‹ Les prix: du commencement du XIIIe siècle a la fin du XIIIeChapitre 12 sur 36 · LE PRIX DU BLE · texte numérisé non relu

LE PRIX DU BLE

Le prix du blé ne donne pas, ainsi que je Tai dit, la mesure de la valeur commerciale de l'argent ; mais il a par lui-même une grande importance et mérite une étude spéciale. C'est pourquoi, voulant compléter cette étude sur les prix et en rendre les résultats plus apparents, j'ai transformé en courbe (courbe noire sur la figure) la série des prix annuels que le vicomte d*Avenel a calculés, contrôlé les chiffres à l'aide des séries de prix imprimées ou manuscrites que j'ai pu recueillir moi-même et transformé les série? en courbes (courbes rouges ou bleues sur la figure) afin de faciliter la comparaison, continué la courbe principale (courbe noire) jusqu'en 1891, noté la diversité des prix à une même époque suivant les provinces ou les départements ; enfin j'ai cherché si les années de grande cherté correspondaient aux témoignages que les historiens nous ont laissés et j'ai dressé une liste des disettes sur lesquelles j'ai pu me procurer des renseignements.

Tous les prix qui se trouvent sur la figure de statistique sont ceux de l'hectolitre de froment et sont exprimés en francs à raison de 1 franc pour 4 gr. 50 d'argent fin ; c'està-dire que toutes les mesures, quelles qu'elles soient dans le document original, ont été ramenées d'abord à l'hectolitre et que le prix d'une quantité égale à un hectolitre a été compté pour autant de francs qu'il y avait de fois 4 gr. 50 d'argent fin dans la monnaie qui aurait acheté cet hectolitre. Les prix delà figure de statistique sont donc cal-

culés d'après la valeur intrinsèque et non d'après la valeur commerciale de l'argent.

Il y a une remarque qui a été faite par M. Doniol et qu'il importe de signaler pour l'intelligence d'une courbe qui s'étend du moyen âge à l'époque contemporaine. Le commerce du blé n'a pas toujours eu la même importance. Aujourd'hui, plus de la moitié et peut-être beaucoup plus de la moitié de la récolte est mise en vente sur les marchés ou autrement. Autrefois, la plus grande partie, on pourrait même dire presque la totalité au xm® siècle était ou consommée sur place par les cultivateurs ou livrée par eux en nature aux seigneurs ou aux décimateurs ; on n'en vendait qu'en très petite quantité dans les campagnes, et les villes étaient beaucoup moins peuplées qu'aujourd'hui; la proportion des acheteurs relativement à la population et» des achats relativement à la quantité récoltée était bien moindre. Il devait vraisemblablement en résulter qu'en temps ordinaire le prix, faute de demande et d'activité commerciale, se trouvait déprécié, et qu'en temps de disette, quand la demande affluait sans que l'offre augmentât, la hausse était d'autant plus exagérée.

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