigner, en Bretagne, eut aussi dans son temps ces trésors d'activité charitable : son grand âge a brisé ses forces, mais ce qui lui en reste n'est encore dépensé que chez de pauvres malades. Elle fit son apprentissage il y a plus d'un demi-siècle, après la journée de Quiberon. Les malheureux pavsans sortis des prisons de Yannes avaient répandu le typhus dans tout ie voisinage, et jusqu'à Pluvigner. Mademoiselle Leclouérec connut alors sa vocation. A peine sortie du couvent, elle mit en pratique les leçons des bonnes sœurs qui l'avaient élevée ; elle affronta la mort, et lui arracha bon nombre de victimes. Ce qu'elle fit ce jourlà, elle l'a recommencé pendant cinquante années. Dans sa misère d'aujourd'hui, comme dans son ancienne aisance, vieille et infirme, comme à ses dix-huit ans, elle poursuit sa mission, et ne la quittera que lorsque Dieu lui fera quitter ce monde.