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DISCOURS DE M. DE RÉMUSAT

DIRECTEUR DE l'AGADÉMIE

Lu dans la séance publique annuelle du 23 août 1860 par M. Saint- Marc Girardin.

Lorsqu'un homme de bien, dont le nom ne sera jamais parmi nous prononcé qu'avec respect, commettait à l'Académie française le soin de décerner des prix à la vertu, il s'adressait à la seule assemblée qui eût alors le droit de parler en public et d'imprimer sans contrôle ce qu'elle avait dit. Tel est encore le pri^^lége de l'Académie. Seul monument du passé qui soit resté debout, elle peut encore, comme autrefois, ouvrir ses portes à qui veut l'entendre et publier tout ce qui est prononcé devant elle. Cette prérogative, dont elle est justement jalouse, indique assez dans quelle pensée il lui a été donné mission de récompenser ceux qui servent la cause du bien par leurs actions ou leurs écrits. L'Académie a été jugée la plus propre à divulguer le mérite, à révéler pour l'exemple ce qui est louable et ignoré, à réparer sur quelques points cette injustice apparente que l'obscurité fait à la vertu.

Ce n'est pas que, nous prévalant de l'ambitieuse devise attribuée à nos devanciers, nous osions nous regarder

comme les dispensateurs de la renommée. A peine nous serait-il permis de dire que nous cherchons la gloire, nous n'en disposons pas. C'est le monde qui dispose de la gloire. A. défaut, nous donnons la publicité.

Mais la gloire elle-même est-elle nécessaire à la vertu? Dirons-nous, avec un ancien qui les a toutes deux aimées : « Le meilleur est le plus sensible à la gloire ^ ? » L'antiquité le croyait ainsi ; elle était plus fière de cette vie ; elle avait plus haute opinion que les temps modernes des choses de l'humanité. Elle ne se piquait pas du détachement d'une subtile humilité, et taisait trop grand cas de l'admiration des hommes pour recommander Taffectation de la modestie. On pense autrement aujourd'hui, ou du moins on parle un autre langage. Il est convenu que ce qui mérite la louange doit la fuir ; en la cherchant il faut s'en défendre, et nous sommes obligés de venir ici chaque année nous justifier de la sorte de violence qu'on nous accuse de faire à la vertu, en amenant au grand jour le bien qu'elle a fait dans l'ombre et en décelant les bonnes œuvres qu'elle a cachées.

Heureusement, un sentiment d'équité naturelle absout et encourage l'indiscrétion qui dévoile les choses honnêtes et les expose à l'estime. La louange de ce qui en est digne satisfait la conscience publique. Sicile n'est pas nécessaire à ceux qui l'obtiennent, elle profite à ceux qui la donnent, à ceux qui l'entendent. Elle excite l'imitation, contente la justice, honore l'humanité. Non, assurément, que nous ayons, en signalant quelques traits éminents de bienfaisance, de courage ou de dévouement, l'insoutenable prétention d'égaler les récompenses aux mérites et d'être justes pour toutes les bonnes actions.

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