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juge ni nécessaire, ni utile de continuer ces précautions. Au contraire, S. M. désire que la liberté du commerce des blés entre les villes et provinces de son royaume soit telle qu'elle était en 1707 et pendant la plus grande abondance... »
Lettre de M. d*Argenson, lieutenant général de police à Paris,
au Contrôleur général,
7 septembre 1709. — « Les marchés d'aujourd'hui ont été plus tristes que tumultueux; il n'y a paru aucun mouvement qui tendît à sédition, mais une tristesse véritable, plus accompagnée de larmes que de cris. J'ai l'honneur de vous envoyer un mémoire exact du prix du pain, qui est beaucoup augmenté ; mais ce qu'il y a de plus terrible et de plus fâcheux, c'est que le blé est encore enchéri à la Halle de 3 livres par setier : en sorte qu'il en a été vendu jusqu'à 66 livres. II ne nous reste qu'une seule ressource, c'est d'obliger tous les boulangers à mettre au moins moitié d'orge dans tout leur pain ; mais il faut encore attendre un mois» et je ne sais si le Parlement approuvera ce remède, ou si, après l'avoir approuvé, il nous permettra d'en maintenir l'usage avec toute la fermeté nécessaire. J'ai fait arrêter huit ou dix paysans qui avaient acheté de l'orge dans les fermes, et il en murmure déjà... »
Lettre de M. Robert, procureur du Roi au Châtelet, au Contrôleur général.
7 septembre. — «... Vous jugez bien que cette augmentation de prix, qui met bien des pauvres gens hors d'état d'avoir la quantité de pain suffisante pour leur famille, excite beaucoup de plaintes et de murmures. L'on entend dans les marchés des cris de femmes qui disent qu'autant vaut qu'elles égorgent leurs enfants que de les voir mourir de faim. Jusqu'à, présent, l'on en demeure à des plaintes; mais il est à craindre que le désespoir de la faim ne porte le peuple à quelques fâcheuses extrémités... »
Lettî'e du Contrôleur général aux Intendants,
21 octobre 1709. — Entre plusieurs avis donnés à l'occasion de la disette dont nous sommes affligés, on a proposé d'empêcher-la consommation de certaine espèce de grains appelée blé de mars; ce sont des froments qu'on ne sème qu'au printemps, comme les orges, les avoines et autres menus grains. Vous jugez facilement que la vue de ceux qui font la proposition est de conserver
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par ce moyen Tespèce du froment, si, par malheur, il arrive que les blés semés cet automne périssent en terre par la rigueur du froid, comme il est arrivé l'hiver dernier. Avant de rien déterminer sur la proposition, le Roi a voulu savoir si c'est un ohjet assez considérable pour mériter un règlement : cette espèce de grains est peu connue et peu commune du côlé de Paris ; examinez, s'il vous plaît, si elle Test davantage dans votre département et s'il serait à propos que le Roi... défendît de moudre et consommer ces sortes de grains avant le mois d'avril prochain. »
M, de Bernage, intendant à Amiens, répond, le 23 octobre : « ... Cette espèce de grains est peu commune en Picardie, et est assez commune en Artois, aux environs de Béthune, Aire et Saint-Omer; mais je crois que le meilleur moyen de la conserver est de laisser agir en cela ceux qui en ont, qui sont intéressés à la garder; et je suis toujours persuadé que, tel règlement qu'on puisse faire pour les grains, il ne pourra jamais avoir un aussi bon efTet que la liberté... »
M. de la Briffe, intendant à Cœn, écrit le 25 : «... Il y avait autrefois dans cette généralité une espèce de blé que Ton semait au mois de mars; mais, les laboureurs ayant connu que les terres n'y étaient pas propres, ils ont discontinué depuis plusieurs années, et on n'en sème plus. »
Lettre de M, Varchevêque de Narbonne, président des États du Languedoc, au Contrôleur général.
6 décembre 1709. — «... Le peu de grain qu'on avait recueilli a été consommé pour la nourriture, pour le paiement de la taille ou pour la semence ; et dans la disette et la cherté des grains, il n'y a aucun évoque dans son diocèse, ni seigneur de paroisse, ni maire et consul dans sa communauté, qui sachent par quels moyens ils pourront assister les pauvres. Cette pauvreté ne. regarde pas seulement quelques particuliers : ce sont les communautés entières qui manqueront de pain cet hiver et jusqu'à la récolte prochaine. Dans les villes où il y a des gens riches qui ont des rentes sur les communautés ou sur les particuliers, personne ne jouit de son revenu; les compagnies de justice, les communautés, ni les diocèses ne payent pas les intérêts de leurs dettes, et les ouvriers et artisans- ne sont pas payés. Le travail des manufactures est interrompu par la cessation du commerce, et ce grand nombre d'ouvriers qu'elles entretenaient ne trouvent pas à gagner leur vie..^. »
Lettre de M. Bemières, intendant en Flandre, au Contrôleur général,
22 février 1740. — «... Je puis vous assurer qu'il n'est pas seulement resté une paille dans aucun village; que non seulement la récolte y a manqué, mais encore que les maïs qui étaient sur terre et les fourrages ont été entièrement enlevés jusques à paille, ou, pour mieux dire, jusques aux chaumes qui couvraient les maisons, dont quantité ont été renversées et démolies, les bestiaux pris et les chevaux presque tous péris par les «orvées continuelles depuis dix-huit mois et le défaut de nourriture. Enfin, pour comble de malheur, les maladies sont venues, et la mortalité a été tout l'hiver, et est encore à un point qu'il est mort plus d'un tiers des habitants. Un grand nombre, chassé par la famine, est aussi allé demeurer ailleurs, de manière que jamais pays n'a été réduit à un état si pitoyable et si malheureux... » 1723. — La récolte fut mauvaise. Le vin et le blé s'élevèrent en
Brie à un prix considérable; le haut prix persista en 4724.
1725. — Lets grandes pluies qui tombèrent en Brie eu 1725 et qui ne cessèrent que le 5 septembre, jour du sacre du roi Louis XV, amenèrent une grande disette. Le pain valut 5 sous la livre et le setier de Meaux monta jusqu'à 45 francs; à Coulommiers, il fut encore plus cher.
1726. — Année pluvieu.se, paiïi mauvais, misère. 1731-1738-1739. — Années mauvaises. En 1739, d'Argenson
raconte dans ses mémoires comment le duc d'Orléans déposa un jour sur la table du roi un pain sans farine et dit : « Sire, voilà de quel pain se nourrissent aujourd'hui vos sujets... Dans mon canton de Touraine, ajouta-t-il, il y a déjà plus d'un an que les hommes mangent de l'herbe. » {La "population française, par E. Levasseur, t. I, p. 214.)
1740-1741. — Hiver long et rigoureux : la moisson fit défaut. Famine dont le souvenir s'est perpétué chez les paysans de la Brie. On dut distribuer du riz non seulement aux pauvres, mais à une grande partie des habitants.
1748. — Grand déficit dans la récolte au nord et au centre de la France. En 1749, un vieux curé de Touraine disait à d'Argenson qu'il n'avait jamais vu une misère aussi grande, même en
1752-1753. — Mauvaise récolte.
1759. -— Le prix moyen en France [Archives statistiques du Mi*'
nistère des Travaux publics, .1837), qui équivalait à 9 fr. 58 l'hectolitre en 1756, monta à 11 fr. 79 en 1759. II s'éleva môme de 9 fr. 24 (1756) à 14 fr. 66 dans la fi;énéralité de Montauban, et il fut très cher dans presque tout le Midi, pendant qu'il était à peu près stalionnaire dans le cenfte et dans le nord et qu'il baissait môme dans quelques généralités (généralité d'Orléans» 11 fr. 55 en 1756 et 9 fr. 56 en 1759) (1).
1766-1773. — Suite d'années de cherté. En 1763, l'hectolitre valait 9 fr. 53. Il s'éleva progressivement d'année en année jusqu'à 18 fr. 85, moyenne de l'année 1770 et il ne redescendit qu'au bout de trois ans, en 1774, à 14 fr. 60. C'est pendant cette période que se placent surtout les opérations faites par le gouvernement en vue de l'approvisionnement qui donnèrent lieu à certaines malversations et surtout aux exagérations de l'opinion populaire sur le Pacte de famine. Dès 1767, on se plaignait beaucoup à Rennes de la cherté.
1774-1775. — La récolte de 1774 fut mauvaise dans certaines provinces du centre et du nord, très mauvaise en Brie, en Bretagne (14 fr. 08 en 1774 et 20 fr. \S en 1775),en Normandie, en Champagne, assez bonne dans le midi. Le prix moyen ne s'éleva cependant pas beaucoup : 14 fr. 60 en 1774 et 16 fr. 93 en 1775. Mais à Paris la hausse fut de 14 fr. 25 à 17 fr. 68. C'est dans les environs de Paris que se produisirent des émeutes qui donnèrent lieu, sous le ministère de Turgot, à la « guerre des farines ». Les paysans s'attroupèrent, pillèrent les fermes et contraignirent les fermiers à céder leur blé à très bas prix.
, A Meaux, 400 villageois entrèrent dans la ville et mirent à sac le marché et même des maisons bourgeoises.
1788-1790. — Très mauvaise récolte et hiver rigoureux. En 1788-1789, le prix moyen du froment, qui était de 14 fr. 12 en 1786 et de 16 fr. 12 en 1788, s'éleva à 21 fr. 90 en 1789 (môme à 24 fr. 38 en Provence) d'après le tableau inséré dans les Archives statistiques (1837); il resta encore élevé en 1790 (19 fr. 48).
« Plus on approchait du 14 juillet (1789), plus la disette augmentait: chaque boutique de] boulanger était environnée d'une foule à qui on distribuait le pain avec la plus grande parcimonie, et la distribution était toujours accompagnée de crainte sur l'approvisionnement du lendemain. Les craintes redoublaient par les plaintes de ceux qui, ayant passé une journée entière à
(1) Depuis l'année 1756, l'étude des disettes peut être faite avec plus de précision à Faide des statistiques officielles.
la porte d'un boulanger, n'avaient cependant rien pu obtenir. Souvent la place était ensanglantée; on s'arrachait l'aliment, on se battait; les ateliers étaient déserts; les ouvriers, les artisans, perdaient leur temps à discuter, à conquérir une légère portion de nourriture, et par certe perte de temps se mettaient dans l'impossibilité de payer celle du lendemain. (VAmi du Roi, 3* cahier, p. 30. — Hist.parL, t. II, p. 40.)
1793. — « Le prix du pain parait s'être élevé (prix moyen pour la France entière) à 31 fr. 05. Toutefois cette disette ne semble pas avoir été générale en France et surtout dans les campagnes. Elle a été probablement produite ou aggravée par la loi du maximum, par les réquisitions et par les mesures prises pour l'approvisionnement des villes et contre la liberté du commerce. Le décret du 8-10 décembre 1792 défendit, sous peine de confiscation et de mort, l'exportation des grains et des farines, mais maintint la libre circulation à l'intérieur. La loi du maximum (1" nov. 1793) supprima celte liberté que d'ailleurs les arrêtés des municipalités avaient rendue vaine. A Paris, les habitants étaient rationnés ; chaque citoyen, sur un bon que délivrait la commune, avait droit à deiix onces de pain et à une mesure de riz par jour. Mais chacun était tenu d'aller chercher luimême sa portion. On faisait queue à la porte du boulanger... » [HisL des classes ouvrières en France depuis 4789, par E. Levasseur, t. I, p. 190.)
1800. — Le prix du blé (prix moyen pour la France entière, d'après • les Archives staiisiiques) avait été en 1799 de iO fr. 20. 11 monta à 20 fr. 34 en 1800.