‹ Les Prix de Vertu, fondésChapitre 6 sur 43 · II. 2. Prixdeferlu · texte numérisé non relu

II. 2. Prixdeferlu

à SainL-SauYeur-le-"\'icomte, arrondissement de Yalognes, et de la fondation du sieur Lacourtyade, demeurant à Saint-Sever, département des Landes, fondation qui a pour but le soulagement de la classe ouvrière et indigente.

L'Académie, messieurs, aurait cru qu'elle n'avait pas accompli toute sa mission, celle que M. de Montyon lui a confiée, si elle était demeurée indifférente ou silencieuse en présence du fatal événement dont Paris restera longtemps attristé. Assurément, il n'y a pas de vertu sans moralité. Si le mot vii^tus pour les anciens voulait dire force, énergie, courage, le mot vertu, pour des chrétiens, ou même aux yeux de la morale éclairée de notre époque, exprime avant tout une idée morale ; et la vertu pour nous est inséparable de l'honnêteté. Il n'en faut pas moins encourager, récompenser, et de la façon la plus éclatante, ces traits de courage, de dévouement, ou plutôt d'abnégation spontanée, par lesquels l'homme risque sa vie pour sauver celle de son semblable. L'acte est moral et beau, quelle que soit la moralité d'ailleurs de celui qui s'en montre capable. L'Académie aurait donc méconnu, cela est certain, les intentions de M. de Montyon, si elle ne s'était pas associée au sentiment pubUc en proclamant ici les noms de ceux qui ont acquis le plus de droits à la reconnaissance de tant d'infortunés, dans la catas- . trophe arrivée au chemin de fer de la rive gauche le 8 mai dernier.

Le premier qui ait attiré ses regards est celui de Piart, brigadier de gendarmerie à Meudon. Plusieurs fois, et au péiilde ses jours, ce brave homme s'est précipité dans la fournaise et il en a retiré trois victimes qui allaient succomber. Un tel dévouement, messieurs, se retrouve souvent dans ce corps d'élite, qui rend journellement au pays

de si bons services; mais le roi a sur-le-champ donné à Piart la récompense qu'il eût préférée à toutes les autres, la croix de la Légion d'honneur.

L'Académie a donné trois médailles : la première à Thé- VENOT, ouvrier typographe, la seconde à Testefort, cocher de madame la duchesse de Talleyrand, au courage, à lïntrépidité desquels plusieurs personnes ont déclaré qu'elles devaient d'avoir été arrachées à la mort ; la troisième au jeune Yirieux, qui cheminait sur ce fatal convoi, en revenant de visiter son frère à Saint-Cvr.

M. de Yirieux, échappé comme par miracle, s'élance au milieu du goufï're embrasé, il en sort avec une victime qui allait y périr; mais il en sort pour s'y plonger deux fois encore, et ne peut se séparer de tant de malheureux dont il espère toujours qu'il pourra sauver un de plus. Pourquoi ne rappellerions-nous pas ici, messieurs, les écrits d'une piété si douce et si éclairée sortis de la plume de sa mère, et qu'elle dédiait avec toute son existence à l'éducation de ses enfants ? Pourquoi ne signalerions-nous pas, en passant, les fruits de l'éducation tout aussi bien que les dons de la nature?

Je tenPxinerai en nommant le. jeune Glarac, élève en pharmacie, qui, tout blessé qu'il était, s'est jeté au milieu du feu et a sauvé un élève de l'école polytechnique appelé Guillot; l'étudiant en médecine Labat et le jeune Desciïaux, qui ont rivalisé tous deux de courage et de dévouement. J'éprouve le regret, je le déclare, que les bornes de ce discours ne me permettent pas de raconter avec phis de détails tant de traits qui honorent 1 humanité.

Tous les ans le gouvernement publie le compte rendu

au roi de la justice criminelle. A côté de ce tableau des crimes commis et des châtiments infligés qui glace d'une horreur et d'une épouvante, peut-être salutaires, l'âme du lecteur, je voudrais que Ton plaçât le tableau de ces vertus du pauvre que nous devons à M. de Montyon de pouvoir mettre en lumière. Je demanderais aussi que les vertus du riche ne fussent pas oubliées, et que le pauvre apprît ce qu'il ne sait pas assez : c'est que dans aucun pays du monde il n'existe autant que chez nous de sympathie, je dirais presque de fraternité, entre les différentes classes de la société. Nulle part le riche ne vit plus rapproché du pauvre; nulle part il ne se souvient autant qu'il est enfant du même Dieu, qu'il marche vers le même but, et que les bonnes actions ne sont pas seulement le chemin du ciel, mais la source des plus grands plaisirs qu'il nous soit donné de goûter sur la terre.

Bossuet, dans son oraison funèbre de la princesse palatine, de cette Anne de Gonzague a qui réunissait, dit-il, en elle avec le sang de Gonzague et de Glèves celui des Paléologue, celui de Lorraine et celui de France, partant de côtés, » croyait ne pouvoir élever plus haut la gloire des ancêtres de cette princesse qu'en faisant ressortir l'immensité de leurs aumônes; « le duc son père, ajoutet-il, avait fondé dans ses terres de quoi marier tous les ans soixante filles; » et Anne de Gonzague, digne ellemême d'un tel père, écrivait à celui qu'elle chargeait de répandre ses dons : « Je suis ravie que l'affaire de nos bonnes vieilles soit si avancée ; achevons vite, ôtons vitement cette bonne femme de l'étable où elle est et la mettons dans un de ces petits lits ; » et ailleurs : « Dieu me donnera peut-être de la santé pour aller servir cette paralytique; au moins je le ferai par mes soin? si les forces me manquent; et joignant mes maux aux siens, je les offrirai plus hardiment à Dieu. >> Avais-je raison,

messieurs, de m'écrier, le jour où je recevais l'insigne honneur de m"asseoir au milieu de cette illustre compagnie, que la France est le pays de Vaumone? — Oui, la France de tous les temps, de toutes les époques, a été le pays de la bienfaisance, de la symi:»atliie pour le malheur, de l'égalité devant Dieu, avant d'être celui de l'égalité devant la loi : puissent notre civilisation et nos lumières ne rien ôter, ajouter même aux qualités du cœur I puissions-nous dans notre société nouvelle ne former qu'une seule et même famille, où le pauvre sans envie et le riche sans défiance remplissent chacun les devoirs que la Providence leur impose et donnent l'exemple des mêmes vertus !

Récit des actions vertueuses pour lesquelles des médailles ont été décernées jjar V Académie dans la séance publique de 1842.

MÉDAILLES DE MILLE FRANCS

Julie Point, commune de Yoiron, arrondissement de Grenoble, département de l'Isère. — Il résulte du rapport du préfet de l'Isère que Julie Point excite depuis longtemps dans ce pays V admiration et la reconnaissance publiques. Demeurée de très-bonne heure sans père ni mère, sans fortune et sans direction, elle se consacra dès son enfance à l'exercice de la charité. Orpheline elle-même, elle s'attacha surtout à soulager les misères des orphelins. Son merveilleux instinct de bienfaisance lui créa des ressources suffisantes pour recueillir successivement auprès d'elle plusieurs orphelines qu'elle arrachait à la mendicité ou à la débauche ; elle leur inspirait de meilleurs sentiments, leur apprenait à travailler, travaillait pour les soutenir, et pourvoyait à

leur subsistance, en épuisant son petit patrimoine, qui n'était que de 5,000 francs, et en s'imposant à elle-même les plus grandes privations. Elle s'adjoignit bientôt la vertueuse mademoiselle Yéronique Galle, qui, avec un modique revenu de 300 francs, vint s'associer à la charité de Julie Point. L'admiration qu'inspirait Julie décida la commune à lui accorder la jouissance d'une maison, où elle est parvenue à réunir aujourd'hui dix-neuf jeunes filles qu'elle nourrit, habille et instruit à la vertu par son exemple. Ainsi, pendant trente ans, Julie Point s'est fait une famille de toutes les orphelines abandonnées qu'elle a pu recueillir. Elle a montré pour elles le cœur d'une mère et en a rempli, sans interruption, tous les devoirs. Avec un revenu de moins de 600 francs, son ingénieuse charité a fondé une véritable institution où vivent plus de vingt personnes dans la pratique des bonnes mœurs et de la vertu. L'Académie est heureuse de pouvoir récompenser, surtout par son suffrage, tant de désintéressement, d'amour du bien et de dévouement au malheur.

Marguerite Leymarie. femme Pouyadoux, à Saint-Yrieix, département de la Haute-Yienne. — Marguerite avait épousé un pauvre manouvrier et vivait avec lui de son travail. Des marchands forains lui confièrent, pour le nourrir, un enfant qui venait de naître. Les marchands abandonnèrent l'enfant. Marguerite ne voulut pas le mettre aux Enfants-Trouvés ; elle le garda, malgré la misère où elle vivait avec son mari, et l'éleva avec les mêmes soins que si elle eût été généreusement payée. Elle avait déjà quatre enfants. Pierre, l'enfant adoptif, arriva à l'âge où il pouvait travailler. Margueiite fit alors tous ses efforts pour retrouver la famille de Pierre, et fut peut-être heureuse de ne pouvoir y parvenir.

Pierre devint épileptiqne ; c'est alors que Marguerite montra pour lui toute la tendresse d'une mère, le soignant avec un dévouement sans égal et veillant sur lui comme s'il eut été son propre fils. Pierre, presque privé de sa raison pendant les attaques effrayantes du mal, tomba dans un four à chaux, ensuite dans le feu ; ces accidents produisirent des plaies incurables et dégoûtantes qu'on ne put guérir, et qui infectaient le bouge étroit qu'habitait la famille. On voulut forcer Marguerite à renvoyer un hôte aussi incommode ; Marguerite aurait pu le mettre à l'hôpital, mais Pierre disait qu'il y mourrait, et l'héroïque ou plutôt l'angélique mère d'un enfant qui n'était pas à elle répondait en fondant en larmes : <( Mon mari et mes enfants peuvent se passer de moi, mais Pierre ne peut pas s'en passer; je m'en irai avec lui s'il le faut, et je mendierai pour lui. » L'Académie ne pouvait refuser d'admettre cette généreuse femme au partage des récompenses léguées par M. de Montyon à la vertu.

Flavie-Euphrosine-Josèphe x\nsart, commune du Grand-Rullecourt, département du Pas-de-Calais. — Mademoiselle Flavie Ansart est fille d'un vieux militaire qui jouit d'une retraite de 220 francs. Mademoiselle Flavie eut plus que le penchant, elle eut dès son jeune âge la passion de la charité ; et il fallut qu'elle sût concilier son amour du prochain avec sa piété filiale qui lui commande de n'imposer à son père aucune privation. Elle regardait cependant son instinct pour la charité comme llndice d'une mission que la Providence lui avait confiée: son ingénieuse piété lui suggéra tous les moyens de l'accomplir. Elle parvint à avoir chez elle un lit pour les prauvres ; elle allait chercher les mendiantes sur la voie publique, les logeait tour à tour et leur donnait sa pro-

pre nourriture ; elle était pârtou t où il y avait une plaie à panser, une larme à essuyer, un morceau de pain à donner. Elle ne craignait pas de s'abaisser en mendiant elle-même pour autrui la faible pièce de monnaie qu'elle portait ensuite aux malheureux. Elle recueillit un orphelin de douze ans qui tourna mal, et que M. Ansart chassa de chez lui; elle veilla de loin sur l'orphelin et parvint à le ramener à la vertu. Chaque jour de cette vertueuse fille, dit le rapport des autorités, fut marqué par un acte de bienfaisance, et les détails en sont si touchants, que l'Académie s'est associée à l'administration qui demandait pour elle une récompense.

Les époux Trotot, commune de Villenauxe, arrondissement de Nogent, département de l'Aube. — Les époiax Trotot sont de pauvres et honnêtes tisserands ; l'hospice de Provins leur confia trois petits enfants trouvés; ils élevèrent avec le plus grand soin leurs jeunes pensionnaires. Quand les enfants furent grands, l'hospice les réclama; le jour fut pris pour les conduire à Provins. C'est alors que se révéla toute la tendresse que les deux époux avaient inspirée à leurs nourrissons. La veille du départ, les trois enfants prennent la fuite ; on les cherche, la lanterne à la main; on en retrouva deux qui étaient en larmes, au désespoir de quitter ceux qu'ils appelaient leur père et leur mère, et qui les avaient rendus frères, d'étrangers qu'ils étaient l'un à l'autre. Le lendemain matin on retrouva le troisième enfant caché dans le creux d'un saule où il avait passé la nuit, et qui ne voulait pas non plus quitter le toit paternel. Les époux Trotot pleuraient comme leurs enfants ; la mère s'écrie qu'elle ne s'en séparera jamais, le père est attendri; l'hospice ne payera plus de rétribution, maison n'en jure pas moins de part et d'autre de ne se plus quitter ; on

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donnera au métier plus d'activité, on vivra comme on pourra, le ciel viendra en aide; et l'Académie y viendra aussi, quoiqu'on n'ait pas compté sur elle, et récompensera les époux Trotot d'avoir, par leurs soins et leurs vertus, inspiré tant de reconnaissance à des enfants que leurs mères avaient abandonnés, et de leur avoir fait connaître les sentiments si doux dont ils semblaient devoir être déshérités, l'amour filial et l'amour fraternel.

Marie Del\forge, d'Échenoz-la-Méline, arrondissement de Vesoul, département de la Haute-Saone. — Voyezvous, simple, naïve et jolie, cette petite fille de quinze ans qui parcourt d'un pas leste et rapide le chemin qui mène à la ville ? Elle va gaiement acheter du fruit de ses économies l'habit qu'elle espère porter le lendemain à la fête de son hameau, où ses compagnes seront parées de leurs plus beaux atours. La joie est dans son cœur; elle égalera ses rivales, et peut-être pense-t-elle déjà qu'un garçon la trouvera belle. Cette petite fille est Marie Delaforge, fille d'un pauvre vigneron. Au milieu de ses rêves charmants elle rencontre un vieillard réduit à la misère et qui fondait en larmes. Marie s'arrête : elle écoute en pleurant aussi le récit de ses malheurs ; son âme s'ouvre à la pitié, elle n'a plus besoin d'habits neufs; la charité nait dans son cœur et triomphe de la coquetterie qui venait d'y naître. Elle donne au vieillard sa petite bourse et commence à sentir qu'une bonne action rend plus heureuse que de beaux habits. Le bonheur qu'elle éprouva dans ce moment fut une inspiration pour toute sa vie. Depuis trente-cinq ans elle est la bienfahrice des malheureux, elle soutient tous les vieillards, elle est au chevet de tous les malades, couche sur un lit de sarments, vit de pain noir, qu'elle partage quand elle en a, et mendie pour en donner quand elle n'en a pas.

Ses belles actions sont si multipliées qu'il serait difficile de les raconter; elle est si simple qu'on lui a laissé ignorer ies démarches que l'on faisait pour elle ; elle ne se doute pas qu'il puisse exister une autre récompense que le bonheur qu'elle éprouva en donnant sa petite bourse. Touchée d'une si longue carrière de privations et de vertus, l'Académie, qui ne peut lui rendre ses quinze ans, se trouve heureuse de pouvoir lui rendre au moins ses habits de fête.

Jean-Baptiste Festin, employé aux mines de houille de Blanzy, arrondissement d'Autun, département de Saôneet-Loire. — Festin et Muller, ouvriers mineurs, étaient amis dans leur jeunesse ; le manque d'ouvrage les sépara, et Festin passa des souterrains du Nord dans les souterrains de la Loire. Là, Festin apprit que Muller n'existait plus et avait laissé sa nombreuse famille dans la misère ; l'âme de Festin s'en émut, sa vieille amitié se ranima ; il envoya son fils s'informer du sort de cette malheureuse famille* et bientôt ce digne fils ramena à son père cinq orphelins, dont l'un était sourd et muet. Festin n'hésita pas : il se chargea des cinq enfants, les nourrit et les éleva avec une tendresse paternelle qui ne s'est jamais démentie. Les générosités de M. de Montyon, qui s'étendent partout et que l'Académie tâche de diriger avec justice, descendront dans les mines de Blanzy et porteront à ce vertueux ouvrier la récompense de sa belle action.

Ignace Quêter, à Douai, département du Nord. — Quêter, ouvrier mécanicien, est un habile nageur ; ses frères avaient le même avantage, et toute cette famille, mue par son instinct généreux, semblait avoir mis son habileté, son courage et ses forces au service de l'huma-

nité. Dès Tage de onze ans, Ignace Quêter s'était précipité dans la Scarpe pour sauver une femme qui s'y noyait. On pourrait dire que toute sa vie n'a été qu'une belle action, tant il a renouvelé de fois ces preuves de dévouement qui lui ont fait décerner une médaille par le ministre de l'intérieur.

Souvent, au milieu des hivers les plus rigoureux. Quêter s'est jeté dans les flots glacés pour en arracher ses semblables, et il en est résulté pour lui des infirmités qui Fempèchent aujourd'hui de travailler. Ses belles actions sont trop nombreuses et se ressemblent trop pour qu'on entreprenne ici d'en faire le récit ; mais l'Académie les a comptées, et, autant qu'il était en son pouvoir, s'est proposé d'acquitter envers lui la dette des persounes qu'il a sauvées.

MÉDAILLES DE CINQ CENTS FRANCS

Outre les médailles de 1,000 francs qu'elle a données, lAcadémie en a accordé huit de 500 francs aux personnes que nous allons désigner :

A Pierre Ruche , de Gripport , département de la Menrthe, pour avoir sauvé plusieurs pei^sonnes dans les eaux, dans les incendies, dans les éboulements de terrains, et dans d'autres circonstances où il a toujours fait preuve de courage et d'humanité;

A Marie-Joséphine Goutelle, de Paris, département de la Seine, domestique, pour avoir, pendant quinze ans, soutenu et soigné gratuitement sa maîtresse infirme

ruinée ;

A Louise Perrin, fileuse de laine, [à la Tour-du-Pip^^

département de l'Isère, pour le zèle et l'angélique charité avec lesquels, par son seul travail, elle a trouvé le moyen de secourir une foule d'indigents et d'infirmes ;

Aux époiix BussoN, de Sainte-Croix, département de la Sarthe, pour avoir, malgré leur dénûment, recueilli sept orphelins et les avoir nourris et élevés sans interruption jusqu'à l'âge où ils pouvaient travailler ;

A la femme Gobin, de Paris, département de la Seine, pour avoir, en vivant de la charité, trouvé moyen de la faire, et honoré sa misère par une foule d'actions touchantes et généreuses ;

A Marie Ardaillon, de Theix (Puy-de-Dôme), pour sa piété filiale envers son père et sa mère, pauvres infirmes qu'elle a soutenus depuis l'âge de vingt ans avec une constance admirable , et pour la bienfaisance qu'elle parvint à exercer avec le produit chétif de son travail, qui ne lui donne pas même de quoi vivre ;

A Jean Marteau, gendarme de Toulouse, département de la Haute-Garonne, pour la générosité dont il a fait preuve dans l'exercice de ses rigoureuses fonctions, pour avoir payé la dette d'une pauvre femme qu'il devait expulser de son domicile, et avoir fait avec sa seule paye une foule d'actes de générosité ;

A Françoise Colin, de Dijon, département de la Gôted'Or, pour avoir sans gages, et avec une persévérance que les privations ne pouvaient altérer, servi et soigné jusque dans l'âge le plus avancé une vieille rehgieuse carmélite, qui avait tout à recevoir d'elle et rien à lui donner.

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Telle est la liste des récompenses données cette année par l'Académie. Non-seulement elle a examiné avec Ië plus grand soin les nombreux rapports qui lui sont parvenus, mais elle a été au-devant des bruits qui sont arrivés jusqu'à elle, elle a cherché tous les éclaircissements qui devaient l'aider à distribuer avec justice un jour de bonheur à ceux qui ont consacré tous leurs jours au bonheur des autres. Ce n'est pas sans une douce satisfaction, et quelquefois sans un véritable attendrissement, qu'elle a rempli ce devoir, et s'il lui fallait à elle-même une récompense des soins qu'elle prend pour accomplir la mission qui lui a été confiée par Richeheu, elle la trouverait dans l'accomplissement de la mission que M. de Montyon lui a confiée.

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