‹ Les prix: du commencement du XIIIe siècle a la fin du XIIIeChapitre 35 sur 36 · XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

XIX* SIÈCLE

1801-1803. — Le prix du blé ('prix moyen pour )« Vmuce entière d'après les Archives siatûtiques) s'éleva à 2â ùr.40 en i$Oi, à 24 fr. 32 en 1802, à 24 £r. 55 en 1803, pour mlesc^ftdre en 1804 à 19 fr. 19. Il s'éleva même en 1803 (moy»me aanuelle) à 43 fr. 83 dans les Hautes-Alpes. Le Premier ei>as^ rétablit à Paris la corporation des boulangers, taxa le prix dit p^ûn; beaucoup de municipalités en Grent autant.

1811-1812-1813. — Le prix du blé (prix mojen |K>ar k France entière, d*après les Archives statistiques) ^ qui était descetatdu à 14 fr. 85 en 1809 (bien an-dessous de la moyenne gènêrode de la période], monta à 26 fr. 13 en 1811 et à 34 fr. 34 en 1812 (d'après les Arckices statistiques, 1837, p. 14, el 33 francs d*après les IV

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bleaux des prix moyenSy p. 27) ; il descendit à 22 fr. 51 en 1 813. En 1812, le prix moyen mensuel s'éleva même à 55 fr. 73 (moyenne du mois d'avril) dans le département du Gard. D'après M. V. Modeste, le prix se serait même élevé à 70 fr. en Brie. L'empereur, reprenant les traditions de l'ancien régime sur le commerce des grains, ordonna qu'il ne « serait pas fait d'achats de grains ou farines dans un département pour un autre sans en avoir fait une déclaration au préfet ».

Par décret du 8 mai 1812, le maximum du prix du blé fut fixé dans certains départements à 33 francs. Plusieurs préfets prirent des arrêtés du même genre, de sorte que les mercuriales ne donnent pas une idée exacte du véritable prix, les mercuriales ne pouvant enregistrer des prix supérieurs au maximum fixé. Le décret du 10 avril constitua des cours spéciales extraordinaires pour les crimes et délils (menaces d'assassinat, pillages et incendies, etc.) relatifs à la cherté des grains.

1816-1817-1818. — L'invasion de la France et l'occupation de son territoire par les armées ennemies, d'une part, et d'autre part, des pluies qui gâtèrent la récolte de 1816, produisirent une

• disette. Le prix moyen de l'hectolitre de froment était de 22 fr. 24 en janvier 1816; il monta de mois en mois et au moment où se faisait la récolte, en juillet, il était à 30 fr. 62. Il continua à s'élever jusqu'à la récolte suivante, si bien qu'en juin 1817, il valait en moyenne 45 fr. 46; ce même mois, le prix était de

. 81 francs dans le département du Haut-Rhin, un des plus maltraités par la guerre et les intempéries, et de 31 francs dans le Gers où l'influence des pluies surabondantes s'était moins fait sentir : la diflférence entre les deux extrêmes est de 50 francs, soit 161 pour 100.

Le prix moyen de l'année 1817 pour la France entière fut de 36 fr. 16. Après la récolte de 1817, le prix, tout en restant élevé, baissa de mois en mois jusqu'à 22 fr. 68 en mai 1818 ; puis il remonta encore un peu et ce ne fut que l'approche de la bonne récolte de 1819 qui le fit descendre au-dessous de 20 francs (l 9 fr. 88 en avril 1819).

Dans ce temps-là, la récolte moyenne en froment parait avoir été d'une cinquantaine de millions d'hectolitres. L'administration de l'Agriculture possède l'état des récoltes depuis l'année 1815 (moins les années 1819 et 1870); mais on ne peut avoir qu'une confiance très limitée dans les chiffres qu'elle a publiés pour les trois premières années, parce qu'elle était à peine réor-

ganisée, qu'elle n'était pas familiarisée avec ce genre de statistique et que la présence des armées ennemies rendait Topération difficile. Ainsi la statistique officielle donne-t-elle 39 millions d'heclolilres pour la récolte de 1815, quantité très faible, et cependant le prix n'a pas beaucoup monté, puisqu'il était de 29 fr. Od en juin 1814, avant la récolte et qu'il a été, après la récolte, de 21 fr. 03 en août, et qu'il n'atteignait pas encore 25 francs en avril 1816; cette statistique donne 43 millions d'bectolitres poui* la récolte de 1816, nombre qui semble supérieur à la réalité; 48 millions pour celle de 1817 et 52 pour celle de 1818. « D'un bout à l'autre de la France, dit M. V. Modeste, la plupart des marchés de grains ne se tiennent qu'en présence de la force armée. La liste des localités profondément troublées est immense. C'est, entre autres, Douai, Châlons, Pithiviers, Châtillon-sur-Seine, Trévoux, Auxerre, Roquefort, Thiers, les départements entiers de TAube, de l'Aisne, du Loiret, de Maine-et- Loire et de l'Aude. C'est Bernay, Bourg; c'est le Mans, Souillac, Arques et Blanzy où la garde nationale et la troupe ont peine à empêcher le pillage ; Reims, où la garde nationale parcourt les campagnes en colonnes mobiles; Vierzon, Champtocé où l'on pille des bateaux de grains ; Gien où l'émeute veut taxer les grains et les farines; Montargis où des bandes de mille personnes s'organisent et attaquent la troupe; Château-Thierry où deux hommes sont tués sur la place dans une scène de pillage, sous le feu des troupes mandées de Soissons ; c'est Sézanne, Sens, Bar-sur- Aube, Montereau, Nogent, Arcis, Provins, Coulommiers, Clougy, Essonnes, Villiers-Saint-Georges ; c'est le département . entier de Seine-et-Marne, où l'autorité publique est obligée de faire afficher la loi du 10 vendémiaire qui rend les communes responsables des désordres qu'elles n'ont pas empêchés; c'est Meaux, où, les jours de marché, un régiment de cuirassiers stationne, le sabre nu, sur les places, s'opposant avec effort au pillage, et dont les campagnes, effrayées par des vols et des attaques nocturnes, sont obligées de s'organiser en armes pour battre le pays de commune à commune. C'est Lyon enfin et ses environs, jusqu'à l'Isère, Briguais, Saint-Genis-Laval; BuUy, Arbresle, Tarare, Amplepuis, Savigny, Millery, Savel, où les troubles prennent un caractère de gravité extrême, où des bandes en armes couvrent le pays et font tête à la gendarmerie, et où des colonnes mobiles sont obligées de tenir la campagne comme en pays ennemi. »

De nombreuses condamnations à mort ou aux travaux forcés furent prononcées. Les ordonnances des 7 août, 22 novembre, 9 décembre et !«' février 1817 suspendirent les droits sur les céréales et offrirent des primes à leur importation. De grands achats de grains pour une valeur d'environ 85 millions furent faits dans les pays étrangers. Près de 26'inillions de francs provenant de la bienfaisance privée furent dépensés pour soulager la misère, »

1828-1829-1830. — La récolte du froment avait atteint 61.8 et 61 millions d'hectolitres en 1824 et 1825 et, malgré le régime de l'échelle mobile, le blé était à bas prix (16 fr. 22 et j 5 fr. 74). La récolte de 1827, sans être mauvaise, ne fut que de 56.8 millions et celle de 1828 de 58.8. Cependant les prix montèrent.: ils atteignirent leur maximum en mai (moyenne du mois : 24 fr. 68) ; la moyenne de l'année fut de 22 fr. 59. Ce fut une cherté plutôt qu'une disette; elle persista plusieurs années et elle atteignit son maximum en juin 1832 (26 fr. 19). Dans les trois années 1828, 1829, 1830, l'excédent de l'importation sur l'exportation des grains et farines représente une quantité de 4,400,000 hectolitres de froment. Après la très bonne récolte de 1832 (80 millions d'hectolitres) le prix retomba au-dessous de 20 francs.

1S46-1847. — L'extension et le progrès de la culture du blé avaient porté la récolte moyenne, dans la seconde moitié du règne de Louis-Philippe,^ 75 millions d'hectolitres environ. La récolte de 1846 ne rendit que 60.7 millions. C'était un déficit d'un cinquième et une disette pour une population qui s'était habituée à une consommation plus forte qu'au commencement de la Restauration. Malgré l'importation, considérable pour le temps (l'excédent de l'importation des grains et farines sur l'exportation pendant les deux années 1846 et 1847 s'éleva à 13,600,000 hectolitres), le prix s'éleva beaucoup. De 22 fr. 92 où il était au mois de juillet 1846, il monta dès le mois d'août, après la moisson, à 24 francs et continua à s'élever jusqu'en mai 1847 où le prix moyen fut de 37 fr. 98. Le prix moyen de l'année 1847, a été de

. 29 fr. 01. La région du sud fut relativement la moins maltraitée; celle du nord-est fut la plus éprouvée; le prix moyen du mois de mars a été de 48 fr. 80 dans le Bas-Rhin et celui d'avril de 48 fr. 21 dans la Meurthe.

1847. — « Les mercuriales, dit M. V. Modeste, donnent cette fois, sous un réginae de publicité administrative, une idée exacte des

• prix. En réalité ces prix ne se sont pas élevés aussi haut qu'en

1812 et 1817. Des troubles ont lieu à Rennes, au Havre, à Rouen, à Rayonne, à Laval, à Dunkerque, à la Rochelle, à Rlois, à Rreteuil-sur-Iton, à Levroux, à Ruzançais où il y a eu mort d' homme. Cependant ces émotions populaires sont beaucoup moins graves que pendant les disettes précédentes et la liberté du commerce n'en souffre pas. La loi du 28 janvier 1847 lève les droits de douanes sur l'importation des grains et farines, etc. Des facilités sont données à la navigation. »

De juillet 1846 à août 1847 il a été importé 14 949 000 hectolitres.

1853-1857. — La culture avait continué à progresser et la récolte de 1847 à 1852 avait varié entre 97.6 millions (très bonne récolte de 1847) et 86 millions d'hectolitres. Celle de 1853 tomba à 63.7 millions d'hectolilres. La récolte de 1854 fut bonne (97.2 millions) ; mais celle de 1855 fut encore médiocre (73 millions) et ce n'est qu'à partir de 1856 que l'agriculture revit une suite d'années abondantes. La récolte de 1853 laissait un déficit d'un quart environ et celle de 1835 un déficit d'un septième relativement k l'approvisionnement ordinaire. Le gouvernement suspendit provisoirement le régime de l'échelle mobile ; aussi l'excédent de l'importation sur l'exportation du froment (grains et farines) monta-t-il à 24.7 millions d'hectolitres pendant la période de 1853-1857. Cette importation, quj représentait plus du quart d'une récolte, tempéra le mouvement de hausse et préserva la population française des conséquences d'une famine. Cependant, le prix moyen de l'année 1856 fut de 30 fr. 75 et le prix moyen du mois de juillet avant la récolte de 1856 fut de 33 fr. 93. Il atteignit son plus haut prix moyen mensuel (39 fr. 30) au mois d'août, dans le département de Lot-et-Garonne.

En 1812, le prix avait presque triplé dans la Drie (24 à 25 francs l'hectolitre prix normal, 70 francs prix maximum de 1812) ; mais ce prix de 70 francs n'est pas la moyenne générale de la France. En 1817, le prix avait augmenté dans la proportion de 1 à 2 1/2. En 1847, le prix s'éleva (moyenne générale de la France) à 29 fr. 36,1e prix normal des années précédentes ayant été 19 fr. 75. En 1853-1857, le prix (moyenne générale de la France) ne dépasse pas 28 fr. 64. En 1817, la différence entre le prix moyen départemental le plus haut et le plus bas avaitété de 48 fr. 03; en 1853-1857 elle a été de 17 fr. 52 seulement.

Décrets rendus relativement au commerce des céréales :

20 juillet 1853, suppression temporaire des restrictions à l'entrée des blés anglais; 3 août 1853, suppression des surtaxes sur les navires étrangers chargés de grains et farines; 18 août 1853, suppression des droits de tonnage pour tous navires chargés de grains et admission des blés étrangers et farines au minimum des droits d'entrée ; 5 septembre 1853, suppression des droits de navigation sur les rivières et canaux pour tous les bateaux chargés de grains; 29 novembre 1854, interdiction de l'exportation des grains et farines hors de France; 14 février 1855, admission en franchise des farines d'Algérie en« France, etc.

Les importations ont été en 1853-1854 de 9 702000 hectolitres, en 1854-1855 de 3 410 000 hectolitres, en 1855-1856 de 7 100000 hectolitres, en 1856-1857 de 9 900 000 hectolitres.

La disette de 1853-1857 s'est étendue non seulement sur la France, mais sur une grande partie de l'Europe. 1866-1867. — Les récoltes de 1866 (85.1 millions d'hectolitres) et de 1867 (83 millions) furent très médiocres, laissant un déficit de près d'un sixième relativement à la récolte moyenne qui était alors de près de 100 millions d'hectolitres. Le prix monta de 19 fr. 61 en 1866 à 26 fr. 19 en 1867 et à 26 fr. 64 en 1868. iS71-1873. — La récolte de 1871, après le rude hiver de 1870 et à la suile de la guerre, fut très mauvaise : 69.2 millions d'hectolitres. Si celle de 1872 fut très bonne, et même la meilleure qu'on eût eue jusque-là (120 millions), celle de 1873 fut médiocre (82 millions). L'ensemble de ces trois années laissa un déficit que l'importation combla en grande partie (l'excédent des importations sur les exportations pour 1871, 1872 et 1873 a été de 20 millions d'hectolitres). Le prix moyen annuel, qui était de 20 fr. 48 en 1870, fut de 26 fr. 65 en 1871, de 22 fr. 90 en 187^ et de 25 fr. 70 en 1873.

'-^'3'8. — La récolte moyenne de la période 1872-1881 a été de lOO millions d'hectolitres. La récolte de 1878 n'en avait donné que 95.3; celle de 1879 n'en donna que 79.3 : déficit de plus <i*un cinquième. En outre, la qualité du blé fut mauvaise, à cause des pluies. Quoique les années suivantes aient donné 99.5, 96.8 et 122.1 (la meilleure récolte que la statistique ait jamais enregistrée), le commerce trouva profit à importer des quantités de blé considérables : 10 millions d'hectolitres en 1878, 29.1 en 1879, 26.3 en 1880, 16.9 en 1881, 17 en 1882, soit un total de 107.3 millions en cinq ans. Les prix s'élevèrent très

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peu : 20 fr. 64 en i876, 23 fr. 42 eu 1877, 23 fr. 08 en 1878, 21 fr. 92 en 4879, 22 fr. 90 en 1880, 22 fr. 28 en 1881. Les cultivateurs se plaignirent de n'avoir pas eu le bénéfice du renchérissement en compensation de la diminution de Ja quantité ; mais la population française n'eut pas à souffrir cette fois du haut prix du pain.

QUELQUES CONCLUSIONS A tROPOS DES PRIX DU BLÉ

De l'an 1200 à l'an 1891. i

De la figure statistique qui contient les courbes et des renseignements ci-dessus on peut tirer un certain nombre de conclusions :

1° Nous savons que le prix du blé n'est pas la mesure exacte de la valeur commerciale de V argent.

S'il rélait, il y aurait des années de cherté accidentelle, mais il n'y aurait pas de périodes où l'on puisse dire que le blé ait été cher et d'autres où il ait été à bon marché; les changements autres que ceux qui ont pour cause une disette ou une récolte surabondante dans le prix du blé accuseraient seulement un changement dans le pouvoir de la monnaie.

2° Le prix du blé varie, d'une année à l'autre^ suivant l'abondance ou la rareté de la récolte, et les variations sont parfois considérables. Ces va?nations sont moindres aujourd'hui qu'autrefois.

Ainsi, l'hectolitre valait 3 fr. 12 en 1357 et 44 fr. a9 en 1358, ayant ainsi augmenté de 1,310 p. 100 : c^est la plus forte différence connue; il est vrai qu'alors sévissaient la guerre civile et la guerre étrangère. Il s'est produit une augmentation de 725 p. 100 (1424-1428) (1). On en trouve qui sont de 266 p. 100 (1581-1587); de 340 p. 100 (1595-1600); de 517 p. 100 (1688-1694); de 389 p. 100 (1707-1709). Au XIX® siècle, les différences sont bien moindres, la disette de 1817 a produit seulement une différence de 138 p. 100 entre

(1) En 1196, l'augmentation a été de 995 p. 100; en 1420, elle a été aussi de 995 p. 100. (Voir la liste dès disettes.)

les années 1809 et 1816, et celle de 1856 une différence de 117 p. 100 entre les années 1850 et 1856. Depuis la suppression de l'échelle mobile, la liberté de l'importation (même avec le droit de 5 francs par quintal) et la facilité des communications ont réduit encore cette différence, laquelle n'a été que de 59 p. 100 entre rannée 1868 et Tannée 1885.

3® Le prix du blé varie la même année d'une région à une autre. Ces variations étaient beaucoup plus fortes autrefois qu^ aujourd'hui.

Ainsi d'une part le rapport, d'après le vicomte d'Avenel^ entre le minimum et le maximum des moyennes provinciales par quart de siècle est de 1 à 11 pour 1301-1325 et de 1 à 1 1/2 pour la période 1776-1790; d'autre part, le rapport entre le minimum et le maximum du prix annuel par département a été de 1 à 2,4 en 1797 et de 1 à 1,2 en 1890. C'est qu'autrefois les obstacles à la libre circulation de province à province ou de ville à ville étaient beaucoup plus grands qu'aujourd'hui, que les voies de communication étaient beaucoup plus imparfaites et que le prix des transports était plus élevé.

4<* La moyenne des prix de l'hectolitre par période de vingt-cinq ans n'a pas dépassé 9 francs de l'an 1200 à l'an 1550; elle n'est jamais descendue au-dessous de 12 francs dépuis 1550, époque à laquelle les métaux précieux de l'Amérique ont commencé à affluer en France. Il est donc évident que, quoique le blé ne soit pas la mesure de la valeur de l'argent, le pouvoir commercial de Vargent exerce une influence prépondérante sur le prix du blé.

C'est ainsi que de 1451 à 1525, période pendant laquelle l'argent a eu un haut prix, parce que les mines d'Europe fournissaient peu de métaux précieux et que le commerce prenait de plus larges développements, le prix moyen de l'hectolitre ne s'est pas élevé au-dessus de 4 francs; qu'au contraire, pendant la période où l'affluence de ces métaux a rompu l'ancien équilibre entre l'offre et la demande, le prix moyen des soixante-quinze années de 1576 à 1650 a été de 17 fr. 75. L'influence des métaux précieux n'a jamais été plus marquée qu'entre ces deux périodes. Elle paraît s'être

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produite encore, mais d'une manière moins sensible, dans la seconde moitié du xvm® siècle. Elle s'est manifestée très faiblement de 1851 à 1870, c'est-à-dire pendant la période de la plus grande affluence de l'or, parce que la diminution de la valeur de la monnaie s'est trouvée alors compensée en grande partie par les progrès de la culture et du commerce des céréales. Ainsi le prix moyen, qui était de 19 fr. 39 pour la période 1831-1850, ne s'est élevé qu'à 22 fr. 04 pour la période 1851-1870.

Il est possible que la diminution générale des prix depuis 1870 ait exercé une légère influence sur les bas prix de la période 1880-1886.

5** Malgré les variations annuelles et les changements lents qui se sont produits dans le temps, la valeur mot^enne du blé a relativement peu changé.

Au moyen âge, la quantité du blé vendu était très minime relativement à la quantité produite, parce que la plus grande partie des habitants vivaient de leur propre récolte ou de redevances en nature : d'où il advenait probablement que le prix du marché, faute de demande, était en temps ordinaire déprécié, et, en cas de famine, exagéré faute d'offre. L'économie sociale n'étant pas la même autrefois qu'aujourd'hui où la plus grande partie de la récolte entre dans le commerce, les prix ne peuvent être comparés qu'avec beaucoup de réserve.

Néanmoins, depuis le commencement des temps modernes , il n'y a pas beaucoup de marchandises dont on puisse dif e qu'elles s'achètent aujourd'hui à peu près avec le même poids d'argent fin que dans le dernier quart du xvi*' siècle. Depuis l'an 1226, les plus grandes variations des moyennes (valeur intrinsèque) de quart dé siècle ont été dans le rapport de 1 à 5. Mais, si au lieu de considérer la valeur intrinsèque^ c'est-à-dire le poids d'argent, on compare les prix d'après le pouvoir commercial de l'argent, cette différence de 1 à 5 s'atténue beaucoup, et disparait presque ; car ce pouvoir était au xm® siècle quatre fois plus fort qu'il ne l'est aujourd'hui : il est vrai, d'autre part, qu'à la fin du xyi® siècle, le pouvoir commercial de l'argent étant donné égal à 2 1/2, le

blé coûtait en réalité au moins le double de ce qu'il coûte aujourd'hui.

6° Doiuî le prix 7*éel du blé {calculé d'après la valeur commerciale et non d'ap^^ès la valeur intrinsèque de la monnaie) a diminué depuis le commencement des temps modernes jusqu'à nos jom*s et pa?'liculièrement depuis le commencement du xix^ siècle. C'est là un fait digne de remarque et qui mériterait une étude spéciale.

Cette diminution ne provient d'ailleurs pas d'un délaissement du produit par la consommation. Car, si la production a à peu près doublé depuis que la statistique en enregistre le montant, c'est-à-dire depuis le commencement de la Restauration, la consommation l'absorbe si complètement que cette production ne suffit pas et que tous les ans, depuis plus de vingt ans, l'importation doit y ajouter plusieurs millions d'hectolitres. On peut induire de ce fait que la diminution de prix doit avoir pour cause \principale la diminution des frais de production, résultant des progrès de la culture; ce qui est à l'honneur des agriculteurs.

7** La législation peut exercer une influence sur le prix du blé.

Les seigneurs au moyen âge et les intendants du roi au xvn^ et au xviii^ siècle, en prenant des mesures qui entravaient la circulation, affamaient une province pour préserver une autre de la cherté ; la sollicitude bienveillante, en gênant la liberté, tournait plus d'une fois contre le but qu'elle cherchait à atteindre.

Les restrictions apportées au libre commerce semblent avoir été une des caxises du bas prix du blé sous le gouvernement de Louis XIV et dans la première partie du règne de Louis XV. La liberté du commerce à l'intérieur et même, pendant un temps, celle du commerce extérieur semblent au contraire avoir contribué au relèvement des prix. Mais l'échelle mobile ne paraît pas avoir amené et soutenu les hauts prix qu'on en attendait. En effet, sous ce régime, la moyenne des prix de 1821 à 1856 a été de 19 fr. 59 ; dans la période précédente de 1801 à 1820, elle avait été de 22 fr. 33 et dans la période suivante, de 1856 à 1875, sous le régime

da simple droit de statistique, elle a été de 22 fr. 07 ; c'est que des causes plus puissantes agissaient dans un sens différent. Cependant le droit de 5 francs depuis 1887 a certainement contribué à Télévation des prix.

8° Le peuplement et le défrichement d'immenses contrées hors d'Europe, la navigation à vapeur, les chemins de fer, le télégraphe qui facilite les opérations commerciales, la liberté du commerce des céréales pour l'entrée desquelles les importateurs n'ont eu à payer, de 1860 à 1885, qu'un simple droit de statistique, semblent avoir résolu le problème de C approvisionnement qui était si difficile dans les siècles passés et qui a été jusqu'au xix® siècle l'occasion de mesures bizarres ou vexatoires. // n'y a plus de véritables famines en. F?*ancê; il n'y a que des renchérissements.

. Mais un autre problème a surgi de ce nouvel état des choses. La valeur du blé, une des marchandises, comme nous l'avons dit, dont le prix réel a le moins varié à travers les siècles, a baissé depuis 1871 dans une forte proportion; il ne parait pas vraisemblable qu'elle se relève d'une manière constante au niveau où elle se trouvait encore dans la période de 1850-1875, à moins que la valeur de la monnaie ne s'abaisse. Des cultivateurs sont aujourd'hui dans la gêne; le fermage déterres de labour, qui avait beaucoup augmenté depuis quarante ans, a diminué dans beaucoup d'endroits et même sur quelques points le salaire du journalier; la rente du propriétaire est atteinte en France, comme en Angleterre et ailleurs, voire même dans plusieurs États de la grande république américaine.

Comment l'avenir résoudra-t-il ce problème? Par une réduction définitive de la rente foncière? Par un développement de la machinerie agricole qui, en économisant la main-d'œuvre, contribuerait à accélérer la dépopulation des campagnes? Par une production plus intense du blé qui, excédant peut-être alors les besoins, deviendrait une nouvelle cause de baisse du prix? Par une culture générale plus intensive, mais variée qui, fournissant, avec le concours du capital et de la science, plus de produit brut et plus de produit net et tirant plus de revenu de la terre, pourrait

donner satisfaction à la fois au travailleur salarié, au fermier et au propriétaire ? « Si ce dernier progrès n'est pas une chimère, c'est vers lui qu'il faut tendre les espérances et les efforts, quelque difficile que paraisse à certains agriculteurs l'heure présente.

Durum.; sed levios fit patientia Quidqiiid conigere est nefas.

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