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Acte de courage

MÉDAILLE DE MILLE FRANCS

De Bonnival aux actes de courage, la'transition est facile. Ces actes tiennent une place très-restreinte dans nos concours ; non pas quïls ne soient, d'un bout de la France à l'autre, très-nombreux. Les feuilles publiques les enregistrent cliaque jour, et font voir l'artisan, le soldat, l'enfant de famille, Fhomme du monde, le prêtre enfin, également prompts à se jeter dans tous les périls pour le salut de leurs semblables. Tous les jours aussi, l'administration s'honore de les récompenser. Mais nos distinctions veulent des actes répétés, qui attestent une noble habitude du courage et de l'humanité, une vraie passion de l'âme, une mission fermement accepté-e, généreusement remplie.

L'Académie, dans cet esprit, décerne une médaille de 1,000 francs à Louis-Auguste Le Chevallier, âgé de soixante ans, tonnelier au Havre, décoré de nombreuses médailles de sauvetage, décoré de la plus belle de toutes: lui aussi est chevalier de la Légion d'honneur. La ville du Havre tout entière réclame, en outre, pour lui. un prix de vertu. Les autorités, dans un mémoire de dix pages de récit et de six pages de signatures, toutes des plus honorablement connues intra niuros et extra, insistent pour que les deux .écompenses soient réunies chez celui qui a réuni tous les genres de service et de courage. En effet, M. Le Chevallier a commencé de bonne heure sa carrière de dévouement intrépide. Dès 1813, avant d'avoir vingt ans, il sauvait ses semblables à une lieue en mer. H a continué. L'honorable M. Ancel, maire du Havre, élève à plus de trente le nombre deS

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vies qu'il a disputées aux flots. Mais ce qui touche l'Académie, c'est qu'il n'a pas borné à un seul théâtre les preuves de sa noble vocation. Sauveteur contre la mer et ses dangers, il est officier de pompiers contre l'incendie ; il est officier d'artillerie contre l'émeute ; il est également prompt, résolu, brave partout. Il vient à Paris, dans nos mauvais jours, lutter contre des flots plus dangereux que ceux qu'il a tant affrontés et il donne la main à nos soldats d'une façon héroïque. Voilà ce qui nous a convaincus. C'est ce qui dénote dans le digne légionnaire, dans le bon citoyen qui nous est recommandé, le besoin opiniâtre de sacrifices généreux. L'ardeur ou la fierté du sang, dont peut se composer le courage, s'élève ainsi à la dignité d'une vertu. M. Le Chevallier a eu droit, maintes fois, à la couronne de chêne. Il l'a obtenue maintes fois ; il l'a obtenue, enfin, nationale et glorieuse, comme la donne la France, par l'étoile de l'honneur. Mais le signe particulier de la vertu peut, en outre, lui être décerné. Ce sera entre la ville du Havre et nous échange de procédés. Cette grande cité a donné à l'Académie française deux statues : celles de Bernardin de Saint-Pierre et de Casimir Delavigne. Nous lui envoyons, en retour, ce que nous avons de mieux : le prix Montyon.

Messieurs, nous avons rendu hommage à tous les courages que le dévouement inspire. Nous avons parlé de toutes les vertus domestiques dont les peuples s'honorent. Nous avons rencontré sur cette route les braves de notre armée. Toutes vos pensées, j'en suis sûr, se sont portées sur le plus français de tous les courages, sur les plus belles vertus, les vertus guerrières, qui ont fait de tout temps notre honneur et notre sécurité, sur les cent mille Français qui font voir, en ce moment

même, à de lointains rivages ces qualités natives de notre patrie. Pourquoi faut-il qu'aux premiers pas de la carrière ils aient eu à en faire l'apprentissage ; que sur les plages étrangères, aux lieux où les attendaient le nom et les traces de nos ancêtres, ils aient retrouvé ce fléau dont nous parlions tout à l'heure, venu avec eux, passager du même navire, ennemi à bord, caché dans les plis du glorieux drapeau de la France? L'armée a été douloureusement frappée ; l'Institut l'a été avec elle. L'un de ces jeunes généraux qui étaient accourus sur la terre d'Orient pour y chercher la gloire, et qui y ont trouvé la mort sans le combat, Garbuccia était des nôtres ; il avait gagné tous ses grades sur les champs de bataille ; même celui-là qui d'ordinaire ne se conquiert pas ainsi. Une autre Académie lui avait su gré de marcher à la tète de nos colonnes, le flambeau de l'histoire à la main. Il était de cette grande pépinière africaine si chère à la France, et il y était distingué. Je l'ai vu sur ce théâtre de ses travaux différents. Son courage de lion, sa volonté de Corse, son ardeur d'érudit, lui donnaient un rang à part dans cette élite de cœurs, de bras et d'espfits si français. J'ai su là combien il avait l'estime de l'armée et du grand homme de guerre et d'administration qui était à sa tête. Il portait à l'Orient les mêmes ardeurs. Il y aurait retrouvé partout les traces de la France ; il l'aurait vue porter sur tous ces rivages la croix et l'épée, fonder de tous les côtés des royaumes, remplir de sa grandeur le cours des siècles. Il y rêvait de nouvelles fortunes pour nous et pour luimême. Il était de ceux qui ont le droit de rêver tous les avenirs. Yous me pardonnerez d'avoir voulu que de cette enceinte, vers laquelle l'intrépide soldat avait tourné ses plus chères ambitions, un regret ami allât se mêler sur sa tombe a ceux de ses compagnons de

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gloire : il était aussi un compagnon d'armes pour rinstitut !

Yous me permettrez autre chose encore, messieurs l A côté de cette tombe, au même moment, et d'une façon aussi terrible, une autre s'est ouverte, près de laquelle je ne puis passer sans la saluer d'un cri de douleur. Il y a vingt-cinq ans, j'avais l'honneur de proposer, dans les Chambres, l'inscription du duc d'Elchingen dans les cadres de l'armée. Peu après, il y inscrivait son nom luimême, d'une façon digne de lui, en le gravant avec l'epée sur les murs d'Anvers et les pics de l'Atlas. Je le retrouvai dans nos assemblées, fort, et je dirais beau des plus mâles vertus civiles : fermeté d'âme, fermeté de principes, éloquence et attitude d'un esprit sévère, fierté d'une noble nature, d'un hardi coup d'œil devant les orages de la vie publique et les mouvements des partis. Pendant nos dernières tourmentes, un département de l'Ouest qui m'est cher reposa, menacé et tranquille, à l'ombre de son calme et aJtier courage. Il avait quelque chose d'héroïque dans l'air; dans l'âme, tout héroïque. L'Orient semblait un champ à sa mesure ; la main de Dieu le lui a fermé, ne lui laissant plus d'autre gloire que de donner au soldat un bon exemple, celui de se courber par une mort chrétienne, calme et soumis, devant l'arrêt impénétrable 1 Une grande vie publique et militaire ^est abattue dans sa force. La France a perdu un noble et grand cœur. Je me croirais pleinement dans la mission que j'ai reçue de vous, messieurs, si nous avions en ce moment devant nous, comme il est advenu du petit-fils de Sully, le jeune sous-officier qui avait le fardeau de s'appeler Michel Ney, qui a le malheur de s'appeler déjà le duc d'Elchingen, en lui disant en votre nom : « Noble enfant, puissiez-vous réunir toutes les vertus civiles de votre père, chez lui si fermes et si sûres,

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