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II. i4. Prixdeferlu

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venait ds mourir, laissant sa fille, Alphonsine-Géleste Bergues de Lagarde, âgée de six ans et demi, déjà orpheline de mère, dans le plus entier dénûment.

Émus profondément par la douloureuse situation de cette enfant, bien qu'elle leur fût tout à fait étrangère et inconnue ainsi que sa famille, les époux Lapie de Lafage réclamèrent l'orpheline aux voisins qui l'avaient provisoirement recueillie, et à force de soins et de tendresse ils lui firent bientôt ^oublier les malheurs de ses premières années.

Les choses en étaient là quand survint la révolution de février, et plus tard les événements de juin 1848. Alors on vit le magistrat municipal et sa femme, obligés à diverses reprises d'abandonner leur demeure, théâtre de l'émeute (ils habitaient la place Baudoyer, près de l'hôtel de ville), gravir et traverser les barricades en témoignant plus de sollicitude pour l'enfant qu'ils emportaient dans leurs bras que pour leur sûreté personnelle.

C'est à la suite de ces violentes émotions qu'une catastrophe bien cruelle vint frapper la famille dont nous retraçons les vicissitudes. En septembre 1848, la préfecture "de poUce ayant cru devoir effectuer des changements dans le personnel des commissaires de poUce de la ville de Paris, M. Lapie de Lafage, après dix-sept ans et demi de services, fut compris dans les onze commissaires qui devaient être remplacés.

Ce n'étaient donc plus les dangers passagers que l'on allait avoir à combattre, mais un mal terrible, de tous les instants, l'indigence. Cependant les époux Lapie de Lafage, bien que réduits à un revenu de 1,587 francs, n'eurent pas un seul instant la pensée d'abandonner l'œuvre entreprise en des temps meilleurs. Se résignant aussitôt à rompre avec toutes leurs habitudes, on les vit

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se retirer en province pendant quelques années, afin de pouvoir donner avec plus de facilité à leur enfant d'adoption les soins et l'éducation commencée.

M. Lapie de Lafage est revenu à Paris il y a trois ans, afin d'y trouver les ressources exigées par la tâche qu'il a entreprise et que les années sont venues rendre chaque jour plus lourde; il n'a pas hésité à se remettre au travail, en sorte que l'ancien fonctionnaire public exerce à présent un emploi subalterne dans une administration particulière, avec le même bonheur, le même zèle que s'il était encore dans la magistrature.

Mais pourquoi ne trahirions-nous pas le secret de sa résignation? Il est tout entier dans ce peu de mots qu'il adresse à ceux qui s'étonnent de son retour à l'activité dans des fonctions si modestes et si peu rétribuées :« C'est pour notre enfant. »

Justine Lejeune, demeurant à Bonnétable, arrondissement de Mamers (Sarthe). — Justine Lejeune est née à Bonnétable, le 9 août 1814, d'honnêtes ouvriers. Sa mère lui apprit de bonne heure à soulager les pauvres et les infirmes, et dès l'âge de dix ans elle l'aidait à soigner la fille Marie Bourgoin, qui demeurait dans une cave. Cette fille est morte il y a quatre ans seulement; et depuis 1825 jusqu'à 1853 c'est Justine Lejeune qui a pourvu à tous les besoins de cette existence souffreteuse, qui, habituée à tout recevoir, traitait plutôt Justine comme sa servante que comme sa bienfaitrice.

Pendant plus de quinze ans la veuve Massard, autrement nommée Fanchon Massard, a reçu de Justine les mêmes secours ; et quand les infirmités les plus dégoûtantes éloignaient d'elle tout le monde. Justine ne balança pas à lui rendre les services les plus humiliants.

La femme Maloiseau, connue sous le nom de Thomas,

est restée paralysée de tous ses membres pendant au moins quatre années; c'est Justine qui jusqu'au moment où une pi ace se trouva pour elle vacante à l'hospice lui servit d 'infirmière et la maintint dans un état complet de propreté, malgré les instincts les plus dégoûtants de cette pauvre idiote.

La charité de Justine Lejeune est inépuisable, et s'exerce envers tout le monde.

Deux pauvres créatures que le vice et la débauche rendaient pour la société des objets de mépris, sans asile et le plus souvent sans pain, obtinrent de Justine Lejeune le linge et les objets de couchage qui leur manquaient.

Une malheureuse orpheline, à laquelle la honte et la misère auraient peut-être fait commettre un crime, reçut par son intermédiaire et à ses frais, dans une maison amie, tous les secours que nécessitait la position malheureuse où l'avait plongée l'inexpérience de son âge.

Deux vieillards, les époux Divaret, ont également resssenti pendant plusieurs années les bienfaits de cette digne émule des filles de saint Vincent de Paul. La femme était paralytique et idiote. Quand la mort eut mis fin à ses misères, ce fut encore Justine qui procura presque toutes les nécessités de la vie à son malheureux époux.

Une femme Joubert, qui avait un ulcère dans les reins, eut aussi recours à Justine Lejeune pour soigner cette plaie, devenue si infecte que personne n'osait approcher de la pauvre malade, pas même ses enfants. Justine la soigna, et cette femme, qui eût dû être reconnaissante, devint jalouse des bontés que prodiguait Justine à d'autres malheureux, et ne cessait de l'injurier grossièrement à chaque visite.

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Aujourd'hui, comme depuis plus de vingt aus, l'objet de ses soins assidus sont deux pauvres filles, Marie et Marguerite Besnier, dont Tune, imbécile, demeure jour et nuit constamment assise; et l'autre, presque aveugle, ne peut subvenir à aucun des besoins de la vie.

Elle a encore chez elle une petite apprentie, qu'elle a tirée de la plus profonde misère ; elle pourvoit à son entretien et à sa nourriture.

Il est, du reste, impossible de savoir le nombre de gens secourus par Justine Lejeune.

Quand les propres ressources de Justine sont épuisées, elle va frapper à toutes les portes, et rarement elle est refusée, parce que chacun connaît le discernement avec lequel elle fait usage de ce qu'on lui a confié. Si l'un de ses infirmes obtient de porter un cierge à une sépulture, Justine ne rougit pas d'aller prendre sa place parmi les pauvres pour remplacer celui qui n'y peut aller et lui obtenir l'aumône accordée à cette occasion.

Ces actes de bienfaisance et d'humanité sont accomplis chaque jour envers les pauvres et les infirmes par une femme d'une santé des plus délicates, par une femme qui ne possède rien. Placée à la tête du plus fort atelier de lingerie de notre ville et n'occupant pas moins de dix ouvrières, rangée, économe et modeste en tout, Justine Lejeune ne possède rien. Cependant, on ne manque pas de lui dke qu'il est temps de songer à son avenir : « Dieu y pourvoira ; » telle est sa réponse.

Colette Pérès, demeurant à Fieurance, arrondissement de Lectoure (Gers). — La nommée Colette Pérès est entrée au service de madame la vicomtesse de Kerlerec le 7 avril 18:27, et jusqu'à la révolution de 1830 elle l'a servie avec zèle et fidélité. A cette époque, la pension de 15,000 francs que madame de Kerlerec te-

nait des bontés du roi fut supprimée, et elle resta sans ressource. Sa famiJle avait été ruinée par la première révolution. Elle fut forcée de quitter Paris, et vint habiter la commune de Fleurance (Gers). Avant de partir, elle engagea Colette Pérès à chercher une condition, sa position ne lui permettant plus désormais de se faire servir ; Colette lui répondit qu'elle ne la quitterait jamais, qu'elle en avait fait la promesse au lit de mort du vicomte de Kerlerec, et qu'elle la tiendrait.

Pierre Raspadou, demeurant à Brétigny, arrondissement de Compiègne (Oise). — Il existe à Brétigny une petite ferme connue sous le nom duFrestoy, sur laquelle les époux Debacq ont vécu pendant un demi-siècle et ont élevé honorablement une famille de six enfants, grâce à leur travail, car leurs ressources personnelles étaient fort restreintes. Ils ont été puissamment aidés dans leur laborieuse carrière par Pierre Raspadou, originaire de la Suisse, qui est entré à leur service il y a plus de quarante-cinq ans. Raspadou a été tour à tour valet de labour, berger, manouvrier, selon les besoins. De bonne heure il a pris les intérêts de ses maîtres avec un rare dévouement; il a élevé leurs enfants, au nombre de six, comme s'ils étaient les siens. Il n'a jamais demandé ni reçu aucun salaire ; il se considérait comme étant de la famille, et ne songeait pas à se composer un pécule. La famille Debacq n'a pas été ingrate ; on l'honore, on le respecte dans la maison. En voici la preuve. Au mois de février 1855, un notaire est appelé par les époux Debacq pour réaliser le partage anticipé qu'ils se proposaient de faire entre leurs enfants. Les père et mère et les enfants consentent, d'un commun accord, une affectation sur le modeste domaine du Frestoy pour assurer au bon Pierre une demeure, des aUments et des

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secours viagers en rapport avec ses habitudes et ses besoins. L'acte rédigé, on fait comparaitre Pierre; tout le monde, petits et grands, s'avance vers lui; on l'embrasse avec effusion, en lui annonçant ce qui a été fait dans ses intérêts, et le pauvi;e homme verse des larmes de bonheur devant ces hommes qu'il a formés au travail et à la vertu. Après la signature de l'acte, un modeste repas réunit le notaire et ses clients ; Pierre y occupait la place d'honneur.

Elisabeth Tabouret, demeurant à Paris, rue Saint- Jacques, iM. — Elisabeth Tabouret, née à Pouilly (Gôted'Or), domicihée à Paris depuis plus de trente ans, est âgée de près de soixante-dix ans. Elle était en service dans la même maison depuis longues années; ses maîtres, ruinés par une faillite, furent obligés de se séparer d'elle.

A cette même époque, le choléra lui enleva, dans la même journée, sa sœur et son beau-frère; sa sœur mourante lui recommanda ses enfants : elle promit de leur tenir lieu de mère ; elle a bien rempli sa promesse.

Des trois orphelins, deux fils étaient encore enfants ; la fille venait de sortir d'apprentissage et commençait à pouvoir gagner sa vie ; mais le saisissement qu'elle avait éprouvé en voyant mourir le même jour son père et sa mère la jeta dans un état d'idiotisme pire que la folie. C'est dans cet état qu'Elisabeth Tabouret se chargea d'elle et lui prodigua des soins que la tendresse maternelle seule semblerait pouvoir inspirer. Elle prit également avec elle les deux garçons ; renonçant à se placer, elle se réduisit à l'état de femme de ménage, métier beaucoup plus fatigant et moins lucratif, mais qui lui permettait de veiller constamment sur ses enfants adoptifs.

Le modique salaire de ses journées ne pouvait suffire à la subsistance et à l'entretien de quatre personnes ; mais elle avait, pendant toute une vie de travail, amassé quelques économies; le revenu de ce petit capital ne suffisant pas encore, elle prit sur le capital lui-même, jusqu'à ce qu'il n'en restât presque plus rien, ne se plaignant jamais, ne demandant jamais rien à personne, ne se faisant jamais honneur de son dévouement et de toute une vie d'humbies mais pourtant héroïques vertus.

Arrivée au but, une nouvelle épreuve l'attendait : une paralysie du bras droit est venue lui ôter la possibilité de travailler.

Elle avait donné des états à ses neveux ; le plus jeune ne trouvant pas d'ouvrage dans celui qu'il avait d'abord appris, elle lui en a donné un second : il a travaillé pendant quelque temps dans une imprimerie. L'ouvrage venant encore à manquer, elle a craint pour lui- les dangers de l'oisiveté à Paris, et l'a renvoyé alors dans son pays travailler à la terre, préférant pour lui cette vie morale et active au secours qu'elle aurait pu retirer de sa présence à Paris. L'aîné, d'un caractère plus ferme et d'un cœur excellent, lui donnait plus de sécurité ; la conscription le lui a enlevé. Il a obtenu l'année dernière un congé; il s'est mis aussitôt au travail, et tous les samedis il rapportait à sa tante le produit de sa semaine, sans en rien réserver, en disant : « Ma bonne tante, vous avez tout sacrifié pour nous, je veux aujourd'hui vous récompenser pour tous : vous verrez comme vous serez heureuse quand je pourrai revenir près de vous.» Mais il n'est guère vraisemblable que lorsqu'il sera libéré du service, dans quatre ou cinq ans, il puisse retrouver encore celle qu'il aurait voulu rendre heureuse.

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